CHAPITRE XI
Les frères de Gaucher et de Louis. — Pierre de Sainte-Marthe. — Irené et son fils Scévole. — Les fils de Louis III. — Nicolas de Sainte-Marthe^ lieutenant général du Poitou. — Georges de Sainte-Marthe. — Pierre-Scévole /, sieur de Méré, historiographe DE France. — L'abbé de Saint-Cyran et le Gallia christiana. — Bibliographie.
Sept ans après les deux jumeaux, naissait Pierre de Sainte- **,]
Marthe, seigneur de la Jailletière. Le nom de son parrain mérite \
tout d'abord d'être signalé; c'était l'un des intimes de son père, un .]
homme dont la carrière mouvementée se rattache à l'un des actes *,
les plus importants de notre histoire, le secrétaire d'État Pierre j
Forget, l'auteur de l'édit dé Nantes, l'ami et le confident |
d'Henri IV. Dès la naissance, nous retrouvons ainsi la préoccupation ,
éclairée d'un père soucieux de l'avenir de ses enfants. La protec- \
tion d'un personnage influent et illustre est d'ors et déjà assurée au . i
jeune Sainte-Marthe. Puis viennent les soins de l'éducation . A i
vingt ans, Pierre avait acquis tout ce qui rend Tliomme aimable et I
distingué. C'était un esprit vif, délicat, orné par l'étude des auteurs anciens. Il était expert en l'art de bien dire et Dreux du Radier signale « la force, l'élégance, de ses pensées auxquelles il
savait donner ce je ne sais quel vernis qui embellit les plus communes. »
Suivant le goût du jour, il cultiva la poésie; cependant, bien que les victoires de Louis XIll et des sujets pieux lui aient inspiré assez de vers pour en composer un volume, ce genre de travaux ne l'absorba pas; il préféra jouer un rôle politique modeste mais utile. Le prince de Condé le tenait en très particulière estime, il le chargea de plusieurs négociations délicates auprès de Louis XIIL Les troubles du Poitou, en 1616, lui donnèrent l'occasion de montrer la finesse de son esprit; il compta parmi ceux dont le roi écoutait le plus volontiers les conseils. Ami du maréchal de la Meilleraye, Charles de la Porte, il ne tenait qu'à lui de prendre à la cour une situation prépondérante. Il se contenta du titre de trésorier général de France et préféra laisser à d'autres les situations honorifiques oii l'envie vous crée tant d'ennemis. Il mourut de la pierre le 29 septembre 1634, sans postérité, et fut inhumé à Poitiers. 11 y avait épousé, le 21 mai 1611, la fille unique de Claude iMourault (1), seigneur de Courcelles. Dreux du Radier, d'après les auteurs de VHistoire du théâtre français^ attribue à Pierre de Sainte-Marthe une comédie : L'amour médecin^ et une tragédie en quatre actes : La Magicienne étrangère. Ces pièces n'existent plus et il est impossible de se faire une idée sur leur valeur. Nous préférons donc signaler seulement, comme œuvre durable, la part très certaine qu'il prit, avec ses frères, à la continuation du Gai lia christiana.
Citons uniquement pour mémoire, parmi les autres frères et sœurs des jumeaux : François, seigneur de Nouères, mort sans alliance; — Henri de Sainte-Marthe, seigneur de Saint-Aymé, qui mourut sous-doyen de Téglise Saint-Pierre de Poitiers; — Jeanne de Sainte-Marthe, mariée à Nicolas Sochet (2), seigneur de Villebouin, et enlin Irené de Sainte-Marthe, seigneur des Humeaux, receveur des tailles à Loudun, esprit distingué mais modeste, ami du duc de Bouillon.
Ce dernier, par son mariage avec Jeanne Robin (3), la fille du
(1) D'azur, à 3 fasces d' argent, la première chargée de 2 ei la troisième de 1 hilUlie de gueules.
(2) D'argent,, à 3 merlettes de sable, posées 2, i.
(3) Écartelé, aux 1 et 4 d'azur, à un mouton d'argent passant; aux 2 ei 3 d'argent, à une tête de nègre de sable bandée d'argent.
président des Elus de Thouars, devint le père de Scévole, quatrième du nom, qui mérite une mention particulière.
Inscrit au barreau du Parlement de Paris, il obtint, comme orateur, des succès signalés. Poète, on cite de lui des vers latins et français, notamment ceux qu'il adressa à ses oncles pour les féliciter de la publication de leur Histoire généalogique de la maison de France.
Décédé à la fleur de Tâge, le 17 septembre 1652, il fut conduit de Saint-André-des-Arts à Saint-Séverin et inhumé dans les charniers de cette église. Sur l'inscription funéraire qui lui est consacrée, il porte le titre de seigneur des Humeaux. du Puy-au- Maistre et du Chesne, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. La Bibliothèque nationale conserve le faire-part de cette inhumation et nous constatons qu'il demeurait rue de Hurepoix, au bout du pont Saint-Michel (1).
Scévole rV de Sainte-Marthe, non marié, ne laissait d'ailleurs que des sœurs, dont une, seule héritière de la branche des Humeaux, épousa, en 1640, Charles de la Villarmois (i), seigneur de Montmoy, et en secondes noces, Charles-Robert de Grey, seigneur de Chambon.
Nous sommes forcés maintenant, afin de suivre complètement une époque, de remonter quelque peu en arrière. A la date du 24 novembre 1579, nous trouvons en effet la naissance de Nicolas, fils aîné de Louis III de Sainte-Marthe, dont il a été parlé précédemment. Poitiers avait abrité son berceau, il voulut y passer pres(|ue toute sa vie. Cependant, comme tous les membres de sa famille, il vint se perfectionner à Paris dans la science du droit et suivit le barreau jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. A ce moment, il entreprit le voyage d'Angleterre. Il avait pour compagnon un liomme qui devait rendre son nom célèbre dans la jurisprudence, la philosophie et les lettres, Adam de Blacvod, d'une ancienne et noble famille écossaise dont le dévouement à Marie Stuart est resté légendaire. Ce voyage lui procura l'honneur d'être reçu par le roi Jacques qui connaissait et appréciait les Sainte-Marthe.
(!) Pièces originales, vol. 8762, de Sainte-Marthe, n» 61659, Bibl. nat., cabinet des titres.
(2) D'argent au lion de gueules, accompagné de 5 tourteaux de sable eii or le.
ri
A son retour en France, Nicolas de Sainte-Marthe, grâce à l'influence paternelle, fut pourvu d'une charge de conseiller au Parlement; il n'avait que vingt-neuf ans. Deux années à peine s'écoulèrent, Louis de Sainte-Marthe étant enlevé aux siens par la mort, la charge de lieutenant général devenait vacante. Nicolas se mit sur les rangs pour succéder à son père. Les concurrents étaient nombreux, mais Henri lY n'avait pas oublié les importants services rendus à la cause royale par la maison de Sainte-Marthe. Il jugea que ces souvenirs du passé valaient mieux que les titres invoqués par des inconnus, et il confia à l'héritier de cette illustre famille cette charge enviée qui était la première de la province. Le nouveau lieutenant général ne tarda pas à justifier le choix du roi par son désintéressement, son intégrité et aussi par sa science et ses lumières. L'estime générale récompensa ses efforts et bientôt il parut désigné pour les fonctions de maire (1613).
Nicolas de Sainte-Marthe exerça cette nouvelle charge avec la rectitude de jugement qui lui était propre. Inflexible sur les prérogatives du corps municipal, s'il plut à la masse, il se trouva bientôt en conflit avec certaines personnalités. Nous n'insisterons pas sur ses démêlés avec l'évèque de Poitiers, Mf^ Chasteignier de la Rocheposay, qui prétendait se faire le censeur de l'assemblée du corps de ville. Ce dernier ne paraît pas avoir eu le beau rôle; son action occulte auprès de la cour, les accusations qu'il porte contre Sainte- Marthe ne sont pas à son honneur. Il n'obtint rien d'ailleurs de la fermeté de Nicolas de Sainte-Marthe; mais comme toujours ces mésintelligences, habilement exploitées par les amateurs de désordre, amenèrent dans la cité des troubles sérieux. Un gentilhomme attaché à la maison du prince de Condé fut même assassiné, et lorsque le prince se présenta au nom du roi sous les murs de Poitiers pour demander raison de cette offense, il trouva les portes fermées et la ville eu pleine rébellion. Sainte- Marthe lui-même, menacé par les révoltés, ne dut son salut qu'à une fuite rapide. Plusieurs notables le suivirent dans cet exil.
Le roi dut intervenir personnellement; il fallut la convocation des États généraux et la conférence de Loudun du mois de mai 1617 pour calmer les esprits; alors seulement le maire exilé put rentrer avec ceux qui l'avaient accompagné. Pendant ces troubles, il avait eu d'ailleurs occasion d'être reçu en audience particulière par le roi et la reine-mère et les avait mis au courant des intrigues
dont il avait été la victime. Le manuscrit de la bibliothèque de rinstitut ajoute qu'il le fit « sans se laisser emporter à aucune passion particulière >.
Sainte-Marthe ne fut donc que grandi par ces incidents et son crédit s'en accrut d'autant. Il était d'ailleurs réintégré dans ses fonctions à la grande satisfaction des habitants.
Sa science et son mérite apparurent plus clairement encore en 1634, lors des Grands Jours tenus à Poitiers; au milieu de cette réunion d'hommes d'élite, il apparut tel qu'il était et mérita d'être comparé au grand Scévole. Son éloquence fut admirée et la sûreté de ses relations lui créa dé nombreux amis.
En 1643, il fut choisi par tous les ordres de la ville pour aller au nom de la province prêter serment d'obéissance et de fidélité à Louis XIV et à la régente Anne d'Autriche (1). Ce fut le dernier service qu'il rendit à son pays.
Deux ans après, le 6 février 1645, il mourait lui-même. Le journal d'Antoine Denesde, marchand ferron à Poitiers, et de Marie Barré, sa femme, (1628-1687), publié dans les Archives historiques du Poitou (2), nous donne ainsi le récit de la cérémonie : « Le Vendredy 10« Feburier 1645, a esté inhumé à S*-Cibard, sire Nicollas de Saincte-Marthe, escuier, l'un des Pairs et eschevins, et cappitaine en chef de la compagnie de la Chaussée, lieutenant général en la seneschaussée de Poictou à Poitiers, où assistèrent en corps M" du Présidial. M. le recteur de l'Université, qui estoit Delavau-S^-Jasme, fils de la niepce du deifunct, marchoit le premier et menoit son grand oncle beau-frère du deffunct; puis marchoit M' d'Argenson, intendant de la justice; puis M^ le lieutenant particullier et tous les conseillers, grand nombre d'advocatz et procureurs, ayans tous robes et bonnetz carrés; et oubltre, estoit sa compagnie en armes, conduitte par Bonnadventure Dreux, escuier, s' de la Brémaudière, procureur du roy au bureau des finances, lieutenant d'icelle. >
Ne croirait-on pas, à quelques qualifications et fonctions près, lire le récit de l'inhumation de quelque personnage important de l'une de nos grandes villes?
Son corps fut inhumé à côté de Louis de Sainte-Marthe, son
(1) Par coDfosioD^ Dreux du Radier sabstitoe Louis XUI à Louis XIV.
(2) Archives historiques du Poitou, t. XV, p. 130.
père. La longue épitaphe gravée sur le marbre de son tombeau, après avoir énuméré ses titres, raconte sa vie et les services rendus; elle se termine par ces mots : • Dame Urbaine de Launay, de la maison des seigneurs d'Onglée, épouse de Nicolas de Sainte- Marthe, a fait dresser à leur mémoire ce monument, Tan J656. »
Nicolas de Sainte-Marthe avait en effet épousé d'abord, en 1607. Rachel Vernou, qui mourut en 1615, et, en secondes noces. Urbaine de Launay (1), fille de Pierre de Launay, lieutenant-général des armées du roi. Une seule fille naquit de cette union, Marie- Urbaine de Sainte-Marthe, qui épousa, en 1652, Louis-François le Fèvre de Caumartin, petit-fils du garde des sceaux.
Il porte sur l'épitaphe citée les qualifications de chevalier, seigneur de Boissière et de Marigni. Nous pouvons y ajouter celles de baron du Fresne, seigneur d'Authon en Vendômois, de Boisvre et Jarzé.
Les œuvres de Nicolas de Sainte-Marthe ne sont pas nombreuses. Il publia seulement quelques vers latins et grecs. On trouve notamment une ode de lui en tête de la seconde édition de VHistoire généalogique de France^ de Scévole et Louis de Sainte- Marthe. On lui attribue également une tragédie intitulée : Œdipe. Enfin, il publia une traduction en vers irançais « du poème de Georges Critton, professeur du Roi, sur le Baptistère de M«' le Dauphin, Louis XIII » (2).
Nous citerons ici, seulement pour mémoire, deux frères de Nicolas de Sainte-Marthe, René, seigneur de la Lande, auteur de la branche de la Martinique, et Georges, seigneur de Charenton. Celui-ci épousa en premières noces Elisabeth Rousseau, fille de Michel Rousseau, seigneur de la Guillotière, dont il eut deux filles (3), et en secondes noces Renée Roger, fille de Yves, seigneur de la Yaumartin.
(1) D'or, à un aune de sinople» arraché et accosté de 2 aiglons de sable,
(2) A propos de Nicolas de Sainte-Marthe, signalons dans le Bulletin des Antiquaires de l'Ouest (4« trimestre 1890), p. 376 et suivantes, un article très documenté de M. Genesteix sur l'ancien logis de la famille de Sainte-Marthe où naquit Nicolas. Ce logis devait être situé rue Sainte-Marthe, sur l'emplacement act<iel de l'auberge des Deux-Glefs.
(3) L'une de ces fiUes épousa Anne de Goulard, chevalier, seigneur de la Brunetière, la seconde Antoine de la Rochefoucauld, seigneur de NeuiUy-le- Noble.
Avec Pierre-Scévole, nous allons retrouver un Sainte-Marthe dont le nom figure avec honneur parmi ceux des érudils du XVII® siècle.
Pierre-Scévole, qui porte les titres d'écuyer, de sieur de Méré, '■:!
de conseiller du roi, de son maître d'hôtel ordinaire, d'historiographe de France, etc., était le tils aîné de Gaucher III et d'Elisabeth du Moulin et, par conséquent, petit-fils de Scévole II. Né à Paris le 21 novembre 1618, il fit ses humanités au collège de Clermont, sous la direction du Père Mambrun, connu par ses poésies, et du Père Noël, orateur distingué. Malgré cela, les lettres attiraient peu le jeune Sainte-Marthe qui avait un penchant très vif pour le métier militaire. Son père, de son côté, usait de son influence pour le pousser vers les finances. Longtemps il resta incertain du parti qu'il choisirait, mais ses travaux n'en souffraient pas et il étudiait avec persévérance et succès les sciences historiques, les mathématiques et les langues. Ces études, à la fin, fixèrent son choix et il se trouva tout désigné pour obtenir la succession de son père dans la charge d'historiOjÇraphe du roi. Pierre-Scévole n'avait que vingt-quatre ans lorsqu'un brevet de Louis XIII, du 10 avril 1643, confirmé par lettres patentes du 14 août même année, lui assura cette survivance. La sympathie des érudits ne devait pas lui faire défaut et il se trouva ainsi, tout jeune encore, en possession d'une situation toute faite.
Imitant l'exemple des auteurs de la Généalogie de la maison de France, Pierre-Scévole s'adjoignit dans ses travaux son frère Nicolas-Charles, et ce fut la continuation de cette Histoire généalogique qui devint le but de leurs études. De même, la publication du Gallia chrisiiana^ délaissée à cause du grand âge de ses auteurs, reprit avec eux, et les plus intéressants documents furent de nouveau groupés grâce à leurs soins. De tous côtés les érudits s'intéressaient à l'œuvre des deux frères et leur apportaient des chartes inédites. Parmi ces collaborateurs bénévoles, on cite en première ligne Antoine Vion d'Hérouval. Il leur fournit la matière de plus de six gros volumes, tirée par lui des trois cents volumes de la Chambre des Comptes où il était auditeur.
La réputation de Pierre-Scévole égala bientôt celle de ses prédécesseurs et les maisons princières sollicitèrent ses travaux. Victor- Amédée, duc de Savoie, entre autres, lui offrit de grands avantages pécuniaires pour le décider à passer à Turin, afin d'y travailler à
l'histoire généalogique de sa maison. Mais les ouvertures faites montrèrent à l'historiographe de France que l'on voulait couvrir de son nom des prétentions généalogiques erronées; il s'en expliqua nettement avec l'envoyé du duc et l'affaire en resta là. Un généalogiste connu, Guichenon, n'eut pas ces scrupules et toucha 50,000 livres pour prix de ses services. Cette affaire ébruitée ne fut pas sans augmenter considérablement l'estime dont jouissait Pierre-Scévole de Sainte-Marthe. Le choix des documents sur lesquels il s'appuyait, comme sa consciencieuse exactitude, devint proverbial; il fut dès lors l'arbitre suprême de toute contestation.
Nous énumérerons plus loin les ouvrages des deux frères; disons
V seulement qu'en reconnaissance d'un travail (1) qui lui avait été
V dédié, le prince de Gondé, grand maître de la maison du roi, ? gratifia Pierre-Scévole de la charge de maître d'hôtel du roi, par .'. brevet du 28 janvier 1648. Ainsi s'explique ce titre que nous
h. avons cité précédemment et qui semble avoir peu d'analogie avec
les fonctions d'historiographe.
;! Marié en 1651 à Anne Suart, fille d'un conseiller et médecin
^ ordinaire du roi, il se trouva par suite de ce mariage dans une
I situation financière plus brillante : cependant, comme il arrive
/^ souvent, les soucis accompagnèrent cet accroissement de fortune.
1 II eut à soutenir un procès, procès terrible, comme ceux de cette
» époque, qui ne dura pas moins de vingt-cinq ans et qui ne se
' termina que par l'intervention personnelle de Golbert. Encore en
coûta-t-il à Sainte-Marthe la perte de sa pension d'historiographe. Entre temps et pour se délasser de travaux plus sérieux, il traduisit de l'espagnol un livre intitulé : La disgrâce du comte \ dVlivarèSy ministre de Philippe /F, et publia les Lettres de Rabelais
avec une Vie de l'auteur, ouvrage très important pour l'histoire , du xvi« siècle. A citer encore la traduction du pamphlet italien :
La juste balance des Cardinaux vivans^ traduction demeurée anonyme, heureusement pour Sainte-Marthe. Il évita ainsi le courroux de Mazarin qui y était fort maltraité.
Ge fut en l'année 1656 que l'Assemblée générale du Glergé donna
(1) C'était ane Table généalogique montrant qne la Maison de France avait donné l'origine à trente-trois emperears et impératrices, cent rois et soixantedix reines.
mission aux ùeveux de Louis de Sainte-Marthe de continuer le Gallia christiana, Pierre-Scévole recevait ainsi comme collaborateurs : Nicolas-Charles et Abel-Louis, qui devint plus tard le Supérieur général de l'Oratoire et dont nous aurons à parler. Le Gallia fut imprimé en quatre volumes in-folio et remis entre les mains des évéques de Toulouse, de Montauban, de Montpellier, de Grasse et de Vence, etc. Tous donnèrent non seulement l*approbation, mais aussi les éloges les plus flatteurs aux frères Sainte-Marthe. Les membres les plus éminents du clergé de Paris s'unirent à ce concert de louanges unanimes. Nous ne reproduirons pas ces approbations, elles sont faites dans le style pompeux et exagéré de l'époque.
Les auteurs désirèrent plus et voulurent offrir l'ouvrage ofiiciellement au clergé de France assemblé à Paris. Mais là des difficultés s'élevèrent; on nomma une commission pour procéder à un nouvel examen et présenter ensuite le volume avec une approbation générale. Or, parmi ceux qui étaient chargés de l'examen figurait un certain docteur Le Moine, esprit étroit, quelque peu envieux de la gloire des frères Sainte-Marthe. Celuici refusa son approbation à un ouvrage qui contenait sur l'abbé de Saint-Gyran des appréciations qui n'étaient pas absolument défavorables. C'était soulever une question des plus irritantes. On sait en effet avec quelle passion étaient alors discutées les tendances de ceux qui se prétendaient réformateurs et qui, avec Jansénius (1), s'étaient faits les apôtres d'un système condamné par le pape quinze ans auparavant et de nouveau mis à l'index, il y avait à peine deux aus, par l'Assemblée des Évêques de France. A ces préoccupations religieuses se mêlèrent encore des. préoccupations d'ordre politique et personne n'avait perdu le souvenir des démêlés de Saint-Cyran avec Richelieu, ni de son emprisonnement à Vincennes.
Nous verrons dans un chapitre suivant que l'accusation de jansénisme lancée contre les frères Sainte-Marthe n'était pas fondée et que leur seul tort avait été de manifester quelque sympathie, non pour la doctrine, mais pour la personne d'un homme
(1) Jean Davergier de Haaranne, devenu abbé de Saint-Gyran, s'était lié à Lonvain arec Jansénias et s'était montré défenseur de ses doctrines, bien qu'il n'ait jamais officiellement rompu avec Rome«
qui, en somme, avait rendu des services à TÉglise. Après enquête, examen, discussion publique, on ordonna la suppression de certains passages, surtout de ceux qui semblaient incriminer la mémoire de Richelieu.
Les frères Sainte-Marthe s'inclinèrent et, le 13 septembre 1656, Touvrage fut offert et accepté officiellement par l'Assemblée du Clergé. Procès-verbal en fut dressé; il est on ne peut plus élogieux pour les frères de Sainte-Marthe, c Le président, y est-il dit, a représenté à la compagnie les services que lesdits s'* de Sainte- Marthe ont rendus au clergé et qu'ils peuvent leur rendre encore » ; finalement l'Assemblée leur vota une pension (1). Il est à remarquer que c'était à peine les désintéresser des frais faits par eux pour la publication et l'offre de l'ouvrage.
Si les éloges récompensèrent les trois frères de leurs travaux, certaines critiques ne leur furent pas épargnées. On leur reprocha des erreurs inévitables dans une étude de cette étendue ; on les blâma surtout d'avoir publié sous leur nom un travail dont l'idée première et la première exécution ne leur appartenaient pas. Nous renvoyons sur ce point à ce que nous avons dit plus haut du rôle de Claude Robert, l'auteur auquel il était fait allusion.
Mais les louanges étouffèrent grandement les blâmes émis. Du reste, le zèle des frères Sainte-Marthe ne se ralentissait pas, ils parcouraient la France, visitaient les bibliothèques, dépouillaient les cartulaires des vieux monastères, partout recueillant pour leurs travaux les documents les plus inédits et les plus intéressants. Les érudits eux-mêmes tenaient à honneur de leur communiquer ce qu'ils savaient utile à ce monument élevé à la gloire de l'Église. C'est ainsi que les Dupuy, les Valois, les Godefroy, Vion d'Hérouval, François Duchesne, Justel, Baluze et tant d'autres devinrent leurs collaborateurs volontaires. De l'étranger méme^ d'Allemagne, d'Angleterre, d'Espagne, d'Italie, les plus célèbres généalogistes se firent un devoir de leur communiquer les documents qui étaient entre leurs mains; enfin le bibliothécaire du Vatican, par ordre du pape, mit à leur disposition les trésors dont il disposait. De leur côté, Pierre- Scé vole et Nicolas-Charles de Sainte-Marthe se rendaient en Angleterre et travaillaient à la bibliothèque d'Oxford.
(i) 1^500 livres, soit 500 pour chacun.
On a peine à ne pas s'arrêter quelque peu surpris devant un travail d'une telle intensité et Ton comprend pourquoi, à l'exemple de tant d'autres, le chancelier Sé^uier tenait à leur manifester \^
son admiration, en leur accordant le privilège extraordinaire de /^
faire imprimer tous leurs ouvrages sans les soumettre à Texam^n r:
et leur décernait en plus le titre de conseillers d'État (1). ' -J
Ces travaux étaient excessifs et ne pouvaient être supportés f.^
sans inconvénient, même par une santé robuste. A leur retour ^
d'Angleterre, ils tombèrent tous les deux malades à Boulogne. Peut-être, comme Jansénius, avaient-ils trouvé darrs la poussière V.
des parchemins les germes d'une affection morbide. Transportés y
à Paris, Nicolas-Charles succomba, après trois mois de fièvre aiguë, ^
le 8 février 1662. Sa mort frappa cruellement Pierre-Scévole qui perdait en lui, non seulement un frère aimé, mais aussi le compagnon de tous ses travaux, de tous ses succès, l'ami fidèle de toute sa vie. '"
Heureusement ses goûts lui apportaient en eux-mêmes un remède à sa douleur, il se remit au travail avec plus d'acharnement que jamais. Tantôt à Paris, tantôt à sa maison de campagne * d'Issy, qu'il avait agrandie et embellie, il s'occupait de tout ce qui peut séduire un esprit cultivé : collection de médailles, recherches de curiosités de toute sorte, mais surtout étude des documents généalogiques, qui lui permettaient de publier de nouveaux abrégés De l'origine des principales maisons souveraines.
Au milieu de tous ces travaux, sa situation pécuniaire était moins brillante; privé, comme nous l'avons vu, depuis 1647, de la pension qui lui était due, l'hostilité de Colbert ne lui permettait pas d'espérer de nouveau prendre part aux gratifications du roi. Il faisait dans toute sa sévérité l'expérience que le talent et les services intellectuels sont moins lucratifs que la flatterie des courtisans.
Forcé de s'occuper d'intérêts matériels, il entreprit, pour visiter ses terres, un voyage en Touraine et en Poitou. Il faillit lui en coûter la vie. Il tomba en effet, dans l'une de ses excursions, entre les mains de voleurs; ceux-ci le conduisirent dans un bois près Chartres et, après l'avoir dépouillé, le lièrent à un arbre en compagnie du domestique qui l'accompagnait; l'un et l'autre ne par- Ci) Lettres avec éloge da 30 janvier 1659.
vinrent à se détacher qu'après plusieurs heures. Cet incident n'eut pas d'influence fâcheuse sur la santé de Pierre-Scévole qui revint à Paris peu après et se mit à entreprendre un ouvrage dont il avait conçu le plan gigantesque depuis plusieurs années. Sous le titre d'Orbis christianus^ Sainte-Marthe voulait écrire l'histoire de tous les patriarches^ archevêques et évéques de l'Église universelle, aussi bien en Orient qu'en Occident. Il lança un appel à tous les prélats du monde chrétien et leur adressa le plan complet tel qu'il l'avait compris.
Ce projet, bien qu'il fût considéré par beaucoup comme irréalisable, lui atftra de nouvelles et nombreuses sympathies et bon nombre d'érudits lui envoyèrent des mémoires sur ce sujet. Il les coordonnait k mesure, les classait et préparait le travail définitif. Entre temps il publiait plusieurs ouvrages : une Vie de saint Gaucher; l'État de la cour des rois de l'Europe^ en trois volumes; le Traité historique des armes de France et de Navarre.
En 1677, nous trouvons Pierre-Scévole sur la route de l'Italie avec trois de ses amis. C'était un rêve depuis longtemps caressé que le vieux savant réalisait enfin. Voir la Rome des papes, fouiller les trésors de la bibliothèque Vaticane, n'était-ce pas pour Sainte-Marthe la plus intime jouissance qu'il pût désirer. Reçu à Turin par le marquis de Saint-Thomas, muni d'un passeport et des recommandations du prince de Ligne, gouverneur du Milanais, il put explorer à loisir la célèbre bibliothèque Ambroîsienne et les collections les plus curieuses de Milan. De là, il visita Pavie et sa chartreuse, puis Venise et s'embarqua pour Âncône. Jeté par la tempête à Rimini, il prit la voie de terre et se rendit en chaise de poste à Ancône, à Lorette et de là à Rome.
Nul n'ignore les richesses de la bibliothèque du Vatican; bien que non achevée encore, il put néanmoins explorer à loisir les trésors qu'elle renfermait. Présenté au pape Innocent XI par le cardinal d'Estrées, son parent, il fut accueilli par lui avec toute la bienveillance possible et se vit ouvrir toutes les portes. Sou retour s'effectua par Florence et Livourne, d'où il s'embarqua pour les côtes de France.
Bien que les documents recueillis par Sainte-Marthe fussent considérables, nous n'en trouvons pas une trace immédiate dans les publications suivantes. Aucun sujet particulier n'avait été en effet visé dans ses recherches; il avait plutôt rassemblé des
matériaux divers qui se répartiront de çà de là dans les travaux nombreux qu'il va encore entreprendre.
Donner une liste de tous les ouvrages de Pierre-Scévole de Sainte- Marthe et surtout des manuscrits laissés par lui serait trop long et peut-être fastidieux; l'auteur, du reste, suit toujours une même idée et ne s'occupe guère que de généalogies diverses : sources précieuses s'il en fut pour notre histoire nationale, mais qui ne peuvent guère supporter une sèche énumération. Ce qui frappe cependant, c'est le labeur incessant, le travail énorme fourni par Sainte-Marthe, et tout cela, doit-on ajouter, seulement pour l'amour de l'érudition, car les avantages pécuniaires qu'il en retirait étaient devenus presque nuls; à tel point que, dans les dernières années de son existence, il en vint même à être forcé de vendre ses livres pour établir ses enfants. Les mémoires inédits qu'il a laissés (1) ne laissent aucun doute à cet égard : < Quelle folie! écrit-il, de passer sa vie à de grands ouvrages, de quelque utilité qu'ils puissent être; l'auteur presque toujours mal récompensé use son tempérament, dépense son bien et a le chagrin de voir un madrigal^ une épigramme, une bagatelle conduire un ignorant à la fortune! » Ce sont des réflexions tristes mais fort communes dans l'existence des érudits de tous temps, auxquels le vrai mérite n'apporte que quelques hommages éphémères, tandis que les encouragements sérieux sont ménagés à l'intrigue et à la faveur.
Cette disposition d'esprit nous explique pourquoi Sainte-Marthe vit sans regret dans son fils, l'héritier de son nom, peu de dispositions pour l'élude. On peut affirmer même que son influence tendit plutôt à l'en éloigner et à le pousser vers le parti des armes où il se distingua d'ailleurs plus tard, comme capitaine au régiment de Rouergue.
Pierre-Scévole de Sainte-Marthe mourut le 9. août 1690. 11 était âgé de soixante-douze ans. La sépulture de famille, les charniers de Saint-Séverin, reçurent la dépouille mortelle du vieux savant. Au-dessous de celle de son frère, une épitaphe modeste rappelle simplement son nom et ses titres. Elle est ainsi conçue :
PetruS'Scœvola Sammarthanm, dominus de Méré super Andriam, Cornes consistorianus, sacrique Palatii Magister et Œconomus^
(1) Manuscrit de la bibliothèque de Tlnstitut déjà cité.
Historiographus Regius^ qui obiit anno Christi 1690^ 9 Atig.^ œtai. 72,
On ne peut s'empêcher de remarquer combien, par sa brièveté, cette inscription contraste avec les louanges pompeuses décernées
aux ancêtres de Sainte-Marthe. On sent que cette tombe renferme un modeste, presqu'un méconnu, et cependant quel n'avait point été son labeur! La simple énumération bibliographique qui suit suffira à le prouver et encore ne signalons-nous que les ouvrages les plus importants, laissant de côté les nombreux manuscrits.
1. Les épislres de Rabelais, arec sa vie à la tête de F ouvrage et des observations historiques^ généalogiques et corngraphiques, Paris, 165i, in-12, chez Charles de Sercy, — réimprimé en 1710 à Bruxelles, chez Fo»» Foppens, in-12.
2. Juste balance des cardinaux vivans (en 1650), traduit de Fitalien de Grégorio Leti par Pierre-Scévole de Sainte-Marthe. Paris, 1652, in-12, avec la liste des cardinaux, leurs qualités et leurs armes.
3. Histoire généalogique de la Maison de France, etc., tomes III, IV et Y, par P.-Scévole et Nicolas-Charles de Sainte-Marthe, frères, conseillers du Roy. Paris, 1663... Titre et table générale, c'est tout ce qui a paru de cet ouvrage qui devait continuer l'édition de 1647.
4. Histoire généalogique de la Maison de la Trémoille.,. Paris, S. Piget, 1668, in-12.
5. État de la cour des Rois de l'Europe., , Paris, 1670, 3 vol. in-12. — Paris, 1680, un vol. in-12 de 680 p.
6. Traité historique des armes de France et de Navarre... (1). Paris, 1673, in-12 avec blasons.
Notons à ce propos que les plus anciens monuments de la réduction des fleurs de hs à trois, dont il est fait mention dans le Traité de Sainte-Marthe, sont deux sceaux : l'un de Philippe le Bel, cité par du Cange, Tautre de Philippe de Yalois, cité par Sainte- Marthe (1285-1350). Cependant, la bibliothèque de Rouen contient une collection de chartes concernant T abbaye de Savigny, diocèse d'Avranches, fondée en 1112 par Raoul de Fougères, dans Tune desquelles (1212) se trouve un sceau en parfait état de
(1) Publié en partie ea 1896-1897-1898 par la Société de l'Histoire de Normandie.
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conservation, représeptant trois fleurs de lis semblables à celles de reçu de France. Ce qui prouverait que cette réduction des fleurs de lis à trois serait de beaucoup plus ancienne qu'on se l'imagine ordinairement.
Quant aux armes de Navarre, il paraîtrait que, d'après le compte-rendu du testament de Jeanne d'Évreux, reine de France et de Navarre, daté de septembre 1372 et publié dans la collection de pièces historiques de Leber, au lieu d'un pommelé d'o}\ ce serait un besanté d'or^ qui devrait figurer sur Técu de Navarre.
7. Remarques sur le livre de V Histoire de France du Père Jourdan et sur l'origine de la Maison de France du duc d'Espernon, par Pierre-Scévole de Sainle-Marthe, Paris, 1684, in-12.
8. L'Europe vivante ou l' Estât des Roy s. Princes souverains
en cette présente année M.DC.LXXXV^ avec les noms des princes ds VAsie et de V Afrique^ par P. S. de Sainte-Marthe, Paris, 1685, in-12, avec le description des armes.
Ce n'est qu'un abrégé du numéro 5 relevé ci-dessus, avec les changements exigés par les cinq années expirées depuis la dernière édition.
Nous laissons de côté toutes les éditions citées, les manuscrits et les nombreuses éditions du Gallia christiana^ ouvrage continué par d'autres frères Sainte-Marthe et finalement terminé par Denis.