‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 6 sur 63 · LE SIÈGE ÉPISCOPAL A SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

LE SIÈGE ÉPISCOPAL A SAINT-MARTIN

®S3?Ï ous lisons dans nos vieilles chroniques que de Saint- Jcan-de-T Aubépine, désormais appelé Saint- Orens, le siège épiscopal fut transféréà Saint-Martin, verslecommencement du vi* siècle. Cette Ksfgj église venait alors d’être construite sur le bord oriental de la rivière, et dans l’enceinte de la cité ||æ gallo-romaine. S’il fallait ajouter foi à un ancien cartulaire, Clovis en aurait lui-mème fait les frais, « ordonnant que, par sa splendeur et ses dimensions, le nouvel édifice répondit de tout point à la munificence du prince". »

Bien que cette tradition ne repose sur aucun diplôme regardé comme authentique, elle a pour elle l’autorité des siècles. On l’a toujours considérée comme le seul moyen de se rendre compte de l’état florissant de notre Cathédrale, à une époque où la domination des Visigoths venait de laisser, dans nos régions, le catholicisme sans ressources. On sait d ailleurs que Clovis, en habile politique, mit un soin particulier, après la défaite d’Alaric II, à s’assurer l’appui des évêques, au milieu des populations qu’il venait de conquérir. « Il combla le clergé de privilèges; il lui donna des terres et les lui donna comme

il les avait prises, en grand, en conquérant, sans compter ni mesurer . Enfin, non content d’avoir

enrichi les églises existantes, il en fonda beaucoup de nouvelles3.» Pourquoi celle de Saint-Martin n’aurait-elle pas été de ce nombre?

C’est ce même motif d'intérêt politique qui a paru à nos pères expliquer l’insigne faveur dont la tradition s’est conservée jusqu a nos jours. «En vertu du haut domaine dont il venait d’entrer en possession par droit deconquête, le jeune roi aurait adjugé à Perpétue, évêque d’Auch, et dans sa personne à tous les prélats, ses légitimes successeurs, le corps entier de la ville avec les faubourgs et les églises *. » En sorte que telle serait la véritable origine de cette paternelle suzeraineté dont les générations reconnurent le droit à nos évêques. Nous verrons, un peu plus bas, les comtes deFezensac, devenus si puissants, l’accepter eux-mêmes et en demander le paréage.

Du reste, et quoi qu’il en soit du document qui semble autoriser cette croyance, il est vrai de dire que l’église de Saint-Martin fut élevée à très grands frais. Les débris, conservés sous le sol, attestent que le marbre n’avait pas été ménagé dans les divers détails de construction. Les mosaïques, plus généralement réservées, avant le règne de Clovis, comme peintures murales en incrustation à la voûte, au pourtour des fenêtres et sur les parois intérieures de l’abside 5 6 , durent être prodiguées ici, même sous forme de pavé; car on en voit encore, sur place, de beaux restes. Peut-être que, par 1 étude attentive de ces marqueteries, dont treize siècles ont à peine altéré l’éclat et la solidité, on aurait pu retrouver naguère la direction des grandes lignes et la forme générale de l’édifice; tandis que de nos jours il ne serait presque plus possible de s’en faire une idée juste, autrement que par analogie.

La nouvelle église était bien digne d’occuper le premier rang entre les monuments religieuxde la ville d’Auch. Avec le siège épiscopal, nos prélats y transférèrent l’épiscopie, afin de se conformer aux prescriptions du quatrième concile de Carthage0; c’est-à-dire qu’ils fixèrent leur demeure à Saint-Martin, et y

1 Voir, au frontispice, les armes d’Auch.

2 Cart. Capit. auxit. Cap. cxxxn.

3 Fauriel. Hist. de la Gaule merid. Tom. III, p. 448-449. » Aprnl P. Mongaillard. Fol. 2G2.

5 « Distinclum vario nitore marmor » Percurrit cameram, solum, fenestras. »

Sid. Apollin. Lib. II, epist. 10.

6 «Utepiscopus nonlongèab ecclcsiâhospitiolumhabeat.Ann. 398. >

— dé¬

partagèrent désormais avec leurs clercs les exercices de la vie commune1 . St Augustin avait donné, 515. naguère, le premier exemple de ces sortes d’institutions, spécialement consacrées à former la jeunesse cléricale, sous la surveillance immédiate de l’évêque. « Avec lui, écrit son biographe 2 , vivaient les clercs de son église, logés sous le même toit, nourris à la même table, entretenus et habillés à frais communs.»

Or, «vous n’ignorez pas,» leur disait lui-même, un jour, le saint prélat, «que nous vivons ensemble dans l’épiscopie, afin d’imiter, autant qu’il est en nous, les saints dont parlent les Actes : aucun ne gardait rien en propre, mais ils avaient tout en commun3. »

Déjà un petit nombre de cathédrales avaient adopté, même dans les Gaules, la règle de ce célèbre docteur. Elle s’était propagée d’Afrique en Europe, vers la fin du ve siècle, avec les nombreux disciples des premiers successeurs de l’évêque d’Hippone, que les Vandales avaient contraints de chercher un asile sur la terre étrangère. On voyait les plus illustres prélats vivre en commun avec leur clergé, dans la prière, le jeûne, le travail des mains, les veilles et l’étude des sciences4. L’évêque présidait toujours à l’enseignement, soit en personne, soit en confiant la direction des études à un de ses clercs, ou à un moine des plus instruits.

Il nous serait difficile de dire, avec quelque précision, qu’elle dut être au vic siècle la véritable organisation de l’épiscopic auscitaine. Nous savons, toutefois, qu’en nous initiant à sa fondation, les mémoires capitulaires nous révèlent le premier établissement régulier de notre école épiscopale.

Nos prélats y travaillaient, depuis environ cent ans, à cicatriser les plaies de leur Eglise, lorsque les Sarrasins vinrent, à leur tour, renouveler, sur divers points de nos provinces, les scènes de désolation dont elles avaient si souvent été le théâtre3. Bayonne, Oleron, Lcscar et plusieurs autres villes tombèrent sous les coups de l’islamisme. Eauze fut aussi prise de nouveau et ruinée de fond en comble. Les malheurs furent si grands, de toutes parts, que le deuil de nos vieilles cités égala, dit un chroniqueur, celui de Jérusalem et des autres villes de Juda, exterminées du temps des Machabées °.

Auch ne devait pas échapper au sort commun. Mais il est bien à regretter, pour l’intérêt de notre 732 histoire, que les annalistes contemporains ne nous fassent connaître les nouveaux désastres de laNovempopulanic qu’avec cette désespérante sécheresse qui caractérise leurs récits. On sait seulement que les Sarrasins en voulaient plus particulièrement aux églises et aux monastères. Ils les pillaient avec transport, et les laissaient rarement debout, après s’être enrichis de leurs dépouilles. Aussi la splendide basilique de Saint-Martin disparut-elle avec l’habitation claustrale de nos évêques. Saint-Orens, l’oratoire de Marie, et tous les autres monuments de quelque importance furent enveloppés dans la ruine entière de la ville. Néanmoins, la succession de nos prélats, parfois interrompue, put toujours être reprise, malgré la triste désorganisation qui prolongea le veuvage de tant d’autres églises jusqu’à la fin du vin® siècle.

Vers cette dernière époque, Charlemagne avait couronné roi d’Aquitaine son fils, encore enfant, Louis le Débonnaire. Dès qu’il fut en âge de gouverner ses états par lui-même, le jeune prince crut devoir s’attacher, avant tout, à remettre en honneur, au sein du clergé, l’ancienne discipline, etavecelle la culture des lettres, la liberté et la dignité sacerdotales, perdues ou grièvement compromises depuis plus d’un demi-siècle. En peu de temps, la réforme fut complète; et même le progrès des études, tant

1 Vêtus titul. Capit. auxit. Episcopus « siquidem mansionem suam

habebat in monasterio B. Martini.»

3 Possid. Vit. S. August. Cap. xxv. «Cum ipso seraper clerici, una etiam domo ac mensa, etc., etc.»

3 S. Aug. Sermo CCCLV, de vita et morib. cler. «Nôstis omnes sic nos viverein ea domo quæ dicitur domus episcopii, ut, quantum possumus.imitemureossanctosdequibus loquilur liber Acluuin Apostolorum: nemo dicebat aliquid proprium, etc.»

* Aug. Theiner. Hist. des Instit. d’éducat. cccl. Tom. 1, 1™ partie; — Henri de Runcey. Hist. crit. et législal. de l’Iuslr. publ. Tom I, chap. i.

5 Conde. Hist. de la Dominacion de los Arabes. «Per todas partes iba esta ejercito, como una tempestad dcsoladora. »

0 «Tanta igilur confusioelpernicies . ut mérité per omniaposset

coæquari miseris civitatibus Judeæ et Jérusalem, quæ temporibus Machabæorum exterminatæ fuerunt.»

8,0. profanes que sacrées, fut si rapide, que le succès dépassa de beaucoup les espérances du monarque', ün des premiers résultats de cette heureuse transformation aurait dû être, ce semble, pour la Novempopulauie, de retrouver ses anciennes prérogatives de province ecclésiastique, dont l’invasion des Sarrasins l’avait dépouillée, en ruinant son antique métropole. Il est vrai qu’à l’exemple d’un écrivain moderne, dont 1 érudition ne saurait être mise en doute', nous pourrions nous autoriser ici d’une ancienne notice de l'empire carlovingien, qu’on fait remonter au commencement du ix« siècle, et dire, avec son auteur, que notre province avait déjà, à cette époque, la ville d’Auch pour métropole ecclésiastique. Mais comme l’authenticité de ce document peut absolument être contestée, nous admettrions plus volontiers que, dans l’organisation du nouveau royaume, on aura rattaché, pour un temps, toutes nos églises à quelque siège supérieur, assez voisin du diocèse d’Eauze. C’est-à-dire que le jeune roi aura sanctionné, de son autorité souveraine, une dépendance provisoire, que le malheur des temps avait, selon toute apparence, rendue inévitable. Car, entre les villes des neuf peuples qui, en des circonstances plus heureuses, auraient pu prétendre à l’insigne honneur de succéder à Eauze, on conçoit à peine qu’après tant de sièges, d’incendies et de pillages, il en restât une seule qui fût alors autre chose qu’un amas de ruines.

Marca semble croire, et le P. Thomassin a essayé de démontrer que les suffragants de notre ancienne province relevèrent des archevêques de Bordeaux. Ce qui expliquerait pourquoi ces derniers prélats s’attribuèrent souvent, dans ces temps reculés, une sorte de supériorité sur tous les diocèses de la Novempopulanie 3 .

les choses en étaient au même point à la mort de Charlemagne. Le testament de ce monarque partage ses trésors entre les métropoles de son vaste empire*. Aix et Narbonne sont omises pour des motifs dont la discussion est étrangère à notre sujet. Toutes les autres sont désignées, si ce n’est celle de la Novempopulanie, dont le nom ne comptait plus, selon toute apparence, au nombre des villes existantes.

Cette même exception se fait encore remarquer, en 829, dans une lettre par laquelle Louis le Débonnaire invite tous les métropolitains de ses états à se réunir, avec leurs comprovinciaux, en quatre conciles». Toutefois, dom C. deVicetdom G. Yaissette pensent qu’Adalelme, convoqué pour le concile de Toulouse, et dont aucun monument ne fait connaître le siège avec quelque certitude, pourrait bien être un dernier évêque d’Eauze ». Mais, dans ce cas, Louis le Débonnaire aurait omis de désigner, dans sa lettre de convocation, celui qui occupait le siège de Bordeaux; ce que les derniers éditeurs du « Galba christiana » regardent comme moins vraisemblable. Aussi ont-ils placé Adalelme dans le catalogue des Métropolitains de la deuxième Aquitaine. Et, dans cette supposition, 1 Eglise d’Auch se serait trouvée confondue, en 829, avec tous les autres diocèses de notre province, sous la juridiction de l’archevêque de Bordeaux. Bien plus, la chronique deFontenclle donne à cette ville le titre de capitale de la Novempopulanie, jusqu’au milieu du ix° siècle'.

■ Astron. Vita Ludov.-Pii. Cap. x,x. « diviuarum et mundana- * Capital, regum franc, à Balib.o; - Concilia antiq. Gall. A J ac.

rum intelligenlia litterarum citiùs quàm credi poterat, coaluit.» Sirmundo collect. Tora. II, p. 264.

a M. l’abbé Faillon. Monuments inédits sur l’apostolat de Sainte- 5 Labbe concil. Tom. VII, col. 1592.

Marie-Madeleine, enProv.Tom.il, col. 24. 6 Hist. du Languedoc. Liv.IX, note 9.

3 Tuomass. Discipl. eccl., Liv. 1, chap. xxv;-Liv. XL et passim. ’ Ad ann. 851. « Classis Normannorum etc., etc. »

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