‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 34 sur 63 · CHAPELLE DU PURGATOIRE · texte numérisé non relu

CHAPELLE DU PURGATOIRE

VITU AH. DF. a, A C'HÉ.ATIOiV

(Plancue 8.)

rnaut de Moles débute par la Création, la chute originelle et les malheurs qui en furent immédiatement la suite. Le Père Eternel domine toutes les scènes. La splendide chape du

pontife est le manteau du Roi de l’univers naissant. Un chœur céleste environne Jéhovah. Six $5$ anges, aux ailes éployées, entonnent l’hymne de la Création, sur divers instruments de musique : à la droite du Père Eternel, la cornemuse, la harpe et le rebec; à sa gauche, le tympanum, la trompe et la guitare chantent sa grandeur et sa puissance créatrice.

Au-dessous et dans la direction de la droite du Tout-Puissant commence le drame génésiaque. Dès la

première scène, le Créateur s’est abaissé jusqu’à la matière qu’il vient de tirer du néant. Le peintre

nous le représente débrouillant d’abord le chaos. Cinq orbites sidérales et concentriques sont disposées autour de la Terre, selon le système astronomique antérieur à Copernic9.

1 S. Ambros. in Luc, lib. II, cap. 2, n° 55. Vides omuem Legis Vcleris sériera fuisse typum fuluri.

2 « Libres græcos sumile; agnoscile sibyllam, quomodô unum Deum significet, et ea quæ sunl futuraprænuncict.»— Strom. Lib. VI. Voir encore, dans divers PP. de l’Eglise, tels que S. Clément de Rome, recogn. adJacob.— ATHÉNAG.,proleg. Christ-, n"30.— S. Just., cohort. ad Græc., n"5 16, 37, 38.— Origen. conlrà Celsum, lib. V, 64. — Théoph. d’Anlio. adAutolyc., lib. II, n" 36. — Lactan., de verâsap-,

>.xv et xvih.— S. Jérome adv. Jovinian., lib. I.— S. August , de civil.

Raphaël, Le Titien, Le Parmesan, etc., etc.; sans compter les diflérents artistes charges par Jules II de décorer la Santa Casa, ouNolre- Dame-de-Lorette.— Eu Italie, les Sibylles se voient encore : à Rome, au capitole, à la galerie Borghèse, etc., etc.; à Sienne, dans la Cathédrale; et de même en divers autres lieux. En France, on les retrouve dans les églises d’Amiens, d’Aulun, d’Aix, d’Auxerre, de Saint-Bertrand de Comminges, de Beauvais, de Brou, de Clamecy, de Rouen, etc., etc.; et, pour notre diocèse, dans l’intéressante chapelle de Nolrc-Dame-de-Cahuzac.

Dci, liber xvm, cap. 23,24; contr. Faust., liber xm, cap. 1,23, etc., etc. » Raoul Rochette, tableau des Catacombes de Rome, p. 134.

7 De la Prose des morts, au missel romain.

8 D’une hymne de notre ancien missel romain-français.

au missel romain.

5 Essai descriptif de l’ancienne église abbatiale de Saint- Antoine, en Dauphiné.

* Muratori, autiquitates Italiæ, tom. II, p. 879.

6 Le Pérugin, Sandre Boliccllo, Baccio Bandinclli, Michel-Ange,

0 On sait que l’immortel ouvrage de orbium cœlestium Hevolutionibus du chanoine astronome fut terminé, au plus tôt, en 1530. 11 fut dédié au Pape, et imprimé, pour la première fois, à Nuremberg, en 1543, avec l’approbation ofliciellc du cardinal Schomberg.

A droite, le Créateur, représenté debout, entre les deux meneaux, semble témoigner, avec plus d’intention, l’intérêt qui se rattache au chef-d'œuvre de ses mains, dans les décrets de son éternelle Sagesse. Il s’est dit: «faisons l’homme à notre image et ressemblance1.»

Ici, le peintre ne le figure plus en buste seulement : sa tunique longue et traînante, sa taille libre et sans ceinture, ses pieds nus qui foulent la terre, tout, en un mot, symbolise, avec une admirable simplicité, les humbles dehors de la nature humaine que le Verbe éternel, «par qui tout a été fait 2,» s’unira dans le temps, pour le salut des hommes. Il vient d’approcher du limon dont il s’apprête à façonner le corps du père des humains. «Jusque-là,» dit Bossuet, «nous n’avions pas vu le doigt de Dieu appliqué sur une matière corruptible. Pour former le corps de l’homme, lui-même prend delà terre, et cette terre, arrangée sous une telle main, reçoit la plus belle figure qui ait encore paru dans le monde 3.» De ses deux mains, le Tout-Puissant élève sa nouvelle créature du sein d’un limon informe. Il s’incline avec bonté pour l’animer de cette vie de l’intelligence dont le principe ne pouvait venir de la matière.

Au sujet suivant figure la création de la première femme. Tandis que le premier homme, à demi couché sur la terre nue, et la tête inclinée sur le bras gauche, dort du sommeil que Dieu vient de lui envoyer, sa compagne, toute belle des charmes de l’innocence, naît d’une de ses côtes. Elle sort et s’élève du côté droit de son époux, sous la main du Seigneur qui la bénit. Le regard naïvement empressé et les mains jointes, Eve reconnaît son Créateur et l’adore.

Mais, nous voici à la fatale scène qui domine, dans le tableau central, tous les sujets de la verrière. L’arbre de la science du bien et du mal s’élève au milieu. Ses branches, couronnées de feuilles et de fruits, s’étendent vigoureusement jusque dans les deux baies latérales, où se montrent nos premiers parents. Autour du tronc noueux est enroulé le serpent infernal. Les longs et tortueux replis de l’énorme reptile embrassent la tige dans toute sa hauteur. Ils aboutissent à un buste de jeune fille, qui avance, à travers le feuillage, et se penche artificieusement vers la mère des hommes. On voit, au geste persuasif de sa main gauche, que ce mauvais génie cherche à rassurer Eve sur les suites de sa désobéissance, en lui disant: «vous ne mourrez point1,» tandis que de la droite il lui présente le fruit défendu.

Les traits indécis d’une vierge à peine adolescente, entés sur le corps du plus rusé des animaux, avaient paru aux artistes du moyen-âge l’expression la plus complète de la puissance de séduire. Assez souvent ils donnèrent à cette face tous les dehors éblouissants de la beauté sensible. Ils l’encadraient soigneusement, comme aux stalles d’Amiens, par exemple, dans les tresses d’une ondoyante chevelure.

Ailleurs, au contraire, ils auraient voulu emprunter de l’Enfer le type du laid absolu, pour rendre la haine jalouse et la profonde malice de l’ennemi du genre humain. Ainsi, aux boiseries de notre Cathédrale, l’entaillcur substitue à la jeune séductrice les traits hideux d’un être infernal, dont l’ensemble et les détails ne sauraient exprimer, tout au plus, que la charge de la figure humaine. Tandis que, dans le vitrail, l’artiste, uniquement préoccupé de l’union intime de la volupté et de la ruse, a trouvé plus piquant de faire contraster les grâces pures et naïves d’Eve encore innocente avec les grâces molles et perfides de ce premier type de la séduction.

On reconnaît que la mère du genre humain a donné dans le piège. Elle vient de recevoir le fruit défendu. Mais ses yeux sont à peine ouverts sur les suites funestes de sa faute.

Adam, au contraire, la déplore avec amertume, dès qu’il a goûté la pomme que lui a donnée son épouse. Confus et repentant, il retire et cache, avec empressement, la main droite qui s’est rendue coupable, tandis que de la gauche il exprime une tardive répugnance. S’il a désobéi, ce n’est qu’à

1 Gen., cap. i, v. 26. 3 Disc, sur l'iiist. univ., 2' pari.

5 Joann., cap. i, v. 3. 4 Gen., cap. in, v. 4.

contre-cœur. Aussi, à ses cuisants remords ne tarde pas de se mêler une douce confiance : ses yeux ouverts se portent vers le Ciel; et son regard plein d’expression y retrouve l’espérance.

Cependant, la punition suit de près la faute de nos premiers parents. A gauche et au-dessous, ils sont repoussés, avec violence, du Paradis terrestre. On les voit tristes et confus de la nudité que le péché leur a faite. Ils fuient, à pas précipités, sous les coups du Chérubin, armé d’un glaive flamboyant, auquel Dieu a commis la garde de l’Eden. La sortie de ce lieu de délices est figurée par un portique en perspective, dont les deux coupables franchissent le seuil. Le peintre a dirigé leur fuite à l’ouest, en dehors de la verrière. Mais la composition nous paraîtrait mieux entendue, et l'action réellement progressive, si Adam et Eve étaient repoussés dans le sens contraire, c’est-à-dire vers ces régions arides où nous les retrouvons, à droite, dans le deuxième compartiment.

Ici, nos premiers parents se livrent au travail, en exécution de cette fatale sentence: «C’est à la sueur de ton front que tu mangeras le pain1.»

Eve, assise et convenablement vêtue, est environnée de ses enfants, dont le plus jeune est à chevauchons sur ses genoux. Leurs membres, encore nus, réclament le fruit de son travail. Ses bras, gênés de toutes parts et assiégésdes pressantes caresses de la jeune famille, peuvent à peine se tenir en action. L’œil de l’observateur distingue pourtant le fuseau déjà garni, tournant encore entre les doigts de sa main droite, et tordant le fil qui remonte jusqu’au sommet d’une abondante quenouille, dressée en avant de son cpaulc gauche.

A quelques pas de là se trouve Adam, la bêche levée et le corps péniblement courbé vers la terre maudite. Une courte tunique couvre les membres de l'ardent cultivateur, mais descend à peine à ses genoux. Elle est fendue des doux côtés pour faciliter ses mouvements; et de plus, elle s’ouvre aux épaules, afin do donner libre passage à ses bras nus et vigoureux.

Nous trouvons enfin, dans le troisième compartiment, la première exécution de l’arrêt de mort prononcé sur la race humaine. Caïn a invité son jeune frère à le suivre à l’écart dans la campagne». Abel se livre sans défiance; il a suivi Caïn loin des regards de la famille. Déjà il succombe sous les premiers coups du meurtrier qui lève encore, de la main droite, sa lourde massue, comme pour s'assurer de sa victime. Abel semble faire un dernier effort pour toucher l'âme de son frère. Il cherche a se relever; il voudrait embrasser ses genoux. Mais l’allure déterminée do Caïn, les traits durs et heurtés de son visage disent assez que la candeur et l’innocence ne sauraient émouvoir le cœur de ce barbare fratricide.

A gauche et vers le sommet des broderies de pierre qui décorent l’ogive, le peintre fait figurer encore Abel, avec deux autres personnages isolés comme lui. Les traits pleins de douceur de sa figure imberbe rappellent la mort prématurée du premier juste; et l’inscription amu humus martyr «Abel, premier martyr» du philactère qui ondule sur sa tète, fait penser à cette autre innocente Victime, qui, par la malice des siens, mais pour le salut de tous, périra plus tard sur le Calvaire, d’une mort violente et cruelle, dont celle d’Abel n’est que le type figuratif.

En face d’Abel, Enos occupe le milieu du tympan. Sa longue barbe, son front ridé et les traits amaigris de son visage ne sauraient toutefois accuser l'àge de neuf cent cinq ans que la Genèse donne à cet antique patriarche3 4. Il porte, inscrit sur son philactère, cet éloge si digne du fils de Seth : nos comr mvo» nomen DOMiNi ‘«Enos commença d’invoquer le nom du Seigneur.»

A sa gauche, Enoch, les yeux levés au Ciel, semble hâter de scs vœux le moment où il sera ravi a la

Gen , cap. m, v. 19.

Ibid., cap. iv, v. 8.

3 Gen., cap v, v. 11.

4 Ibid., cap. iv,v.2(i.

terre. « On ne l’a plus vu, dit le texte sacré, parce que Dieu l’a enlevé... il a été transféré dans le Paradis '.» Arnaut de Moles a peint, sur un autre vitrail1 2, ce merveilleux enlèvement du saint patriarche. Dans celui qui nous occupe, son philactère porte : senochoc justus tlacuit deo, «Saint Enoch, le Juste, a plu à Dieu.» Le peintre veut bien que l’on sache qu’il n’est pas ici question d’IIénoch, ce fils de Caïn, qui donna son nom à la première ville3. — Enoch, le Saint, n’a passé sur la terre que trois cent soixantecinq ans4. Serait-ce parce que cet âge atteint à peine le tiers de la vie d’Enos qu’ Arnaut de Moles a jugé plus convenable de le représenter imberbe à côté de son trisaïeul ?

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