‹ Sainte-MartheChapitre 5 sur 25 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

Charles de Sainte-Marthe. — Les persécutions dont il est L OBJET. — Le Collège de France et l'Université. — Les réformateurs. — La Cour de Marguerite de Navarre. — OEuvre littéraire de Charles de Sainte-Marthe,

Tandis que Louis menait à Loudun une existence tranquille, entouré de ratfection de tous, son frère Charles, seigneur de Lerné, de Grandbois, de Chasserat, faisait tristement l'expérience de la vie. Né en lolâ à FontevrauU, son père Tenvova tout jeune encore à Poitiers suivre les cours de TUniversité. Le jeune étudiant se fit bientôt connaître en soutenant d'une façon brillante plusieurs actions publiques avant de recevoir le titre de docteur. C'était Tusage alors, après Tétude de la jurisprudence, des sciences exactes et de la littérature, d'aborder les discussions philosophiques. Sainte-Marthe fit comme les autres et bientôt mieux qu'eux, à en juger par les succès qu'il remporta. Malheureusement pour lui et pour sa tranquillité, il ne sut pas borner là son ambition (1). On lui

(i) Dès le mois de décembre 1533, engagé par Jean de Tarlas comrae professeur au Collège de Guyenoe, Charles fit one absence de quelques mois à Bordeaux. (Henseignemeat dû à l'obligeance de M. Dast de Uoisville}.

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persuada facilement que son talent avait besoin d'un champ plus vaste, et ce fut dans cette même ville de Poitiers oii il était déjà connu (fu'il entreprit de donner des leçons publiques de théologie. C'était une détermination dangereuse, à une époque ou les esprits partagés entre deux tendances fort diverses commençaient à entrer ouvertement en lutte.

Les uns avides de progrès, d'études nouvelles, do réformes, venaient d'applaudir à la création du Collège de France inspirée par Budé; les autres, scolastiques intraitables, voyaient avec peine la science prendre un nouvel aspect; et surtout ne pouvaient tolérer renseignement public du grec et de l'hébreu, dont la connaissance semblait jusqu'ici réservée à quelques initiés. L'Université s'agita, la Sorbonne s'émut et chercha à entraîner dans sa cause le Parlement lui-même; il se mêla à tout cela certains intérêts pécuniaires qui bientôt envenimèrent les choses, car les étudiants désertaient en foule les leçons payées des maîtres de rUniversité pour se porter nombreux aux cours des professeurs salariés par le roi (1). Cette rivalité devait malheureusement se compliquer d'une question plus grave, la question religieuse, qui commençait aussi à occuper les esprits. Il est vraiment étrange de voir avec quelle passion les théories nouvelles sont acclamées ou condamnées par ces hommes habitués à des luttes physiques continuelles et qui veulent imposer leurs idées par les mêmes moyens qu'hier encore ils imposaient le droit du plus fort sur le champ de bataille. Dans les hautes classes de la société comme dans les plus basses, un besoin général de réformes se faisait sentir; partout les esprits se passionnaient sous l'inspiration des novateurs que l'on ne peut cependant encore appeler hérétiques déclarés.

Au reste, ce mouvement n'était pas nouveau; dès la fin du quinzième siècle, Lefèvre d'Étaples dont l'enseignement théologique avait eu à Paris un grand succès, s'était élevé avec force contre l'intervention outrée de la hiérarchie sacerdotale. Sa doctrine toujours respectueuse était loin de celle de Luther, cependant elle encouragea la discussion. Au début, rien ne s'opposa à ce courant d'idées : Rome n'y prit aucune attention, et la cour du roi de France toute à l'esprit de Renaissance ne pouvait être défavorable; c'est ainsi que, tandis qu'outre-Rhin grondait

(i) Henri Martia. Tome viii, p. il 4.

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Forage de Wittemberg, il se forma autour de Lefèvre une petite école forte par la science et les lumières de ceux qui en faisaient partie. D'abord, en première ligne, nous trouvons la physionomie imposante de Louis de Berquin, puis le docte Eslienne, puis Gop, Scaliger, Clément Marot et tant d'autres moins connus; auprès d'eux, mais un peu moins ardents, nous devons citer Budé, Duchâtel, évêque de Montpellier, Pellissier et même Tévêque de Troyes, Guillaume Petit, confesseur du roi. Ces derniers n'avaient pas rompu avec Rome, ils étaient seulement unis dans un même sentiment, ils avaient un même but, la lutte pour l'indépendance de leurs études, pour le libre exercice de leurs pensées.

On ne peut nier que ce ne fussent là de nobles efforts dignes d'admiration et de louange; malheureusement ceux que nous venons de nommer n'étaient pas les seuls. A côté de ces esprits pacifiques qui déploraient les maux sans arrière-pensée et proposaient avec respect la réformation, il y avait, nous dit Bossuet (1), des esprits superbes, pleins de chagrin et d'aigreur, qui, frappés des désordres qu'ils voyaient régner dans l'Église, s'en prenaient non pas aux hommes, mais au principe d'autorité lui-même. 11 y avait aussi et surtout, il faut bien le reconnaître, des ambitieux, des intrigants et des libertins, heureux de couvrir de ces dehors respectables leurs sourdes menées, leurs spoliations et leurs crimes (2). 't

Doit-on s'étonner en présence de cet état de choses que l'Université ait manqué de mesure, se soit laissé entraîner à la passion, et ^ qu'elle ait agi avec une violence qui devait amener dans toute la ;^ France des scènes de haine, presque de désordre. Sans l'excuser \^ en aucune façon, il faut bien se rendre compte qu'elle était en .t\' somme poussée dans ses derniers retranchements, que l'on minait *', tout ce qui faisait sa force et que, dans cette situation, elle n'avait ' à attendre de secours de personne, pas même du pouvoir royal

qui semblait fait pour la protéger. Le sceptique François b^, en 'f^

effet, d'un œil indifférent, peut-être même un peu malicieux, con- '^'

sidérait la lutte ouverte en laissant le champ libre à tous. Il ne lui /

déplaisait pas de voir la Sorbonne et l'Université jeter feu et .!-

(I) Histoire des Vanalions, Livre I. ^•\

(i) Faut-il rappeler qu'en Allemagne la réforme dut surtout son succès à la !^

cupidité des princes. Quant à TAngleterre, le nom d'Henri VIU en dit assez.

flamme, et il paraît même qu'il fut au comble de la joie, lorsque Messieurs du Parlement, contre lesquels il avait une petite dent, commencèrent eux aussi à se mêler à la querelle.

Le Parlement ne pouvait se désintéresser complètement de tout le bruit qui se faisait autour des nouvelles doctrines, lui qui en toute occasion, se renfermait dans son esprit de tradition et que Ton accusait de repousser toutes nouveautés par parti pris et par routine. Cette fois, il n'y avait pas que préjugés dans les motifs de son opposition (1). Les plus éclairés des jurisconsultes s'effrayaient de tout ce bouleversement théologique que suscitait l'orgueil d'un moine, et, si une petite lutte avec Rome ou le droit ecclésiastique n'était pas faite pour les effrayer, ils voyaient que la nouvelle doctrine avec sa théorie de la grâce détruisait le libr^ arbitre et allait contre le principe même du droit romain, contre cette ratio scripta qui leur était si chère (2), ils voyaient que cet homme « soumis comme un esclave i à la volonté d'une puissance bonne ou mauvaise, « qui n'était qu'une plante obéissant à tous les souffles du vent, qu'une cavale qui se ploie à tous les mouvements du cavalier, qu'un clou qui oède à la moindre pression du marteau >, était une conception fausse et malheureuse, que celte négation de la liberté humaine était insoutenable et contraire au bon sens.

La faculté de théologie condamna solennellement au mois d'avril 1521 les doctrines de Luther. Instituée pour examiner les questions religieuses, elle ne faisait qu'user d'un droit reconnu; malheureusement on n'en resta pas là; une inimitié particulière se mêla immédiatement à cette mesure d'ordre général, les vengeances et les persécutions commencèrent. D'abord on adressa au roi des remontrances des plus vives et des plus haineuses contre les fauteurs d'hérésie. liCfèvre était personnellement signalé à la justice royale. Hàtons-nous de dire à la louange de François l«' qu'il n'en tint aucun compte, et qu'il découragea les ennemis en protégeant ouvertement celui que l'on voulait perdre. Ce dernier que ce commencement de persécution grandissait singulièrement, trouva des protecteurs déclarés. Un d'eux fut l'allié même des Sainte-Marthe, Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux. Briçonnet

(1) Henri Martin, Hist. de France, Tome vin, p. 148.

(2) Merle d'Aubigné, Hist. de la réformation. Tome m, p. 622.

s'était lui aussi mis du parti des novateurs; entraîné par son amour des lettres, il appela auprès de lui Lefèvre et avec lui toute une pléiade de savants, tous partisans de la réforme, mais tous restant quand même parfaitement orthodoxes et unis à la cour de Rome.

Cette conduite indépendante ne faisait l'affaire d'aucune faction, aussi ne tarda-t-elle pas à susciter contre ce petit groupe une inimitié violente, les réformateurs les accusant de mollesse, le parti universitaire et c la moinerie » laissant entendre et répétant partout qu'ils étaient entachés d'hérésie. Le roi, il est vrai, restait toujours fort disposé à la tolérance et fort dédaigfneux des « Scavants de Sorbonne ». Mais il avait eu le tort de souffler le feu au lieu de l'apaiser, ne songeant guère alors à quelles terribles représailles il devrait plus tard se laisser aller! Cette fois, les passions se déchaînèrent ouvertement et la lutte s'engagea en paroles, en écrits et même en actes. Déjà violente à Paris, elle devait l'être encore plus en province où les petites haines de clocher n'attendent toujours qu'un prétexte pour paraître vivaces et sans merci.

Tel était l'état des esprits lorsqu'on 1537, Charles de Sainte- Marthe commença à Poitiers avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, des leçons publiques de théologie. Le succès fut grand dès le début, mais ce succès même ne tarda pas à faire naître les ennemis. On parla d'abord à mots couverts, bientôt on accusa publiquement le jeune docteur d'adopter les opinions des fauteurs dhérésie, d'être un disciple de Luther, un de ceux qui, depuis huit années, prenaient ouvertement le nom de protestants. C'était le désigner à la vengeance du peuple, à la persécution des magistrats. Charles vit le péril qui le menaçait et, cessant ses leçons, il quitta Poitiers pour se rendre à Grenoble. Les gens éclairés, bien certains de la pureté de sa doctrine, eurent beau déplorer son départ, ses amis le chanter en des termes touchants (1), rien ne pouvait arrêter les

(1) Si ta savois, 6 viUe de Poitiers,

Ce que ta as en an moment perda, Ta te mettrois en effort volontiers A cette fin qa'il te fût tôt renda.

Ton honnear as et ton saint vendu, Changeant le tien à on sot étranger.

Si tu avois ton vrai bien entendu, Hélas t qo'amer te seroit le changer!

haines soulevées. Sa retraite et celte soumission ne firent qu'irriter ses ennemis : on Tépia, on le suivit, et dès son arrivée à Grenoble, il fut jeté dans les fers; il devait y rester trente mois. La générosité de Sainte-Marthe a laissé ignorer quels étaient ceux dont la haine le poursuivait partout. Aussi bien peut-être ses ennemis n'étaient-ils pas des êtres déterminés, mais la foule des ignorants et des envieux (1).

Par contre, nous savons quel fut son protecteur au parlement |/ de Grenoble : le conseiller Gaubert eut l'honneur de prendre la

£ défense de Sainte-Marthe et de faire reconnaître son innocence.

Y Charles Ten remercie dans une épître mise en tête de sa paraphrase

j: des 7"ie et 33™« psaumes de David; nous y voyons le triste tableau

i^ de ce qu'il eut à souffrir : t Ce n'est pas ici le temps de vous dire,

{. Monsieur, avec quelle dureté l'on m'a traité à Grenoble où j'ai été

fi.' dans les fers pendant deux ans et demi; mais j'impute moins au

^ parlement les cruautés que j'ai souffertes qu'à la rage de mon

1^ ennemi qui pour l'assouvir avec quelque apparence de justice m'a

\. accusé de luthéranisme, cœur inhumain et d'autant plus impie

; qu'il se servait de la piété et du voile sacré de la religion pour me

)i^" faire périr, t Continuant sur ce ton élevé, il montre combien était

^ périlleuse la vie du théologien dans un temps troublé où s'il parle

^. ' de Jésus-Christ ou de la grâce, il est accusé d'hérésie; s'il con-

r damne l'avarice ou les abus des gens d'Église, il sera luthérien,

^ etc. Puis, il exprime sa reconnaissance à son défenseur et au

y parlement qui n'a pas voulu sacrilier un innocent. Plus loin enfin,

y il fait une éclatante profession de foi qui met à néant toutes les

y accusations portées contre lui. t II est, dit-il, une chose plus

' cruelle pour moi que ne le serait la mort même, c'est le reproche

que l'on me fait d'avoir abandonné votre foi, ô mon Dieu! et de m'être réuni avec les ennemis de votre saint nom, d'avoir fait passer dans le parti des hérétiques et de l'impiété le peuple qui \[- vous était attaché! » etc.

P Ainsi, il se trouve fait justice de cette version qui veut que

Dreux du Radier attribue faussement ces vers à Arnaud de Villeneuve, mort »• en l'î43, c'est-à-dire plus de deux cents ans avant cette époque; ils seraient

[•f plutôt d'Antoine Arnault, fils d'un avocat général de Catherine de Médicis.

(1) Cependant une épigramme composée par Charles est adres!»ée à. François Faysan, conseiller, et Théodore Mulet, avocat général du parlement do Grenoble : L il est possible que ce fussent là ses principaux ennemis.

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Charles de Sainte-Marthe se soit réellement donné au protestantisme; ni lui, ni celle que nous retrouverons plus tard son aimable protectrice, ne doivent être rangés parmi les disciples de Luther; et si chez eux l'esprit de discussion et d'examen ne peut être nié, il n'en faut pas conclure qu'ils abandonnèrent en rien la foi romaine (1). Du reste, l'innocence de Sainte-Marthe n'avait pas eu pour seul défenseur le conseiller Gaubert; un autre membre du parlement, Jean d'Avanson (2), d'une illustre maison qui a donné un archevêque à l'église d'Embrun, s'employa de toutes ses forces à la délivrance de Charles : ce dernier lui en témoigna sa gratitude en lui dédiant sa paraphrase sur le trente-troisième psaume.

Ce temps de prison fut très dur pour le jeune poète, on le traita avec la dernière rigueur; il en vint même jusqu'à être obligé de simuler la folie pour avoir la vie sauve. Pendant ces épreuves, les amis de Sainte-Marthe ne restaient pas inactifs : certains comme Denis Faucher, docte moine de l'abbaye de Saint-Honorat, à Tile de Lérins, lui écrivaient des lettres touchantes, pleines de respect et d'affection; d'autres comme Gaubert, d'Avanson, Léon de Montausier préparaient sa mise en liberté et son sort futur. Ces efforts finirent par réussir, et Charles vit enfin tomber ses chaînes, ù un moment où il n'espérait presque plus. A peine sorti de la prison de Grenoble, toujours grâce à ses amis, il fut appelé à Lyon pour y professer les langues française, latine et grecque et aussi rhébreu; là, ses succès recommencèrent, et les éloges vinrent le dédommager des tristesses passées; mais une secrète inquiétude se mêlait à ces applaudissements, de nouvelles intrigues pouvaient se nouer, il fallait des protecteurs puissants, capables de les arrêter. Son ami des bons et des mauvais jours, le chevalier Léon de Sainte-Maure-Montausier (3) lui conseilla de dédier quelques

(1) Voir plus loin l'opinion de M' de la Sicotière, sur la reine Marguerite de Navarre.

(2) Jean d'Avanson avait reçu le nom de Mécène des savants. Joachim du Bellay y fait allusion dans les vers suivants :

Ergo suum post hde non te, vir maxime, dieat Phœbus Avansonium, sed magit Atuonium,

(3) Chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, Charles de Saint-Maure, duc de llontausier, marié à Julie d'Angennes-Rambonillet. petite-fitle de Jean de Vivonne, fut depuis célèbre par la protection (ju'il accorda aux savants.

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poésies à la duchesse d'Etampes (1) dont le nom et la beauté étaient alors célébrés par toute la France et dont le crédit auprès du roi était à son apogée. Le conseil fut suivi, Charles remercia son ami par une élégie et dédia à la favorite des poésies où les hommages les plus llatteurs n'étaient pas ménagés i à la plus savante des belles, et à la plus belle des savantes ». Ces poésies quelquefois gracieuses, le plus souvent noyées dans les métaphores du style amphigourique de l'époque, furent fa vorablementaccueillies, et dès lors Sainte-Marthe compta au nombre des poètes favoris. Grâce à la protection de la duchesse d'Etampes et peut-être aussi à celle de Tévéque de Meaux Briçonnet, proche parent de sa belle-sœur (2), Charles se trouva mis en relations avec la reine Marguerite de Navarre, à la cour de laquelle il devait désormais passer la plus grande partie de son existence.

Marguerite de Valois ou d'Angoulême, duchesse d'Alençon, reine de Navarre, princesse spirituelle et gracieuse, avait reçu l'éducation du temps : « elle savait à merveille le latin, la philosophie, la théologie qu'elle aima toujours beaucoup, l'italien, l'espagnol, et même Thébreu, assez mal le français, et pas du tout l'orthographe (3) ». Mariée à dix-sept ans, veuve sans enfants, puis remariée à Henri d'Albret, elle vivait retirée à Alençon, i'i Nérac ou à Pau, ne quittant sa petite cour que pour rendre service à son frère tant aimé. Mais cette cour, elle avait su en faire le lieu le plus charmant du monde. C'était une espèce de centre pour les talents incompris, pour les savants persécutés, et il y en avait beaucoup; elle recevait Charles de Sainte-Marthe à peine échappé à la prison et aux persécutions, comme elle en avait arraché tant d'autres à leurs ennemis, comme elle avait enlevé aux flammes du bûcher le mallieureux Berquin; tous les talents, toutes les misères s'adressaient à celle < qui estait le soutien et l'appui des bonnes lettres, et la défense, refuge et réconfort des personnes désolées » (4).

(1) Aune de Pisseleu, dite mademoisene d'Heilly, qae le roi avait mariée à J. de Brosse, duc d'Etampes.

(2) V. la note 2 de la p. 32.

(3) De la Sicotière. La cour de la reine de Navarre, à Alençon, discoars. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, année 1842, p. 30. M. de la Sicolière a peint de main de maître la petite cour d'Alençon et la figure gracieuse de Marguerite de Navarre.

(4) Oraison funèbre de la reine de Navarre^ par Charles de Sainte-Marthe.

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Suivant son habitude, Marguerite de Navarre s'attacha d'abord Sainte-Marthe en le nommant gentilhomme de sa maison, maître des requêtes de son hôtel, et en lui confiant la place de lieutenant criminel d'Alençon ou peut-être de lieutenant général de l'échiquier de cette môme ville (1). C'était une bonne fortune pour le jeune savant de se trouver ainsi mêlé à cette Ibule d'érudits et de poètes, tels que Bon aventure des Périers, Victor Brodeau, Melin de Saint-Gelais, Antoine du Moulin, Etienne DoUet, Joachim du Bellay, Érasme même, et tant d'autres. Il n'y trouva plus, il est vrai, le gentil Clément Marot, qu'il aimait tant et qu'il appelait € son père d'alliance ». Marot était à Ferra re, auprès de la duchesse Renée de France, mais son souvenir était resté vivant et Charles dut souvent entendre parler du poète au(|uel Marguerite avait inspiré de si doux vers. Son nom du reste ne faisait que grandir depuis cette traduction des psaumes pour laquelle le roi et Charles-Quint lui-même n'avaient pas eu assez d'éloges (2).

Cette vie spirituelle et gracieuse devait singulièrement plaire à à Charles, en pleine communauté d'idées et de travaux avec ceux qui l'entouraient. On aime à se figurer tout ce petit monde, peu scrupuleux de mœurs et de langage, vivant auprès de la reine sans souci de l'étiquette, dans une sorte de familiariié bourgeoise, de camaraderie artistique (3); nulle préoccupation des controverses religieuses, on peut exprimer ses pensées sans crainte du parlement et vous jugez si l'on s'en prive! D'abord, comme de juste, on tranche les <|uestions théologiques qui passionnent et le peuple et la cour. Charles, grâce à ses études, a dans ces discussions un rôle important; chacun l'applaudit, il retrouve ses succès d'hier, mais sans crainte des ennemis; il parle, il s'anime, et lance contre ses anciens persécuteurs de vives saillies qui amènent le rire; il s'emporte même et donne au diable toute la « moinerie ». Mais la bonne duchesse préside la discussion, elle veut rester vraie catholique; elle ne permet pas que l'on s'égare, elle

[i] Telle est ropinion de Gilles Bry, dans son Histoire des comiex du Perche ei d'Alençon.

(i) Lors de son passage en France, Charles-Quint, fur la recommandation de François I•^ reçut béniguement l'oeuvre de Marot et lui fit remettre 200 doublons (Lettre de Villemadou à Catherine de Médicis). Villemadon était un des serviteurs de Marguerite de Navarre.

(3) De la Sicotière. Voyez sopra.

veut bien que l'on crie contre les moines, t contre leurs vices mal

cachés par leurs costumes i, mais il y en a de bons, se hâte-t-elle

d'ajouter, et t il ne faut pas que pour les mauvais, ils soient tous

jugés > (1). Alors tout le monde se soumet, le débat est clos, et

Ton ne pense plus qu'à écouter une anecdote ou une histoire

racontée par la reine; car Marguerite raconte avec une verve et

\ :' une grâce charmantes. Tantôt elle improvise ou récite ce qu'elle a

composé dans sa litière, tantôt elle retrouve dans ses propres sou-

,' venirs assez d'aventures piquantes pour fixer l'attention de ses

auditeurs qui devinent facilement sous un nom d'emprunt, un

; personnage connu, qu'il soit amiral ou page (2). Puis la soirée

s'achève par une de ces danses lentes et savantes, si prisées de nos

aïeux. La reine, elle, n'y prend pas part; elle s'est assise solitaire,

tout à ses souvenirs, maintenant calme et grave, elle si rieuse tout

à riieure, et vraiment son costume sombre et un peu sévère est

bien en harmonie avec ce visage triste et doux. Elle porte « ung

manteau de velours noir couppé un peu sous le bras, une cotte

noire, assez à hault collet, fourrée de marthes, attachée d'espingles

^ par devant, sa cornette assez basse s'avance sur la teste, et sa

chemise froncée au collet, apparaist un peu (3) >. A ses pieds,

dort son bichon favori, aux longues soies blanches et fauves; de

temps à autre, il relève la tète et la pose sur les genoux de sa

royale maîtresse, il regarde fixement ses yeux bleus, un peu

:. tristes, mais fins et brillants, qui s'animent d'un doux sourire en

voyant heureux tous ceux qui l'entourent. Marguerite alors n'a

plus la fraîcheur de la jeunesse, et bien des tristesses ont passé

< sur son visage, mais elle a conservé cet air noble et gracieux, cette

I . physionomie ouverte et spirituelle, cette expression un peu mali-

l. cieuse, mais bonne, qui captive tout d'abord. Quelle harmonie

Ç dans ce tableau! surtout si on lui donne pour cadre ces grandes

J. salles du château d'Alençon, un peu sombres, malgré leurs larges

A fenêtres, et toutes revêtues de tapisseries aux couleurs foncées, de

^ (1) Nouvelle xxii (Brantôme, Dames galantes, t. iv, p. 99, édit. de 1779).

u*' (2) L'amiral de Bonuivet, qoi, parait-il, ne fut pas précisément le héros d'une

^p- aventure galanle où la reine de Navarre joua le rôle principal. Elle se défendit

avec les ongles et les dents de telle façon que l'amiral confus, battit en retraite,

le visage couvert d'égratignures.

(3) Manuscrit, bibl. nat. supp. franc. 2286; portrait ayant fait partie de la

collect. du chevalier Lenoir (Voir de la Sicotiére, cit. sup.).

fi

boiseries finement fouillées. Quel calme, quelle tranquillité dans ]

cette petite cour, quel contraste avec ce qui se passe à quelques

lieues à peine. Se croirait-on au commencement de ce seizième siècle,

en pleine époque de troubles, de désordres, de cruelles vengeances. j

Nous avons dit que la reine de Navarre était restée bonne caiho- j

lique, malgré les calomnies dont elle a été l'objet; tout le prouve . fl

de la façon la plus évidente, jamais elle ne touche aux dogmes, ^

et dans ses poésies religieuses, elle parle toujours avec le plus ,

grand respect de la Vierge-Mère (1). Sa vie, ses ouvrages, sa '.i[

correspondance (2), sa mort elle-même, sont une protestation .^

contre les accusations portées par Tenvie et la haine de ceux qui ^

ont voulu lui faire encourir t la malgràce » du roi son frère (3). Pas i

plus qu'elle, Sainte-Marthe ne peut être accusé de protestantisme, fl

lui qui sans cesse proclame sa foi, et soumet tous ses ouvrages au ]

jugement de l'Église. L'opinion contraire, souvent mise en avant, •]

ne repose sur aucun fondement, aussi est-il bon d'en faire justice j

une fois pour toutes. }

Celte vie brillante et calme, douce et heureuse, ne devait pas i

durer longtemps. Le 31 mars 1547, François I«f mourait, sa sœur * 1

fut frappée au cœur : >''!

a Je n*ai plus ni père ni mère, ^

a Ni sœur ni frère,

« Dieu est le seul auquel j'espère

(( Qui sur le ciel et la terre impère.

« J'ai mis du tout en oubliance,

« Le monde, parents et amis;

« Biens et honneurs en abondance y

« Je les tiens pour mes ennemis !» .4

Tout en effet était bien fini pour la pauvre reine si aimante et , *|

si dévouée : le 21 décembre 15i9, au château d'Odos, en Bigorre, A

elle remettait à Dieu son âme candide, qui avait su traverser la '[^

corruption du temps sans y recevoir de souillure. ^

Charles de Sainte-Marthe eut à rendre à sa protectrice un . i

suprême hommage; les habitants d'Alençon préparaient de splen- i

dides funérailles à leur bien-aimée duchesse, ils le chargèrent de t

(1) Voir sa comédie de la Nativité de Jésus-Chritt. /j

(2) Corretpondarue de Marguerite de Navarre^ pabUée par M. Geain. i

(3) SaiDte-Martbe, Oraison funèbre, page 45. 1

l'oraison funèbre. Suivant le témoignage de de Thou, il la prononça avec élégance (1). Ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'il y mit tout son cœur^ car parmi ceux qui avaient entouré Marguerite, pas un qui n'eût pour elle un culte véritable. Aussi quelle admiration ne montre-il pas pour cette princesse bien-aimée!

t Dès Tàge de quinze ans, nous dit-il, TEsprit de Dieu commença à se manifester et à apparoistre en ses yeux, en sa fasce, en son marché, en son parole, et généralement en toutes ses actions i ; et plus tard, en quels termes émus il célèbre ses bienfaits : t Combien y a-t-il de veuves, combien d'orphelins, combien de vieilles gens à qui elle donnait pensions tous les ans et qui aujourd'hui, comme les brebis, mort leur pasteur, sont çà et là escartés, cherchent à qui se retirer, crient aux oreilles des gens de bien, pleurent leur misérable fortune; c'est qu'elle était le refuge et la défense des personnes désolées. •

Cette oraison funèbre est peut-être empreinte des exagérations du style de l'époque, mais telle qu'elle est, elle ne fait pas moins réloge de celle qui l'a inspirée que de celui qui Ta prononcée. Imprimée en latin et en français, elle eut un grand succès, nous dit encore de Thou. Ce ne fut pas le seul hommage rendu par Charles à sa protectrice, il publia également des vers et une épigramme, où il raconta les derniers moments de la pieuse reine, morte en prononçant le nom de Jésus.

Françoise d'Alençon (2) ne pouvait voir d'un mauvais œil ces témoignages d'attachement et de fidélité; elle en sut gré à Sainte- Marthe qui trouva auprès d'elle le même degré d'estime et la même protection qu'en Marguerite de Valois. Le vicomte de Beaumont au Maine ayant été érigé en duché-pairie, elle l'avait déjà honoré (3) de l'office de procureur général, par lettres scellées en forme de lettres patentes qui lui avaient été expédiées de Tours le 18 mai 1515.

La nouvelle duchesse ne devait pas survivre longtemps à Marguerite de Valois; le 4 septembre 15S0, elle mourait à La Flèche.

(1) De Thou, Hitloire. Livre V.

(2) Françoise d'AIencoQ, iiUe aînée de Reué, dac d'Alençon et de Margaerite de Lorraine, époasa le duc de Longiievine, François d'Orléans.

(3) Françoise d'Alençon avait nommé Charles de Sainte- Marthe procareur général du duché de Beaamont en 1545, c'est-à-dire quatre ans avant la mort de la reine Marguerite de Navarre.

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Encore une fois Charles eut à montrer sa reconnaissance et à faire

preuve de son talent oratoire, en prononçant Téloge funèbre de la

très-haute et très-illustre duchesse de Beaunoont, douairière de

Vendômois et de Longueville. Il ne s'agissait plus de la douce

Marguerite de Navarre, et Charles avait nooins connu celle dont il

devait retracer la vie. Il sut cependant trouver des paroles

touchantes pour célébrer la piété de la princesse qui n'était plus

et son courage dans l'adversité; il sut plaire en parlant en termes V^

flatteurs des enfants issus de son mariage avec le duc de Vendôme, ! -^^

du sang illustre de Bourbon... '^;'^

Le fils de Françoise d'Alençon, le duc Antoine de Vendôme, roi de Navarre, se montra particulièrement reconnaissant envers Sainte-Marthe, et il le confirma dans sa charge de procureur 'ï

général pour le duché de Beaumont. Il le fit en termes ilatleurs et M

ajouta même quelques prérogatives en sa faveur, parce qu'il ' ^^'^

f avait bonne et entière confiance en la personne du dict Sainte- Marthe, pour ses sens, suffisance, littérature, fidellité, et parce qu'il s'est toujours bien et sans répréhension gouverné au dict estât et en considération aussy des services qu'il a faicts à sa dicte feue dame et mère (1). » - v

Charles continua à servir le roi de Navarre jusqu'à sa mort, '.;^

prenant toujours avec une grande ardeur l'intérêt de son prince, J

ainsi que nous le prouve la façon dont il s'occupa de certaines j

diflScultés survenues dans le vicomte de Domfront, difficultés qui "g

ne furent résolues que grâce au zèle du procureur général. Il . .{i

mourut à Alençon, soit frappé d'apoplexie, soit à la suite de la -'[i

rupture d'un anévrisme, en 1555, à l'âge de quarante-trois ans. 11 [l

fut inhumé dans cette même ville; certains auteurs prétendent y

qu'il s'y était marié, quelques années auparavant, à une demoiselle .^

Renée Landier dont il n'eut pas d'enfants (2). *^

La vie et les ouvrages de Sainte-Marthe ont donné lieu à de - . î

nombreux articles, sa biographie a été souvent faite; son neveu Scévole lui consacre un chapitre dans son Éloge des savants; de même Gabriel Michel, seigneur de la Rochemailiet, le range au nombre des hommes illustres de France. Il reçut également les

(1) Archives de Beaamont, lettres patentes déUvré'es à La Fère, le septième jour de janvier 1550.

(2) Biographie univertellej Michaad. Tome xxxix, p. 549. D'Hozier dit au contraire qn'U monrat sans aUiance.

louanges d'un grand nombre de contemporains dont nous avons > déjà cité les noms, tels que Budé, Lefèvre d'Etaples, Valable,

Marot, Sève, Dolet, Pierre Paschal, le président de Thou, etc. Ces éloges unanimes étaient mérités et cependant Tœuvre de Sainte-Marthe ne devait pas conserver jusqu'à notre époque la même faveur que celle de Harot, ni même celle de Saint-Gelais dont Taisance, le naturel, la grâce dans les descriptions, c l'élégant badinage > ne sont pas contestés; toutes qualités qui manquent J' un peu à Sainte-Marthe, plus savant, mais aussi plus obscur.

Ses paraphrases des psaumes sont pleines de science, le style en ^\ est sobre et les ornements ne sont pas recherchés outre mesure;

^y mais ses oraisons funèbres, à côté de beaux morceaux, renferment

r . quelques phrases emphatiques et un certain nombre d'exagé-

^ râlions. Quant à ses poésies dédiées à la duchesse d'Eiampes, elles

j' sont peut-être encore plus confuses; il suffit pour en juger de

'^•' ciler le passage suivant de l'épîire dédicatoire :

l « Toi donc, une enlre notre siècle de belles très-érudite, des

î-^ érudites très belle, et ce que j'ai en toi plus révéré, d'ancienne

y prudence, de mûr jugement, de très humaines et très ornées

•^' coutumes divinement douée, recevras bénignement les tables de

: mon nauffrage, par divers cas de fortune conduite, finalement

c en petits faits réduites, et maintenant en ce tien havre, où de

^ long-temps, les muses commodément se retirent. » Malgré ces

défauts, Sainte-Marthe est bien loin du style prisé alors par la * majorité des orateurs. Il suffirait pour s'en convaincre de citer la

\ correspondance de Briçonnet avec Marguerite de Navarre : il est

: . certains passages où le débordement des métaphores est incroyable,

où leur vulgarité tombe dans le burlesque et dans l'absurdité la tj? plus complète; et dire que la reine fit tous ses efforts pour imiter

^^ ce style! Disons à sa louange qu'elle n'y put jamais parvenir.

2r. Bien que Charles de Saint-Marthe ne se soit pas abandonné à de

Ç ' pareilles divagations, le passage précédemment cité suffit pour que

^ l'on puisse lui reprocher d'avoir un peu trop sacrifié à ce goût

malheureux, auquel Marot, mieux inspiré, résista toujours. ^ Ses poésies peuvent être divisées en trois parties (1) : Les Épi-

grammes^ les Chants royaux ou éloges ^ les ÉpttreSy élégies, ballades

ff (1) Poéties françaises de Charles de Sainte-Marthe, Lyon, Charles Nonrry dit

f; le Prince, 1540.

et rondeaiujc. C'est dans cçtte dernière catégorie que nous trouvons nombre de pièces composées en Thonneur de M^ne ^e Béringue, ^ j

d'Arles. En célébrant ainsi une dame de ses pensées, Sainte-Marthe "I

sacrifiait à la coutume plus peut-être qu'à son goût particulier; --^

nous avons tout lieu de croire en effet que M«"® de Béringue occupa • À

peu le cœur de notre poète; mais, s'il n'eut pas chanté une l

€ maîtresse poétique i, pour nous servir d'une expression consacrée, Charles eut été une singulière exception. Pétrarque avait ^ ,j fait école, chacun voulait immortaliser une Laure quelconque. | Nous savons que Marot lui-même se conforma à l'usage; ne nous ^| en plaignons point, puisqu'il nous a valu des vers charmants et - ! que Marguerite de Navarre ne s'en offensa pas.

L'œuvre de Sainte-Marthe comprend ensuite des Chants funèbres peu importants, puis des Po^^t^^ adressées soit à la reine de .n^|

Navarre, soit à la duchesse d'Etampes. Il y est souvent parlé de - j

poètes ses amis : c'est ainsi que nous voyons revenir les noms de '< • I

Saint-Gelais, de Marot, de Brodeau, de Bouchot, d'Hervet et de ' j

tant d'autres moins connus. Diverses pièces sont adressées à ceux .

que nous venons de citer, puis à M"»e du Perronnière, au maréchal - !

de Reris, à Anne d'Albigny, dame de Laval en Dauphiné, à Tabbé i

de Saint-Pierre de Vienne, à l'abbé de Saint-Amboise de Bourges, au doyen de Mûcon, à Maurice Sève, à Etienne Dolet, à Clément Marot, au poète Salel, au P. de Marillac, etc (1). I

Les ouVi'ages en prose de Sainte-Marthe sont moins importants; j

cependant quelques-uns de ses premiers travaux théologiques et philosophiques avaient été publiés; ils lui valurent l'approbation de divers dominicains et notamment du P. Fournier, un des plus j

savants d'entre eux, ce qui, soit dit en passant, suffirait à prouver la '\

parfaite orthodoxie de l'auteur, si elle pouvait être sérieusement mise en doute. Sur la fin de sa vie, il préparait également un |

grand travail sur La conjonction des quatre langites hébrdiqu€y grecque^ latine et française; cet ouvrage n'a pas été terminé.

Charles avait encore fait imprimer à Lyon, en 1540, un recueil

(1) Noos ne pouvons citer tous les savants personnages dont Charles de Sainte-Marthe s'était acquis l'amitié à la cour de Marguerite d^ Navarre, citons cependant les Doms de Gérard Le Roux, évéque d'Oloron, prédicateur de la reine, de Claude Régin, son maître des requêtes, de François Olivier et Groslot, ses chanceliers, de Guillaume Abot, président du conseil d'Alençon, de Mathieu Facias, jarisconsnlte et président de Bernay, etc.

intitulé Le litre des amis, et composé de pièces écrites à sa louange par plusieurs amis. En ce faisant, il ne prouvait pas une grande modestie, mais alors la modestie était assez rare; d'aucuns prétendent même que c'est une invention moderne, destinée à se faire plus remarquer; quoiqu'il en soit, on peut dire pour l'excuser qu'aux éloges à lui adressés se mêlaient ceux en l'honneur de MeUe de Béringue. Pour nous, ce recueil est précieux, il nous montre en quelle estime étaient alors tenues les poésies de Sainte- Marthe et quelle réputation il avait acquise comme savant (1).

{\) Il existe nti petit portrait de Charles de Sainte-Marthe, gravé par Léonard Gaultier (1622) pour l'ouvrage intitulé : « Pourtraits de plusieurs hommes illustres qui ont flory en France depuis Van 1500 jusqu'à présent ». Cet ouvrage a été appelé à tort la <c Chronologie ». — Le catalogue de portraits du P. Lelong ignorait le nom de l'auteur (v. Lelong, IV, p. 238).

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