‹ Sainte-MartheChapitre 4 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gaucher de Sainte-Marthe y médkcin de François I^r. — Foxtevrault.

— La famille de Bourbon. — Mariage de Gaucher, — Les Neufbourg. — EiNFANTS DE Gauchcr, — Louis, seigneur deNeuiliy.

— Les Le Fèvre de Bizai.

Si Gaucher eut voulu suivre l'exemple de ses ancêtres, une

brillante carrière s'ouvrait devant lui; le nom de Sainte-Marthe

était connu à la cour et les services rendus à Charles VII et à

Charles Ylli, en Guyenne et en Italie, n'avaient pas encore eu le

temps d'être oubliés. Tout semblait donc Tinviter à prendre le

métier des armes. Mais Gaucher débutait dans la vie à une époque

où le titre de savant était en honneur au moins autant que cehii

de vaillant capitaine; d'autre part il avait reçu de son père dès

Fenfance de graves leçons et, si le récit de hauts fails d'armes

avait souvent frappé sa jeune imagination, il avait plus souvent

encore entendu vanter les douceurs d'une philosophie élevée et

l'agrément des belles-lettres. C/est ainsi que, presf|u'à son insu, le

jeune Sainte-Marthe en était arrivé à aimer avec passion une vie

différente de celle de ses aïeux. Rien du reste ne pouvait Tem pécher

de suivre cette voie, son frère Nicolas avait payé à -la patrie

l'impôt du sang; l'honneur, la vieille réputation de la famille

était donc intacte et à labri de toute critique.

kî*.

, La philosophie et les sciences naturelles Toccupèrent d'abord:

, reçu tout jeune docteur à la faculté de médecine de Paris, il acquit

F'' bien vite une renommée considérable, dont nous trouvons l'écho

dans les éloges de ses contemporains. Il était pour eux,

paraît-il : c Un second Esculape ». Un grand nombre d'auteurs

du temps partagent cette admiration et cet enthousiasme naïf.

Macrin lui consacre plusieurs poésies, et un saumurois, Conrard de

Loraraeau, dans son livre : t De officio advocati », renchérissant

encore sur ces devanciers, lui décerne le titre d'unique oracle de

la médecine f Solum apud nostrates exterosque niedicinœ oraculum,

;»r tutelaremve alium Esculapium,

f^' Cette réputation eut pour le jeune savant les plus heureux

résultats, en le désignant à l'attention et bientôt à l'amitié du connétable de Bourbon, qui déjà avait les Sainte-Marthe en haute et particulière estime. Il devint son médecin en titre et il resta l: son ami (1). C'est aussi par rentrcmise de son premier protecteur

; . qu'il fut appelé à donner ses soins à Renée de Bourbon, princesse

'•• du sang, vingt-huitième abbessc de Fontevrault (2). Le rôle de

; Sainte-Marthe auprès délie ne fut pas seulement celui d'un

■ médecin. Ainsi qu'il résulte des lettres patentes de sa nomination,

jl^. elle le prit comme conseil et ami, f après s'être duement informée

-/t de ses sens, scavoir, science, expérience et loyauté » (3).

' C'était une institution des plus remarquable que cet ordre de

Fontevrault, fondé depuis quatre cents ans sur la règle de Saint- Benoît et qui, cinquante années à peine après sa création, comptait déjà plus de cinq mille religieuses en Aquitaine, eu Anjou et en y' Bretagne. Au début du seizième siècle, le nombre en avait diminué,

V . mais leur réputation de sainteté s'était accrue à un tel point sous

les dernières abbesse Marie et Anne de Bretagne, sœurs de t Louis XII, que les Papes avaient cru devoir honorer de privilèges

; • particuliers Tordre où ilorissait tant de vertus. L'abbaye elle-

• même était une véritable ville, elle comprenait cin([ églises (4) et

/ (1) Le connétable de Bourbon fut tué au siège de Rome en 15Î7; il ne cessa

^ jusqu'à cette époque de combler Sainte-Marthe de marques d'amitié.

(2) Renée de Bourbon, connue surtout par ses vertus, était sanir du comte François de Vendôme, aïeul du roi Antoine de Navarre, père de Henri IV. f3) Cartulaire de Fontevrault (1506).

(4) Trois subsistent actnellement (l'Abbatiale, Saint-Lazare, Saint-Benoît); elles ne sont pas ouvertes au public.

un grand nombre de monastères, reliés entre eux par des cloîtres, longtemps un objet d'admiration.

Appelé à prendre soin des intérêts de l'abbaye, Gaucher était obligé d'y résider d'une façon à peu près constante. Il y reçut l'hospitalité la plus large et y fut l'objet d'attentions particulières. Outre un traitement élevé (1), t il avait à sa disposition trois chevaux et deux domestiques, de plus on savait reconnaître les services exceptionnels du médecin; c'est ainsi qu'en io07, il reçut, comme don gracieux, les maisons de Lerné et de la Marre ».

Célèbre parmi les savants, honoré de l'amitié de personnes illustres, Sainte-Marthe pouvait prétendre à une brillante alliance. Au mois de février 1508, à l'âge de quarante ans, il épousa demoiselle Marie Marquet, fille de Michel Marquet (2), écuyer, seigneur de la Bedouère (3), secrétaire du roi, receveur générai de Touraine, et de Jeanne de Neufbourg (4). Le mariage eut lieu à Tours en la maison de René Berthe, maître d'hôtel de la reine Anne de Bretagne. ]jes Sainte-Marthe s'alliant ainsi aux premières maisons de Touraine, les Neufbourg, surtout, allaient avoir une brillante parenté et entrer dans les familles les plus illustres; il suffit de citer les noms des Lamoignon, Novion, Tresmes, Gèvres, AUuye, Effiat, Sourdis, Clermont-Tonnerre, Beauvilliers, Maintenon-Angennes, Budé, Marle-Versigny, Neuville-YiUeroi, Poussard du Vigean, Albret, Richelieu, Isoré, Mont lue- Balagny, Anglure; n'oublions pas non plus, comme descendants directs des Neufbourg, les Babou de la Bourdaisière, les comtes de Sagonne, les marquis de Cœuvres et d'Estrées, ancêtres de Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, et par suite les ducs de Vendôme, Lorraine, Savoie, Nemours, Brancas-Villars, etc. (5).

Il n'est peut-être pas sans intérêt d'examine r qu'elle était à cette époque la situation de fortune des Sainte-Marthe, d'après les documents qui nous sont parvenus. Outre les seigneuries de Lerné et de la Marre, dons de l'abbaye, celle du Chapeau, de Yilledan, de la Baste-en-Curzai, patrimoine de famille, Gaucher possédait

(1) Trois cents écus d'or.

(2) Les Marquet portaient : d*or ù une croix de sinople.

(3) Alias : la Bedoaaire.

(4) Neafboarg portait : d'or à trois merleltes d'azur, 2 et i.

(5) Voir Tableau des parentez de la maison de Neufbourg. (Cabinet des Titres, mss. foods français, n« 22.S71).

^ encore la seigneurie de la Rivière près Saumur, qui lui donnait

^ droit de patronage et de présentation à la chapelle de Saint-

j* Michel en Téglise Saint-Larabert-des-Levées (1); enlin quatre ans

y\ après son mariage, en 15if2, il achetait de René de Bretagne, comte

de Penthièvre, la terre et châtellenie d'Esnandes ou des Nandes près la Rochelle, avec tous les droits en dépendant. Cette acquisition fut faite pour la somme, de 3.500 écus (2j. Deux mois après, il rendait hommage lige pour cette seigneurie à François de la Trémoille, prince de Talmont et comte de Taillebourg (3). D'après cette énuméralion nous pouvons conclure que, bien que ^" vivant simplement dans une petite ville, loin de la cour, Sainte-

Marthe devait tenir par sa fortune un rang élevé dans la province. Il avait voulu, il est vrai, être le médecin et le conseiller de ,r l'abbaye à laquelle il était dévoué dans le vieux et vrai sens du

F. mot, mais son indépendance n'eut jamais à souffrir de cette pro-

^. fession librement embrassée. Il restait le savant recherché de

l^* tous et plus courtisé que ne l'avait été aucun de ses aïeux. Heu-

reux effet de cet esprit de la Renaissance, qui, honorant la science à l'égal de la bravoure, allait ouvrir une si large voie aux intelligences et encourager toutes les conquêtes de l'esprit humain! Il f' restait également le gentilhomme d'ancienne noblesse, c'est ainsi

1^^ qu'en 1518, nous le trouvons parmi les illustres de la province

lorsqu'il s'agit d'homologuer les lettres patentes du roi (4) : t A t celte fin, Charles de la Motte, conseiller ordinaire de Sa Majesté € en son conseil, convoqua à Loudun, à l'auditoire royal, les divers « seigneurs qualifiez de la province et autres nobles demeurant tii c en leurs hostels, chasteaux et maisons de Loudunois; ce furent :

t Jacques de Tigné, s' du dict lieu; l\^ « René de Maillé, s^ du dict lieu;

y t François du Plessis, s' de Beçay;

K < Charles Martel, s*" de Lourdines;

(1) Biblioth. de l'Institut. Mss. cité plus haut.

(2) Kitrait de divers actes originaux du seizième siècle, conservés dans les églises et châteaux du Poitou pour servir à l'histoire et surtout aux nobiliaires de cette province (Manuscrit de Dom Fonteneau, 40, pp. 170-174). Ce document

j^ a dû être ignoré de l'abbé Rainguet. biographe de Louis de Sainte-Marthe.

^ (3) fiist. généalogique de la maison de la Trémoille.

(4) Lettres patentes de François l•^ données à Amboise (23 janvier 1517).

€ Noble homme Gauschier de Saincte-Marthe, s»" de la Basle en Curzay;

€ René de la Jaille, s'^ de Renton ;

< Morlet de Museau, s,^ de Monbrilîais, et autres seigneurs t nobles et des plus qualiOez de la province ».

Mais revenons à Tabbaye de Fontevrault; Sainte-Marthe devenait de plus en plus le conseiller, Tami fidèle auquel on avait toute confiance. Depuis vingt ans déjà, on le chargeait des missions les plus déhcates, de celles qui exigeaient un tact tout particulier. La grande prieure Louise de Bourbon ayant reçu du roi Tabbaye de Sainte-Croix de Poitiers et le pape Clément VÏI ayant confirmé^ par bulle cette nomination, Gaucher fut chargé d'aller prendre en son nom possession de l'abbaye. L'année suivante, autre marque de confiance. Renée de Bourbon sentait sa fin prochaine; il lui fallait des conseillers éclairés, des amis dévoués; elle appela auprès d'elle son neveu M. de Nevers et Gaucher de Sainte-Marthe et alors en leur présence, comme devant les témoins les plus sûrs et les plus autorisés, elle résigna, suivant l'usage, son abbaye entre les mains du Saint-Siège, mais en désignant pour lui succéder sa nièce, Louise de Bourbon, grande prieure (23 octobre 1533).

Après la mort de Renée, ce fut encore à Sainte-Marthe que s'adressa celle qui allait devenir abbesse; elle le députa vers le roi pour l'assurer de son dévouement et porter les lettres qui annonçaient cette mort : « Sire, écrivait elle, il a pieu à la bonté f divine cejourd'huy de retirer de sa part TAme de nostre Révérende € Mère abbesse, ma bonne tante, qui a laissé la pauvre compagnie f de céans bien désolée. Je vous supplie très humblement, sire,

• par votre grande bonté et charité, avoir vos très humbles et

• très obéissantes servantes et religieuses pour très humblement € recommandées à votre bonne grâce, et de mieux en mieux

mettrons peine (^e continuer les prières qu'elle nous ordonnait € faire pour votre bonne prospérité et longue vie.

t Ayant espéré, sire, que Tâme de notre bonne Mère, que Dieu t absolve, est en lieu où elle vous fera service, car elle estant en « ce monde vous eut en singulière affection devant Dieu, lui prét sentant toutes vos bonnes intentions. Et quant à moy, sire, qu'il « vous a pieu indigne mettre aux lieu et charge de feue ma dicte I bonne tante, mettray peine suivant sa doctrine offrir journellei naent devant Nostre-Seigneur mes petites prière», à cette fin

« comme la plus obligée de toutes celles qui vous doivent humble

€ obéissance pour la très grande bonté dont vous a pieu user vers

f moy qui supplie au Créateur, Sire, vous donner en santé très

c bonne vie et longue.

• Votre très humble et obéissante servante et subjecte. t Sœur Louise de Bourbon. »

Le messager avait été précédé à la cour par sa réputation de savant; François I«^ qui se vantait d*encourager les sciences ne pouvait que l'accueillir avec honneur, il lui accorda une faveur précieuse en le nommant son médecin ordinaire; titre purement lionorifique ^'ailleurs, car peu après. Gaucher revenait à Fonte^ vrault où nous le retrouvons Tannée suivante, toujours entouré de la plus grande considération. Du reste tous les membres de la maison de Bourbon lui témoignaient à l'envi leur estime et leur amitié. Cesi ainsi que le duc de Montpensier voulant l'honorer d'une façon particulière, lui fit remise des droits de fief qui lui étaient dus pour la terre de Villedan; dans cet acte (1339) Sainte- Marthe est traité de la façon la plus flatteuse (1).

Gaucher resta à Fontevrault quarante-cinq ans environ, toujours occupé de doctes travaux et d'études scientifiques qui d'ailleurs ne le détournaient en rien des belles-lettres. Jusqu'à la fin de sa vie, ces éludes littéraires qui lui avaient valu ses premiers succès furent celles qu'il préféra (2). Le 14 janvier 1554, il mourait dans sa chère abbaye, à l'âge de 83 ans, entouré du respect et de Talfection de tous. Sa dépouille mortelle devait reposer dans ces murs témoins de sa science et de son dévouement. Par une prérogative accordée jusque-là seulement aux rois et aux princes de sang royal, son corps fut déposé dans le chœur de l'église près des grilles, non loin des sépultures des premiers Planiagenets, d'Henri II et d'Eléonore de Guyenne, de Richard Cœur de Lion et d'Isabelle d'Angoulême, femme de Jean sans Terre (3;.

(1) Pièces tirées des archives de Cbampigny (Dreux du Radier, V, Sup. p. 89)* le prince s'intitule « Louis de Bourbon, duc de Montpensier, prince de la Rochesur- Yen, comte de Mortaing et de Bar-sur-Seine, vicomte d'Auge, seigneur de Chanipigny, de la Roche en Régnier et d'Azay-le-Duc, pair de France. »

(2) 11 avait écrit dans sa jeunesse, vers 1499, un mystère intitulé Sain< Laurent, qui fut représenté et valut h l'auteur une certaine réputation.

(3) Les statues qui ornent ces tombeaux furent réclamées par rAngleterre

L'épi ta phe suivante fut mise sur son tombeau :

€ Ci-git Messire Gaucher de Saincte-Marihe, chevalier, docteur t en médecine, en son vivant conseiller et médecm ordinaire f du roy François 1*^'" et de la maison de céans, qui mourut le « 14 janvier Tan MDLI. Requiescat in pace. »

Grâce aux soins des abbesses, cette sépulture resta longtemps intacte; elle échappa à un premier danger, lorsque Tabbesse Jeanne-Baptiste de Bourbon entreprit de grands travaux au chœur et la restauration des tombeaux des rois d'Angleterre; beaucoup de tombes lurent bouleversées et la sépulture de Gaucher n'eût probablement pas été respectée sans le dévouement d'un ami de la famille, archéologue distingué, Louis Trincant, procureur du roi au siège de Loudun; il intervint en temps et la tombe ne fut pas touchée. Plus tard, en 1688, une autre abbesse, Marie-Magdeleine-Gabrielle de Rochechouart, fit enlever le tombeau de Gaucher et de son iils Jacques; toutefois la plaque de cuivre sur laquelle était inscrite î'épitaphe fut remise contre la muraille et subsista telle jusqu'à la Révolution.

Gaucher de Sainte-Marthe, écuyer, seigneur de A^illedan, de la Rivière, de la Baste-en-Gurzai, de Lerné, de la Marre, du Chapeau et d'Esnandes-en-Aunis, devait revivre dans une nombreuse postérité; douzeenfants étaient issus de son mariage avec Marie Marquet; tous continuèrent les traditions de science et d'honneur de leur père; cinq d'entre eux méritent une étude spéciale, ce sont : Louis, Charles, Jacques, René et Joseph. Les autres, que nous ne ferons que citer, furent : Uenée et Marguerite, religieuses, la première à Fontevrault, où elle était dépositaire en lo51; la seconde au prieuré de Tusson en Poitou: une autre Renée, que nous trouvons au prieuré de Rives, et Marie, religieuse à l'abbaye de Sainte- Croix de Poitiers: enfin trois autres iilles qui contractèrent de brillantes alliances.

D'abord Jeanne de Sainte-Marthe qui épousa René Bodineau, sieur des Bordes, en Touraine (1). Puis Louise dont la marraine

en 1866. Napoléon III accéda à ces demandes : mais les archéologues français prolestèrent en des termes tels que le gouvernement de la reine fut forcé frahandonner son projet et en 1867 les statues des Planlagenets reprirent leurs places dans l'ancienne chapelle de Fontevrault.

(1) Les Bodineau portaient « de sable à une aigle d'argent^ béquée et membrée de gueules. 9

avait été Louise de Bourbon, sœur du connétable et femme du prince de la Roche-sur- Yen, et qui épousa Gabriel de Pontoise, écuyer, seigneur de la Romanerie (1). Cette famille de Pontoise, originaire de l'Anjou, était célèbre dans la médecine; l'un de ses membres, bi l'on en croit son épitaphe (2) :

a La fleur de la médecine, Qui cognaissant sans nulle envie Graines et feuilles et racines, A tous soulïrans prolongeoit vye Aultant que l'art peut et assigne. »

Gabriel de Pontoise était conseiller et médecin ordinaire du roi

^'.: et des enfants de France (3). Henri 11 en toute circonstance lui

^ témoignait une alTection toute particulière, c'est ainsi qu'il voulut

g que le 4 juin 1552, Monseigneur d'Orléans, la reine d'Ecosse et

v) Madame Isabelle tinssent sur les fonts baptismaux de Saint-Flo-

L rentin d'Amboise, sa fille Marie, née de son mariage avec Louise

«. de Sainte-Marthe, cette dernière, qualifiée dame et châtelaine de

P Champagné-es-Maroys, avait un rang important à la cour où elle

^^ était dame d'honneur de la reine mère (4).

*; Enfin la septième fille de Gaucher fut Isabelle de Sainte-Marthe

i% qui épousa Jean Ri chôme, écuyer, seigneur de la Goberie (5); de

h ' ce mariage naquit une fille, Isabeau, mariée à René de Bérar (6),

I'. seigneur et baron de la Croix de Bléré, d'une ancienne famille

•r> alliée aux Montagnac, Faverolles, etc.

- • Quelque illustres (|ue soient ces maisons, nous n'avons pas à en faire l'histoire, il nous faut revenir aux représentants mêmes

jj (1) Pootoise de !h Romanerie portait « (Vanjcni à une aigle à deux létes de

A aahle, au chef élreci d'azur »; la brandie ainco portait fe chef de (jueule$.

Y (2) A Angers, église de Saint-Mirhel de Falude, où un vitrail le représente

•'^ avec ses denx fils. Jean et Gabriel.

r*. (3) Dict, niai, de Maive-et-Loire, pur M. Célestin Port, t. ÏH, p. !47.

(4) Invenlaire analytique des arckives communales d'Amboise, i 4211780,

par M. Tabbé C. Chevalier. Tours, i874, in-8». p. 287. — Mss. de D Font. 63, Bl p. 612. — Nous trouvons dans la descendance des Pontoise-SainteMarthe plu-

J sieurs famiUes connues, citons entre autres les : Bédé, Binon, Briant, Foncher,

C des Hommes du Lys, Houdry, Le Maye, Marans. Rohan, des Rou» Yvon etc.

\ (5) II portait : d'azar A 3 côtes de baleine d'argent, posées en fasce (d'Hozier,

% (6) Les Bérar portaient : d'argent à une fasce d'azur, chargée de 3 trèfles d'or

y, et accompagnée de trois sauterelles de sinople, 2 et i.

— ïî* —

du nom, de ce nom désormais connu dans le monde savant et surtout à la cour où plus qu'ailleurs on se piquait de science et de bel esprit (1).

Alliés par leur mère à la docte famille des Budé (2), les fils de Gaucher n'avaient qu'à suivre une voie toute tracée. L'aîné, Louis, qui avait hérité des seigneuries du Chapeau et de la Rivière, né en 1509, eut l'honneur d'avoir pour parrain Louis de Bourbon, duc de Montpensier. Il fit ses humanités à Loudun, sa philosophie et son droit à Poitiers. Tout jeune encore, son goût pour l'étude le lia avec plusieurs savants, notamment avec le poète Salmon Macrin, ancien ami de son père, qui voulut être aussi le sien.

Macrin dont le nom revient pour la seconde fois sous notre plume jouissait alors d'une réputation considérable, et ses vers étaient cités par tous les contemporains comme un modèle du genre; depuis, ils ont perdu beaucoup de leur renommée, faul-il s'en étonner? Le poète écrivait à une époque de transition où la langue se modillait; quelques esprits distingués tendaient à enrayer ce mouvement, Macrin fut des leurs. Il lit tous ses efforts j)Our conserver intacte cette langue qu'il aimait. Aussi est-ce en latin qu'il composa la plupart de ses poésies. Malheureusement, il était loin des TiLuUe, des Properce et même des poètes du dernier siècle, des Claudien, et des Rutilius; son œuvre, après avoir eu un grand succès auprès des érudils, disparut presque complètement, il n'était plus de son temps. C'est qu'en effet

(1) Poar tonte dire sur Gaucher de Sainte-Marthe, nous devons signaler une pièce fort importante, trop longue pour être rapportée ici. tl s'agit de son testament fait le tO février io\S, c'est-à-dire trois ans avant sa mort. Cette pièce, qui comprend plus de douze pages d'une écriture serrée, peut être citée comme un modèle en tout point, modèle de foi chrétieune et modèle aushi de prévoyance paternelle. — Après avoir recommandé son âme, réglé ce qui concerne sa sépulture, Gaucher n'oubliant ni ses domestiques, ni aucun de ses douze enfants vivants, fixe la part qui doit revenir à chacun. Il donne à Loys, son fils aine, un préciput, nomme des exécuteurs testamentaires et ne néglige rien de ce qui peut assurer Texécution fidèle de ses volontés. — A citer également le partage nobïe des biens de (îaucher, fait en 15o3, cette pièce n'e.*t en quelque sorte que le corollaire de la précédente.

(2j iiudé (Guillaume), né en 1467, mort en 1S40, mnitre des requêtes de François !•', gardien de la bibliothèque royale, fondateur du collège de France, helléniste distingué, fut surnommé « le prodige de la France »; sa statue eu marbre, œuvre de Louis Bourgeois, orne la cour de la rue Saint-Jacques au collège de France.

Tusage, seul maître et arbitre du langage, reprenait ses droits (1), et bannissait presque complètement la langue des Tacite et des Cicéroa. L'on se rangeait avec enthousiasme au parti d'Henri Estienne, qui n'avait pas de peine à démontrer t la précellence du langage françois » (2). * '

C'est un spectacle étrange que cette lutte entre la vieille langue et la nouvelle, et l'on a peine à se figurer à quel point la passion se mêlait à ces questions littéraires. Il suffit, pour montrer combien la réaction contre les érudits fut violente, de dire que le pouvoir royal lui-même crut devoir prendre parti contre eux. Trois ordonnances de François I®'' proscrivirent le latin des actes privés et publics et Henri VIII d'Angleterre proclama le français langue de la cour (3). Il n'en fallait pas tant pour détruire les eftbrts contraires et pour faire oublier Macrin et ses vjers. Est-ce à dire qu'ils soient pour cela complètement à dédaigner et sans mérite aucun, nous ne le pensons pas. On en trouve souvent d'éléganls et de bien faits : je n'en veux pour preuve que ceux dédiés à Louis de Sainte-Marthe, et oii le poète, déplorant les conversations légères habituelles pendant les festins, souhaite que Ton revienne aux sujets pieux :

Ante convivas utinam assuescant Martyrum dici célèbres agones, Nostra et usurpent, LudovicCf priscum

Saecula morem!

Dispudet nostros, Ludovice, vinci Moribus castis, studioque recti A Dei ignaris, Stygiique lusos

Fraude Sciarchœ,

Louis de Sainte-Marthe, lui aussi, cultivait la poésie, et puisque nous en sommes aux citations, ne passons pas sous silence quelques vers qui nous sont parvenus; ils n'ont peut-être aucun mérite particulier, mais ils concernent une princesse dont le souvenir fut si cher aux Sainte-Marthe (4), que nous croyons remplir un pieux devoir en les rappelant ici :

(i) U8tl8

Quem pênes arhitrium est jus et norma loquendi (Horace, Epist. ad Pisonet).

(2) La précellence du langage français, dédié à François l"par Henri Estienne.

(3) Granier de Gassaiçnac. Histoire des origines de la langue française.

(4) Marguerite de Navarre, morte en 15-19.

— ai —

« La mort par qui le fort et foible tumbe

Fait reposer un corps soubs cette tumbe,

Dont maintenant n'avons que le remord. ,

Mais son esprit vit mieuls par ceste mort

Qu'icy vivant : car à mort ne succumbe.

Cest esprit fut tant angélique et sainct.

Qu'estant le corps à son vouloir contraint,

D'une princesse en ce monde mortelle

Une déesse en a faicte immortelle,

Aiant au but de son désir attaint.

Le corps gist mort soubs ceste sépulture,

Mais de l'esprit la divine facture

Ne mourant point, vit et a prins son lieu

D'éternité, auprès de ce bon Dieu,

Qui la conduit en sa saincte droicture.

Encor ce corps que mort cruelle darde,

Ne périt point : ains est en seure garde,

Jusques au jour du Seigneur, qui fera

Les corps nouveaus : et siens les refera

(Je dy ceuls là, lesquels il contregarde).

Produit avoit une fleur excellente,

L'hiver la caiche, et la mort violente

L'a mise dans son manoir et séjour

En attendant du beau printemps ce jour,

Où sortira plus qu'oncques belle et gente.

O Marguerite, o perle de valeur,

Nostre n'es plus : dont maint souspir et pleur

S'élance hors du cœur où deuil abonde

Non point d'un seul, mais de tous en ce monde

Montrants l'eÊfect de leur triste douleur.

Mais quoy? humains, tant ne soient affolés

Vos foibles cœurs, que d'estre désolés

De ce que Dieu hors ce monde la tire,

Et sans que plus aulcun de vous souspire,

De son repos soïés tous consolés ». (1)

La facture naïve de ces vers fait sourire; en plein seizième siècle, on les admirait sans réserve.

Sainte-Marthe avait donc esprit naturel, science, talents, pro-

(1) Chanl funèbre de Loys de Sain te- Marthe^ procureur du rtnj an pays de Loudunois. (Oraison funèbre de V incomparable Marguerite, royne de Navarre, par Charles de Sainte-Marthe. Paris, Reguault Ghaaidiêre, 1350, in-4«, pp. 128-130).

tections, tout ce qu'il fallait pour jouer un rôle brillant : il aima mieux rester à Loudun au milieu de ses concitoyens. C'est dans cette ville qu'au mois d'octobre 1534, il épousa Nicole Le Fèvre de Bizai, fille de Guillaume Le Fèvre, seigneur de Bizai et d'Esirepied (1), procureur du roi à Loudun, et de Mathurine Bertlielot (2), cousine germaine du cardinal Briçonnet, archevêque de Narbonne, et de Robert Briçonnet, chancelier de France, archevêque et duc de Reims, premier pair du royaume. Les Sainte-Marthe s'alliaient de nouveau aux plus grandes familles de France, du chef de la famille des Le Fèvre, aux Mangot, Sevin, Lasnier, Ripaux, Madelaine, Quelen, Lalleman, Guepeau, Dreux, Héricourt, etc; et du côté des Berthelot, à toute la famille Briçonnet et à celles des f. Hurault-Cheverny, d'Olivier, Léville, de Refuge, Béthune-Sully et

Cliarost, Rohan-Chabot, Clermont-Amboise, de Thou, Robertet, de Beaune, de Gaillard-Lonjumeau, de Bouchet, de Ruzé, Fumée, Spifame, Prévost, Saint-Cyre, du Bois-Fontaine, Marans, Ghoiseul, la Trémoille-Royan et Noirmoutier, le Yoyer, Bochart, Brachet, Neuville-Villeroi, Souvré, etc... Ce mariage eut été pour Sainte- Mari he, s'il l'avait voulu, une nouvelle occasion d'acquérir une situation brillante. Le président Le Fèvre, devenu son beau-frère, le lui fit comprendre et mit tout en œuvre pour l'amener au parlement de Paris où sa science du droit, la réputation de son père, et les alliances de sa famille lui eussent assuré une première place. Fidèle à la régie de conduite qu'il s'était tracée, il ne voulut point quitter sa petite ville, préférant le calme dont il jouissait aux honneurs de la capitale, honneurs que déjà faisaient chèrement payer des intrigues de toute sorte.

Louis avait succédé à son beau-père dans la charge de procureur à Loudun: c'est en cette qualité qu'il fut en 1566, envoyé à la

(1) Les Le Fèvre portaient : d'azur j à un chevron d'or, accompagné de deux croissants de même en chef et d'une étoile d'argent posée en pointe; Alias : d'azur, au chevron d'or surmonté d'une étoile d'argent et accompagné de trois quifite feuilles de même. (Au lieu de Le Kèvre on trouve quelquefois Le Fébnre).

(2) Le roi Charles VUl avait lui-même honoré de sa présence les épousailles de Mathurioe Berthelot et de Guillaume Le Pèvre, seigneur de Bizai et d'Estrepied. La messe fut célébrée par le cardinal Guillaume Briçonnet, cousin germain de Mathurine Berthelot, et fut servie par les deux fils du prélat, qui furent ensuite, Tuo évoque de xMeaux (1471-1534), et l'autre de Lodève (1473-1837). Le cardinal avait été marié avant d'entrer dans l'état ecclésiastique; — Beaachet- Filleau, Dict. hist. des familles de l'ancien Poitou, 1841 (t. 1, p. 3Î3).

cour par ses concitoyens pour défendre leurs intérêts devant Charles IX. Il ne put supporter les fatigues du voyage et il mourut presque subitement à Paris, peu de jours après son arrivée. C'est ainsi qu'il devait reposer pour jamais dans une ville qu'il aimait si peu et où il comptait bien ne rester que peu de temps. Il fut inhumé dans Téglise Saint-Séverin, sous les charniers (1). Ses enfants firent graver sur sa tombe Tépitaphe suivante :

Ludovico Sammarlhano J, C. viro nobili, apud Jullod.

Procuratori Regio; Doctrinœ, probit. Eloquent iœ laudibm

insigni; qui dum Régis, et Patrice negotia sedulo procurai y

sui ipsius negligit; non Régi solum et Patriae, spd et suis^

et sibi prœmature moritur. Scœvola Quœstor Franciœ,

Ludovicus apud Pictones Adtocatus Regius^ Renatus sub

signis Principis Dumbarum Eques parenti optimo, F, F, F,

Mœstissimi posuer.

Obiit Lutetiœ KaL VIIRR. M.D.LXVI.

Outre Scévole, Louis et René, nommés dans cette épitaphe et dont nous parlerons longuement, Louis eut encore cinq tilles (2) et trois flls, Abel, Philippe et Michel, morts jeunes. Scévole dont nous venons de citer le nom, dans des vers adressés à son frère Louis, avocat au Parlement de Paris, fait de son père un éloge touchant, que Ton nous pardonnera de rappeler.

Même sans recourir aux étranges exemples,

Les nôtres pourront bien t'en fournir d'assez amples.

(1) Voir une cariense élade sar les Charniers des églises de Paris (Saiat- Séverin), par M. l'abbé YaleDtin Dufoar, p. 22, (à Paris, cliez Lapoi te, 1884).

{{) !• Marguerite, mariée aa sieur d'Ambillou, père de Kené Bonchet d'AmbiUoa, conseiller au siège de Saumur, coriun par ses poésies françaises. (D'Ambillou portait : d'or au chevron d'azur, accompagné de 3 chardons de sinople,, posés 2 en chef et i en pointe); 2» Cécile, mariée à Frantois Deslandes, écoyer, sieai* de GriveUes (d'azur à 2 fasces d'argent); 3» Perenelle, mariée à Jeao Nau, écuyer, sieur du Ruau (d'azur à 5 fasces d'or et une flamme de même posée au chef); enOa 4» et 5<> Mathurioe et Barbe, mortes jeunes.

Un président Le Fèvre, et ton oncle et le mien, l'^y Qui fut en cette cour un patron de tout bien.

Et le père duquel tous deux avons pris vie, Qui étouflFa sa gloire au sein de sa Patrie, Digne s'il en fut onc, digne de faire voir t^if En cette même cour son parler et savoir.

Ceux-là revivent morts, en nous vivent encore

Ces beaux noms renommés dont Loudun se décore (1).

C'est qu'en eifet Louis de Sainte-Marthe avait les plus beaux titres de gloire, d'abord sa science et sa modestie, mais aussi et surtout son amour du travail, l'honnêteté de sa vie, la droiture de son caractère et sa fidélité au roi. Ces qualités, il sut les dével lopper dans Tànie de ses fils; nous les retrouverons toutes et à un

8* degré plus saillant, s'il est possible, dans chacun de ceux que nous

^ . aurons à étudier.

(1) GËavres de Scévole, édition de 1573.

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