LES TROIS ROSACES
;JSes deux rosaces du transsept présentent elles-mêmes ce caractère de parfaite identité1. Au
ï centre de celle du nord figure, en buste, le prince des apôtres, avec sa double clé d’or et d’argent; tandis qu’à la même place on voit, à celle du midi, le buste de St-Paul portant le livre de l’apostolat et le glaive de son glorieux martyre.
Dans la rosace de St-Pierre, l'œil s’arrête avec surprise, sur une sorte de mosaïque eonfuse de pièces émaillées, et réunies avec une intention évidente de désordre. C’est l’écusson de Monseigneur de Vie, décomposé et remis en plomb par les niveleurs de 1793. Nous avons cru devoir le rétablir dans le dessin : il portait « écartelé, aux premieret quatrième, de gueules à deux bras et mains dextres jointes ensemble, mouvantes de deux flancs et posées en fasce, le tout d’argent; et en chef un écusson d’azur, chargé d une fleur de lys d’or et d’une bordure du même» qui est de Vie : « aux deuxième et troisième d’azur, à une fasce d’or, accompagnée de trois piliers du même, deux en chef et un en pointe.»
Nous devons pourtant reconnaître qu’à la rosace occidentale on a voulu faire un essai d’ornementation un peu plus digne des beaux temps d’Arnaut de Moles. Marie, en simple buste, voile d’azur et nimbe d’or, s’y montre à nos regards, au centre d’un rayonnement solaire2 . La « Reine des Anges » a pour cortège un triple chœur d’esprits célestes, disposés en cercles concentriques. Mais que nous sommes loin de ces grandes et belles figures qui, d'après le premier projet, devaient «surpasser le naturel, même en ce comprins les trois os3!» Encore ces faibles réminiscences d’un art entièrement déchu de son ancienne splendeur ont-elles beaucoup perdu de leur éclat. On avait cru l’augmenter, à une époque récente, en lessivant les verres de couleur. Mais les aspérités d’un corps dur mêlé au liquide dépolirent la surface au détriment des émaux, et dégoûtèrent, pour toujours sans doute, d’une opération aussi mal entendue.
Cette rosace a été reproduite dans une publication récente1 * *, dont le savant auteur nous permettra de faire ici toutes nos réserves sur l’exactitude du dessin qui lui a été communiqué. Le cortège de la Vierge se compose bien uniquement d’esprits célestes, ainsi qu’on le voit dans notre planche 6. Point de figure de femme qui s’y mêle, dans l’attitude de la prière. Il est, de plus, à remarquer que dans chacune des trois orbites où les anges semblent tourner du sud au nord, et comme dans la sphère de la « Rose Mystique, » toutes les figures sont calquées d’après le même carton; ce que ne permettraient pas de supposer les nombreuses variantes du dessin interprété par M. Adolphe Berty8.
1 Voir planche b.
2 Millier araicta sole. Apoc., cap. xu,v. 1.
3 Voir, plus haut, page 69.
1 Monuments anciens et modernes, par M. Jules Gailhabaud,
avec la collaboration des principaux archéologues. Tom. IV.
3 Nous avons aussi le regret de n'être pas toujours d'accord avec le
texte de M. Adolphe Berty. La courte notice qu’il a laite sur notre Cathédrale, comme collaborateur de M. Jules Gailhabaud, a été rédigée d’après des notes incomplètes, et peut-être aussi à trop grande distance du monument.
La partie historique de cette notice est loin, surtout, de porter la trace d’une étude sérieuse des documents originaux.