CHAPELLE DE SAINTE-ANNE
[Trois fenêtres.]
ÎMIKHIEU VITKAII,, A GAUCHE.
ne quatrième série commence avec le premier vitrail de l’abside. Nous venons de voir
; JLJM St Pierre et Ilériphile ouvrir successivement celles des Patriarches, des Apôtres et des
Ë Sibylles. Samuel se montre ici à nos regards, en tête des Prophètes. «De son temps,» dit l’Ecriture, «l’esprit de prophétie se communiquait rarement et avec beaucoup de mesure4.» Néanmoins, on ne tarda pas de reconnaître, «depuis Dan jusqu’à Bersabée, que Samuel était prophète du Seigneur5.» C’est, en effet, le titre que lui donne Arnaut de Moles, Samuel propheta. Mais comme il vient de lui attribuer, au vitrail précédent, le caractère sacerdotal, il le revêt d’un riche costume, dont l’ensemble rappelle assez celui que portait le Grand-Prêtre, sans toutefois le rehausser ici de l’êphot ni du rational. Samuel tient le livre de la Loi, et en indique l’enseignement de la main droite.
A sa gauche, Isaac, dont le costume est, en tout, semblable à celui de son père, continue la lignée des Patriarches, isaac patriarcha. Mais, au lieu de l’épée d’ Abraham, le peintre place à sa main gauche un livre ouvert, dont il semble demander l’intelligence au voyant de Silo.
Au troisième compartiment, Osée interroge le Ciel d’un air inspiré. Il nous rappelle, dans la légende du vitrail, osée primus propheta, qu’il fut le premier des douze petits Prophètes, ces Apôtres de la Loi ancienne, comme les appelle l’école symbolique0.
Les populations modernes, si peu attentives au véritable esprit de l'enseignement chrétien, connaissent à peine ces intimes relations de la Synagogue et de l’Eglise, que nos pères dans la Foi aimaient surtout à reproduire sur les verrières de nos basiliques. Mais, au vrai moyen-âge, ces brillantes pages de lecture sacrée n’avaient pas seulement, comme de nos jours, sur l’imagination de la multitude, la puissance magique du spectacle. Les moins lettrés en possédaient l’intelligence; chacun y retrouvait les utiles leçons dont tous les cœurs étaient imbus, dès J’àge le plus tendre; et, par ce moyen, les diverses générations venaient successivement attester, enfface des autels, l’identité et la perpétuité des croyances primitives. C’est qu’en effet, elles devaient se souvenir, à toutes les époques, que le fil de la vérité ne s’est jamais rompu dans la marche solennelle des temps, qui remontent vers le Christ avec les Patriarches et les Prophètes, ou en descendent avec les Apôtres; et que la bonne nouvelle de son apparition dans le
1 Rio. De l’Art chrétien, lom. II, passim. s Isai, cap,, i, v. 3 s Luc, cap. h, v. 14
1 Reg., lib. I, cap. ni. v. 1.
5 Ibid., v. 20, 21.
0 Forma sunt scnatûs Aposlolorum duodeni.
monde fut, invariablement, promesse chez les uns, et histoire chez les autres, pour le salut du genre humain.
Vers le centre de l’ogive, l’Enfant Jésus dort dans les bras de sa divine Mère. « Il a revota l’humaine apparence,» afin d’éclairer tout homme venant en ce monde. Mais sa lumière est encore voilée des langes de la première enfance1. Aussi, les ténèbres delà gentilité ne l’ont point comprise. Viendra le temps où ses rayons, renfermés et contenus dans cette lanterne symbolique, que la Sibylle porte, un peu plus haut, à la main droite, seront manifestés à toutes les nations. L’inscription du philactère attribue ce vatidique enseignement à la Sibylle de Perse, sieylla persica. Elle en demande l’interprétation au grandprotre Héh, qui, en sa qualité de Juge-Pontife, heli ju. et s., a le secret des traditions antiques, dont il dévoilé le mystère à la Sibylle. Au pourtour, quatre Chérubins chantent un hymne à l’Enfant-Dicu, et deux musiciens célestes l’accompagnent au sou de la trompe et de la cithare.
Comme simples motifs do décoration, l’artiste figure, selon le goût des dernières années de Louis XII, une petite galerie de personnages, à costumes très variés, des dauphins, des génies ailés, des hucranes, des vases de fruits et de fleurs, des Anges, enfin, qui semblent se balancer à l’escarpolette, ou qui jouent avec des guirlandes, ün lointain en perspective, dont l’effet est ravissant, imite, au bas du vitrail, un intérieur à double arrière-plan de verrières non coloriées.