‹ Sainte-MartheChapitre 6 sur 25 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Jacques de Sainte-Marthe, seigneur de Chandoiseau, médecin de Henri II, de François II et de Henri HL — La médecine au XVI® SIÈCLE. — Ambroise Paré. — Guillaume Budé. — René de Sainte-Marthe; sa postérité. — Joseph^ seigneur de la Guéritière.

Plus jeune de cinq ans que Charles, Jacques de Sainte-Marthe (1), chevalier, seigneur de Chandoiseau et de la Guéritière, troistème lils de Gaucher, naquit à Fontevrault le 29 septembre 1517. Ce fut son père lui-même qui voulut, au foyer domestique, lui donner les premières leçons; ses heureuses dispositions s'accrurent rapidement sous cette haute et habile direction et bientôt il eut achevé -^ les études ordinaires. Il se perfectionna à Paris dans la connais- -] sance des langues anciennes, dans celle des sciences exactes et fit 'J de si rapides progrès en médecine qu'il fut, tout jeune encore, reçu M docteur, après avoir soutenu une thèse brillante. Son père le considérait comme son successeur naturel, aussi ne négligea-t-il rien pour le fortifier dans ces vertus grandes et simples, grâce aux-

{{) Jacqaes de Sainte-Marthe a été appelé par quelques auteurs, Sainte- i

Marthe Pictaa; ce mot est évidemment le mot piciav, {pictaviensis, poitevin) (^

mal compris, et n'a aacane antre signification. '\

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quelles le nom de Sainte-Marthe était entouré du respect de tous. De telles leçons données par un tel maître laissèrent une impression profonde dans Tàme du jeune homme qui, en peu de temps, acquit une réputation de mérite et de savoir. Dès Tâge de trentequatre ans, Henri II le choisit pour son médecin ordinaire, titre qui lui fut conservé par les rois suivants, François II et Henri III. Malgré cette situation à la cour, Jacques obtint de n'y résider que rarement et ce fut à l'abbaye de Fontevrault, déjà témoin des vertus d'autres Sainte-Marthe, que s'écoula la majeure partie de son existence. Les abbesses Louise et, après elle, Éléonore de Bourbon l'avaient en haute et particulière estime et, suivant les traditions paternelles, il fut plutôt leur conseiller que leur médecin. Ce dévouement à l'abbaye, si constant dans une même famille, parut mériter une récompense spéciale : le roi accorda à Jacques des lettres patentes qui, malgré son éloignement de la capitale, lui conservaient tous les droits et privilèges des médecins de Paris.

Cette vie retirée n'empêcha pas l'influence de Sainte-Marthe à une époque où la médecine se transformait d'une façon complète; la méthode des Arabes et leur empirisme presque toujours arbitraire, souvent superstitieux, tendait à disparaître pour faire place à cette science d'observation et d'induction créée par les Grecs et immortalisée par les travaux d'Hippocrate et de Galien. Parmi ces esprits d'élite qui devaient fonder sur l'expérience seule les bases aussi bien de la médecine que de la chirurgie moderne et s'élever, par leur propre méthode, jusqu'aux découvertes de premier ordre, nous devons citer Ambroise Paré, qui sut, à cette époque même, montrer ce que peut le travail constant et sans faiblesse.

Sorti d'une famille modeste, sans fortune et presque sans éducation. Paré s'éleva aux premières dignités par son intelligence et surtout par sa volonté ferme et énergique. Travailleur infatigable, auteur remarquable auquel on ne peut reprocher qu'un peu de suffisance et d'acrimonie dans la discussion, il fut, tout jeune encore, signalé à l'attention du roi qui le nomma son premier chirurgien. Malgré les envies et les calomnies, il conserva jusqu'à sa mort la faveur, on peut même dire l'amitié du souverain.

La vie de Paré a été écrite plusieurs fois, à des points de vue différents, par des auteurs dont on doit admirer les patientes

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recherches et dont on ne saurait contester l'autorité (1). Ce n'est ici le lieu de résumer ou d'analyser ces travaux, mais il est une question souvent et longuement discutée, toujours un peu obscure, que nous ne pouvons passer sous silence, parce qu'elle nous rappelle ce que nous avons dit déjà à propos d'un Sainte-Marthe, Charles, le favori de la reine de Navarre. D'un esprit tolérant, à une époque où la tolérance est un crime, un peu sceptique peutêtre, très envié par ses rivaux, Ambroise Paré fut en butte à une persécution véritable. La Faculté le calomnia et lui fit un procès célèbre dont il n'échappa que grâce à la faveur royale; on l'accusa de tous côtés, on lit tout pour le perdre, on tenta même de l'empoisonner et ce furent même d'ardents catholiques qui faillirent se rendre coupables de ce crime! Cette circonstance jointe à des bruits répandus contre le chirurgien du roi a fait affirmer à quelques-uns qu'il professait la religion réformée. Nous ne le croyons pas, malgré ce qu'ont pu dire Sully et Brantôme, témoins auxquels l'expérience prouve qu'il faut parfois accorder une médiocre confiance, malgré aussi l'opinion du docteur Le Paulmier qui a sérieusement discuté cette question et dont les arguments sont beaucoup plus sérieux (i). Il nous parait qu'il est arrivé pour

(1) Malgaigne. — Jal, etc.. 11 y a quelques années, le docteur Le Paulmie (Vie d' Ambroise Paré d'après de nouveaux documents, chez Charavay, Paris 1885) a publié une étude des plus sérieuses sur le grand chirurgien. D'une ancienne famille célèbre dans la médecine et dont un membre, luliea Le Paulmier, médecin de Charles IX, avait eu de nombreuses discussions avec Par^, le docteur Le Paulmier était, mieux que personne, à même d'écrire cet ouvrage. 11 l'a fait d'une façon remarquable, livrant ainsi au public de nombreux docu ments inédits, découverts par lui, soit aux Archives nationales, soit dans des papiers de famille.

(2) Voir p. 80, Ambroise Paré par Le Paulmier, op. s. cit. Le docteur Le Paulmier croit au protestantisme de Paré, 1« parce que ce dernier déclare avoir observé à Angers, à la « porte du temple », Tartifice des gueux de l'ostière; 2<» parce que ce sont des catholiques qui ont tenté de l'empoisonner à Rouen; 3» parce que, dans son procès avec la Faculté, il dit (Voir les pièces justificatives, p. 243) : « Ce mot religion a esté cité par moy pour ne me glorifier avoir suivi telle opinioa et moins en intention de monstrer que ceux qui suivent la saiacte église catholique et romaine abusent de moyens illicites pour se defTaire de leurs ennemis. »

Nous répondons au premier argument que cette observation faite par Paré à h porte d'un temple à Angers, prouve une seule chose, c'est qu'à Angers il y avait nn temple et qne Paré accidentellement était passé devant la porte. Pour la (entative d'empoisonnement, nous croyons à une vengeance de coreligion-

Paré ce qui était arrivé pour Charles de Sainte-Marthe; on n'a pa pardonner à ces deux esprits supérieurs leur tolérance religieuse, leur esprit libéral, on n'a pu surtout admettre chez eux l'esprit de libre discussion. Eh quoi, ils ne jetaient pas feu et flamme contre les dissidents, ils voyaient les abus, ils avaient le courage de le dire, quel crime abominable! Alors on les accuse d'hérésie, de protestantisme, de tout ce que Ton peut inventer de plus odieux, et, comme le fait remarquer le docteur Le Paulmier, leurs plus cruels ennemis, les plus irréconciliables, sont les catholiques outrés. Paré, sans cesse menacé, échappé par un heureux hasard à Tempoisonnement, s'indigne de trouver tant d'astuce parmi ceux qui disent faire partie de la sainte Église catholique et romaine, rien de plus naturel. Charles de Saiute-Marthc lui aussi, sur l'ordre de catholiques ultra, de membres du parlement, lut emprisonné pendant de longs mois et, malgré ses protestations et ses professions de foi non équivoques, mancjua de perdre la vie. Tout ceci ne prouve qu'une chose, peu nouvelle d'ailleurs, c'est qu'il n'est pas de pires ennemis que ceux dont les convictions politiques ou religieuses sont identiques, lorsqu'ils sont divisés par des questions de mesure ou d'opportunité. On souffre celui qui se dit un adversaire déclaré, jamais celui qui, par raison ou par tolérance, se permet d'aller moins vite ou moins loin que vous.

A côté de Paré, mérite d'être rangé Jacques de Sainte-Marthe qui, grâce à sa science et à sa connaissance profonde du grec, fut à la tête de ce mouvement de renaissance médicale qui, outre

naires ardeols, furieux de la modération de Paré et du blâme public que sa conduite leur infligeait : ces vengeances sont alors, hélas! (rop communes. Enfin, la phrase citée fait seulement allusion à ce fait que Paré blâme dans toute religion, mais surtout dans a la saiitete église catholique et romaine ». Elle est donc plutôt un argumetit en faveur de notre opinion. Les raisons données par Malgaigne et surtout par Jal (Dict. critique de biographie et d'histoire. Suppl.) nous paraissent au contraire concluantes. Comment eu effet, expliquer, à moins d'admettre une rare hypocrisie, que Paré ait fait ouvertement profession de foi catholique dans vingt-cinq actes de baptêmes, mariages on décès passés à l'église de Saint-André-des-Arcs (dix-huit de ces actes sont antérieurs à iS4o et sept sont postérieurs à celte date). On ne peut supposer aucune tolérance de la part du curé de la paroisse, le fougueux Aubry, dont la réputation de ligueur et de •< dénicheur de prolestants » est absolument faite. Comment enfin expliquer l'inhumation d'Ambroise Paré dans la nef même de cette église de Saiut-Audré-des-Ârcs, le 32 décembre 1590» s'il n'eut appartenu à la religion romaine t

le chirurgien dont nous avons parié, illustra les Pierre Brissot, les Ruel et même Rabelais, le joyeux abbé, qui devait bientôt s'immortaliser d'une autre façon. Pour le moment,- il n'était qu'un savant distingué, un éminent professeur d'anatomie, il n'avait pas encore entrepris de disséquer le cœur humain, ni de mettre à nu les vices qui y sont cachés.

Nous ne devons pas oublier un autre savant, ami particulier de Sainte-Marthe et qui, par sa mère, était son parent, Guillaume Budé, l'illustre helléniste, aimé de tous, même de ses ennemis les plus irréconciliables (1). Jacques le connut dès son enfance, peu de temps malheureusement, et tout jeune encore il eut la douleur de voir s'éteindre le maître chéri qui l'avait compris et aimé. Son élève eut à lui rendre un suprême hommage, en faisant son oraison funèbre et en écrivant l'histoire de sa vie; Conrad Gesner nous dit qu'il le fit * d'une façon remarquable et dans un style élégant ». C'est là un éloge fort par sa sobriété même, nous n'y voulons rien ajouter. L'amitié dont Budé" honora Sainte-Marthe doit être signalée comme étant le meilleur témoignage des mérites du jeune médecin. Il devait savoir choisir ses amis, celui auquel la postérité a décerné le titre de restaurateur des lettres grecques, de protecteur de toute science, de fondateur du Collège de France et de la première de nos bibliothèques. Scaliger dans son enthousiasme l'a appelé c le phénix qui ne devait jamais renaître >] Grâce à Dieu, ses cendres au contraire ont été fécondes et ses œuvres toujours grandissantes suffisent à lui assurer l'immortalité la plus belle qu'il eût pu jamais rêver.

Parmi les biographes de Jacques de Sainte-Marthe, il en est un que nous devons citer, c'est son propre fils Louis qui, dans une pièce de vers adressée à son frère François, célèbre les vertus de son père. C'est là un touchant hommage de piété filiale qui ne saurait être passé sous silence. Cette citation s'excuse donc d'ellemême, elle aura de plus l'avantage de prouver l'érudition et le talent poétique de l'auteur, Louis de Sainte-Marthe (4® du nom), dont nous aurons plus tard à parler (2).

(1) Erasme dit de lui : « Je ne suis point réconcilié avec Budé, mais je n'ai jamais cessé de Taimer. »

(3) Cette pi«ce se trouve dans le manuscrit de la bibliothèque de Tlnstitut. Dreux du Radier Ta publiée pour la première fois dans sa Bibliothèque historique et critique du Poitou.

nie sui quondam decus Ordinis, ille medendi

Arte potens, certâ sed mage clarus ope.

Non rcrum hune causse, aut cœli latuere meatus,

Non vis arcanis quae latet in numeris.

Linea in obliquum, seu recta illapsa coiret,

Orbem, aut errantes cogeret acta sinus, Ille sagax metiri oculo, nec lusit inanem

Invida fallenti fusa acies radio.

Omnia qua) Grajis» et fontibus hausta latinis,

Promebat Charitum lingua lepore madens.

Budœum coluit, lepidoque lacessere versu

Ausa fuit pueri Slusa novella senem.

Budaeoque plus cedenti in fata patentât,

Libero et Ilerois digerit acta pede.

Urbe licet domina titulos quaesiverat artis,

Intra umbras patria? maluit esse suae.

Cui numquam cessavit iners benefacta referre,

Incumbens gratis plurimus offîciis.

Hic ubi Eberaïdi sub fontibus HeroinaB

Borbonides gnavi cura medentis erat.

Hoc nempe ante parens tractarat Scaevola munus,

Scsevola quem Medicûra viderat Aula Ducem.

Regia sic nobis gens culta, hinc fervidus, hînc mi

In regem à teneris spirat adultus amor Hoc cultu ingenium nobis formavit, ut ipsis

Cum studiis, vitœ jungeret orsa piaD.

Illeque nos docuit ne pravis forte Magistris ' Ilaurirent teneri sensa aliéna animi.

Hos fugerem edixit quibus in fastidia regum,

Unum opus est pubis fingere corda suae, Seu monitus, seu rerum usus prudentior, illinc

Impendens Patrice senserat exitium.

Sed ne ad civiles sevum produceret œstus,

Vicino eripuit mors miserata malo.

Tempore quo meliore ferox Joyeusa sub hoste

Stratus Aquitanam sanguine tinxit humum.

Oscula tune Genitor libans extrema suorum,

Evolat ad mânes nobilis umbra pios.

Hei mihit sed crebris singultibus ora fatiscuntl

Et propriâ infœlix ingenium arte cadit.

Salve, care Parens, precibus mihi vota secundis

Ingemina, et proli sis bonus usque tuae.

Noscite avum pueri, sed prosit cognita virtus,

Vincere et exemplis hune properate suis.

Lies œuvres littéraires de Jacques sont assez importantes, il n'en est pas de plus intéressante que sa correspondance avec Scévole.

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Le neveu, si bon connaisseur, savait apprécier les qualités du style de son oncle; ils s'écrivirent souvent et leurs lettres latines peuvent passer pour un modèle du genre. On doit encore citer une traduction des maximes de Zoroastre avec les commentaires de Pléthon (1). Cette traduction et les observations savantes qui l'accompagnent suffiraient à prouver jusqu'à quel point Sainte- Marthe était versé dans la connaissance de la langue grecque et de la philosophie mystique des anciens.

La date du mariage de Jacques ne peut être absolument précisée; ce fut vers 1555 qu'il épousa Renée le Proust de Niriau (2), d'une ancienne famille du Poitou qui donna des jurisconsultes éminents (3). Neuf enfants naquirent de ce mariage : Louis dont nous parlerons plus tard, François qui continua la branche de Chandoiseau, Françoise, mariée en 1590 à Ambroise Gaschinart, écuyer, sieur de la Rafichonnière, fils de René, sénéchal de Thouars (4), et six autres enfants morts jeunes. Il décéda lui-même à Fontevrault le 10 septembre 1587 et fut inhumé auprès de son père, dans le chœur de l'église du monastère. Sur sa tombe, on grava son portrait, l'écu de ses armes et au dessous l'épitaphe suivante :

« Cy git messire Jacques de Sainte-Marthe, chevalier, docteur en médecine^ en son vivant conseiller et médecin ordinaire du roi et de la maison de Madame de céans, et mourut le dixième jour de septembre, Pan MDLXXXVIL Requiescat in pace.

Cette tombe eut malheureusement le sort de celle de Gaucher. Une première fois enlevée, puis replacée par M""^ de Rochechouart ^5), alors abbesse, elle fut mutilée à la Révolution.

Ménage, dans son recueil intitulé Menagiana (6), parle de Jacques et prétend tenir deb oncles mêmes de Sainte-Marthe que Rabelais aurait voulu le peindre sous les traits de Pichrocole. Quel rapport peut-il exister entre le Pichrocole de Rabelais, jeune

(1) Pabliée par Jean Obsopée dans son recaeil de 1599, p. iââ, â« partie.

(2) Le Proust porte : de gueules à un chevron d'or, accompagné en chef de 2 coquilles d'argent et en pointe d'une étoile d'or,

(3) Citons entre antres Pierre le Proust de Beaulieu et Pierre de Bar, son fils.

(4) Gaschinart : d*azur à trois besants d'or, posés 2, i- D'Hozier, 1709.

(5) Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart, abbesse de Fontevrault (1688).

(6) Page S32, Tome H.

1 <>.É. teC.

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prince aussi ambitieux qu'écervelé et le médecin savant, modeste et austère? C'est là évidemment une erreur de Ménage qui, une fois de plus, aura voulu être trop érudit et trop spirituel.

Quatre ans après Jacques, en 1521, René de Sainte-Marthe, seigneur de Châteauneuf, naissait à Fontevrault; son histoire est celle de tous ses frères; littérateur savant, philosophe et poète à ses heures, il consacra à Marguerite de Navarre quelques vers élégants que son frère Charles recueillit et publia. René n'eut pas mérité une mention spéciale, si son alliance et sa descendance n'eussent donné à la maison de Sainte-Marthe une illustration nouvelle. Il avait épousé en 1534 Anne Porcheron (1), fille de François Porcheron, écuyer, seigneur de Saint-Jame, de LavauK et de Déroute, procureur du roi à Poitiers, et de Renée Favereau. De cette union naquirent un fils nommé René, tué en 1574 au siège de Lusignan, en Poitou, et deux filles, Florence et Marie; cette dernière épousa, en 1587, Daniel de Marsay, seigneur de la Poquetière (2). Florence se maria, le 22 juillet 1576, avec Jacques Gilbert, chevalier, seigneur de la Maison-Neuve, des Ruaux et de la Blanchardière, gentilhomme ordinaire de la maison du roi (3). Un de ses auteurs avait épousé Marie de Bauveau, de cette maison de Bauveau, alliée aux Vendôme dont les Bourbon descendaient par les femmes (4), De ce côté les Sainte-Marthe avaient donc l'honneur de toucher à la maison de France. René de Sainte- Marthe mourut en 1572, quatre ans avant son frère Joseph, cinquième fils de Gaucher,

(i) Les Porcheron portaient : d'or à un chevron d*azur accompagné en chef de 2 hures de sanglier de sable, affrontées, et en pointe d'un sanglier de sable passant. D'Hozier, i709.

(2) De Marsay porte : de sable semé de fleurs de lys d'argent, Daniel était fils de François de Marsay, chevalier, seigneur de la Godinière, et de Françoise de Chateauchi'ilons.

(3) V. mss. de Dom Fonteoeau. T. 41, pp. 826 et 887, et T. 42, p. il.

(4) Louis Gilhert, sieur de Fontaines, avait épousé, vers 1376, Marie de Beanveau, fille de Jean 1 de Beau veau et de Marie Chaudrier; or Jean, comte de Vendôme, épousa Isabelle (nièce de la dite Maiie de Beauveaa), fille nniqne de Louis de Beauveau, qui eut, entre autres enfants, François, comte de Vendôme, père du duc Charles de Vendôme et bisaïeul dn duc Antoine, roi de Navarre, père de Henri 1V^ {V'^oir mss. Bibl. de Tlnstitut).

Joseph, seigneur de la Gueritière, né en 1518 fît ses humanités à Paris et les termina brillarament au collège de Navanc. Ses études furent surtout dirigées du côté des livres saints à rinterprétation desquels il travailla, tout jeune encore, avec une véritable passion. Pour eux il délaissa les cahiers de ses maîtres et abandonna la théologie de Técole toute imbue des principes d'Aristote et de ses sèches et rigoureuses méthodes. Cette façon d'agir n'était pas sans danger, aussi voyons-nous par ses lettres à Scévole qu'il eut à souffrir de ces « prétendus théologiens dont la vanité, l'impertinence, les cris, les fureurs, les menaces mêmes s'opposaient à ce genre d'études (1) ». C'est bien là cette même lutte contre la docte cabale, contre cette philosophie scolastique qui avait déjà occupé Charles de Sainte-Marthe et avait failli lui coûter la vie. Nous ne pouvons être surpris que ces esprits indépendants et éclairés, précurseurs de nos grands penseurs, n'aient pu obéir au joug étroit qui étouffait les âmes, et que, comprenant qu'il y a quelque chose au-dessus des formules et des procédés d'argumentation, ils aient voulu, comme Descartes, conduire euxmêmes leur raison d'après la méthode du bon sens.

Les épîtres de saint Paul furent surtout l'objet des études de Joseph de Sainte-Marthe; il y trouvait, suivant ses expressions propres, f un goût si vif et tant de plaisir que, pour elles, il quittait tous autres travaux ». Cette façon d'agir ne pouvait être comprise que de quelques esprits d'élite : nous ignorons si Sainte- Marthe eut le bonheur de rencontrer ces esprits intelligents et fidèles, ce que nous savons c'est qu'il prit le parti de la retraite et s'enferma eu Anjou dans sa terre de la Gueritière. Là, occupé de l'étude des langues, de littérature et de philosophie, « dans le silence et le repos, son âme fit de grands progrès (2) et pénétra ce qu'il y a de caché dans l'Écriture ». Mais ce côté de la vie de Joseph ne peut nous occuper, nous ne devons parler que de l'écrivain distingué dont les lettres sont des modèles d'élégance; çlles dénotent sa science profonde et montrent combien déjà à cette époque de la Renaissance on attachait de prix à la correction et à l'harmonie. On peut lui reprocher trop d'affectation, trouver que par moments la pompe du style n'est pas assez en rapport

(1) Lettre à Scévole.

(2) Imitation. Liv. 1, cb. xx.

JJ^. avec la pensée et qu'un peu de simplicité eut été un agrément de

t plus; mais il ne faut pas oublier que c'était là un genre tout nou-

i veau à créer, que l'on était loin encore de Balzac, plus loin encore

de M™« de Sévigné, et il faut savoir gré à Sainte-Marthe d'avoir un >. des premiers cherché à réagir contre la reproduction servile et

b . lourde de la phrase antique.

1/ Joseph mourut en 1568, laissant de son mariage avec Jeanne

Clément de Rigane une fille, Louise; celle-ci épousa François de la Fontaine (1), gentilhomme distingué du Poitou, dont la famille était originaire de Bretagne et issue de l'ancienne maison de Le Buveur de Briacé, au comté de Nantes.

îf' Nous avons ainsi esquissé à grands traits la vie des fils de

Gaucher, premier du nom; nous allons maintenant trouver une génération nouvelle, et dans cette génération une personnalité devant laquelle toutes les autres s'efiacent, celle de Scévole, le poète gracieux, l'orateur éminent, le politique habile qui assura

:r l'immortalité au nom de Sainte-Marthe.

f ^ (1) Ce François de la Footaioe, chevaUer, seignear de Bouillé-Lorets, qai

1^^, portait : d'or à 3 bur elles de gueuleSj, 2, i, et une fleur de lis de même en cœur

^ de Vécu, était petit-fils de Raoaline de Sesmaisons et arrière-petit-fils

n de C:itherine Le Baveur. Da mariage de Louise de Saiote-Martbe, naqait une

Jf '- fille, Marie, mariée en 1603 avec Prosper Golaisseaa, seigneur de Beanjeo, dont

ù ' postérité. Les Golaisseaa portaient : d'argent à trois molettes de sable, deux en

,^t. chef et une tn pointe, avec une rose de gueules en coeur.

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