‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 30 sur 63 · EFFET D’ENSEMBLE · texte numérisé non relu

EFFET D’ENSEMBLE

oNsiDÊRÉ dans son ensemble, l'intérieur de Sainte-Marie est plein de grandeur et de majesté. La ÉM perspective en est riche et imposante. L’ordonnance des travées, la succession des arcades, des fenêtres et des galeries, la forme régulière et la disposition parfaitement symétrique des chapelles, l’effet des ombres et des oppositions ménagées au plan sauté qui interrompt, par le transsept, la c série des divisions égales, et empêche, d’une manière très heureuse, la monotonie de s introduire à côté de la multiplicité d’éléments semblables, tout enfin est établi dans des proportions où régnent les rapports les plus harmonieux.

Les Grandes Arcades. — La construction est soutenue par cinquante-quatre piliers, dont vingt-quatre

1 Voir, plus haut, page T • Hist. eeclés. de la Gasc

3 Origen. in cap. xxm, Mallh.— S. Just. in dialog. cum Tryph. Jud. — Tertui.l. de patient, cap. xiv.

s’élèvent sur les deux lignes parallèles qui séparent les trois nefs et vont s'embrasser, en hémicycle, à l’extrémité du chevet. Le fût de ces piliers est de forme cylindrique. Sur le contour sont engagés, de bas en haut, huit larges listels à vive arête, dont quatre correspondent aux arcs-doubleaux etaux grandes arcades de la maîtresse-nef; tandis que les autres vont se confondre avec la moulure profilée à l'intrados des nervures qui se croisent à l'axe des voûtes.

Du reste, aucune trace de sculpture, ni même de simples moulures, ne marque, à la naissance des courbes, la place invariablement réservée aux chapiteaux jusqu’au xve siècle. Les bases sont indiquées, sur un socle à six pans, par des moulures qui n’ont plus le moindre rapport avec celles de la période ogivale.

Le Trifobium. — Au-dessus des grandes arcades, qui composent la première zone de l'édifice, règne le « triforium, » c’est-à-dire la galerie qui forme la deuxième. Ici .l’exclusion de l’ogive, que les trois derniers siècles avaient consacrée aux monuments d’art chrétien, rappelle les tendances d’une époque de transition, si fatale à l’architecture religieuse. De simples meneaux droits, à moulures prismatiques, partagent en petites baies ces larges ouvertures à cintre, entièrement dépourvues de grâce et de dignité. Sous l'anse de panier qui les écrase, pas un ornement qui rachète à l’œil le monotone contraste de leur nudité avec les broderies de pierre qui décorent les hautes fenêtres. Une balustrade à jour suit, à hauteur d’appui, le pourtour du chevet. Le même dessin se continue autour du transsept et de la nef; mais ici «les balustres ne sont pas percés,» comme s’en plaignirent, en 1642, les vérificateurs de l’œuvre.

La Claire-Voie. — Un peu plus haut que le «triforium» est la claire-voie, dont le fenêtrage forme la zone supérieure. L’ogive se montre ici de nouveau; mais elle est sensiblement large sur son peu de hauteur, de manière à inonder la nef d’un jour beaucoup trop abondant pour des verrières sans peinture monumentale. Des meneaux droits divisent la baie en deux ou trois compartiments égaux, et vont s’épanouir, dans le tympan, en nervures flamboyantes dont le réseau est d’assez mauvais goût.

Les Voûtes. — Vue à l'intérieur, notre Cathédrale présente l’aspect de trois ordres de voûtes : celle qui embrasse, en forme de croix, le chevet, le transsept et la mai tresse- nef; celles du déambulatoire et des bas-côtés; enfin celles des chapelles.

À la grande voûte du chevet, les arêtiers qui rayonnent autour de la première clé sont ornés, à b extrados de la courbe, d’une fine broderie à jour, qu’on n’a pas imitée dans le reste de l’édifice, où les voûtes sont d’arêtes croisées, sans liernes ni clés pendantes. Elles avaient toutes ce caractère d austère simplicité à l’orient du transsept, lorsque Jehan Cailhon fut chargé, en 1629, de poursuivre, sur le même plan, les travaux commencés depuis près d’un demi-siècle. Il lui fut donc prescrit d’imiter, al ouest, les voûtes déjà faites; toutefois, avec la condition expresse de sculpter, aux nouvelles clés, les armes du bienheureux Léonard. Nous avons vu que ce vénérable prélat s’était obligé pour «la some de six vingt mil liures to ur noises 1 , » sur cent cinquante mille que devait coûter l’achèvement de sa Cathédrale. Il était juste de perpétuer le souvenir d’un tel bienfait : «Item a chascune desd’clefz desd’eroix d’ogive de la grande nefz et allées y mettra les armes dud’Seigneur archeuesque, taillées en pierre auec les ornements à l’entour d’icelles2 .» Et pourtant cette condition n’était pas encore remplie en 1642, puisque les vérificateurs de l'œuvre ajoutèrent à leurs réclamations sur la qualité de la pierre, «sauf qu’il n’y a pas d’armes.» De nos jours on pourrait en dire autant. Mais les traces du ciseau qui les a grattées, en 1793, prouvent encore qu’on avait réparé cette omission.

U page 67.

Article xxxm du contrat du 16 juin 162!).

Lfs Chapelles. Il esl aisé de reconnaître «[Lie les chapelles ont été construites cl un seul jet et sur

un plan d’une régularité parfaite. Elles ont toutes le pavé à un niveau commun, plus élevé que le sol des nefs d'environ 0”' 18“. Leurs voûtes, de hauteur uniforme, sont d’arêtes croisées, sans hernes, ni tiercerons, ou clés pendantes, comme les autres voûtes de la basilique. Les chapelles qui bordent les parties droites de l’édifice sont toutes égales, semblables et parallèlement disposées, au nord et au midi, de manière à correspondre aux travées et aux fenêtres des bas-côtés. Celles qui sont à l'ouest du transsept n’avaient, en 1029, ni autel, ni pavé, ni verrières. Jehan Cailhon s’était engagé à «bastir dans chascune d’icelles un autel auec le marchepied. » Il est bien vraisemblable que les retables étaient aussi compris dans le contrat : ils furent rehaussés de bas-reliefs dont les encadrements présentent encore les caractères de l’époque.

La tourmente révolutionnaire de 1793 vint changer l’aspect du Saint Temple et dégrader les chapelles qui en étaient l’un des plus riches ornements. Aussi l’état où elles se trouvent, de nos jours, n’est-il plus qu’un pâle souvenir des époques antérieures. Lorsque le culte fut rétabli, quelques familles dévouées se donnèrent le soin de restaurer les autels, à la seule condition de changer le vocable, et de substituer au premier nom celui du patron, ou de tel autre saint dans lequel le bienfaiteur avait plus spécialement mis sa confiance. Toutefois, ces changements ne s’étendirent pas à toutes les chapelles.

La disposition générale des grandes lignes, en tout rigoureusement symétriques dans notre Cathédrale, produit, à l’intérieur, un triple aspect d’arcades, de chapelles et de voûtes interrompues ou continues; à l’extérieur, un double effet de combles continus et cruciformes, de haies à jour, de contreforts et d’arcades aériennes dont l’harmonie ravit à la première vue.

Mais cette heureuse combinaison serait bien autrement saisissante, à 1 intérieur, si la zone inférieure des fenêtres n’était pas dépourvue, à l’ouest du transsept, des verrières historiées qui devaient d’abord les embellir. Avec leurs grands panneaux de verre blanc, un jour vif et par trop abondant frappe et rompt brusquement toutes les lignes. Il change et dénature les eflcts calculés dans le principe, et que l’exécution du premier plan d’ornementation aurait pu seule réaliser. Malheureusement, lorsque ce plan aurait dû se compléter, la peinture sur verre en était à son agonie. Aussi, rien ne peut remplacer aujourd’hui ce jeu de lumière tempérée par les plus riches nuances, qui, se mariant et se reflétant sur tous les points, aurait donné une toute autre vie aux grandes lignes architecturales.

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