VITRAIL »H LA NATIVITÉ
(Planche 10.)
par le texte de la Genèse, dans l’exécution du plan qu’il a conçu, Arnaut de Moles poursuit la série des Patriarches et nous montre, au troisième vitrail, Abraham que Dieu a . choisi pour l’établir chef d’un grand peuple. Le saint vieillard est courbé sous le poids des années
de son long pèlerinage. Toutefois, il porte encore, avec confiance, sa main gauche à la garde de l’épée qui vient de délivrer Loth et sa famille. Il s’incline, avec respect, en présence du roi de Salem, melchisedec rex ssalem, dont le costume oriental est éblouissant d or et de pierres précieuses.
Melchisédech est venu à sa rencontre pour le féliciter de la victoire qu’il a remportée sur Codorlahomor*. Et, en sa qualité de prêtre du Très-Haut1 2, il bénit Abrabam, et rend grâce au Seigneur du brillant succès qu’il vient d’accorder à ses armes. De son côté, le saint patriarche avance sa main droite, et fait bon accueil à la modeste offrande de pain et de vin que lui présente Melchisédech, comme un symbole anticipé des Espèces Eucharistiques.
Abraham, dit la légende du vitrail, sera le père de plusieurs nations : abraham pr multarum gentium. C’était la promesse formelle du Dieu de ses pères3. Et pourtant le Seigneur, voulant éprouver sa foi*, lui donne l’ordre d’immoler Isaac, ce fils unique de Sara, de qui devaient naître des rois et des peuples, et dans lequel devaient s’accomplir toutes les destinées patriarcales8. Déjà même le jour du sacrifice est arrivé. Le père et l’enfant se disposent à gravir la montagne du Moria0, où l’autel dressé les attend, lorsque Abraham, prenant le bois de l’holocauste, en charge son fils Isaac. Pour lui, il portera, de ses mains, le feu et le glaive.
Telle est, à peu de chose près, la mise en scène du soubassement, dans le vitrail qui fixe, en ce moment, notre attention. Isaac, nu-pieds, revêtu d’une simple tunique bleue et sans ceinture, précède son vieux père. La tête nue, et le corps penché sous le fardeau qui pèse sur ses épaules, il chemine péniblement vers cet autel qu’ Arnaut de Moles a figuré au sommet de la montagne. « Mon père, dit l’enfant. Et
1 Gen., cap. xiv, v. 14... 17.
2 Ibid., cap. xiv, v. 18.— Hebr., cap. vii, v. 1.
3 Ibid., cap. xvii, v. 4, 5.
4 Hebr., cap, xi, v. 17... 19.
5 Gen., cap. xvn, v. 19.. .21.
11 Dom Calsiet. Dictionnaire de la Bible, au mol Moria.
Abraham répond : Eh bien, mon fils? Voilà le feu et le bois, reprend Isaac; mais la victime, où est-elle? Abraham dit : Dieu y pourvoira, mon fils1.» Et nos yeux rencontrent, un peu plus loin, la victime qu’un tendre regard a désignée, au moment du sacrifice. Isaac est à genoux, les mains en croix sur sa poitrine, les yeux bandés, et la tête doucement inclinée. Abraham a saisi, de la main gauche, une abondante mèche des cheveux de son fils, qui attend, avec un grand air de résignation, la mort que va lui donner son père. Le glaive déjà levé brille dans la main droite du patriarche; mais le Ciel est satisfait, et un Ange arrête le coup qui, dans les desseins de Dieu, doit frapper une autre victime : non trucidas manu tua tuum puer, « ne frappe pas ton fils de ta propre main,» s’est écrié le messager céleste, avec l’inscription qui se lit un peu plus haut.
Notre peintre n’a pas omis d’indiquer la victime destinée à l’holocauste, en plaçant à quelques pas d’ Abraham le jeune bélier qui, d’après le texte de la Genèse2, doit compléter cette touchante scène. M. Ribault l’a supprimée, dans le dessin qui reproduit cette verrière pour la publication de M. J. Gailhabaud3. Le bélier aura semblé, peut-être, d’une importance fort secondaire. Mais, sans compter que l’exactitude est de rigueur, lorsqu’il s’agit de reproduire un objet d’arL l’omission est ici d’autant plus inexcusable que notre sujet, ainsi tronqué, manquerait de ce caractère d’intime relation entre l’holocauste du Moria et le sacrifice du Calvaire, que les PP. de l’Eglise ont consacrée dans leurs écrits4. «De même, » dit Théophylacte6, «qu’Isaac n’a point souffert, tandis que le bélier a été immolé à sa place, ainsi, à la Passion de Jésus-Christ, la nature divine reste impassible, tandis que la nature humaine est immolée.»
Au troisième compartiment, l’apôtre St Paul, le front chauve, la barbe et les cheveux longs, montre de sa main droite l’épée qui doit lui trancher la tête. A l’époque où, jeune encore, il portait le nom de Saul, il s’est donné la mission de rechercher les disciples de Jésus jusque dans la Syrie, pour les traîner à Jérusalem, chargés de chaînes6. Déjà, il approche de Damas lorsqu’une voix du Ciel l’arrête : « Saul Saul, pourquoi me persécutes -tu, «dit l’inscription du soubassement: saule saule quid me perseque. Renversé de son cheval par une main invisible : « qui êtes- vous, Seigneur, dit Saul, en portant son regard vers
les Cieux? Et la voix répond : je suis Jésus que tu persécutes . Seigneur, dit-il, saisi de crainte et de
stupeur, que voulez-vous que je fasse? Et le Seigneur reprend : lève-toi, entre en ville; et là, on te dira ce que tu dois faire. »
Dans le quatrième compartiment, la Sibylle de Samos porte, sur son bras gauche, le berceau de l’Enfant-Dieu, dont elle a prédit la naissance7. Elle expose à l’apôtre des Gentils le mystérieux enseignement des vérités très incomplètes qu’elle propage à travers les nations de la gentilité. Et St Paul lui apprend que le Dieu inconnu, objet de ses oracles, a glorifié par d’éclatants prodiges le volontaire abaissement auquel il s’est réduit, afin de réparer la chute originelle; qu’il a passé faisant le bien au peuple ingrat qui l’a cloué sur un gibet; mais que la voie d’humiliations qu’il a suivie, de la crèche au Calvaire, l’a ramené du Calvaire dans les Cieux.
L’inscription du cartel nous fait connaître que