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m'envoyer prieur à Saint-Maixent en Poitou. Je m'en défendis par le moyen du T. R. P. général; comme le R. P. prieur de Saint-Julien de Tours était mort quelques mois avant la diète et
que M. l'abbé Câlinât me redemandait fortement, je fis parler un de mes oncles, pendant la diète, pour obtenir qu'on me laissât à • Paris et j'y réussis. Mais dans le temps que j'y pensais le moins, le
; prieuré de Bonne-Nouvelle (1) ayant vaqué, nos pères m'ont
- donné obédience pour le remplir. J'ai la satisfaction de m'y voir
auprès de Monsieur le premier président qui est mon cousingermain et le protecteur de nos monastères dans cette province. ït C'est le frère de feu M^^^ de la Haye, ambassadrice à Venise. Ce
l* • n'a été qu'avec bien des larmes que je suis venu en ce pays-ci, oii
> cependant j'ai toute sorte de satisfaction tant au dehors qu'au
r^ dedans. Mais il me semble que mon talent serait l'étude où je
trouverais beaucoup plus de repos. J'ai entrepris une histoire de
|1 . je suis déjà fort avancé. Si Votre Révérence avait quelques
? lumières à me donner là-dessus, je tacherais d'en profiler. Je tire
r particulièrement cette histoire de ses lettres. Vous pouvez croire
r' que j'ai lu sur ce sujet tout ce qui est imprimé; mais il peut se
►- trouver à Rome quelque chose, particulièrement touchant ses
( écrits, qui n'est pas venu à la connaissance du s' de Goussain ville,
le dernier qui ait donné une édition des œuvres de saint Grégoire,
mais édition fort imparfaite »
^^ Plus loin il manifeste sa tristesse de l'espèce d'isolement
l intellectuel où il commençait à se trouver au milieu d'une géné-
ration nouvelle qui grandissait à ses côtés et qu'il ne comprenait pas complètement. Les reproches que Sainte-Marlhe adresse à ses contemporains ne semblent guère mérités car, comme le fait r remarquer M. Emmanuel de Broglie, c'était à l'époque même où
Mabillon, Montfaucon et tant d'autres étaient dans toute l'ardeur ^ du travail.
F ' « Je vous souhaiterais à Paris, conlinue-t-il dans la même lettre
à dom Estiennot, quoique je sache combien vous nous êtes néces-
r saire à Rome, l'estime que vous vous y êtes acquise et la place
r que vous occupez dans la congrégation des Réguliers. Les études
* (!) A Rouen; nous venons de voir que le premier président dont il est ici question est M. de Montholon.
saint Grégoire le Grand, sur le succès qu'a eu la vie de Cassiodore; |
i^Ail^ . - - ^•
sont présentement fort négligées à Saint-Germain ; on y considère fort peu ceux qui étudient, peut-être aussi qu'il y a de la faute de ceux-là. Le plus grand mal que j'y trouve, c'est que l'on agit indépendamment les uns des autres, sans se communiquer, sans s'entr'aider. On retire des études dom Pierre Constant, lorsqu'il commençait à être capable de rendre service. La mort en a enlevé aussi plusieurs; ainsi je crois les études sur leur déclin, et si dom Jean Mabillon allait manquer, c'en serait fait; lui-même ne se remue pas assez pour soutenir ceux qui étudient, et ne les aide pas autant qu'il pourrait >
Heureusement le Père de Sainte-Marthe n'était pas bon prophète; les premières années du siècle montrèrent que les études n'étaient pas en décadence chez les Bénédictins et une foule d'œuvres remarquables attestèrent au contraire combien leur travail restait incessant et fécond.
Dom Denis de Sainte-Marthe ne conserva que cinq ans la charge de prieur de Bonne-Nouvelle; au bout de ce temps il fut nommé prieur de l'abbaye de Saint-Ouen. Il y demeura cinq ans encore et c'est à cette époque que remonte la publication de sa Vie de saint Grégoire le Grand. Elle ne fut en quelque sorte que le préliminaire de la nouvelle édition des ouvrages du grand pape, qui devait prendre une grande partie de son existence. Un incident interrompit ce travail important : le Père de Sainte-Mailhe dut défendre par la plume quelques-uns de ses confrères, attaqués à propos d'une édition nouvelle des ouvrages de saint Augustin. Le Saint-Siège condamna les diffamateurs et le Père de Sainte-Marthe put reprendre ses études sur saint Grégoire, auxquelles collaboraient d'ailleurs dom Guillaume Bessin et dom Barthélemi de la Croix, bibliothécaire de Saint-Germain-des-Prés.
Ici se place une anecdote qui doit être rapportée, car elle montre la charité sans borne du Père de Sainte-Marthe. Celui-ci avait dédié son édition de Saint Grégoire au pape Clément XI. Le pape accueillit très favorablement cet hommage, fit remercier l'auteur par le secrétaire des brefs adressés aux princes et envoya aux supérieurs de la congrégation vingt-quatre médailles d'or dont les plus grandes étaient destinées à dom Bougis et à Denis de Sainte- Marthe. A quelque temps de )à, le Père n'ayant plus rien à donner et ne voulant pas refuser l'aumône à un pauvre qui le sollicitait, prit la médaille d'or que le pape lui avait envoyée et la
lui remit. Celui-ci s'en alla (1), t emportant sans s'en douter un des plus précieux témoignages de la bienveillance pontificale envers la congrégation de Saint-Maur i. t Et, ajoute M. E. de Broglie, cette constante protection témoignée aux Bénédictins par le pape le plus opposé au jansénisme ne témoigne-t-elle pas de la singulière modération opposée par le Saint-Siège à la résistance obstinée des défenseurs de celte doctrine et ne venge-t-elle pas à elle seule la mémoire de l'auteur de la bulle Unigenitus des accusations portées contre lui par les esprits prévenus ou égarés ». Nous trouverions d'ailleurs une autre preuve de cette tolérance du pape dans la ratification qu'il fit plus tard de la nomination comme supérieur général du Père de Sainte-Marthe lui-même, malgré son adhésion à l'appel contre la célèbre bulle. Quoiqu'il en soit, les six années de son gouvernement comme prieur de Saint-Ouen étant expirées, le Chapitre général de l'Ordre le nomma en 1705 prieur des Blancs-Manteaux. Le retour à Paris du Père de Sainte-Marthe allait lui permettre de continuer plus eflicacement encore les travaux qu'il avait entrepris. Le cardinal de Noailles avait lui-même des vues sur le savant Bénédictin auquel il désirait confier la tâche de continuer le Gallia chrisliana^ travail qui avait une grande importance pour l'Éghse de France.
L'assemblée du clergé envoya, le 4 avril 1710, une lettre circulaire aux évéques de France pour les intéresser à l'ouvrage et mit à la disposition du religieux qui l'entreprendrait une somme de 4,000 livres. Le Père de Sainte-Marthe accepta la proposition qui lui était faite officieusement par le cardinal; c'était d'ailleurs un devoir pour lui de continuer l'œuvre de tant de membres éminents de sa famille. Il se mit donc au travail avec ardeur et, pendant les premières années de son séjour à Paris, il publia trois volumes.
Sept volumes devaient encore paraître : malheureusement pour lui, ses qualités d'administrateur attiraient l'attention de ses supérieurs. Dom Denis de Sainte-Marthe fut nommé en 1708 assistant du Père général, puis prieur de Saint-Denis, ensuite de Saint- Germain-des-Prés, enfin une seconde fois de Saint-Denis; toutes ces charges lui créaient évidemment des obligations en opposition avec les nécessités de son travail.
(1) M. Ëmmanael de Broglie, ouvrage cité supra.
Il était, au même moment, chargé par la princesse d'Orléans, abbesse de Chelles, de la fonction de visiteur; peu après, l'abbesse de Montmartre lui confia la même charge : charges tout à l'honneur de celui qui en devenait le titulaire, mais qui n'étaient pas sans absorber beaucoup de son temps.
Depuis longtemps les nombreuses provinces bénédictines désiraient sa direction; en 1720 le Chapitre général le nomma supérieur de la congrégation. Rome, comme nous l'avons dit, l'accepta malgré son peu de sympathie pour la bulle Unigenitus^ montrant ainsi son esprit de conciliation. L'abbaye de Saint- Germain-des-Prés était en effet un foyer avoué de jansénisme; les religieux ne s'étaient pas fait faute de signer des appels réitérés et il avait fallu toute l'énergie et le tact du Père de Sainte-Marthe pour éviter à certains de ses subordonnés les lettres de cachet. Lors de sa nomination mème^ Rome avait eu un moment d'hésitation à donner son approbation et une lettre de dom Montfaucon au cardinal Paolucci avait été nécessaire pour obtenir l'agrément de Clément XL Le célèbre Bénédictin se portait garant de l'orthodoxie de son nouveau chef et de ses éminentes vertus monastiques. Cette parole ne fut pas démentie, car Sainte-Marthe fut un de ceux qui contribuèrent le plus à l'entente complète qui ne tarda pas à s'établir entre le Saint-Siège et les dissidents ou appelants, et on peut lui attribuer, en grande partie, le succès des négociations qui aboutirent à l'acceptation du formulaire ou du corps de la doctrine.
Pour tous ceux qui connaissaient le Père de Sainte-Marthe, il était certain qu'il allait désormais mettre toute sa vie au service de l'Ordre. C'est ce qui arriva : plus un instant de repos, plus une minute de liberté; le nouveau général voulait être à tous et partout. Joignez à cela les exercices de la piété la plus austère et une charité qui se dépensait sans compter et vous aurez une idée du labeur entrepris par le saint religieux.
L'Ordre a conservé un grand souvenir du gouvernement du Père de Sainte-Marthe, de ses qualités d'administrateur, de son dévouement, de sa piété, mais aussi et surtout de sa douceur, qui fut poussée au plus haut point; jamais il n'y eut dç supérieur plus accessible à tous, plus attentionné pour chacun.
Malheureusement il était évident pour les esprits éclairés que le vénérable religieux ne pourrait résister aux fatigues extrêmes
qu'il s'imposait^ à ce surmenage intellectuel et physique qui était devenu la règle de sa vie. Attaqué du côté des poumons, dans les premiers jours de janvier 17i5, il négligea les soins ordinaires; le mal empira, une fièvre violente se déclara et le 13 du mois de mars, il recevait les derniers sacrements.
La lutte cependant fut terrible entre ce vieillard encore vert et la maladie qui Tétreignait; pendant de longs jours des alternatives de mieux laissaient quelque espoir et puis Ton priait tant, non seulement dans les abbayes, mais dans le public qui avait pour le Père de Sainte-Marthe une véritable vénération. Le 29, les médecins déclarent le danger imminent; ceux qui Tentouraient ne lui cachaient pas la vérité. Il reprit alors toute son énergie et avec joie il s'écria : • Lœtatm sum in his qtuB dicta sunt mihi, in domum Domini ibimus >. Puis il voulut se mettre dans un fauteuil, revêtu de ses habits, pour recevoir son Dieu. Lorsqu'il fut assis, il dit à ceux qui l'entouraient : • J'ai gouverné avec douceur parce que j'ai cru que c'était la voie la plus sûre pour conduire les âmes à Dieu. Si j'avais cru mieux réussir en prenant la voie opposée, je l'aurais fait de tout mon cœur, n'ayant cherché que le bien de la congrégation et le salut des religieux qui la composent >. Et il ajoute : f J'exhorte nos confrères à continuer de bien étudier et à ne pas se servir du prétexte de leurs études pour vivre dans la dissipation; qu'ils pensent qu'ils doivent être saints avant que d'être des savants. > Ainsi se résumait dans ces conseils intimes tout ce qui avait été la règle de sa vie : le travail constant, assidu, mais avec Dieu pour but. Ainsi répondait-il encore une fois à l'abbé de Rancé en défendant ses chères études, mais en élevant son âme plus haut, vers l'idéal immortel qui fut pour ces deux grands génies le terme suprême de leurs efforts et de leur existence.
Ce fut le vendredi-saint 30 mars 1725, vers sept heures et demie du matin, qu'il rendit son âme à Dieu. 11 avait alors soixantequatorze ans, dix mois et six jours.
Nous trouvons dans la collection Clairambault, S* Esprit, 1222, fo 155, la lettre de faire-part qui fut adressée pour ses obsèques; elle est ainsi conçue :
f Vous estes prié d'assister au convoy et enterrement du T. R. P. Dom Denys de Sainte-Marthe, supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur, décédé en l'abbaye de Saint-Germain-
- 2âo -
des-Prez, qui se fera samedy 31 mars i 725, à 3 heures précises après midy, et au service qui se fera le mercredy 4 avril, à 9 heures précises du matin, en l'Église de la ditte Abbaye : la Compagnie s'y trouvera s'il luy plaist,
€ Un De profundis. >
Un grand nombre de personnes de qualité vinrent aux obsèques qui se firent le lendemain; beaucoup de religieux de divers Ordres étaient également présents, témoignant ainsi des regrets que cette mort causait à l'Église de France toute entière.
Le Père de Sainte-Marthe fut enterré dans Téglise de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dans le chœur de la grande chapelle de la Sainte-Yierge, au bas des degrés de Tautel, du côté de l'Épître. Cette simple date fut gravée sur sa tombe :
30 marin 1725.
Les ouvrages de dora Denis de Sainte-Marthe sont nombreux; en les énumérant par ordre de publication, nous trouvons d'abord ; Le traité de la Confession auriculaire où la doctîHne de l* Église sur ce point est expliquée par l'Écriture sainte, par la Tradition et par plusieuî^s faits très remarquables,etc.ypar D, Denys de Sainte-Marthe, de la Congrégation de Sainl-Maur, Paris, chez Lambert Roulland, 1685, in-8°. Cet ouvrage, fait dans les conditions que nous avons rapportées, est dédié à Bossuet, évéque de Meaux. C'est en quelque sorte une réponse aux objections de Daiilé contre la confession. On reproche à Sainte-Marthe de s'être contenté de traduire les Pères de l'Église et d'avoir peu mis de son cru dans cet ouvrage. Ce reproche est peu fondé; il n'est pas étonnant que dans un domaine purement théologique il se soit trouvé amené à répéter les même arguments que les théologiens connus.
La Réponse aux plaintes des Protestants touchant la prétendue persécution de France, où l'on expose le sentiment de Calvin et de tous les plus célèbres ministres sur les peines dues aux Hérétiques, où l'on découvre aussi plusieurs particularitez touchant la ré formation elles réformateurs. Paris, chez Ârnould Seneuse, 1688, in-12. Dans cet opuscule dédié à M«^ de Harlay, archevêque de Paris, Sainte- Marthe s'efforce de prouver que la persécution contre les protestants n'est pas aussi terrible qu'ils le prétendent et qu'en tous cas,
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d'après leurs auteurs mêmes, il est permis aux magistrats de punir les hérétiques.
Entretiens touchant Ventreprise du Prince d'Orange sur l'Angleterre où Von prouve que cette action fait porter aux Protestans les caractères de r antichristianisme que M, Jurieu a reprochés à l'Église Romaine. A Paris, chez Amould Seneuse, 1689, in-12. Ce livre, dédié au roi d'Angleterre, a pour but de démontrer que la Réforme est contraire à Tesprit du christianisme.
Suite des entretiens touchant l'entreprise du Prince d'Orange sur la Grande-Bretagne^ 1691, même éditeur que le précédent. Réponse à un libelle intitulé : « Religion des Jésuites ».
Lettres à M. de Rancé^ abbé de la Trappe, où l'on examine sa réponse au Traité des études monastiques et quelques endroits de son Commentaire sur la Règle de Saint-Benoit^ à Amsterdam ou plutôt à Tours. Quatre lettres dont nous avons suffisamment parlé. Une cinquième lettre parut en 1693 et fut réimprimée dans Touvrage suivant, intitulé :
Recueil de quelques pièces qui concernent les quatre lettres écrites à M. l'abbé de la Trappe, A Cologne (Tours), 1693, in-12.
L'Oraison funèbre de Madame de Béthune^ abbesse de Beaumontles-Tours (1690, in-4o), fut prononcée par le Père de Sainte-Marthe, lorsqu'il était prieur de Saint-Julien.
La vie de Cassiodore, chancelier et premier ministre de Théodoric le Grand et de plusieurs autres Rois d'Italie, ensuite abbé de Viviers; avec un abrégé de l'histoire des Princes qu'il a servis et des remarques sur ses ouvrages (Paris, Coignard, 1694, 1 vol. in-12) est le résultat des études de Sainte-Marthe après la disgrâce qui suivit les lettres à M. de Rancé. C'est un ouvrage de longue haleine pour lequel Fauteur avait su réunir de nombreux matériaux, il montre un grand sens critique dans l'appréciation des ouvrages de Cassiodore.
U Histoire de saint Grégoire le Grande Pape et docteur de l'Église, tirée principalement de ses ouvrages (A Rouen, chez la veuve de Louis Behourt et Guillaume Behourt, 1697, in-4o) est une des œuvres principales de Sainte-Marthe. L'auteur y suit chronologiquement d'abord la vie privée, ensuite la vie publique et les actes du pape. C'est en composant cette histoire de saint Grégoire qu'il remarqua une fort grande différence entre tous les ouvrages de ce pape qui avaient été publiés jusqu'alors et les manuscrits
que ses recherches l'avaient amené à consulter. C'est le désir de rectifier ces erreurs qui l'amena à entreprendre une nouvelle édition dont nous parlerons; mais l'ordre chronologique nous oblige à citer d'abord :
Les Réflexions sur la lettre d'un abbé d'Allemagne aux Révérends Pères Rénédictins de la Congrégation de Saint-Maiir sur leur dernier tome de l'édition de saint Augustin^ 1699, in-I2, et Lettre à un Docteur de Sorbonne tou^chant le mémoire d'un Docteur en Théologie adressé à MM. les Prélats de France contre les Rénédictins^ 1699, in-12. Ces deux petits ouvrages avaient pour but de défendre la nouvelle édition de saint Augustin, attaquée par les Jésuites.
Sancti Gregorii Papœ /, cognomento magni opéra omnia^ ad manuscriptos codices Romanos, Gallicanos^ Anglicanos emendata^ aucta et illustrata notis^ studio et labore monachorum Ordinis S. Renedicti e Congregatione S. Mauri; quatuor tomis in-folio Parisiis sumptibus Claudii Rigaud, 1705. Tel est le titre quelque peu long donné par Sainte-Marthe à son édition des œuvres de saint Grégoire. Plusieurs religieux y collaborèrent, entre autres dom Barthélemi de la Croix et dom Guillaume Bessin. Nous avons dit déjà de quelle façon le pape accueillit cet ouvrage, qui lui était dédié. Le bref qu'il adresse à la congrégation de Saint- Maur est des plus flatteurs et c'était justice, car le Père de Sainte- Marthe avait mené à bien une des œuvres les plus utiles pour l'histoire ecclésiastique. On sait aussi l'importance des ouvrages de saint Grégoire au point de vue de la morale et du dogme. Les éditions précédentes renfermaient de nombreuses et grossières erreurs; le savant Bénédictin sut les corriger et mettre dans tous ces travaux un ordre et une concordance parfaits qui en doublaient le mérite.
La Lettre à son altesse royale Madame Vabbesse de Chelles, in-4o, n'est en quelque sorte qu'un résumé rapide de l'origine de la congrégation de Saint-Maur et de l'état où elle se trouvait, au moment ou dom Denis de Sainte-Marthe écrivait. Ce dernier y proteste aussi contre le reproche d'envahissement de tous les prieurés, que l'on avait fait aux Bénédictins de Saint-Maur, reproche qui avait amené l'édit du roi de novembre 1719. Sainte-Marthe fait remarquer qu'il y a en France douze mille prieurés de l'Ordre de Saint-Benoît et que les réformés de Saint-Maur, qui comprennent
plus de la moitié des Bénédictins français, n'en possèdent que huit cents. La valeur de cette réponse, appuyée sur des chiffres, ne peut être contestée.
C'est le Gallia chrisliana qui occupe le numéro quatorze parmi les travaux du Père de Sainte-Marthe que nous avons cités. C'était là rœuvre maîtresse à laquelle il voulait consacrer le reste de sa vie et qu'il ne put achever. Nous n*avons pas à rappeler ce qu'était le Gallia chrùtiana, nous avons déjà parlé de cette histoire complète des archevêchés, évêchés et monastères de France, entreprise par les deux frères jumeaux Scévole et Louis de Sainte-Marthe en 1645, puis continuée en 1655 par les fils de Scévole, Pierre- Scévole Abel-Louis et Nicolas-Charles de Sainte-Marthe.
Quelque remarquable qu'eût été ce travail dont le mérite avait été signalé non seulement en France mais aussi à l'étranger, notamment en Allemagne (1) et en Italie (i), il se trouvait défectueux par la force même des choses. Aussi l'assemblée du clergé chargea-t-elle en 1710 dom Denis de Sainte-Marthe de refondre et de compléter cet ouvrage qui était, en quelque sorte, pour lui, un patrimoine incontesté.
Le Père se mit courageusement à l'œuvre et cinq ans après, en 1715, accompagné du cardinal de Noailles, il présentait officiellement le premier volume au duc d'Orléans, régent du royaume, auquel d'ailleurs il l'avait dédié.
La méthode suivie était différente de celle que les frères Sainte- Marthe avaient prise dans leurs premiers travaux. Ceux-ci avaient consacré le premier volume aux archevêchés, les deux suivants aux évêchés et le dernier aux abbayes, Dom de Sainte-Marthe pensa qu'il était plus logique de s'occuper dans chaque province de l'église métropolitaine, puis des évêchés suffragants et des abbayes qui existaient dans chaque diocèse. Le premier volume traitait des métropoles d'Albi, d'Aix, d'Arles, d'Avignon et d'Auch. A la tête de chaque province ecclésiastique des cartes géographiques soigneusement dressées indiquaient la situation des archevêchés, des églises suffragantes et des abbayes; enfin des tables très complètes, chronologiques, historiques et alphabétiques rendaient les recherches faciles. Le titre était le suivant :
(1) Ziegelbauer. Historia liUer. Ord. S. Bened., t. 3, p. 455. (â) Muratori, Ânnali d'Ilalia, iomo quinto, p. S61.
Gallia christiana, in provincias ecclesiasticas distributa, qud séries et Historia Archiepiscoporum, Episcoporum et Abbatum Franciœ vicinarumque ditionum ab origine Ecclesiarum ad nostra tempora deducitur et probatur ex authenticis instrumentis ad calcem appositis. Opéra et studio Domini Dionysii Sammarthani Presbyteri et Monachi Ordinis S. Bénédictin e congregatione sancti Mauri^ tomus I, Lutetia Parisiorum, excudebat Johannes-Baptista Coignard, 1715, in-fol. Ajoutons que les Jésuites ne laissèrent pas passer cette publication sans l'attaquer; deux articles firent justice de ces critiques (1).
Le second volume, sorti « ex typographia regia •, parut sous un titre analogue en 1720, c'est-à-dire cinq ans après. Sainte-Marthe y fait remarquer que c'est par ordre du duc d'Orléans que l'ouvrage s'imprime au Louvre. Il cite le nom des collaborateurs qu'il s'est adjoint (2).
En 1725 le tome troisième était imprimé: le Père de Sainte- Marthe venait de l'achever lorsqu'il mourut. Ces collaborateurs continuèrent l'œuvre entreprise. Ce n'est plus un homme mais la collectivité bénédictine qui veut terminer ce gigantesque travail, opéra et studio Monachorum Congregationis S. Mauriy Ordinis Sancti Benedicti, Le tome quatrième parait en 1728, il contient en tête un abrégé et un éloge de la vie du Père de Sainte-Marthe. Le tome cinquième est imprimé en 1731. Un intervalle assez long sépare celui-ci du suivant. Les querelles relatives à la bulle Uni' genitus avaient amené des troubles et chassé de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés les continuateurs du Gallia christiana. Dom Félix Hodin et dom Etienne Brice s'étant soumis revinrent à Paris et donnèrent en 1739 le tome sixième. C'est à ces deux religieux que sont dus les tomes sept et huit, parus en 1744; le Père Duplessis s'adjoint à eux et les neuvième et dixième volumes paraissent en 1751.
La mort ayant frappé dom Hodin et dom Brice et le Père Duplessis ayant abandonné ce travail, c'est le Père Pierre Henri et dom Jacques Taschereau qui mettent au jour le onzième volume,
(i) L'attaque fot pabliée dans le Journal de Trévoux da mois d'août i7i6; les réponses parurent dans le Journal det savants et dans le sixième tome da Supplément au Journal de Leipsig, même année.
(2) C'étaient dom Jean Thironx, dom Joseph Dnclon, dom Glande Bobier et dom Barthélemi Petis de la Croix.
en 1789. Neuf ans après, parurent les tomes douze et treize. Ajoutons que dom Piolin, dans l'édition accuratissime correcta^ qu'il a publiée il y a quelques années, chez Palmé, a respecté complètement le plan et Tordre établis par Denis de Sainte-Marthe (1).
Il nous reste à citer, comme autres ouvrages attribués au Père de Sainte-Marthe, une brochure in-8® éditée à Liège et à Paris en 1774, sous le titre d* Éclaircissements de plusieurs points de Vhistoire ancienne de France et de Bourgogne ou lettres critiques, par dom Denis de Sainte-Marthe^ et un manuscrit de 90 pages in-4o sur Les véritables épitres de saint Ignace^ disciple de saint Jean rÉvangéliste, évéque d'Antioche et martyr (2). Nous ignorons si ces deux travaux émanent réellement de notre auteur.
L'iconographie du Père Denis de Sainte-Marthe comprend cinq portraits dont les deux premiers seulement sont indiqués par Lelong.
Le premier, in-folio carré, représente le Père de Sainte-Marthe assis dans un grand fauteuil que surmonte une vaste draperie, au fond une bibliothèque où sont rangés les ouvrages dont il est Tauteur; lui même tient sous sa main droite un exemplaire du Gallia christiana^ une plume est entre ses doigts; de la main gauche il feuillette des manuscrits posés sur une table; devant lui un grand écritoire. Le Père porte le grand costume bénédictin; le très ample capuchon est relevé sur la tète, mais ne cache pas un front découvert, le front élevé du penseur. Les yeux abrités sous des sourcils embrousaillés sont expressifs et doux: la bouche très fine est souriante; la main est remarquablement traitée et d'une grande finesse. En bas on lit : c Gazes pinxit », à gauche; et à droite, < P. Drevet sculpsit >. L'inscription est la suivante :
DoM Denys de Sainte-Marthe
Supérieur général de la congrégation de Saint-Maur,
né le 24 may 1650, décédé le 30 mars 1725.
Ce portrait très remarquable parut, en 1728, en tète du tome IV du Gallia christiana. Il a servi à la composition qui réunit les principales illustrations du Poitou dans une lithographie (A. Clément
(i) Le titre est d'aiUears le môme.
(%) ReviAe des autographes, par Eugène Charavay fils, oct. i885, p. 16.
del et lith., 1841) figurant en tête du premier volume du Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou de M. H. Bauchet-Filleau (Réédition), 1841.
Le deuxième portrait indiqué par Lelong est un gi*and in-8*^. Le Père de Sainte-Marthe est de trois quarts dans un médaillon ovale. Les yeux sont également expressifs, mais le nez très busqué donne à la physionomie une expression très différente du premier. Sous le médaillon, dans un cartouche, ces mots : t Dom Denis de Sainte- Marthe, supérieur général des Bénédictins de la Congrégation de Saint'Maur ». Et plus bas, sur un cartouche formant socle, ces lignes :
Et attendit Dûs^ et audivit : et Scripttts
est Liber monumenti coram eo timentibus
Dûm, et cogitantibtis nomen ejus. Malac Cap. 3.
Sur le bas du socle : • A Paris chez Crepy », sans date.
Un deuxième état de ce portrait, non signalé par Lelong, est la reproduction du précédent. Mais les mots f A Paris chez Crepy » sont remplacés par ceux-ci : f Desrochers sculp. Daumont ex. »
Un troisième état porte comme variante cette ligne ajoutée au bas du cartouche du haut : • né à Paris en 1650 et y mourut en 1725 ». L'es mots Desrochers sculp. et Daumont ex. du précédent se trouvent remplacés par : « A Paris chès Daumont rue S^ Martin ». Il n'est pas signalé par Lelong dont la liste est aussi très antérieure à la lithographie de A. Clément qui figure en tète du premier volume du Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou.
Les ouvrages de dom Denis de Sainte-Marthe et les portraits représentant ses traits ne sont pas les seuls souvenirs que Ton ait conservés de lui : une rue portait son nom. Elle était située à Paris, dans l'ancien X® arrondissement. Le Dictionnaire topographique de F. Lock dit que la rue Sainte-Marthe commence passage Saint- Benoît-Saint-Germain, n^l, et finit rue Childebert,no 13. f Ouverte en 1715, elle doit ce nom à Denis de Sainte-Marthe, alors général de la congrégation de Saint-Maur, dont les religieux ont habité l'abbaye Saint-Germain de 1631 à 1790 (1). » Cette voie fut détruite par la création du boulevard Saint-Germain.
(i) Frédéric Lock, Dietionnaire topographique et hittorique de r ancien Paris, Paris, L. Hachette, in-i2. p. 40i.
Quant au nom des Bénédictins de Saint-Maur, il est maintenant disparu et presqu'oublié; la vieille abbaye de Saint-Mauir au diocèse d*Angers, longtemps vide des moines qui l'avaient illustrée, n'en a rappelé que peu de temps un souvenir lointain. Les Bénédictins de France portent actuellement le nom de Bénédictins de Solesmes de la congrégation de France. Ce nom, ils l'ont reçu de Grégoire XVI qui a voulu effacer les traces de l'abbaye de Saint- Maur et les souvenirs jansénistes. Solesmes est donc le centre de la congrégation, ou plutôt était, car il y a quelques mois, ainsi que naguère aux plus tristes moments des luttes suscitées par la bulle I Unigenitus, les Bénédictins de France, ceux de Saint-Maur,
^- comme ceux de Solesmes, de Ligugé, etc., ont pris le chemin de
I*- Texil. C'est désormais en Belgique, dans la province de Namur,
tfy . que les infatigables religieux continuent les traditions d'érudition
^- qui ont fait leur gloire et jadis celle de la France.
Si
Mti
te.'