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exercices religieux. Une chapelle était indispensable; mais les ressources manquaient. Pour subvenir aux premiers frais de construction, l’archevêque offrit cent pièces d’or, et s’engagea, de plus, à fournir annuellement une pareille somme. A son exemple, la commune souscrivit un engagement semblable; et le chapitre s’obligea pour une valeur annuelle de cent soixante-treize pièces d’or, laissant, en outre, à la disposition du college un emplacement, pris sur le terrain de la culture, pour le tracé des fondations. On mit sans différer, la main à l’œuvre; les fondements furent ouverts au nord-est et sur l’alignement des premières constructions. Le bienheureux Léonard bénit et posa lui-même la première pierre; et afin d’imprimer aux travaux une plus grande activité, il ajouta un don de cinq mille livres aux sacrifices qu’il avait déjà faits.
C’est ainsi que la Métropole, bien qu’elle fût encore inachevée, continuait de se montrer féconde en créations utiles, par l’action immédiate de l’archevêque et du chapitre. Sous ces mêmes auspices, les siècles antérieurs avaient vu naître, hors des murs, les maladreries’ de Saintes et de Saint-Martin. L’hôpital de Saint-Sébastien, «l’hostellerie ouuerte aux pauures pèlerins de Compostelle,» et même le couvent des Capucins, transformé, de nos jours, en maison départementale de secours pour les aliénés et les incurables, n’eurent pas une autre origine.
Toutes ces fondations devaient, sans doute, occasionner de longs retards dans les travaux de la Cathédrale. Mais sans jamais les perdre entièrement de vue, on y revenait toujours avec la même activité et le même esprit de sacrifice. Ainsi voyons-nous, en 1627, les fidèles et le clergé appeler l’attention du bienheureux Léonard sur l’achèvement du porche et sur la construction des deux clochers qui devaient faire le plus bel ornement de la façade occidentale. « Vostre bonne feste, » lui écrivait le chapitre, à l’occasion de sa fête, « ne sera pas moins célèbre non obstant vostre éloignement, si vous soutirez, Monseigneur, que nos cœurs au deffaut de nos assistances et seruices pcrsonels accompagnent vostre sacré ministère. Le désir des habitants de cette ville nous sollicite de vous supplier très-humblement, Monseigneur, de consentir qu’en attendant le temps auquel vous trouuerez à propos qu’on fasse les clochez de vostre Eglise, suiuanl le dessein qui en a été faict, il vous plaise d’agréer qu’on porte les cloches sur une des tours, qui sont eslcuées aux deux costcz du pignon, etc., etc. »
Le plan des clochers était donc fait. Mais quand l’autel du chœur fut achevé, on trouva plus opportun de donner une autre destination aux ressources dont la fabrique pouvait disposer. Les hautes fenêtres du chevet, construites depuis plus de cent ans, n’avaient pas encore de verrières. Léonard de Trapes voulut les doter, sans plus de retard, de ce complément indispensable que réclamaient leurs quinze baies à jour et les riches broderies de pierre qui treillissent le tympan de leurs ogives. Des artistes, venus de Nevers2,y posèrent des panneaux en verre blanc, avec bordures et couronnement de peintures en apprêt.
Toutefois, on n’avait point perdu de vue le projet des clochers, dont la lettre du chapitre était venue rappeler l’exécution à l’archevêque. «Le deissein antérieurement faict» s’étendit, en 1629, au plan définitif des constructions qui devaient compléter la Cathédrale. Les hautes vertus et surtout le désintéressement du saint prélat lui avaient concilié tous les esprits. Les chanoines applaudissaient enfin à ses projets; et la transaction du 26 mars 4611 s’exécutait avec le plus grand empressement. «Bien est vray,» disent les mémoires de cette époque, «que par dessus cette contribution ordinaire et réglée, le chapitre voulut donner extraordinairement enuiron neuf mil liures avec l’intérest dans les années
1 Sorte d’hospices, généralement ruraux, ou ceux qu’on appelait de leurs semblables, pour toute espèce de maladies de la peau,
ladres ou la/.rcs (de Lazare), recevaient des soins, loin du eonlacl J Ville natale du bienheureux Léonard.
aduenir, pour l’aduancement de l’œuvre de l’Eglise, pour faire un effort que la débilité toutcffoix de son 1029. reuenu ne pouuait porter. Et ce, pour imiter la pieuse libéralité du sieur archeuesque de Trapes, qui y auait donné quatre-vingt-cinq mil bures.»
L’article cinquante des conventions arrêtées pour la reprise des grands travaux nous explique, comme il suit, ce dernier chiffre : « Sera payé scauoirparle dict Seigneur Archeuesque la some de six- vingt mil liurcs, en ice comprins, pandant le dict terme de sept années en cinq mil liures par an, quil est teneu de contribuer à lad’ fabrique à cause de son archeuesché, montant trente-cinq mil liures; et quatre-vingt cinq mil liures de ses propres deniers quil baille en peur don pour lad’œuure.»
Les conventions dont il s’agit ici furent extraites, le 46 juin 1629, en cinquante-deux articles, du « dict contract passé le second jour du moys dict de may 1629, avec le sieur Jehan Cailhon, maistre architecte de la ville de Paris1.»
Nous avons dit ailleurs'2 qu’un autre Cailhon, aussi « maistre architecte,» avait contracté, dans les premières années du xvic siècle, avec la fabrique de Sainte-Marie, pour la construction de la nef centrale, dont les piliers furentalors à peine élevés jusqu’à lanaissancedesarcades.il est bien vraisemblable que son homonyme Jehan était aussi de la même famille. Les professions, dans ces temps reculés, étaient héréditaires, bien plus encore que de nos jours. Au vrai moyen-àge surtout, il n’est pas rare de retrouver les arrière-petits-fils, «deuenus maistres-logeurs du bon Dieu à l’école de leurs pères,» sur les chantiers de ces gigantesques entreprises, dont on se transmettait l’exécution de siècle en siècle.
Quoi qu’il en soit de ses prédécesseurs, les intérêts de Jehan Cailhon, architecte de Paris, comme il se dit lui-même, se trouvèrent fixés à Auch, par le contrat du 46 juin 4629, jusqu’à l’été de 4636. Et il sut si bien s’identifier avec les Auscitains que nos fastes consulaires l’inscrivent au nombre des octovirs pour les années 4632 et 4637 3.
Mais revenons à son cahier des charges. C’est surtout par cet intéressant mémoire du temps, si précieux pour l’histoire de notre Cathédrale, que nous connaissons le détail des constructions qui restaient encore à faire dans la première moitié du xvne siècle. Le devis s’élevait à la somme de « cent cinquante mil liures tournoises, de vingt sols chascune.» I/article cinquante règle la part de l’archevêque, ainsi que nous venons de le dire. Les articles cinquante-un et cinquante-deux nous apprennent « qu’il douait estre fourni par les dicts sieurs du chapitre dix mil cinq cents liures, et par les dignités pareilhe somme de dix mil cinq cents liures; en ice comprins, » ajoute le texte, « la cote qu’ils sont teneus par an de contribuer à la dicte fabrique, sur le pied de laquelle le départiment de lad’some de dix mil cinq cents liures sera fait sur chascune des dictes dignités.» Les neuf mille livres que les chanoines voulurent, en outre, assurer de leur masse commune, pour les années suivantes, devaient compléter la somme totale de cent cinquante mille livres.
Cette importante affaire venait d’être conclue, quand Léonard de Trapes sentit ses forces diminuer considérablement. Bientôt il prévit sa fin prochaine; et, pour ne laisser, après sa mort, aucun prétexte de retard à l’exécution de la promesse qui l’engageait personnellement, il consigna ses dernières volontés dans une clause testamentaire, où il s’exprime de la manière suivante : «Je charge touteffoix mon héritier de payer la somme de trente-six mil liures sur et tant moins de la somme de quatre-vingtcinq mil liures par moy promises en mon propre et particulier nom, pour la hastisse de l’Eglise deSte-Marie d’Auch; suiuant et conformément au contract par moy et les scindics et dignités du chapitre de
1 Pièces justificatives de ia Monographie de Sainte-Marie d’Auch. In— 12; p. 279-291.
a Voir, plus haut, page 55.
-1 P. LaffORGUe. Histoire de la ville d’Auch,
i. Il, p. 340-311.
)629 mad’Eglise métropolitaine Saincte-Maried’ Auch, passé auec Cailhon, maistrc architecte, et non ailleurs, etc. Et pour le surplus du parfaire et entier payement de lad’somme de quatre-vingt-cinq mil liures qui est la somme de quarante-neuf mil liures, je veulx et entends qu elle soit prinse et payée par les fermiers généraulxdu reuenu temporel demond’archeuesché, sur et tant moins de ce qu’ils se trouuent me debuoir dud’affermc, tant des fruits des années passées que présentes, indiquant par exprès
lad’somme . à la charge par led’Caillion, maistre entrepreneur, de bailher bonnes et suffisantes
cautions,' conformément au eontract qui en a esté passé. Chargeant par exprès mon héritier bas nommé d'y tenir la main à ce que lad’œuvre soit d'entier faicte et parfaicte conformément au eontract et mon intention, pour la plus grande gloire de Dieu et de sa sainte et glorieuse More, ma bonne maistresse.»
« Item je donne à mon Eglise, Saincte-Marie d’Auch, une grande chasse d’argent en laquelle je veulx et entends qu’il soit mis le chef de Sl-Taurin, et fait une fenestre sur l’autel de lad’chapelle St-Taurin
pour tenir led’reliquaire . Je charge mon héritier cy-bas nommé d’avoir soing de faire accommoder
lad’chapelle, et d’y faire une tombe sur mon corps, où sera escrit : leonardus arciiiepiscopus auxitanus, vermis et