‹ Sainte-MartheChapitre 19 sur 25 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les douze enfants du gouverneur de Sainte-Marthe. — Leurs ALLIANCES. — Frauçoîs de CollarU — Pierre de la Rache-Guyon, — Jean-Léon de Pradines.

Victime de la tyrannie d'un tuteur, forcé d'abord de s'expatrier, devenu ensuite soldat de fortune voué aux vicissitudes les plus diverses avant de devenir gouverneur de la Martinique, le chevalier de Sainte-Marthe mourait riche d'honneur, mais pauvre d'écus. Ses enfants ne trouvaient également que peu de choses du côté maternel. Les deux mariages de Sainte-Marthe avaient été des mariages d'amour et si ces alliances ne laissaient rien à dire au point de vue de l'honorabilité de la famille, le côté pécuniaire était peu brillant. En raison même de cette situation, il n'est pas sans intérêt de voir comment se tirèrent d'affaire ces cadets sans fortune.

Le premier enfant du chevalier de Sainte-Marthe était une fille, Alix ou Alizon, née à Londres vers 1642. Elle épousa en 1660 un gentilhomme de bonne noblesse, Jean-Baptiste de la Haye (1),

(i) FamiUe d'Artois portant : d'argent à un chevron de sable^ accompagné de 3 canettes de même, 2^ i, le chevron chargé tur la pointe d'un écmton d'or surchargé de 3 fasces de gueules,

sieur des Aublois, dont elle eut huit enfants, nés à Saint- Venant de 1601 à 1683.

Le deuxième, Robert ou Rupert, également né à Londres, vers 1647, était le filleul du prince Rupert de Bavière sous les ordres duquel son père avait servi pendant de longues années. PréLre et docteur en théologie de la maison de Navarre, Robert de Sainte-Marthe fut appelé en 1687 à la cure de Troissy (Marne), cure alors importante qui relevait de l'évéque comte de Soissons et valait 6,000 livres de revenu. Après avoir exercé le ministère paroissial pendant dix-neuf ans, il fut nommé en 1706 chanoine de Notre-Dame-des-Vignes à Soissons, où il resta jusqu'à sa mort. Pierre de Sainte-Marthe, sieur de la Lande, troisième enfant du gouverneur de la Mairtinique, choisit le parti des armes. Né vers 1648, il s'engage dès Tàge de quatorze ans. En 1674 il est promu gouverneur de la Grenade, que nous possédions depuis quatorze ans. Blessé un an après, à Tattaque de cette île, il est nommé lieutenant de roi à la Guadeloupe en 1679, c'est-à-dire l'année même de la mort de son père. En 1684 nous trouvons Sainte-Marthe gouverneur de la Guyane.

Quel temps exactement resta-t-il dans ce poste? Il est difficile de le préciser. Le 13, août 1686, il écrit de Cayenne au ministre, et il lui fait remarquer qu'il est depuis vingt-cinq années au service du roi, dont quinze passées en Amérique. Son retour en France ne dut pas suivre de loin cette missive car, le 14 janvier 1688, il épouse Marie-Renée de Rosmadec Molac (1), petite-fille de Françoise de Montmorency et veuve du marquis de la Palluelle. A partir de ce moment, il paraît se retirer le plus ordinairement au château de Bellefontaine (2) en Normandie. Une pièce du 17 février 1690, conservée à la Bibliothèque nationale (Cabinet des manuscrits, pièces originales) lui donne le titre de marquis de Sainte-Marthe, le marquisat de Rosmadec se trouvant alors continué sous ce nouveau nom par Marie-Renée, son héritière. Pierre de Sainte-Marthe mourut sans enfants en 1692.

Victor-Maurice de Sainte-Marthe, seigneur de Boisvre, frère du précédent, naquit vers 1651 ; il eut pour parrain le colonel Victor- Maurice comte de Broglie, gouverneur de la Bassée en France,

(1) Rosmadec porte : paie d'argent et d'azur de 6 pièces, {%) BeUefoDtaiae, arrondissement de ^ortaia (Manche).

auquel Rokeby avait cédé son régiment et qui se trouvait ainsi avoir sous ses ordres comme capitaine aide-major le futur gouverneur de la Martinique.

Après avoir habité Averdoingt, il suivit ses parents aux Antilles et nous le retrouvons, le 31 octobre 1676, commandant d'une compagnie vacante de la marine.

A cette date, M. de Baas, gouverneur général des îles, dans une lettre qui est conservée aux Archives des colonies, s'exprime ainsi sur Pierre de Sainte-Marthe : t J'avais envoyé à S^«-Croix le S' de Latour pour y commander jusques à nouvel ordre; mais il me semble que jusques à présent sa conduite n'est pas trop bonne, car s'estant senty échapé de Tobéissance exacte oii il étoit assujety dans la garnison du Fort Royal, il est tombé dans des emportements desréglez, sy bien que je le feray revenir commander sa compagnie et enverray à sa place le S' de Boisvre, second fils de Monsieur de Sainte-Marthe (1), quy commande l'une des compagnies vacantes de la marine el quy sera hors d'employ, lorsque les nouveaux officiers qui y viennent de France seront arrivés aux isles. C'est un garçon quy m'a toujours paru fort sage, ayant une grande douceur dans les mœurs »

L'année précédente, il avait épotisé Anne de Bourgneuf (2), dont il eut trois enfants : l'ainé mort lieutenant d'une compagnie de la marine, à vingt-deux ans, le second devenu enseigne de vaisseau et une fille.

Le cinquième des enfants de Sainte-Marthe est ce Maximilien dont nous avons déjà parlé, né en 1662 du second mariage de son père avec Isabelle-Louise du Riez; il s'engagea presqu'enfant au service du roi. En 1677, nous le trouvons sous les ordres du comte d'Estrées, vice-amiral de France. On sait la valeur de l'amiral d'Estrées et ses succès. C'est lui qui, en 1676, reprend aux Hollandais le fort et 111e de Cayenne. L'année suivante, il bat l'amiral Byngs devant Tabago et, quelques mois après, enlève cette île à la Hollande C'est à ce combat de Tabago que Maximilien de Sainte- Marthe fut tué, à la Palissade. Le jeune Sainte-Marthe n'avait alors que quinze ans, lorsqu'il mourait ainsi pour son pays.

(1) M. de Baas commet ane erreur, Victer-Manrice est le quatrième enfant et le troisième fils d'André de Sainte-Marthe.

(3) Boorgneof porte : d'argent, au iautoir de sable, au franc-quartier de gueulet, chargé de deux poisêom d'argent.

Deux ans après Haximilien, naissait à Paris François de Sainte- Marthe, plus connu sous le nom de François-Maximilien, ce second prénom ayant été ajouté au premier, à la mort et en souvenir de son frère tué à Tabago. François-Maximilien se destina dès l'enfance à l'état ecclésiastique. La congrégation de l'Oratoire l'attira tout d'abord. 11 y trouvait en effet le vertueux et puissant exemple de son parent Abel-Louis qui en était alors supérieur général. L'auteur du Ménologe du \^^ siècle de la congrégation de VOratoire nous dit c qu'il avait hérité de la famille l'esprit, la piété et l'amour pour l'histoire ecclésiastique et que, depuis qu'il était entré dans l'Oratoire, il avait cultivé avec soin ces talens (1). >

Sachant plusieurs langues, très érudit, versé dans la connaissance des écrits des Pères de l'Église, François-Maximilien de Sainte-Marthe avait conçu le projet de continuer le GaUia christiana^ cette œuvre immense que ses proches n'avaient pu que commencer en quelque sorte. Il se consacra donc aux études historiques, d'abord dans la maison de Saint-Paul-aux-Bois, où le célèbre abbé Bignon fut ison compagnon de travail, puis à Caen (2), à Notre-Dame des Vertus où il fut ensuite envoyé, enfin à Paris où ses supérieurs l'avaient appelé.

La mort qui le frappa subitement l'empêcha de réaliser ces projets. C'était le lendemain de la iéte spéciale que l'Oratoire consacre aux grandeurs de Jésus, le 29 janvier 1707; on le trouva mort dans son lit, les mains en croix sur la poitrine et c les yeux élevés au ciel, dans la posture d'un homme plutôt extasié que mort 1. La veille, il avait célébré les offices comme à l'ordinaire; sa complexion robuste ne pouvait laisser soupçonner ce dénouement si brusque, aussi la congrégation fut-elle très particulièrement émotionnée par cet événement imprévu.

Nous avons sous les yeux l'inventaire sommaire dressé par deux de ses confrères après sa mort. C'est là un document authentique qui nous montre combien modeste était alors la vie d'un membre de la congrégation. Un bureau, trois fauteuils, deux chaises, un écran, un cachet à ses armes, un petit crucifix d'ivoire et un petit

(1) Gloyseaalt, p. 306-8.

(2) Les Oratoriens s'étaient établis à Caen vers i62S, me 6alU)ert. Ce n'est qne plus tard qu'ils vinrent se fixer dans la rae à laquelle ils ont donné lenr nom et où ils restèrent jnsqa'à la Révolntion.

tableau de saint François, une montre, deux cuillères d'argent, quelques livres, un compas, une équerre, une règle, quelques bardes, plusieurs liasses de papiers de famille; voilà tout ce que laissait après lui le Père de Sainte-Marthe.

Le produit de ses travaux, le fruit de ses longues et patientes recherches ne fut pas perdu et nous verrons qu'un autre membre de la famille sut les employer pour la continuation du Gallia; mais comme œuvre purement personnelle nous ne trouvons qu'un manuscrit, étude contre les privilèges de l'Ordre de Giteaux, intitulée Le véritable esprit de Citeaux (1).

Marie-Antoinette de Sainte-Marthe, que nous devons placer chronologiquement après le Père François-Maximilien et que nous ne citons que pour mémoire, naquit vers 1667. Elle mourut à vingt-trois ans en 1690; elle s'était mariée à la Martinique avec César Ricaud, natif de Toulon, qui servait dans la marine royale (2).

Sa sœur Angélique-Anne, née vers 1670, mourut également à la Martinique en février 1709; elle avait épousé, le 28 février 1685, au Fort-Royal, François de Collart (3), écuyer, seigneur d'Aucharap, colonel des milices de la Martinique, fils de Claude, écuyer, seigneur de Coucy, et de Madeleine de Bremond d'Ars de Bossée. La mâle figure du colonel de Collart mérite qu'on la signale d'une façon particulière; elle a d'ailleurs été magistralement étudiée par M. I. Guet dans cet ouvrage sur la Martinique, ouvrage couronné par TAcadémie de Rouen, dont nous avons déjà parlé.

François de Collart, né à la Martinique en 1662, vient d'abord en France et sert comme sous-lieutenant au régiment de Rouergue où il fait les campagnes d'Allemagne (1676-1680). De retour à la Martinique en 1681, il s'occupe des propriétés paternelles et reprend dans la milice le grade qu'il avait précédemment. A cette époque, les milices de nos petites Antilles, solidaires les unes des autres pour la défense de leurs territoires contre les incursions des nations étrangères, combattaient concurremment avec les troupes de France à toutes les guerres dont les îles d'Amérique étaient à chaque instant le théâtre. François de Collart, désireux de ne manquer aucune occasion d'acquérir de l'honneur, se fit une

(1) Adry, Bibliothèque des écrivains de VOratoire, t. V, f. 7i.

(2) Ricaad porte : d'or à 7 îosantfes de gueules^ 4 et 3.

(3) Collart porte : d'azxir à V aigle épîoyée d'or, le vol abaissé (1707).

sorte de spécialité d'organiser les expéditions ordonnées par le roi.

En 1689, il prit volontairement part à celle de Saint-Eustache, à la tète d'un corps de volontaires. Il y est blessé deux fois, détermine par sa bravoure le succès de l'entreprise et reçoit pour sa conduite le grade de capitaine.

En 1690, à peine guéri de ses blessures, il part pour Saint- Christophe à la tète de sa compagnie et, grâce à la valeur de ses milices, les Anglais obligés de capituler sont forcés d'abandonner l'île. L'année suivante, CoUart contribue à sauver la Guadeloupe assiégée par les mêmes ennemis.

En 1693, les Anglais, pour venger leur défaite, envahissent la Martinique avec cinq mille hommes de troupes, amenés par une flotte nombreuse. François de Collart se distingue à la tête de la cavalerie qu'il commande. Plusieurs fois battus, les Anglais se rembarquent en hâte.

En 1703, même fait au second siège de la Guadeloupe. Les Martiniquais, sous les ordres du général de Gabaret, arrivent heureusement au secours de la colonie déjà saccagée. En deux brillantes affaires où les Anglais subissent de grandes pertes, Collart mène ses hommes avec tant de vigueur que la Guadeloupe est délivrée. Ce fait d'armes lui vaut le grade de colonel. Ce sont alors de nouveaux exploits en 1706, à Saint-Christophe, avec le comte de Chavagnac qui fit proposer François de Collart pour une récompense et notamment la croix de Saint-Louis. Le roi lui donna des lettres de noblesse, bien qu'il fût gentilhomme, et ces lettres relatent ses belles actions coloniales.

En 1712-1713, nouvelle expédition de représailles dans les petites Antilles contre l'ennemi héréditaire. Collart < à son ordinaire • s'y fait remarquer, sous les ordres de l'illustre Cassard, à Montserrat et à Curaçao, où il perdit deux de ses tils frappés à ses côtés. Cassard lui rend justice et assure M. de Phélypeaux, alors gouverneur général, qu'il doit à François de Collart la meilleure partie de son succès dans cette mémorable campagne.

En 1717, lors d'une révolte survenue à la Martinique, par suite de l'interdiction du commerce étranger dans les îles françaises, Collart, seul entre tous, s'exposa pour la défense des administrateurs généraux an^ètés au milieu du soulèvement. Ce rare dévouement donna l'occasion à M. de Feuquières de rappeler à la cour que François de Collart avait été proposé trois fois par ses prédé-

oesseurs pour la croix de Saint-Louis et de le signaler de nouveau pour la même distinction si bien méritée. Elle lui fut enfin accordée en janvier 1720. Mais quand la notification parvint à la Martinique, le brave colonel, épuisé par ses rudes campagnes, venait de mourir « universellement regretté », le 14 mai 1720, à Tâge de cinquante-huit ans (1). Il laissait une grande fortune acquise par le travail, car le soldat avide d'expéditions guerrières était aussi un propriétaire intelligent et avisé; sept cent trente nègres travaillaient sur sa plantation, Tune des premières du pays. Ce type si parfait de cette race de colons forte et laborieuse^ qui fit la gloire de nos colonies et assura leur indépendance, nous a paru intéressant à signaler. Nous devions le faire d'autant plus que, comme nous le verrons, Tillustre maison des Sainte-Marthe s'éteignit dans le courant du siècle et que ce furent les descendants de François de Collart qui, seuls, furent appelés à relever leur nom.

De son mariage avec Angélique -Anne de Sainte -Marthe naquirent en effet douze enfants, six garçons et six filles, qui continuèrent honorablement les traditions de leurs aïeux paternels et maternels (2).

Dans rénumération des douze fils et filles du gouverneur de la Martinique, que ce dernier signalait à Colbert dans sa lettre du 15 février 1677, doivent figurer deux enfants nés vers 1673 et 1674, tous les deux morts en bas âge; c'est donc sous les numéros onze et douze que s'inscrivent Marie-Anne et Dorothée.

La première naquit à la Martinique vers 1675; elle épousa, le 19 mars 1696, Pierre Guyon, écuyer, seigneur de la Roche-Guyon, lieutenant de roi à la Martinique, chevalier de Saint-Louis, fils de François, chevalier, seigneur de la Torchaise, et de Catherine Gante de Coraoints (3j.

(1) Le colonel François de Collart et la Mariinique de ion temps, i625'i720 (Vannes, 1898), par M. I. Guet, ancien chef de bureau aux Archives coloniales.

(2) Le seul des fils dont la descendance se soit poursuivie jusqu'à nous est Bonaveuture-Louis de Collart, seigneur d'Auchamp, dont le petit-fils épousa une petite-fille de Marie-Anne de Sainte-Marthe, c'est-à-dire sa cousine. Leur fille s*unit elle-même, en 1827, au frère du général Jacques-Louis baron Hulot, Ueutenantcolonel directeur d'artillerie à la Martinique; c'est son fils qui fut autorisé par décret à relever le nom de sa mère, d'où les barons Hulot de Collart Sainte-Marthe.

(3) Guyon porte : d'argent, au cerf élancé de sable dans un bois de sinople; au chef d'azur chargé de 3 étoiles d'argent. Cette famille poitevine est éteinte.

Ce Pierre de la Roche-Guyon était lui aussi une physionomie oi'iginale; d'abord lieutenant et major des troupes du Fort-Royal, puis garde de la marine et capitaine à la Guadeloupe, nous le retrouvons dans toutes les expéditions de l'époque. Le Père Labat, dans son Voyage aux îles d'Amérique, 1722, t. VI, p. 203, nous a laissé de lui le portrait suivant : « Année 1703. Les deux compagnies de la marine étaient commandées par les sieurs de la Roche-Guyon et de la Tournerie. Le premier était un petit homme parfaitement bien fait dans sa taille; d'une physionomie ouverte et agréable, il avait de l'esprit, de la politesse, du feu et de la valeur à revendre; il était fort obligeant, mais si délicat sur le point d'honneur qu'il fallait agir avec beaucoup de circonspection, quand on traitait avec lui. »

Le 15 juillet 1711, il est commissionné par M. de Pliélypeaux comme lieutenant de roi à la Grenade; chevalier de Saint-Louis en 1719, il est nommé lieutenant de roi à la Guadeloupe puis à la Martinique. C'est au Fort-Royal qu'il mourut le 18 septembre 1728.

De son mariage avec Marie-Anne de Sainte-Marthe naquirent neuf enfants : quatre Jils et cinq filles. C'est la dernière de cellesci (1) dont la petite-fille, Marie-Élisabeth Garnier de la Roche, épousa, en 1794, son consin Charles-Louis-Joseph de Collart Sainte-Marthe, écuyer, seigneur d'Aucharap.

Dorothée de Sainte-Marthe, la plus jeune des filles du chevalier Antoine-André de Sainte-Marthe, gouverneur de la Martinique, naquit à Saint-Pierre vers 1677; elle épousa au Fort-Royal, le 9 octobre 1697, Jean-Léon de Fornier de Caries de Pradines, gouverneur de la Grenade, fils de Charles-Léon et de Renée- Angélique Le Charon (2), dont elle eut deux enfants. Elle mourut onze ans après, le 9 juillet 1708. Nous pourrions suivre la carrière de Jean de Pradines (3) comme nous avons fait pour ses deux

(1) Cette fille qai portait eUe-même le prénom de Marie-Anne, épousa Timothée-Micbel du Val, capitaine de cavalerie, d'où Marie-Ëlisabeth, épouse de Richard Garnier de la Hoche, commandant des milices et père de Marie- Elisabeth^ mariée à Charles de Collart Sainte-Marthe, dernier rejeton mâle du nom.

(2) Les Fornier de Caries de Pradines portent : d*argentj à 3 bandes de gueules, chargées chacune d'une étoile d'or; au chef d'azur chargé d'un lion issant d*or, adextré d'une étoile de même.

(3) Cette branche des Fornier de Caries de Pradines, éteinte en 1872, s'est fondue dans les Testu, marquis deBalincourt, et les vicomtes de iessé-Charleval.

beaux-frères François de Collart et Pierre de la Roche-Guy on, et le voir obtenir successivement les grades de lieutenant et capitaine de marine, lieutenant de roi, chevalier de Saint-Louis, gouverneur de la Grenade. Nous ne le ferons pas, aussi bien les exemples cités suffisent-ils pour montrer quelle était la vie toute de vaillance de ces cadets de famille que tantôt l'amour d'une existence aventureuse, tantôt le désir de refaire leur fortune amenait aux îles d'Amérique. Un même sentiment apparaît chez eux et domine tous les autres : la volonté bien arrêtée de servir utilement leur patrie; aussi les voit-on conquérir tous leurs grades à la pointe de Tépée. Mais ce ne sont pas seulement des soldats, ce sont aussi des chefs de maison comprenant leur devoir aussi bien que leur rôle social ; grâce à eux se forment des races fortes et nombreuses. Elles maintinrent notre suprématie dans les Antilles, malgré les fautes des gouvernants, malgré les abus d'autorité dont furent trop souvent victimes leurs habitants et que dénoncèrent ouvertement nombre de gouverneurs éclairés, entre autres le parent de l'archevêque de Cambrai, M. de Salignac-Fénelon (1).

Quelles leçons le présent ne pourrai^il tirer de ces exemples du passé! Maintenant on comprend bien qu'une grande nation ne peut vivre et prospérer si elle n'a pas de colonies; mais, ce principe admis, nous ne faisons rien pour mettre en valeur et administrer sagement les pays auxquels nous tenons tant. Une fois la période de conquête terminée, à l'organisation militaire généralement bonne succède une administration civile déplorable. Ce que nous envoyons là-bas est en quelque sorte le rebut de la nation. Tandis que nous trouvons partout jadis des hommes tels que les Sainte-Marthe, les Collart, les Pradines, les La Roche-Guyon, apportant en eux, avec la noblesse du sang, la valeur militaire et l'intégrité du caractère, nous voyons maintenant nos fonctionnaires coloniaux donner l'exemple des passions les plus méprisables. Avides de plaisirs et d'argent, sans moralité, sans scrupules, il passent après s'être fait craindre et détester, n'ayant qu'un but : revenir en France jouir du produit de leurs rapines.

On se demande souvent ce qui a fait la prospérité de bon nombre de colonies anglaises; il suffit de regarder la différence du système employé, la différence des hommes qui représentent

(1) Deds ses lettres aa dac de Ghoiseal, alors ministre.

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au loin la métropole. Comme nous le faisions au wn® et au xvm^ siècles, l'Angleterre envoie là-bas ses cadets de famille. Ils partent pour gagner une fortune, il est vrai, mais aussi acquérir des titres et de l'honneur. Ils s'établiront là oii leur volonté les a conduits, ils fonderont des familles nombreuses, et, partis sans espoir de retour ou tout au moins surs de rester longtemps où ils sont, ils organiseront d'importantes maisons de commerce, ou, s'ils sont fonctionnaires, ils administreront de leur mieux un pays qui devient leur patrie d'adoption et dont ils connaissent les mœurs, les besoins, les aspirations.

Même lorsqu'il est honnête, le fonctionnaire français restera intérieur; hôte essentiellement de passage, il ne saura rien du pays qu'il devra diriger; dès qu'il sera au courant, on l'enverra ailleurs faire de nouvelles écoles. Quant au cadet de famille qui devient le colon désireux de s'installer sur un sol fécond qu'il rendra plus fécond encore, nous n'en parlerons même pas, il n'existe plus en France. Comment y aurait-il des cadets de famille, puisque les familles deviennent de moins en moins nombreuses!

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