FAÇADE OCCIDENTALE
I}eaucoot plus favorisée que les deux autres, par les vastes dimensions de la place qui la précède, la façade occidentale se montre en toute liberté. Mais ce n’est que pour rendre encore plus * sensible son malheureux défaut d’homogénéité avec l’ensemble de la basilique. Trois grandes arcades cintrées introduisent, de plein pied, dans le porche. Jehan de Beau Jeu, qui en jeta les fondements, vers le milieu du xvi» siècle, ne devait trouver rien de plus convenable que les colonnes et les pilastres de l’ordre corinthien pour décorer son œuvre. Aussi les distribua-t-il, au dedans et au dehors, au nombre de soixante-douze, selon toutes les règles de l’art antique, alors généralement préconisé comme seul digne de concourir à l’embellissement des édifices. Il les entremêla de vingt-quatre niches, aujourd'hui désertes, et qui même furent vraisemblablement toujours inhabitées.
Quatre-vingts ans plus tard, nous avons vu Jehan Cailhon poursuivre les plans de Beau Jeu. Mais son style, plus riche et plus orné, faisait déjà pressentir l'ère de splendeur dans laquelle les grandes tours furent construites.
Ces deux tours sont, l’une et l'autre, à base carrée, à deux étages inégaux et à peu près semblables. Le premier, haut de 12” 77° sur 11“ 44» de côté, est enrichi, à l’extérieur, de seize colonnes d’ordre composite. Il se termine, à la hauteur du grand comble, par un trottoir de ronde que borde une balustrade à jour. Le second étage est orné de seize pilastres cannelés; mais ils n’appartiennent à aucun ordre classique. Son élévation est de 1S” 27", et sa base de 9“ 11' de côté. Il est percé, sur les quatre races, de baies étroites et géminées, dont les deux arcades sont inscrites dans une autre plus large et à plein cintre comme les premières.
Les cloches sont dans la tour du nord. Celle du sud porte, au sommet, une armature en fer qui soutient les trois timbres d’une horloge, dont la sonnerie est double, et se répète, dans la grande nef, pour le service de l’église. A l’intérieur de cette tour, un beffroi neuf vient de recevoir le bourdon de la Cathédrale.
On assure qu’un dôme, en harmonie avec l’ensemble et les détails de la façade occidentale, devait couronner le sommet de nos deux tours. Néanmoins, une toiture à quatre pans, aplatie sur l’extrados de la dernière voûte, protégea peine scs larges dalles contre les variations de l’atmosphère. Tout autour.
une galerie fort étroite mesure moins de dix pas sur chaque face; et pour toute décoration vous ne rencontrez, en amortissement, que le monotone piédouche surmonté de ses houles de pierre. Une hauteur de près de 140 pieds vous sépare de la multitude que les jours de fête et de négoce ramènent périodiquement sur les deux places. Si le vent soude, l’air vous saisit de toute part. Il gronde comme la tempête à travers les balustrades; tandis que le bruit de la foule s’affaiblit et monte à peine à vos oreilles.
De tous les points, l’œil se porte librement sur les toits confus de la cité aux rues étroites, sinueuses
et montantes. Il redemande à l’ancien cœur de ville ses murs romans et ses bastilles avancées, ses larges ponts-levis et ses vieilles tours hérissées de nierions, ou couronnées de hurdels et de guettes. Mais le torrent des âges a passé : les nouvelles générations chercheraient vainement les traces de la double enceinte féodale qui fut souvent arrosée du sang de leurs ancêtres. Le noir donjon des Armagnacs, si longtemps formidable, a aussi disparu; et les tourelles plus modestes des barons sont elles-mêmes descendues au niveau de l’humble habitation du pauvre peuple.
Des hauteurs de son auguste sanctuaire, la Vierge protectrice de l’antique confédération novempopulanienne domine seule les faubourgs et la vieille cité. Elle convie autour de son autel, pour les confondre dans le même embrassement de fraternité chrétienne, et le pauvre et le riche, et le fort et le faible; tous ceux enfin qu’on appelait, à une autre époque, « forburgeoys ou manants, vassaux ou suzerains, hommes-liges ou puissants seigneurs.»
Aux trois grandes arcades de l’ouest correspondent trois portes cintrées qui ouvrent sur les nefs de la basilique. Construites deux ans, au plus, avant les premiers travaux du porche', il avait été facile de les raccorder, en 1548, avec ce qui les entoure. Ici encore pilastres et colonnes, avec tous les accessoires de l’ordre corinthien. Le lourd fronton triangulaire n’a pas été omis; et même «l’arc triomphant,» comme on disait à cette époque, couronne les trois entrées.
Au milieu de l’élégant attique, interposé entre la voûte du porche et la porte centrale, a été ménagée une petite niche dans laquelle la statue de Marie pose sur un modeste piédestal5. Un peu plus haut, l’inscription, gravée en lettres d’or sur marbre noir, dans l’aire du fronton qui couronne l’attique, nous avertit que notre église est dédiée à la Vierge mère de Dieu :