PREMIÈRE FONDATION DU CHAPITRE DE SAINTE-MARIE
ans le but de se conformer aux prescriptions du concile tenu, en 816, à Aix-la-Chapelle, il détacha quelques membres de la communauté de Saint-Martin, fixa leur résidence au sommet le la colline, et leur confia le service de la nouvelle église1 .
A cette époque, et par l’effet des dernières invasions, les ministres des autels, qui ne dépendaient, en Occident, d’aucun ordre monastique, vivaient assez généralefnent isolés et sans règle commune.
1 Lib. I, cap. vii. — Ce canon portait même jusqu’à sept le nombre esse, qui sublimori grada proximè circà aram Chrisli, quasi columnæ
des diacres qui devaient être attachés aux églises de quelqu’impor- allaris assistèrent. » — Aucun document ne fait connaître le nombre
tance : « . per omnes Ecclesias, septem diaconos ordinandos réel des premiers clercs de Sainte-Marie.
858 Toutefois St Chrodegang, évêque de Metz, avait réorganisé les corporations cléricales, vers le milieu du vme siècle, non-seulement pour les épiscopies, mais aussi dans des maisons spéciales qui se gouvernaient conformément aux articles les plus essentiels des constitutions de St Benoît. Les conciles recommandaient de plus en plus ces sortes d’institutions1; et celle de Metz avait déjà servi de modèle à plusieurs autres semblables.
Assurément, Taurin II était loin de méconnaître tout le bien qu’il devait attendre pour lui-même de la règle St Chrodcgand. Il savait que, par des temps si difficiles, le clergé de sa cathédrale ne pouvait guère se soutenir et travailler efficacement à la régénération d’une société encore à demi barbare que par une haute gravité de mœurs et par les habitudes d’une vie de recueillement, d’étude et de prière. Mais, soit qu’il n’eût pas assez de ressources pour fournir aux frais d’établissement et d’entretien qu’aurait réclamés une seconde maison claustrale, soit difficultés ou empêchements de toute autre nature, il dut se contenter du petit nombre de clercs choisis dans son épiscopic, et il pourvut à leur honnête subsistance en leur abandonnant tous les droits et revenus dont il disposait à l’occident de la rivière2.
Ces préliminaires une fois remplis, aucun obstacle ne devait plus retarder la dédicace de la nouvelle église. On connaît le nom des sièges occupés par quelques-uns des prélats qui se réunirent à Auch dans cette solennelle circonstance. Plusieurs autres s’y étaient fait représenter; et le concours des populations fut aussi des plus considérables. En sorte que cette deuxième consécration de Sainte-Marie d’Auch fut bien propre à consoler notre Eglise renaissante du lamentable souvenir des persécutions et des angoisses qui, sous les empereurs romains, avaient présidé à la première.
Il n’est resté, jusqu'à nos jours, aucune trace de l’édifice construit par Taurin II. Le plan qu’il adopta était, selon toute apparence, celui que l’on suivit presque toujours pour la basilique chrétienne, à partir du ive siècle. Si parfois on imitait, dans le ixe, la forme dé rotonde orientale, que Charlemagne avait préférée pour son église d’Aix-la-Chapelle, plus généralement on s’en tenait, du moins en Occident, à la croix latine, avec ou sans dôme construit au centre des croisillons. Le chevet présentait à l’est une ou trois absides, terminées carrément, ou bien demi circulaires.
Malgré tout le bon vouloir que les chroniques nous permettent de supposer à Totilus, les ressources d’un duc amovible de Gascogne étaient, sans contredit, bien loin d’égaler celles dont l’évêque Perpétue avait disposé, d’après nos chroniques, pour l’érection de sa cathédrale, dans les premières années du vie siècle. Aussi, tout nous porte à croire que l’église de Taurin 11 dut être moins riche de sculptures, de mosaïques, de peintures murales, d’ornements sacerdotaux, de vases précieux, de couronnes ardentes et d’autres objets semblables dont les barbares avaient dépouillé le trésor de Saint-Martin3.
Mais des recherches d’un autre ordre appellent, en ce moment, notre attention. Une ère de transformation s’ouvre devant nous. Essayons de mettre en lumière les documents, beaucoup trop rares, qui peuvent nous aider à comprendre et l’origine et la nature du rôle important que des circonstances malheureuses ont préparé, de loin, à notre cathédrale.
1 Mansi, Collecl. arapliss. Concil. Tom. XIV, p. 120. « Ut in Scliolis habendis et educandis militibus Sauctæ Dei Ecclesiæ operam daremus. » Ibid. Tom. XV, p. 504 et 506. Ad ann. 816 et 856.
5 Cart. Capil. auxit. — Slephanus verô per manurn archiepiscopi tenebal Ecclesiam Sanclæ-Mariæ, et lotum honorent tain ipsius ecclesiæ quàm archiepiscopi, qui citrà Ercium erat; undè vivebant clerici qui in ilia ecelesia serviebant. Undè Slephauus ipse abbas appellabatur. — En assurant, pour l’avenir, l’entretien de sa cathédrale, Taurin II se conformait ù l’expresse volonté de nos monarques, dont les capitulaires, à l'exemple de divers conciles, « avaient imposé l’obligation de pourvoir à la dot de toute église nouvellement cons¬
truite. Us blâmaient, comme fort téméraire, la conduite des prélats qui, avant de procéder à la consécration, ne veilleraient pas plus à l’entretien du luminaire et du clergé que s’il élait question d’un édifice profane. » Concil. Bracar. Can. v, ann. 572. — Capitul. Lud. Pu. Lib. II, cap. v, ann. 823. — Voir, au Pontifical, le début de la cérémonie pour la pose de la première pierre : Il indique encore les mêmes prescriptions. — L’empereur Justinien ( Novell . 67, cap. n) les intima, de son temps, dans des termes à peu près semblables.
3 Voir plus haut, p. 15. — C'est le titre intitulé « de Clodovœo » qui nous fait connaître les richesses de notre cathédrale au vi« siècle.