DE MOÏSES QUE LES CAL DES AVE ARS ET BRULES
Il est vraisemblable qu’Esdras fut du premier retour des Juifs, de Babyloue à Jérusalem, sous la conduite de Zorobabel. Mais il ne quitta définitivement la Chaldée que la septième année d’Artaxercès. Ce prince, qui l’aimait, lui accorda tout ce qu’il était venu lui demander, dans l’intérêt de la ville et du Temple, et consentit à le renvoyer dans sa patrie7. C’est alors que ce saint homme, animé d ailleurs de l’esprit prophétique, et rempli de zèle pour la Loi du Seigneur, aurait imité Moïse, en recueillant les Livres Saints qui avaient été dispersés dans la captivité de Babylone. C’est alors qu’il aurait travaillé, de concert avec Néhémie, à la recherche de tous les anciens monuments de sa nation, et préparé, avec le
■ Hist. nalur. Lib. XIII, cap. xx». Adhuc roalunl Parthi veslibus lilterasintexere.
2 Rudcns. Act. II, scen. v, v. 22. Act. IV, scen, îv, v. 112. ..115.
3 Ciampini. Vetera monumenta, tom. I, pl. 76, 77; tom. II, pl. 16, 28, 39, 53. Voir aussi le texte de l’auteur. — Philip. Rubens. Electoral! lib. II, cap. i.
* Antiquitatcs ehrislianæ, 1 vol. in-4°, page 183.
5 Act , cap. i, v. 26. Et dederunt sortes eis, et cecidit sors super Matthiam, et annumeratus est.
s Légende dorée, tom. II, page 31.
• EsDR.,Lib. 1. cap. vu, v. 6.
secours de la tradition orale et de l’inspiration divine, le Canon qui fixe à vingt-quatre le nombre des Livres de l’Ancien Testament. Tertullien, St Irénée, St Jean-Chrysostôme et d’autres Pères agrandissent encore la merveille, en prétendant qu’Esdras a rétabli mot à mot, et tels qu’ils étaient auparavant, ceux des livres qui avaient été brûlés. Quoi qu’il en soit de leur opinion, faut-il dire absolument que tous les exemplaires de Moïse fussent perdus, « ars et brûles » par les Chaldéens ? Arnaut de Moles l’affirme, sur l’autorité du quatrième livre attribué à Esdras. Mais on sait que ni la Synagogue, ni l’Eglise grecque ou latine n’ont jamais reçu unanimement ce livre comme canonique*.
Notre peintre a cru donner à son écrivain un grand air de contention d’esprit, en décorant sa face de lunettes pince-nez. Devant lui, un prophète semble les considérer avec une attention mêlée de surprise. C’est Habacuc, le huitième des petits prophètes, dans l’ordre des Livres Canoniques. La légende que nous lisons, un peu plus bas, caractérise, comme il suit, ce troisième personnage :
ABACÜC PROPHETE QUI PORTA LE DINER A DANIEL EN BABYLONE AU LAC ET EN LA FOSSE DES LIONS.
« Il y avait dans cette fosse sq)t lions, et on leur donnait chaque jour deux corps avec deux brebis; mais on ne leur en donna pas alors, afin qu’ils dévorassent Daniel. En ce même temps, le prophète Habacuc était en Judée; et, ayant apprêté du potage, il le mit avec du pain trempé dans un vase, et il l’allait porter dans le champ «à ses moissonneurs. L’Ange du Seigneur dit à Habacuc : portez à Babylone le dîner que vous avez, pour le donner à Daniel qui est dans la fosse des lions. Habacuc répondit : Seigneur, je n’ai jamais été à Babylone, et je ne sais où est la fosse. Alors l’Ange du Seigneur le prit par le haut de la tête, et, le tenant par les cheveux, il le porta, avec la vitesse et l’activité d’un esprit céleste, jusqu’à Babylone, où il le mit au-dessus de la fosse des lions. Et Habacuc dit, en poussant un grand cri : Daniel, serviteur de Dieu, recevez ce dîner que le Seigneur vous a envoyé. Daniel répondit : ô Dieu! vous vous êtes souvenu de moi, et vous n’avez pas abandonné ceux qui vous aiment. Et, se levant, il mangea. Et l’Ange du Seigneur remit aussitôt Habacuc dans le même lieu où il l’avait pris2.»
On ne voit pas trop pour quel motif Arnaut de Moles n’a pas trouvé plus convenable de placer ce prophète dans la chapelle de Saint-Louis, c’est-à-dire un peu plus près de Daniel et de la fosse de Babylone. D’ailleurs, il n’était déjà plus de ce monde lorsque Esdras fit la transcription des Livres Canoniques.
Habacuc tourne le dos au personnage qui figure dans le quatrième compartiment. C’est la Sibylle Tiburtine, d’après l’inscription qui se lit un peu plus bas. Nous avons déjà fait observer que nos vieux et érudits compilateurs assignent à cette prophétesse le rôle qu’Arnaut de Moles attribue à celle de Lybie3. Les monuments peints ou sculptés concordent, sur ce point, avec nos légendes, et mettent la vision de «l’Ara cœli» sur le compte de la Sibylle de Tibur. Ici, au contraire, l’objet de ses oracles se rapporterait directement à la Passion de l’Homme-Dicu. Car l’attribut qui la distingue est une main droite détachée, ouverte et menaçante, sous forme de gant de chair qu’elle porte ostensiblement. C’est le symbole prophétique des soufflets qu’un insolent valet et les bourreaux du prétoire devaient donner au Fils de Dieu4.
Les deux tètes de St Matthias et de la Sibylle sont surmontées de couvre-chefs, dans le style fleuri.
1 Voir la dissertation (le Dom Calraetsur les livres (l’Esdras
Dan., cap. xiv.v. 31. ..38.
3 Voir, plus haut, page 110.
1 Joan., cap. xvm, v. 22.— Cap. xix, v. 3.
Tous les détails d’architecture y sont d’une richesse remarquable. Des arabesques, des enroulements feuillagés et un chœur d’ Anges, accompagnés d’instruments de musique, rehaussent le tympan de l’ogive. Au centre, brille l’écusson renouvelé du cardinal Jean de Lescun1.