‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 46 sur 63 · VITRAIL DU COURONNEMENT DÉPLIES · texte numérisé non relu

VITRAIL DU COURONNEMENT DÉPLIES

(Planche 24.)

0MME SeiSneur *^sus, a*ns* flaSe^G et détaché de la colonne, veut reprendre ses habits, quelques-uns de ces misérables impies s’y opposent et s’en vont dire à Pilate : Seigneur, il v? a voulu se faire roi; habillons-le donc et couronnons-le des insignes de la royauté. Prenant alors une vieille et sale chlamyde de soie, ils l’en couvrirent; et puis, entrelaçant des épines, ils en firent une couronne qu’ils lui mirent sur la tête2. Ce dernier trait fournit à notre peintre le principal sujet du soubassement. Jésus, nu-pieds et les mains en croix sur sa poitrine, est assis dans l’atrium de la demeure prétorienne, sur le tronçon «degli improperj3.» Ses yeux modestement baissés, son front calme et placide, et l’impassibilité de tous ses membres qu’aucun lien ne gêne, disent assez qu’il fait et souffre librement tout ce que veulent ses bourreaux. Deux surtout se sont acharnés autour de l’auguste victime. Ils ont tressé la couronne d’épines, et un levier tournant passe de l’un à l’autre pour serrer avec plus de vigueur ce diadème d’ignominie autour de son chef ensanglanté.

Au-dessus est la Sibylle Delphique, sibyla delphica qui prophétisa. Elle est ainsi appelée depuis le jour où, dans ses vatidiques pérégrinations, elle s’était arrêtée à Delphes, pour consulter Apollon, et rendre elle-même ses oracles. Elle porte, à sa main droite, la couronne d’épines qu’elle montre, avec respect, dans les plis de son voile. Cette célèbre prophétesse a été souvent confondue avec la Pythonisse. Mais cette dernière ne quittait jamais l’enceinte du temple de Delphes. C’est là uniquement qu’ Apollon, métamorphosé en vapeur subtile, consentait à la pénétrer de l’esprit prophétique. Tandis que, pour les Sibylles, l’inspiration n’était censée dépendre ni d’un lieu quelconque, ni même du trépied sacré.

A gauche, et dans le premier compartiment de la fenêtre, figure le prophète Elisée, heliseus propiie qui garit nama. Le soubassement rappelle, en effet, dans un petit tableau, ce trait historique. «Naaman,

général de Bénadat, roi de Syrie, était vaillant et riche, mais lépreux . 11 s’en alla donc; et, sur la

parole d’Elisée, il se lava sept fois dans le Jourdain, et il fut guéri de sa lèpre. Après cela, il retourna pour voir l’homme de Dieu, et lui dit : je sais certainement qu’il n’y a point d’autre Dieu dans toute la terre que le Dieu d’Israël. Je vous conjure donc de recevoir ce que votre serviteur vous offre. Elisée lui répondit : vive le Seigneur devant lequel je suis présentement; je ne recevrai rien de vous. Et Naaman lui dit : qu’il soit fait comme vous le voulez *.» ArnautdeMoles nous peint le général de Bénadat encore à genoux en face du prophète, et le remerciant de la guérison de sa lèpre. Il porte, sur son épaule droite, le bissac des riches présents qu’il vient offrir au voyant d’Israël. Elisée tient, de la main gauche, une sorte de patère, comme pour figurer l’eau salutaire du Jourdain. Il s’incline avec bonté sur Naaman, et le bénit de la main droite.

Cependant Giési, serviteur d’Elisée, se tient, en arrière-plan à gauche, dans une galerie voisine. Il

1 Voir, plus haut, page 68. — Jean de Lescun portait : << aux pre- » mier et quatrième d’argent au lion degueules,» qui est de Fezensac; « écartelé de gueules au lion léopardé d’argent» qui est de Rliodez : « aux deuxième et troisième d’argent à la croix pallée de gueules» qui est de Comminges; «à la cortice de sable, posée eu barre.»

2 S. Bonavent. Médit, vitæ Cliristi, cap. lxxvi.

3 C’est-à-dire «des outrages.» C’est le nom que l’on donne, encore de nos jours, à ce débris de construction, d’environ deux pieds de haut, qui se conserve, à Jérusalem, dans l’église du Saint-Sépulcre.

1 Reg. Lib. IV, cap. v, v. 1...17.

écoute, en silence, conçoit des projets d’ambition, et combine le moyen de profiter, pour lui-même, de l’offre généreuse que le prophète a refusée1.

L’apôtre St Jude, surnommé Thadée, est au deuxième compartiment, s. iüde. Il était frère de St Jacques-le-Mineur, et, par conséquent, proche parent de Jésus-Christ. On ne sait ni quand, ni comment il fut mis au nombre des disciples, l’Evangile ne disant rien de lui jusqu’au moment où il est compté parmi les Apôtres. Nous avons de St Jude, dans le Canon des Ecritures, une épilre adressée à toutes les Eglises de l’Orient, et spécialement à celles de la Judée, théâtre principal de ses travaux apostoliques. L’opinion de Fortunat et des martyrologistes d’Occident est que St Jude souffrit le martyre en Perse, sans que l’on sache bien par quel genre de supplice. Dans notre vitrail, il porte, à sa main droite, une scie, que l’art figuré lui donne souvent comme attribut personnel8. Parfois aussi, c’est une massue qui caractérise cet Apôtre». Et nous voyons, en effet, au soubassement, que ses bourreaux la font servir comme instrument de supplice. St Jude, parfaitement reconnaissable à son costume, vient d’être terrassé. 11 joint les mains, et fait à Dieu le sacrifice de sa vie.

Aggcc, le dixième des petits Prophètes dans l’ordre biblique, occupe le quatrième compartiment, agens propheta de dieu. Il naquit pendant la captivité de Babylone, et montra le plus grand zèle pour la reconstruction du temple de Jérusalem. «Vous trouvez le temps, »dit-il au peuple, « do vous construire des demeures commodes et richement lambrissées, tandis que la maison du Seigneur est déserte et reste ensevelie sous des ruines *.* A la voix du prophète, la nation endormie dans une lâche indifférence se réveille; les chefs du peuple, profitant habilement de l’enthousiasme renaissant, reprennent les travaux interrompus, et le second temple s’achève au milieu des fêtes et des réjouissances publiques. Les vieillards déplorent avec amertume l’aspect simple et modeste qui caractérise les nouvelles constructions. Mais Aggée les console et les encourage : il voit dans l’avenir le «Désiré des nations» faire son entrée dans le second temple, et lui communiquer, par sa présence, un éclat bien supérieur à toutes les magnificences du premier3.

Les niches des grands personnages sont couronnées de décorations architecturales enrichies d’aiguilles à crochets, de pignons élancés, de médaillons et de statuettes. A droite et à gauche, deux Anges à ailes éployées et revêtus de longues tuniques blanches jouent de la flûte. Quelques petits Chérubins voltigent sur divers points; tandis que d’autres messagers célestes servent de tenants aux écussons de trois do nos archevêques. A la droite de l’observateur sont les armes de François-Philibert de Savoie, sous l’administration duquel eut lieu la reprise définitive des constructions de Sainte-Marie, en 1489». A gauche est 1 écusson de Jean V, cardinal de la Trémouille, qui continua l’œuvre de son prédécesseur à partir de 1490’. Les armes de l’archevêque Hippolyte-Charles, cardinal d’Este, ont pris, il y a peu d’années, la place des instruments de la Passion de Jésus-Christ, qui figuraient au sommet de l’ogive». Enfin, sous le prophète Aggée est encore reproduit l’écusson deFrançois-Guillaume, cardinal de Clermont-

aigles d’azur membres et becqués de gueules, deux en chef, un en pointe,» qui est de La Trémouille : «au deuxième, pallé d’or et de gueules alternant de six pièces,» qui est d’Amboise : «au troisième, d’or semé de lleurs de lis d’azur, au franc quartier de gueules,» qui est de Thouars.

8 Le cardinal Hippolyte-Charles d’Esle portait : «aux premier et quatrième d’azur a trois fleurs de lis d’or, à la bordure endentée d'or et de gueules: aux deuxième et troisième d’azur, à l’aigle d’argent armé et couronné d’or,» qui est d’Esle. »

9 Les armes du cardinal François-Guillaume de Clermont- Lodève sont blasonnées à la page iOl.

Lodève9, sous lequel se sont faites les verrières.

1 Reg. Lib. IV, cap. v, v. 20.

9 L.-J. Guénebault. Dielionn. iconograph.; deuxième partie, Répertoire des attributs : au mot Scie.

3 Ibid., au mol Massue.

1 Agg., cap. i, v. 4.

3 Ibid., cap. n, v. 8.. .10. El veniet Desideratas cunctis genlibus : cl implebo donnim islam gloria, dicit Dominus.

0 François-Philibert de Savoie portait: «de gueules, à la croix pleine d’argent,» qui est de Savoie.

7 Le cardinal Jean de la Trémouille portait : « écartelé, aux premier et quatrième d’or, au chevron de gueules accompagné de trois

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