PREMIÈRE FONDATION DE SAINTE-MARIE D’AUCH
oulant surtout mettre en honneur le culte de Marie, Taurin réserva son autel pour une troisième église, qu’il se proposait d’ériger en l’honneur de la Mère de Dieu. Quoique les Ausci eussent tabli leurs demeures, en très grande partie, à l’orient de la rivière, il choisit de préférence le
I sommet de la colline qui la domine à l’ouest. Il fixa l’emplacement sur le lieu même où, d’après les
traditions locales, nos pères avaient immolé des victimes aux idoles. Du reste, une tète de Vénus, dont les caractères essentiels rappellent la Vénus d’Arles, a été trouvée de nos jours dans les anciennes fondations de Sainte-Marie. Cette découverte confirme la tradition et prouverait, ce semble, que le culte du vrai Dieu, ici comme ailleurs *, était venu purifier les hauts-lieux, et reprendre la place qu’avaient longtemps usurpée les divinités du paganisme.
Le P. Mongaillard fait remarquer, avec un intérêt particulier, que le nouvel oratoire fut consacré sous le vocable de la Nativité de la Très Sainte Vierge, et enrichi de scs reliques.
1 Ce ruisseau fut détourné vers le nord, lors de la construction de 3 De là le vieil adage des premiers siècles chrétiens : « ecclesia verô
l’hôpital, au xv. 11e siècle. 1uæ reciPil vivos> reciPiat et m0l'u,0S-°
3 DeJur.sacr. Cap. 1-7. Duod. tabcll. Ex Cicer. II de legibus. «Ho- 4 On peut en voir plusieurs exemples dans les Pèlerinages aux
minem mortuum in urbe ne sepelilo, neve urito. >. sanctuaires de la Mère de Dieu. - In-12.
300. «Mais en quoi consistaient,» ajoute-t-il, «ces religieux souvenirs de Marie? 11 n’est pas facile de le dire; à moins qu’on ne puisse reporter à ces temps reculés, et vénérer comme authentiques les précieux objets qu’on nous montre de nos jours, savoir : dans le trésor de la Cathédrale quelques parcelles des cheveux et des vêtements de la Mère de Dieu; et chez les religieux Bénédictins de Saint-Orens, quelques fragments de son sépulcre et du lieu même où elle rendit le dernier soupir1.»
Quoi qu’il en soit de ces pieuses conjectures, Sainte-Marie d’Auch venait de s’élever sur des fondements bien circonscrits, que nous verrons s’étendre dans la suite, et qui seront quatre fois remaniés dans le cours des siècles. Mais elle n’aura que beaucoup plus tard le titre de Métropole, dans la province ecclésiastique de la Novempopulanie.
Il serait bien difficile de se faire une idée juste de ce que pouvaient être nos édifices religieux dans les dernières années du iue siècle. Les Gaules avaient eu, à diverses reprises, d’assez longs intervalles de trêve, où les persécuteurs, tempérant, de guerre lasse, la sévérité des édits impériaux, donnaient aux chrétiens le temps de respirer. Ceux-ci en profitaient pour établir, à la hâte, quelques pauvres constructions, dans l’intérêt du nouveau culte. Déjà, du temps d’Origène, on les voyait se multiplier sur toute la terre2. Mais, bien souvent, ajoute ce Père, elles n’avaient d’autre durée que celle de la trêve3.
Nous ignorons quel dut être, en particulier, le sort de nos trois églises, sous la persécution de Dioclétien. Elles furent emportées, selon toute apparence, par la tempête qui fit disparaître, même en Occident, etmalgré le bon vouloir de Constance Chlore4, tant d’autres édifices religieux.
Quant au saint évêque Taurin, il trouva, dans le fils de ce prince, un appui beaucoup plus efficace. Successeur de son père, dès l’année 306, Constantin affranchit le christianisme de toute espèce d’entraves, dans la Grande-Bretagne, en Espagne et dans les Gaules. Il se convertit enfin lui-même, et permit, par un édit formel, de relever partout les églises abattues, d’en construire même de nouvelles. En sorte qu’Eusèbc put bientôt s’écrier: «Si un seul templesitué dans une ville dePalestinefutunobjetd’admiration, combien plus sont merveilleux le nombre, la grandeur, la magnificence de tant d’églises de Dieu, érigées dans tout le monde! car il en est déjà couvert5. »
Nos oratoires n’auront donc pas tardé à renaître de leurs ruines, et le culte du vrai Dieu, mis en honneur de toutes parts, aura pu, du vivant de l’évêque Taurin, briller d’un éclat nouveau dans notre province ecclésiastique.
C’est ainsique le saint prélat voyait s’accomplir, en son entier et désormais sans le moindre obstacle, sa mission apostolique. A force desoins et de persévérance, la hiérarchie ecclésiastique se trouvait définitivement organisée dans la Novempopulanie. Et la succession régulière étant d’ailleurs assurée à notre siège, Dieu voulut couronner, par le martyre, les glorieux travaux de son serviteur.
Les documents capitulaires suivis par les Bollandistes0, placent sa mort au 5 septembre de l’année 313. Or, à cette époque, l’Eglise jouissait partout, depuis un an, de la paix la plus parfaite. Aussi, dit la légende du bréviaire auscitain, « ce n’est pas en vertu d’une sentence des juges impériaux que notre prélat eut à subir la mort. 11 tomba sous les coups des habitants d’un hameau voisin, où son zèle l’avait conduit pour les détourner des pratiques du paganisme.»
1 Fol. 222.
- Origen. Hcxapl. Toin. 1. « . ecclesias nempeper lolum orbem
concilias.)'
-1 Oricen. Traclat. XXVIII, in Malh. « Piopterquod cl pcrseculioncs passa; sunt ccclcsia1, et incensæ sunt. i>
4 Lactanc. De morte pcrsecul. Cap. xv.
5 Euseb. Comment, inlsaiam. Pag. ü60. — <i . Nam lotus orbis
plcnns ecclesiis est.»
0 Act. SS. ad 5 seplcmbris.