FAÇADES LATÉRALES
îcb est bordée, au sud et au nord, de rues étroites qui empêchent de la conous un angle proportionné au développement de ses faces latérales2, pourtant dégagé de toute construction accessoire, depuis le porche jusqu’à la partie tournante du chevet. Mais à cette limite, elle se relie à une espèce de couloir pratiqué, en 1822, pour conduire le public dans la partie méridionale du palais épiscopal qui déjà était convertie, à cette époque, en palais de justice. Néanmoins, il est encore assez facile de compléter le tour de l’hémicycle, à l’est par une salle basse du xive siècle, et au sud par la portion de l’ancien cloître capitulaire qu’on a transformée, de nos jours, en maison départementale de détention.
A l’aspect du levant, l’œil rencontre, sur le flanc des pans coupés, cinq petites baies à jour, dont l’existence accuse, au pourtour du chevet, un étage de plus que dans les autres parties de l’église. Du reste, la déclivité très sensible du terrain rendait cette substruction presque nécessaire; et c’est ce qui nous explique l’établissement des chapelles souterraines de notre Cathédrale, à une époque où l’on n’était plus dans l’usage de construire des cryptes, même dans les grandes basiliques.
Bien qu’une partie des faces latérales se trouve ainsi enclavée dans les édifices adjacents, on distingue assez facilement tous les contre-forts. Ils s’élèvent, après un faible ressaut, et buttent les murs de refend, jusqu’à la galerie moderne qui limite les bas-combles. De là, ces petits murs se détachent des toitures sur toute la profondeur des chapelles. Ils montent encore de 7m 50e pour recevoir la retombée des deux étages d’arcs-boutants qui contre-balanccnt la poussée des hautes-voûtes.
Sur le flanc des contre-forts, de simples panneaux furent taillés en creux, dès le principe, et ornés d’écussons, à quelques mètres du sol. Un peu plus haut, la forte moulure en larmier, qui archivolte l’ogive des fenêtres, fait retour sur la saillie de ces mêmes contre-forts, et se relève en triple fronton aigu, dont les rampants sont enrichis de crochets et de panaches. Au pourtour des chapelles de l’abside, ces frontons, plus élevés, réunissent leurs sommets et se transforment en pinacles feuillagés. Des vases au galbe antique garnis de gros bouquets, des cassolettes, des obélisques trapus, etc., etc., tiennent ici la place des aiguilles festonnées et des clochetons fleuris qui se couronnent de statuettes dans les cathédrales des époques antérieures.
Une balustrade à jour, surmontée de piédouches à boules de pierre, règne autour des rampants du grand comble. Le ebéneau qu’elle borde se ramifie et se prolonge sur l’extrados des arcs-boutants, pour déverser les eaux pluviales au dehors. A la limite inférieure des bas-combles, des gargouilles ou lanceurs sculptés en forme d’hommes ou d’animaux réels ou fantastiques projetaient autrefois ces
Cathédrale d’Ai sidérer à l’aise, s du nord est
oir planche 1 .
eaux, en avant des contre-forts. Depuis quelques années, on a jugé plus convenable de les introduire dans des tuyaux en fer fondu, qui les dirigent jusqu’à la base de l’édifice.
Ces conduits métalliques, dont l’existence est plus facile à concilier avec les intérêts du service public qu’avec la sévérité des traditions archéologiques, cachent en partie les traces d’un grattage, au moyen duquel on a fait disparaître, en 1793, les armoiries de quelques-uns de nos prélats. Tous les contre-forts qui correspondent aux chapelles latérales portaient l’écusson du cardinal François-Guillaume de Clermont-Lodève. Sur les autres étaient distribués, autour du chœur, ceux de François-Philibert de Savoie, et des cardinaux Jean de Lescun et de La Trémouille. Or, l’histoire du monument nous a fait connaître les motifs de cette juste préférence. Jean de Lescun avait accordé, deux fois, des indulgences, et s’était imposé lui-même beaucoup de sacrifices, dans le but de préparer la reconstruction de la Cathédrale. François-Philibert de Savoie et le cardinal de la Trémouille avaient fait construire le chevet, de 1489 à 1507. Et les chapelles des collatéraux s’étaient élevées par les soins du cardinal de Clermont Lodève, sous Louis XII et François Ier, de 1507 à 1548.
Les deux portes du transsept méritent surtout de fixer notre attention dans les façades latérales. « Les susdits portais,» dit le procès-verbal de vérification du 18 mai 1009, « sont .... faicts à la façon moderne, et au milieu de chacun d’iceux il y a un montant enrichi et embelli d’ouvrages modernes1.» Ces derniers mots ne doivent s’entendre que des sculptures qui décorent le linteau et les parties droites de la baie. Mais pourquoi le ciseau de l’artiste n’a-t-il pas imprimé aux courbes ogivales le mouvement qui anime la pierre depuis le sol jusqu’à la naissance de l’arcade?
Les monuments écrits indiquent la solution de ce problème, en assignant à chaque partie de l’œuvre son époque. Nous lisons, en effet, dans le contrat du 16 juin 1629, que les deux portes latérales étaient restées inachevées2; et la reprise dut se faire, sous la direction de Jehan Cailhon, à partir de la sculpture qui datait déjà, à cette époque, d’environ quatre-vingt-dix ans3.
En outre, divers articles imposaient à l’architecte les plans suivis par ses prédécesseurs, dans les détails de l’édifice : c’est-à-dire, pour le porche, les dessins de Jehan de Beau Jeu; et, pour les portes du transsept, les formes en ogive adoptées dans toutes les grandes baies à jour qui figurent aux façades latérales. L’ouverture, qui s’élève au-dessus du linteau droit, devait donc être en tout semblable à celle des fenêtres. Quatre longs panneaux de verre blanc, bordés de peintures en apprêt, sont venus prendre, sur ces deux portes, la place des tableaux en relief qui, dans les siècles précédents, faisaient parler, souffrir, chanter ou prier, à l’entrée des vieilles basiliques, des légions de patriarches, de prophètes, de vierges, de martyrs, d’anges et de saints de tous les degrés de la hiérarchie céleste.
Toutefois, les culs-de-lampe merveilleusement déchiquetés, et les couvre-chefs à broderies pendantes s’y montrent encore à nos regards. Alignés, à la hauteur du linteau, ou étagés à la face intérieure des murailles, ils étaient près de recevoir, sous leurs gracieuses voûtes à réseaux, bon nombre de statues, destinées à veiller nuit et jour à la garde du saint temple. Mais à la reprise des travaux, vers 1630, les temps étaient bien changés : la transition de l’art chrétien aux nouveautés profanes de la renaissance était complète; et les troubles du xvie siècle avaient laissé dans les masses un profond sentiment de lassitude en présence de tant d’œuvres, qui devaient rester inachevées parce qu’elles trouvaient moins de sympathie et qu’elles étaient, de jour en jour, plus incomprises. L’article xxvi du contrat de Jehan
1 Voir, plus haut, page Ci».
,J Articles xxiv et xxv.
:l Les deux salamandres de la porte du nord, qui vomisscut des liâmes, à la hauteur de l’imposte, rappellent le règne de François l, r.
Cailhon réservait, il est vrai, pour un avenir peu éloigné, la dernière « lasson» de nos deux portes : ,, Item laisser? une arquade sur les dicts portaux .... sans y faire aucune fasson, pour sur icelles continuer le mur jusques à son entière perfection; laissant les voissaiges pour seruir lorsqu’on vouldra paracheuer les deux pourtals, et y faire mettre l'entablement, etc., etc.» On n’avait donc pas renoncé, même en 1620, à continuer, dans la ligne des voussoirs, les sculptures qui décorent les pieds-droits. Mais le ciseau mercenaire qui taillait, à la hâte, de lourdes niches en renfoncement, aux trois portiques de l'ouest, aurait-il bien pu s’astreindre à découpcrici, en fines dentelles, des édicules aériens, si étrangers à l’art renouvelé de Rome et de la Grèce ?