LES BOISERIES DU CHŒUR
jgjj) vant de fixer plus spécialement notre attention sur les sujets dont nous avons fait choix pour donner une idée des boiseries de notre Cathédrale, il n’est peut-être pas hors de * propos de considérer le Chœur dans son ensemble.
WlflKÉ LeS dimenâions de cette magnifique enceinte sont les mêmes que celles du chevet de la basilique, moins la profondeur des chapelles et la largeur du déambulatoire1. Sa longueur est de 33"' 08; sa largeur est de llm 80. Trois portes ouvrent à l’intérieur : la porte d’honneur à pouests et deux portes latérales, l’une au sud et l’autre au nord. Les stalles du rang supérieur sont au nombre de soixante-sept; on en compte quarante-six au rang inférieur. Ces dernières n’ont pas de haut-dossier. Dans les premières, au contraire, il s’élève de 3m 68, sans compter le couronnement extérieur, qui monte encore d’environ lm 35, en forme de couvre-chef, et s’étend comme un dais continu 2. Tous les hauts-dossiers sont ornés défigures en demi-relief, hautes delm 203. A droite et à gauche des personnages qu’elles représentent se dressent des pilastres gothiques, entièrement sculptés sur un plan uniforme et néanmoins riche de détails variés. Quatre niches, merveilleusement travaillées, se partagent, deux à deux, la hauteur de ces pilastres. Les statuettes, deOm 30, qui les habitent, reproduisent, avec de nombreuses répétitions, presque tous les grands personnages sculptés sur les liauts-dossiers.
À la hauteur du dais continu, soixante-dix statuettes, de cette même taille, figurent, en outre, à la jonction des ais qui enclavent, de droite et de gauche, la face antérieure des couvre-chefs. De plus, et sur la même ligne verticale, le pendentif se termine, un peu au-dessous, par de petits personnages accroupis, tantôt isolés et tantôt réunis en groupe4.
Si nous descendons aux basses stalles3, nous compterons encore ici soixante-dix statuettes, distribuées plus particulièrement sur les points où la ligne des appuis est interrompue par la rampe des passages qui conduisent au rang inférieur. Un peu plus bas, dix-huit groupes, en relief diversement prononcé, racontent l’histoire de Jésus, depuis l’Incarnation jusqu’à la scène du Calvaire0. Enfin, seize statues ornent l’entrée des passages, à la hauteur des basses stalles7, et huit couronnent le lutrin.
Dans ce rapide coup d’œil, nous ne pouvons pas même indiquer tout ce qui se présenterait encore à nos recherches, au dais continu, sur les accoudoirs, dans les miséricordes et les parcloses, aux culs-delampe et autour des museaux tant des basses que des hautes stalles. Les deux Testaments, l’histoire profane et la mythologie, la légende et le symbolisme se mêlent partout, sans jamais se confondre, à travers les plus riches productions de la faune et de la flore, soit exotiques, soit indigènes.
1 Voir planche 2.
2 Voir planches 27 cl 28.
3 Voir planches 2G et 28.
* Voir planches 27 el 28.
' Voir planches 27 et 28 : détails de basses stalles.
11 Voir, planche 27, la visite des rois Mages à l’étable de Bethléem; et, planche 28,1a scène du Calvaire.
Voir planches 27 el 28.
*ï|p<EPH0Di]mE ici toutes ces richesses, et donner aux détails descriptifs l’étendue qu’elles comportent,
Sf8ce serait, on le comprend, agrandir outre mesure le cadre dans lequel nous avons dû nous circonscrire pour ce premier travail sur Sainte-Marie d Auch.
Assurément, les boiseries nous sembleraient devoir se prêter, tout aussi bien que les vitraux d’Arnaut de Moles, à une monographie particulière. Mais il ne dépend pas uniquement de notre bon vouloir d’entreprendre une œuvrede cette importance, que pourtant des études sérieuses ont depuis longtemps élaborée.
Les quatre Evangélistes figurent au nombre des personnages qui décorent les hautes stalles, tandis que St Luc est seul omis dans les verrières. O11 ne sera pas étonné que nous lui donnions ici la préférence, dans le choix que nous avons dû faire, comme sujet d étude, dans les hauts-dossiers.
Tertullien* et St Jérôme nous apprennent que St Luc fut disciple des Apôtres, et qu’il n’eut occasion d'embrasser la Foi qu’après la résurrection de Jésus-Christ. St Paul le choisit pour être son coopératcur et le compagnon de ses travaux3; et c’est en cette qualité, et comme sous l’inspiration de l’apôtre des Gentils, qu’il écrivit son Evangile. Il assure toutefois, lui-même, qu’il avait eu d’autres secours, et qu’il avait écrit d’après les témoins oculaires des actions de l’Homme-Dieu.
Dans son récit, St Luc insiste particulièrement sur ce qui a rapport au sacerdoce de Jésus-Christ. Et c’est pour cela que les anciens, en appliquant aux quatre Evangélistes les représentations symboliques mentionnées dans Ezéchiel3, assignent à notre saint le bœuf ailé, comme emblème de sacrifice. C’est l’attribut que le sculpteur lui a mis sous les pieds, dans le sujetqui nous occupe. Dans ses mains, il place le pinceau et la palette, comme attributs de la peinture, dont St Luc s’était occupé, dans sa jeunesse, avec un soin tout particulier. Une sculpture sur pierre le représente, dans notre basilique1, debout devant un chevalet, reproduisant, de souvenir, le portrait de la Ste Vierge. Diverses églises se glorifient d’avoir des copies de ce portrait, du pinceau même de St Luc. La principale a été placée à Sainte-Marie Majeure, par le pape Paul V. C’est un tableau peint sur bois, de '1"> 30 de hauteur, sur 0- 84 de largeur. 11 est habituellement couvert d’un voile qui le dérobe à la vue. Mais le samedi, au coucher du soleil, on baisse ce voile pendant le chant des litanies do la Vierge; et les fidèles peuvent alors satisfaire leur dévotion, en cherchant dans cette image, un peu effacée par le temps, quelques traits de la Mère de Dieu. De près, on distingue assez bien sa physionomie. Marie a tous les traits d’une personne dont la taille est assez avantageuse. Le teint tire sur le brun; l’air est grave, doux et modeste; un voile bleu couvre la tète, et même une partie du front. L’enfant Jésus est d’une beauté ravissante. Il est assis sur les genoux de sa Mère. De la main gauche, il tient un livre fermé, appuyé sur sa poitrine, tandis que la droite est en action de bénir. Sa robe est couleur de lilas extrêmement pâle; il a les yeux fixés avec amour sur la figure de sa sainte More.
La planche 27 donne une idée, quelque peu vague et sans précision de ligue, du couronnement des hauts-dossiers et des principaux détails qui ornent les basses stalles.
La suivante arrête le dessin avec plus de correction. De plus, sans offrir à nos regards une vue générale des boiseries, la planche 28 nous fait connaître les rapports, si parfaitement harmonieux, qui unissent les éléments divers dans ce merveilleux chef-d’œuvre d’art et de patience. Elle reproduit, à notre droite, les sujets qui, dans le plan vertical de la porte d honneur, relient entre eux les deux
1 Tf.iitüll. contrit Marcion. Lifo. IV, cap. u.
2 Philem., v. 24.
3 Ezech.. cap. i, v. 10.
4 Ce cliarmant petit sujet, traité, comme tout ce qui l'entoure, avec in soin trop minutieux, est à la porte extérieure de l’amfoon de l’évanrile, en face de la chapelle de Sainte-Anne.
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côlés des hauts-dossiers. Ces sujets, debout sur cul-de-lampe, sont au nombre de trois. Voici comment 1 un de nos plus illustres prélats les interprète, dans une instruction pastorale adressée au clergé de la Métropole. «Le grand cardinal d’heureuse mémoire, François de Clermont, l'un de nos prédécesseurs archevesques, au zèle duquel nous devons une grande partie du bastiment de nostre Esglise Métropolitaine, le merveilleux boissage de nostre cbœur et les vitres des chapelles de son pourtour, a très judicieusement fait représenter en basse taille, sur la porte de l'entrée du mesme chœur, l’image de Nostre-Dame avec celle de l’Enfant-Jésus; et à ses deux costés celles de St Augustin et de St Hiéronime, comme patrons, l’un du vénérable Chapitre de nostre Esglise, et l’autre de nos cours ecclésiastiques; afin qu à leur veüe les habitués, tant chanoines que prébendiers et autres suppôts de nostre Esglise entrent dans les sentiments de ces grands modèles de relligion, pour le culte qui est deu à Dieu et à la Sainte Vierge dans ce saint lieu1.» Marie porte l’Enfant-Dieu sur son bras gauche. St Jérome est à sa droite, en costume de cardinal5, avec le lion de sa légende. Du côté opposé, St Augustin, crossé, mitré, et en chape de pontife, nous montre un petit édifice qui figure la Cité de Dieu.
Au sud de ces trois personnages, St Pierre et St Paul se reconnaissent aux attributs qui les caractérisent dans les verrières3. En leur qualité de princes des Apôtres, ils ornent le haut-dossier de la stalle archiépiscopale, qui se détache et s’élève un peu au-dessus du niveau commun.
Celle de la Couronne, qui lui correspond, au nord de la porte d’honneur, se détache aussi de la même manière. La chute originelle est reproduite à son haut-dossier.
On voit que ces deux stalles sont comme deux trônes privilégiés qui, dans le plan général du Chœur, ne devaient pas se confondre avec les autres. Elles sont accompagnées, sur toute la hauteur, de boiseries dont les détails, sensiblement plus riches, n’ont jamais été finis.
Le trône de nos anciens comtes était même demeuré beaucoup plus incomplet que celui des archevêques, malgré l’intérêt particulier qui se rattache à cette stalle, surtout depuis que les privilèges do la Couronne d’ Armagnac sont définitivement passés, avec Henri IV, à celle de France. Mais aujourd’hui qu’une étude plus sérieuse de notre vieille histoire fait mieux apprécier «ce culte de traditions par lesquelles l’avenir se relie au passé, *» les sculptures inachevées seront reprises. Et le projet do modifications, que nous osions à peine indiquer un peu plus haut5, aura un commencement d'exécution, avant même que nos lecteurs aient pris connaissance de ces lignes.
Nous avons vu ailleurs" que le prévôt du Chapitre siégeait à la droite do l’archevêque. C’est, aujourd’hui, la place du premier vicaire général. A son haut-dossier figure la Force, avec les motifs que lui donnait la Renaissance. Elle maîtrise un dragon de la main droite. Elle embrasse, de plus, une colonne rudentée où se lit l’inscription Force, et pose son pied gauche sur le chapiteau renversé qui manque à la colonne. A sa droite, le prophète Habacuc l’admire en s’écriant : « telle est donc la vraie force de Dieu’!» A la suite vient la Sibylle Erythrécnne, avec la tige fleurie dont nous avons déjà expliqué le mystère8. Dans l’angle, Caleb, armé de toutes pièces, semble conférer, avec la Sibylle, sur les merveilles que Dieu prépare à la Terre Promise, dont il se dispose à faire la conquête.
1 Henri de La Mothe-Houdancodr. Ordonnance du 22 septembre 1678, sur les offices et sur les cérémonies du Chapitre.
1 Par ce costume, l’art chrétien entend rappeler simplement que St Jérôme avait rempli, auprès du pape St Damase, l’office confié depuis aux cardinaux.
Quant à son cardinalat, c’est un moine Bénédictin qui, le premier, le mit en avant, vers la fin du vu® siècle. Le même biographe a fourni à Jacques de Voragine la merveilleuse histoire du lion qui
aurait vécu familièrement avec St Jérôme, dans le désert de Syrie. 3 Voir, plus haut, pages 102 et 105.
* H. Fortoul, Ministre des Cultes. Lettre à Monseigneur A. de Salinis, archevêque d’Auch; 23 juin 1856.
5 Page 91.
6 Voir, plus haut, page 62.
7 Habac., cap. i, v. 11. Hæc est forlitudo ejus Dei sui.
" Voir, plus haut, pages 102 et 103.