‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 21 sur 63 · LES APPRÊTEURS ET LES VERRIÈRES DE LA NEF · texte numérisé non relu

LES APPRÊTEURS ET LES VERRIÈRES DE LA NEF

n conséquence, de nouvelles informations furent prises, et des propositions furent adressées à différents peintres verriers, vers la fin de l'année 1639, et au commencement de 1640.

Nous avons sous les yeux quatre documents de cette même époque, dont l’un est la réponse autographe d’un artiste qui s’exprime en ces termes9 :

MÉMOIRE OU DEUIS POUR LA BESONNE DE L’ÉGLISE d’aüH.

«Premièrement Ion cest acquestié a moy qui sommes pintres sur verre aultrement dict apresteur ou on nous a propose de tretter pour la ditte besongne d’Auch. Il fault entendre que on demende du vere semblable a celluy que Ion na enuoye a Paris. Il y a bon moyen den auoir milles petits morceaux comme celluy la mais quand a lesgal des tables de vere cella ne se peut parce que Ion nous en a donnez le bout du pied dune table ce qui ne peut estre semblable dans le millieu ny aux costes. Il y a pourtent moyen den fere fere quy approchent à vostre morceau de vere que nous auons veu.

»On nous a proposé aultre moyen de tretter pour la qualilté dudicl vere parce que on nous demende du vere de Loreine et quy soit fet et fabriqué dans le dict peis, ce quy ne se peut quand on donneroit milles fois plus quy ne vault daultent que les ouuriers sen sont allez a cause des gueres quy sont dans le peis3 car tous les fourneaux sont abattus et s’en sont allez en daultres endroicts ou il font du vere

1 On appelait 0 chacune des ruses.

5 La citation est absolument textuelle, reproduisant toutes les fautes, même celles de la ponctuation.

5 On sait la glorieuse résistance que Charles IV, duc de Lorraine, opposa aux armées de Louis XIII, et les guerres, àjamais déplorables, qui désolèrent cette malheureuse province, surtout à partir de 1633. L’histoire a dû flétrir l’excessive rigueur avec laquelle s’exécuta, quelques années plus tard, la fatale délibération du 1" février 1636 :

« Délibéré par les conseillés députez par le roy, pour le rasement cl démolition des places et chasteaux de Lorraine, etc., etc. *» Or, à travers tant de ruines et de cendres entassées, où trouver un asile à la fabrication des verres de couleur? Nos chanoines devaient-ils être étonnés que les fourneaux fussent « abattus » et que les ouvriers dispersés n en daultres endroicts » n’eussent pas donné suite à leur industrie dans les fabriques de Lorraine ?

* Bibliot. Seguier, loni. LXX, p. 185.

icio aussy bon ou il sont comme sil estait fet enLoreine entreprenent la dicte besougne il y aurait moyen den fere fere dune bonne espesce oultre celluy la de lordinere que nous emploions communément.

» Il est a remarquer pour les liens de verc de couleur sont appeliez simples liens parce que il ny a que trois tables et a celuy quy est de verc blanc il y en a six tables quy sont appelez doubles liens encore quy ne se veulent plus guere amuser a fere du vere de couleur ny il nen font.

» 11 nous est donc nesesere de respondre a la demende quy nous a estes fette pour le pris de la besougne a sauoir celle quy est pinte en figure sur vere de coulleur appeliez grand besougne et laultre quy est peinte en esmail requict comme bordures armes cartouches et timbres etc.

» Premièrement pour le pris du pieds de roy assauoir la grande besougne quy est labourée sur le vere de couleur nous la vendons couslumierement six liures le pied de roy.

» Plus pour les bordures requistes en esmail vallent quatre liures le pied de roy.

«Plus pour le vere blanc vault douze soltz le pieds de roy sens rien rabattre par ce que Ion nous a dict de mender le prix au juste.

» Et quand ce quy est pour le regard de la dicte besougne il est nesessere de sauoir si l’on nous enuoyera la mesure de la dicte besougne ou si nous irons sur les lieux pour enuoir l’ordre. Il fault supposez que nous y acheminent il fault au moins six liures par jour et aultent en sen retournent en son peis vous aduiserez si vous pouuez enuoyer la mesure au juste en se pcis pour y fere nos ouurayges suiuent et conforment cella vous espragnera beaucoup de fres. Vous auez a aduiser sy mon deuis vous agrez car premièrement pour les ouurayges vous pouuez vous assurez que seront fort bonnes et seront seruis des oustils exprex comme le tire-pion pour fere en sorte de vous contenter.

» Sil aduenoit que nous conuinsions du pris se seroit a vous a conduire vostre besougne quand elle seroit fette sy mieux vous aimez que nous la conduisions pour la poser il seroit loible de nous donner un charriot quy vous appartiendroit et a nous payer nos journées comme il est escrit sy dessus. Or pour le dict vere que nous emploions en se peis en voilla un morceau du pied de la table et du miten or en cela il y a de la différence parce que le pied est plus fort que le miten vous m’auez enuoyer du pied non du miten et vous voyez la différence de l’un a laulre les deux estent pourtent pris dens une table ainsy fesent je demeure a jamais vostre affectioné

KIMAUGIA

«demeurent rue de la Vannerie proche les recommenderesses à Paris.

«Et sil aduenoit que nous conuenions du pris ensemble il est a propos de vous lere assauoir que vous ferez fere les desins des histoires que vous trouuez propre et les fere désigner sur le papier de la grandeur de susdittes formes.»

Les trois autres mémoires ne sont que des copies, sans nom d’auteur. Peut-être exposent-ils les diverses conditions proposées au choix de l’archevêque et du chapitre par trois différents artistes, dont les noms sont venus jusqu’à nous sur une courte note volante, prise à la date du 6 novembre 1640*.

De ces trois mémoires, deux discutent les divers modes de contracter « soict en grand besoigne, soict en besoigne peinte en esmail requict, comme bordures, cartouches et timbre.» Le troisième détaille seulement les prix pour la peinture en apprêt, sans figures historiques et « y comprins le vere, le fdet

1 Nicolas Clianen, A. Poreser, et Nicolas le Lorraing.

« On nous a dict que le meilleur maistre apresteur est nommé Nicolas Clianen, logé à la rue des Billelles. 11 trauaille à la Bastille, et à la maison professe de S. Louis. 11 a fait les vitres du S. Esprit en

» 11 y a un autre maistre nommé A. Poreser, logé près de S. Jacques de la Boucherie.

» 11 y en a un autre nommé Nicolas le Lorraing qui trauaille à S. Louis. Luy et Clianen ont entreprius cette besoigne. 11 n’est pas maistre quoyqueil trauaille mieul.v que les autres.»

d’archant, le pion el le fer,» nécessaires pour ce qu’il appelle les trente-trois formes à faire de cinq i64o. diverses mesures. On doit entendre ces derniers mots des ogives de différente grandeur, et des trois roses. 11 conclut à la somme totale de 15,837 livres 8 sols 6 deniers.

Enfin* un autre état de dépenses, en étude pour le même objet, porte la somme totale à 18,593 livres 7 sols. La différence 2,735 livres 18 sols 6 deniers viendrait-elle de ce que dans ce dernier cas on devait tresser en fil de laiton, du prix de 78 livres le quintal, tous les treillis-dormants, ou, comme on disait à Auch, les « camisolles destinées a conserver les vitres contre la gresle et les orages?» Tandis que le premier compte suppose les treillis en iîl de fer'.

Ces différents détails, et surtout l’étude réfléchie de tous les documents contemporains relatifs à cette affaire, nous donnent une idée de la sage lenteur avec laquelle notre clergé crut devoir la conduire. Messire Thibault Lacroix, prêtre prébendé de la métropole, qui s’était chargé, en vertu de son titre d’ouvrier ou maître de l’œuvre, de présenter à Monseigneur Dominique de Vie le résumé de la correspondance du chapitre avec les peintres-verriers, nous apprend que, vers les derniers jours de 4639, les hautes fenêtres n’étaient pas encore en état de recevoir les verres, quoique l’entreprise de Jehan Cailhon dut« estre faicte et parfaicte dans les sept années prochaines et consécutiues.» Le terme fixé dans le cahier des charges pour l’achèvement des constructions était donc dépassé de près de trois ans; et néanmoins les voûtes du transsept et de la mai tresse- nef, les arcs-boutants et les hauts-combles étaient encore à faire. Nous ignorons quelles purent être les causes d’un si long retard, malgré les mesures de sage précaution prises par le bienheureux Léonard, peu de temps avant sa mort. Car on n’a pas oublié que, par une clause spéciale de son testament, il avait exigé du « mais Ire entrepreneur de bailher bonnes et suffisantes cautions;» que de plus il avait chargé « par exprès son héritier d’y tenir la main à ce que lad’œuure fust d’entier faicte et parfaicte conformément au contract» du 2 mai 1629;

« au dire de personnes à ce cognaissants, et suiuant les dessains.»

Quoi qu’il en soit, en exécution de ce dernier article, l’œuvre de Jehan Cailhon put enfin être vérifiée. Or, les notes écrites à cette occasion nous apprennent que les conditions de l’entreprise se trouvèrent exactement remplies, sauf quelques-unes2. Les vérificateurs n’étaient pas satisfaits, en particulier, du pavé de l’église. Jehan Cailhon, en effet, d’après l’article trente-quatre des conditions, s’était engagé « scavoir pour celui de la nefz, croisée et des allées à le faire tout de pierres de tailhe et bien jointes les unes contre les autres.» Quant au chevet, il est vraisemblable que ce genre de travail n’y laissait plus rien à désirer depuis longtemps.

Un goût aussi décidé pour le pavé uni, à joints de pierre rigoureusement alignés, ne pouvait guère se concilier avec l’ancien usage des pierres tombales. Aussi, Dominique de Vie régla-t-il, par ordonnance, que désormais les fidèles de la paroisse de Sainte-Marie ne seraient plus ensevelis, comme par le passé, dans les trois nefs de cette église. Nous avons déjà vu que, pendant l’année 1429, l’axe qui court de l’est à l’ouest s’était prolongé, dans le plan des constructions arrêtées sous l’archevêque Philippe II,

1 Voir, à l’appendice, note G.

3 « Les deux chapiteaux de la porte centrale, à l’occident, ne sont pas acheués. Aux deux autres portes, il y en a trois d’acheués et quelques-uns des ornements.

«Pour la tribune del’orgue, l’arcade semble n’estre pas assez grande.

» A la galerie intérieure de l’ouest, les appuis ne sont pas si larges que le cintrau apporté; les balustres ne sont pas percés, et la pierre n’est pas si bonne qu’il faudroit.

» Les vifz garnies de marches dans le mur occidental ne sont pas assez esleuées.

»Aux fenêtres de la claire-voie, ou dit que la pierre n’est pas bonne.

«Quant aux galeries qui sont au-dessous, de mesme que les autres arcades ci-dessus. Et à celles de la croix, le trauail est faict, mais mal comme les autres balustres.

«Pour les voûtes, cella est faict, sauf qu’on dit que la pierre n’est pas bone el il n’y a pas d’armes.

«Aux rcmplaiges des vitres qui sont dans les chapelles de la nefz, on dit que la pierre n’est pas bone, et quant à leurs autels, n’y a pas salisfaict pour le regard des marchepieds.

«Le pané n’est pasbicn alligné, de plus lapierre malposée el petite.»

— Tl —

,64i jusque sur le terrain destiné aux sépultures Mais l’habitude de consacrer aux nouvelles tombes le sol qui recouvrait la cendre des ancêtres s’était invariablement maintenue, même depuis qu’une portion du cimetière avait été comprise dans l’enceinte de la cathédrale. Il est donc aisé de concevoir qu’il dut en coûter aux Auscitains de renoncer tout à coup aux vieilles traditions de la cité. Il fallut pourtant subir les conditions de l’ordonnance; mais on ne se rendit qu’après une résistance obstinée, qui dura longtemps encore. Nous voyons, en effet, dix ans plus tard, les consuls, bourgeois et manants de la ville d’Auch, réclamer à ce sujet, dans un cahier de plaintes exposées à M. le comte de Gouhas : «Plaignent les’habitants de cé qué led’seigneur archeuesque les priue et les empesche de jouir du tombeau de leurs ancêtres dans la grand esglise et ne veut souffrir qué ceux qui ont droict y soient enseuelis.»

Et pourtant Dominique avait essayé de donner une sorte de satisfaction au mécontentement des Auscitains, en autorisant un autre local pour les sépultures. C’est ce que nous apprend une ordonnance épiscopale du 2 novembre 1641 2 :

« Dominique de Vie, par la grâce de Dieu et du Saincl Siège apostolique, archeuesque d’Aux, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut, scauoir faisons que sur les remonstrances que nous a faict messire Thibault Lacroix, prêtre prébendier de nostre ezglise Métropolitaine et ouurier de la fabrique de nostre dicte ezglise, qu’ayant l’assemblée d’icelle délibéré sur la faction du cimetière qui seroit commode et aux ecclésiastiques et aux séculiers de la paroisse de nostre dicte ezglise et arresté qu’il seroit faict dans le préau et allée du cloistre contiguë à la muraille de la vieille ezglise3 pour estre le lieu le plus commode audict usage ne pouuant iceluy estre employé à aultre chose et pouuant y estre conuerti auec beaucoup moins de frais qu’il n’en cousterait si le cimetière estait faict ailheurs ou pour le faire près de l’ezglise voire mesme dans toute l’enceinte des murailles de la ville, il faudrait abbattre des maisons dont le prix ne pourroit estre que grand, nayant peu ladite assemblée entendre à la démolition de la maison et escuerie qui appartiennent à lad’fabrique, pour estre icelle nécessaire pour le logement et seruiee du maistre architecte qui à laduenir entreprendra le paracheuement de lad’ezglise et aultres choses à nous par luy proposées qui estaient à considérer, etc., etc.»

Ce document nous fait connaître que la fabrique possédait près des murs de la Cathédrale une maison consacrée par l’usage au « logement et seruiee du maistre architecte;» que, de plus, on tenait à la conserver pour celui qui « a laduenir entreprendrait le paracheuement de lad’ezglise. » A la date de l’ordonnance, aucun architecte n’habitait donc plus la maison de la fabrique; et, par conséquent, l’œuvre de Jehan Cailhon était arrivée à son terme. Aussi avait-il fait de nouvelles propositions d’entreprendre ce qu’on appelle ici le « paracheuement de lad’ezglise et aultres choses semblables.» Mais ce dernier projet « estoit à considérer,» c’est-à-dire à méditer et à tenir en réserve pour l’avenir. Car ^essentiel était fait pour les grosses constructions, quoique les tours de l’ouest ne fussent pas encore commencées.

D’ailleurs, une autre affaire, qui avait aussi son importance, appelait alors toute 1 attention de la fabrique. On voulait poursuivre et conduire à bonne lin les négociations entamées depuis deux ans avec les «apresteurs» pour l’achèvement de nos verrières. Aucun monument contemporain ne détermine, avec quelque certitude, les conditions définitivement acceptées par l’archevêque et le chapitre. Nous savons seulement que toutes les nouvelles vitres furent montées «en verre blancq auec les bordures

1 Voir, plus haut, page 44. 5 C’est-à-dire de l’église provisoire élablie, depuis le xiu- siècle, sur

• Manuscrits de la bibliothèque de la ville d’Aucli. les ruines de la basilique romane.

peinctes en esmail requict, et en outre le haut ou tiers point aussi peinct» conformément au plan arrêté, 1643. du moins pour les hautes verrières, depuis le 42 décembre 1639. Les trois roses furent seules entièrement garnies de peintures en apprêt, telles que Rimogia les avait proposées.

S’il fallait en croire les notes manuscrites de M. l’ahbé Daignan', tous les vitraux qui éclairent les basses-nefs auraient été portés de Nevers, dans le courant de l’année 1641. Mais sans compter que les dates bien visibles de 1648 et 1649, inscrites au bas de ces fenêtres, contredisent formellement l’étrange assertion du vénérable chanoine, une lettre autographe de 1643 nous apprend que l’on cherchait, alors encore, et des peintres verriers, et du verre de couleur, pour la confection de ces mêmes verrières2.

A MESSIEURS MESSIEURS DU CHAPITRE DE L’ÉGLISE MÉTROPOLITAINE 1)E SAINTE-MARIE d’aUX

Ces lignes seruiront pour vous faire scauoir que iay escrit en plusieurs villes les plus trafiquantes de la France pour recouurer de verre de couleur et n’en ay point trouué. Jav parle auecq ces Gentilhommes qui font le verre a la prade mais ie n’ay pas peu auoir bonne responce d’eux, et crois qu’ils ne sont point asseuré en leur faict, mais un de leur gens ma aduerti quon en pourra faire à la verrière de Neuers ou iay escrit au Maistre Gentilhomme qui faict le verre qui s’appelle Charles de Hanse et attend la responce si tost que ie l’auray receue ie vous aduertiray. Si vous estes en la mesme volonté de faire faire des vitres d’aprest il vous plaira m’escrire un mot de responce qui me pourra seruir d’asseurance sur laquelle ie les feray trauailler. S’il y a moyen de nous accorder du pris il ne vous faut pas regarder peu de chose car le verre de couleur sera fort cher. Si tost que nous serons d’accord du pris ie pourray commencera prendre mes mesures et faire les desseins de vitres et prendre résolution d'aller demeurer a Aux au plustost ou tout ce que dépend de moy ie tacheray a faire mon possible de vous contenter et attendant ie feray prouision de verre blanc a cause de la commodité qui se trouue a Tlile (Toulouse) pour le présent. S’il vous plaisait escrire à Neuers a ce Gentilhomme qui fait le verre comme vous aues des amis et crédit par tout vous feres plus auecq une parolle que moy auecq de l’argent. Vous pourres addresser vos lettres a Moulin en Bourbonnais ches M. Maugin marchant pour le faire tenir a M. Charles de Hanse au bois Gisi paroisse de Sauigni de Neuers finissant je demeure Messieurs

Vre très humble et affectionné seruiteur Jacques Damen

Le peu qui nous reste des anciennes archives capitulaires ne nous dit rien de précis ni de la patrie de Jacques Damen, ni de « la responce qu’il sollicite pour lui seruir d’asseurance.» Il est bien vraisemblable qu’il se trouvait alors à Toulouse, c’est-à-dire à portée, comme il le dit, de faire provision de verre blanc. Nous ferons observer qu’il se propose de venir se fixer à Auch, où il promet de ne rien négliger pour donner satisfaction au clergé de la Métropole.

Deux autres peintres en apprêt avaient répondu, en 4639, à peu près dans les mêmes termes; spécifiant que si l’on se proposait de « nourrir et de loger les ouuriers, de les fournir d’estoffes, de tire-pion, de tables, de Iingotiers, de mortiers, de bassinets, et aultres nécessaires pour faire lad’besoigne,» on devrait le faire savoir; que le four, du reste, «ne coustcroit pas deux pistolles;» que «toutes les fournitures ou ustenciles quelques quelles puissent estre, n’iroientpas au delà du pris de cent liurcs.»

On se souvient que Rimaugia écrivait, au contraire, vers la même époque : «sil aduenait que nous conuinssions du pris se seroit à vous à conduire vostre besongne quand seroit faicte. Sy mieux vous

1 Itinéraire de Paris à Audi, petit ia-fol. inédit.

re ici notre citation est textuelle.

1618. aimez que nous la conduisions pour la poser il seroit loible de nous donner un charriol qui vous appartiendroit et a nous payer nos journées comme il est escrit sy dessus.»

Nous ignorons lequel de ces deux partis eut la préférence en assemblée capitulaire. Toutefois, nous aimons à nous persuader que Jacques Damen vint, en effet, prendre domicile à Auch. Du reste, il en avait fait l’offre en trop bon voisin pour n’ètre pas bien accueilli du vénérable chapitre. Et dans cette supposition, Dom Louis Clément de Brugelles, qui appelle Deneisle peintre qui posa les vitraux des chapelles latérales, aurait défiguré, par inadvertance, le vrai nom de Damen, comme il l’a fait pour grand nombre d’autres.

La conclusion de l’affaire des vitraux, telle du moins que les documents relatifs à notre histoire nous ont permis de la présenter, est, ce semble, en définitive, assez étrange. Vers la fin de l’année 1639, il est bien arrêté que les basses-vitres seront « toutes peintes en grandes et belles figures de personnages

et armoiries qui surpassent le naturel . en sorte qu’il n’y paroisse pas un pouce de verre blanc, le tout

conforme au reste des vitres de l’église, proportion obseruée.» El pourtant nous voyons encore de nos jours que, dans toutes les chapelles des nefs latérales, le verre blanc garnit l’entre-deux des meneaux droits, sauf les bordures qui l’encadrent.

Or, pour se rendre compte de cette apparente contradiction, il faut observer, avant tout, que Jacques Damen travaillait «à nos verrières juste au milieu du xvne siècle, c’est-à-dire à l’époque précise où la peinture sur verre accomplissait son extrême décadence. Née avec le style ogival, qui caractérise éminemment la grande période du véritable art chrétien, elle était malheureusement destinée à suivre de près son injuste abandon. L’ogive venait, il est vrai, de couronner, dans notre cathédrale, les hautesfenêtres du transsept et de la maîtresse- nef. Mais c’était grâce à l’injonction formelle, souvent réitérée dans le cahier des charges, de suivre, en tout, le plan adopté au xve siècle, et depuis longtemps exécuté pour les détails du chevet. On voyait partout ailleurs, dans les monuments religieux élevés sous Louis XIII, les saines traditions du moyen-âge céder la place aux souvenirs de l’art antique, mis en honneur depuis près de deux siècles.

De plus, les discordes civiles et religieuses avaient considérablement accéléré la décadence, en semant de toute part le découragement par le pillage et même par la démolition d’un très grand nombre d’églises. Aussi, les travaux importants de peinture sur verre étaient-ils devenus fort rares, surtout vers les premières années de Louis XIV; et les grands privilèges, accordés jadis aux peintres verriers, tombaient entièrement en désuétude, tandis que la peinture à l’huile prenait toujours plus de faveur.

De là l’extrême pénurie de verres colorés dans la masse, dont se plaignent les divers artistes qui discutent leurs conditions de prix avec nos chanoines. A Paris, comme partout ailleurs, les ouvriers, dit Rimaugia, « ne se veulent plus guere amuser a en fere ny il nen font. » A quoi bon, en effet, perdre son temps et ses peines à réaliser des produits qui n’avaient presque plus de cours en Europe? Et c’est pourquoi nous voyons Jacques Damen écrire inutilement « en plusieurs villes les plus trafiquantes de de la France. » Il presse de vive voix les gentilshommes qui font le verre à la Prade. Il ne peut « en auoir bonne response,» restant lui-même très persuadé que, s’ils ne veulent entreprendre de confectionner le verre de couleur, c’est faute d’être « asseurés en leur faict. » A peine s’il ose compter sur Charles de Hanse, fabriquant àNevers. Encore espère-t-il bien plus de l’influence du chapitre que de tout l’argent qu’il a pu proposer à ce gentilhomme verrier. 11 est donc bien évident que les verreries françaises avaient généralement renoncé à ce genre d’industrie dans les dernières années de Louis XIII, tandis qu’au xve siècle, la grande quantité de leurs produits pouvait à peine suffire à la consommation

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qu’en firent, longtemps encore, jusque dans le xvie, de nombreux ateliers de peinture sur verre, 1649.

Concluons que si, dans les basses-fenêtres qui se trouvent à l’ouest du transsept, on n'a pas suivi le plan d’ornementation arrêté en 1639, conformément aux verrières du chevet, c’est beaucoup moins la faute des hommes que celle d’une époque qui n’eut jamais le moindre encouragement pour l’ancienne peinture monumentale sur verre. Reléguée dans les frises et les bordures des grands panneaux blancs, ou tout au plus dans les impostes et les rosaces, la peinture en apprêt elle-même ne reproduisait guère plus que des armoiries, des emblèmes, des devises, des fruits ou des fleurs. Encore est-il bien facile de remarquer, dans les œuvres du xvue siècle, l’absence complète des beaux verres rouges et jaunes, teints dans la masse, comme on les préparait dans les verreries des époques antérieures. Dans notre Cathédrale, par exemple, ces deux riches couleurs, d’un éclat à la fois moelleux et éblouissant, constituent l’un des rares mérites des basses-verrières qui rayonnent autour du chœur; tandis que dans les trois roses et les trente-six fenêtres qui font suite à l’occident, elles sont remplacées par du verre rouge-sanguin, ou bien orangé, simplement coloré à la moufle.

Enfin, loin de favoriser la grande peinture sur verre, le siècle de Louis XIV vit trop souvent substituer des panneaux entièrement blancs aux anciennes verrières de couleur, sous le frivole prétexte d’éclairer les tableaux à l’huile, alors toujours plus nombreux dans les églises; ou bien encore afin de donner plus de lumière aux anciens du Sacerdoce, dont l’âge aurait affaibli la vue1. Aussi, quoique les rangs des peintres verriers fussent singulièrement éclaircis, cet art pouvait à peine suffire, surtout en France, à l’existence de ceux qui tentaient encore, à leur manière, des efforts inutiles pour en perpétuer les bonnes traditions.

On avait eu le soin, selon le goût de cette époque, de peindre, sur plusieurs de nos vitraux, les armes de Dominique de Vie. Bien qu’il eût refusé au chapitre la chapelle d’intronisation, en 1634, il s’était montré., depuis, fort généreux; et il méritait, à divers titres, de rattacher son nom aux travaux importants qui venaient de s’accomplir dans son église. 11 voulut, en outre, doter la Cathédrale d’ornements sacerdotaux d’un très grand prix.

Cependant, les Auscitains ne perdaient jamais de vue l’engagement pris de couronner le porche par les 1652. deux tours qui devaient recevoir les cloches. En 1652, nous les voyons réclamer, avec instance, l’exécution du «dessein qui en auait désia esté faict,» sous le bienheureux Léonard : «Plaignent,» dit, à ce propos, le cahier dont nous avons déjà parlé, « dé cé qué led’Seigneur tienct trente deux mil liures pour la rente de quatre années de la fabrique de l’église d’Auch laquelle somme doibt estre mise en rente au proffit de lad’église pour la bastisse desclochés, et autres choses portées par la fondation2.»

Nous ignorons si M. de Gouhas fit droit aux autres plaintes. Quant à la bâtisse des clochers, il fallut bien se résigner encore à un dernier ajournement, qui se continua jusqu’après la mort de Dominique de Vie. C’est qu’il régnait une assez grave mésintelligence entre ce prélat et la Commune.

Le monument écrit, qui nous a transmis le long détail des griefs réciproques, n’établit pas bien clairement l’origine de cette fâcheuse querelle. Nous savons seulement qu’elle avait fini par s’envenimer à un tel point, que l’archevêque se tenait presque toujours éloigné de la ville. «Led’Seigneur a poursuiuy diuers décrets en la cour contre des principaux habitants de la ville, sullemant pour les opprimer, et sur des subjects ridiculles, comme pour auoir chanté une chanson dans laquelle ny lui ny

1 C’est ainsi que furent sacrifiées les deux verrières qui ornaient les Notre Seigneur Jésus-Christ recevant le baptême de Jean, son pré-

sacristies, A et B, planche 2, de notre Cathédrale. A celle du nord, curseur, dans les eaux du Jourdain. — Ce déplorable exemple fut imité

Arnaul de Moles avait représenté l’Annonciation en deux grands per- sur plusieurs points du diocèse,

sonnages, l’Ange Gabriel et la Vierge Marie. A celle du midi, c’était 5 Article XII du cahier des plaintes.

lcd personne des siens n'est nommé ny désigné; acisté à un chailybary, ou pour auoir procédé à la (action des consuls en la forme ancienne...; ayant esté contraincts, après diuerses depputations, de faire un acte aud’Seigneur Archeuesque avec toute sorte de respect et de soummission, pour le prier de reuenir dans la ville acister de sa présance et de son conseil les habitants, durant les troubles présants, etc.»

Cette déplorable mésintelligence durait encore, lorsque Dominique de Vie quitta définitivement le diocèse pour se rendre à Ermenonville, sa patrie, où une mort, précieuse devant Dieu, ne tarda pas à l’enlever de ce monde. Elle mitfin, en 1661, à une longue carrière épiscopale, dont tous lesactes n’auraient pas mérité l’estime et la reconnaissance publiques, si le document que nous venons de citer pouvait inspirer une entière confiance. Ses dispositions testamentaires elles-mêmes ne firent aucun droit aux anciennes réclamations du chapitre concernant la chapelle qu’il avait refusée le jour de son installation. « Les intendants de la fabrique s’en plaignirent à messire Méric de Vie, comte de Fienne, frère du déffunt et son héritier,» qui termina l’affaire par une transaction du 17 septembre 1662. Il fut aussi convenu, à

cette occasion, et « agréé desd’sieurs intendants . qu’on maintiendrait les armoiries du déffunt

seigneur acheuesque dans led’jubé en projet, suivant le contract du cinquiesme jour de may de cette mesme année, reteneu par Barbe notaire de la présente ville d’Aux.»

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