‹ Sainte-Sophie de ConstantinopleChapitre 4 sur 21 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

monuments qui ont complètement disparu et sur quelques autres qui ont échappé à la destruction.

On verra dans une publication prochaine, consacrée aux anciennes églises de Constantinople, l'intérêt qu’il peut y avoir à consulter ces textes pour ressaisir la structure primitive de ces églises converties aujourd’hui en mosquées. Pour Sainte- Sophie, en particulier, les textes liturgiques confirment et complètent sur certains points les renseignements des contemporains, des historiens et des chroniqueurs et permettent de mieux saisir la structure ancienne et la signification d’une église qui reste un des plus beaux monuments construits par la main des hommes.

On voudra bien, en lisant cette étude, se reporter au plan de Sainte-Sophie et à l’index qui l’accompagne. Les lettres n’indiquent qu'approximativement l’emplacement des constructions disparues

Paris, décembre 1909.

L'entrée dans la nef.

La grande voie des processions.

Sainte-Sophie, la Grande-Église, était entourée, à l’époque byzantine, d'une quantité de dépendances qui ont disparu aujourd’hui. Avant la prise de Constantinople par les Tures, la plupart de ces édifices parasitaires étaient déjà tombés en ruines. Christophore Buondelmonti, au début du xv° siècle, rapporte qu'autour de l’église, il y avait des logements pour huit cents cleres et qu'au moment où il visita la ville, toutes les dépendances avaient été anéanties'. Les Osmanlis, quand ils transformèrent l’église en mosquée, durent faire disparaître plusieurs autres constructions pour élever sur leur emplacement les turbés qui bordent aujourd'hui le côté méridional de la grande mosquée. De ce côté s’étend l'Aya-Sofia-Meïdan, la place de Sainte-Sophie, l’ancienne place de l’Augustéon qui séparait la grande Église du grand Palais. Sur cette place entourée de portiques, s’ouvrait le vestibule du palais impérial, la Chalcé. A l’ouest se dressait une espèce d’arc de triomphe, le Milion, auquel aboutissait la rue centrale, la Mésè, qui faisait communiquer le forum de Constantin avec la place de l'Augustéon*.

1. Chr. Buondelmonti, Description des îles de l’Archipel, éd. Legrand,

Paris, 1897, p. 86.

2, Cf. mon étude sur le Grand Paluis de Constantinople et le livre des Céré-

monies, ch. 1, n et plan.

Quand les empereurs se rendaient à Sainte-Sophie soit de la Chalcé, soit du forum de Constantin, ils entraient, après avoir traversé la place de l’Augustéon ou le Milion, à l’Horologion (‘Qsoréyr0v) de Sainte-Sophie'. En sortant de Sainte-Sophie, on pouvait passer par le côté droit de l’église, c’est-à-dire, par le bas côté sud, traverser le narthex et sortir par l'Horologion*.

L'Horologion était, d'autre part, voisin du Baptistère, dont la situation est connue. Lorsque Justinien commença à bâtir Sainte-Sophie, il éleva un oratoire consacré à Jean-Baptiste, le Baptistère qui se trouvait près de l’Horologion*. Ce Baptistère subsiste près de l’angle sud-ouest dela mosquée. Il a été transformé par les Tures en turbé du sultan Moustapha I. L'Horologion, qui était voisin, était peut-être la petite cour signalée par Clavijo à l'entrée de l’église ‘. Son emplacement à l’angle sudouest de l’église est confirmé par le trajet suivi par les empereurs pour entrer dans la nef”.

De l’Horologion les empereurs gagnaïent la Belle porte ( Qozix rÿhn). Ici se trouvait un espace voûté (xzu42:) avec une portière (Bñrov), derrière laquelle ils enlevaient leur couronne. C'était le pnratwotoy de la Belle porte où les princes pénétraient avant d’entrer au narthex°. Parfois les princes enlevaient leur

13Ceral1;palas T9 :pr631%2;0p438rbt98p492 App ad dipl p. 502; I, 96, p. 439.

ACER, 27,5 1005 0, 69/1p 2200

3. Th. Preger, Script. Orig. Const,, t. I, p. 82, 87; cf. Byzant. Zeits.,X, (1901), p. 471; Lethaby et Swainson, S. Sophia, p. 154, 182; Bjeljaev, Byzantina, Il, p. 95 s.; Salzenberg, Alt-christ. Baudenk., p. 19.

4. Clavijo, Constantinople, ses sanctuaires et ses reliques, éd. Ph. Brunn, Odessa, 1883, p. 11.

5. M. Antoniadis, "Exppaote, t. I, p. 118 s., pl. XVII a placé avec raison l’Horologion à l’angle sud ouest de l’église,

6. Ainsi Basile [et son fils, lors d’une rentrée triomphale à Constantinople, vont, après avoir passé par le forum de Constantin, la Mésè et le Milion, à l'Horolagion, puis au mitatorion de la Belle porte où ils déposent leur couronne; de là ils entrent au narthex (Cer. App. ad lib. I, p.502). Nicéphore Phocas, à sa proclamation, suivit le même trajet pour entrer à Sainte-Sophie (Cer. I, 96, p. 439-440). Aux grandes fêtes, les princes, venant de la Chalcé, passaient par

couronne, non pas devant le narthex, à la Belle porte, mais à l'intérieur du narthex, dans un autre mitatorion, orné d’une portière (ve/um) et situé près de la porte du narthex!.

Ainsi il existait deux mitatoria, l’un situé près de la Belle porte, l’autre près de la porte du narthex. Après avoir franchi la Belle porte, où ils avaient enlevé leur couronne, les souverains entraient par la porte du narthex au narthex. Ici se tenait le patriarche entouré du clergé. Les princes adoraient l’évangile et la croix, saluaient le patriarche et lui donnaient le baiser de paix, puis allaient aux Portes royales (Basiuxrai mix) où ils priaient, cierge en main, et pénétraient avec le patriarche dans l’église en traversant le milieu de la nef*.

Ainsi, pour entrer à Sainte-Sophie, l’empereur franchissait d’abord la Belle porte, ensuite la porte du narthex, enfin les Portes royales. La situation de ces dernières est déterminée avec certitude. Elles donnaient directement accès du narthex au milieu de la nef. Au-dessus subsiste encore aujourd’hui, sous le badigeon turc, la célèbre mosaïque où le Christ est représenté assis sur son trône entre deux médaillons figurant la Paix sous

l'Horologion, puis entraient à la Belle porte où ils enlevaient leur couronne derrière le velum de la camara, c’est-à-dire au propylée du narthex (Cer. I, 1, p. 14). À la fête de la Nativité du Christ, le basileus enlève sa couronne devant le narthex, derrière le velum, puis entre au narthex (Cer. I, 28, p. 132). Parfois le mitatorion est seul mentionné; Cer. I, 38, p. 192.

1. Ainsi à la fête de Pâques, l’empereur, venant de l’Horologion, entrait au mitatorion, à l’intérieur du velum qui était suspendu derrière la porte du narthex (Cer. [, 9, p.64) A la fête de l'Epiphanie, l’empereur, étant entré dans le narthex, allait enlever sa couronne derrière le velum (Cer. I, 26, p. 145). A la fête de la Nativité de la Vierge, les souverains, sortant de Sainte-Sophie, allaient derrière le velum qui pend au narthex (Cer. I, 1, p. 28).

2. Cer. 1, 1, p. 14-15. Certains textes ne mentionnent pas la porte du narthex, mais indiquent que le patriarche recevait l’empereur au narthex (Cer. ï, 9, p. 64 ; I, 26, p. 145; I, 23, p. 132; I, 96, p. 440). Les Portes royales sont appelées grandes Portes royales (Cer. I, 96, p. 440) ou simplement grandes portes (1, 26, p. 145). Dans un texte, elles sont désignées sous le nom de portes d'argent (Cer. I, 38, p. 192). Quand l’empereur sortait de Sainte-Sophie par le milieu de la nef, il passait de même par les Portes royales et par le narthex (CerL' 4, p.28;1, 10;p-74;1, 30, p. 164 ; I, 35, p. 185),

la figure d’une femme et la Lumière sous les traits de l’archange Michel. Aux pieds du Christ un empereur est prosterné ‘. C’est devant cette icone que les empereurs s’arrêtaient pour prier avant d'entrer dans la nef.

La porte du narthex où le patriarche recevait l’empereur était située entre la Belle porte que l’empereur vient de franchir et les Portes royales. Où se trouvait cette Belle porte ?

D’après Paul le Silentiaire, au pied de l’église divine, à l’ouest, on voyait une cour entourée de quatre portiques; l’un était relié au narthex, tandis que les autres s’ouvraient en de multiples passages’. Sur cette cour, qui était l’atrium de l’église, s’ouvrait une grande porte (uéyas ruhwy ërt rà mécavhov), par laquelle on passait, en venant de l’Horologion, pour entrer au narthex.,

Ainsi de l’Horologion on traversait l’atrium, le mesaulon* pour entrer par la grande porte dans le narthex. Cette grande porte, qui s’ouvrait sur l’atrium, devait être la Belle porte qui était située devant le narthex*. Un événement historique confirme cette hypothèse.

4. Cf. Salzenberg, Alt-christ. Baudenkmale, pl. XXVIT; M. Kondakov, Vüz. Tserkvi, p. 115, 124 a supposé que l’empereur agenouillé aux pieds du Christ est Léon VI le Sage. D'autres y voient Basile I; cf. Antoniadis, "Exvoacic, W?1 D. 100:

2. Pauli Silent, Descript. S. Sophiae, p. 29, v. 590 s. L'auteur anonyme, qui raconte la construction de Sainte-Sophie, mentionne à deux reprises quatre narthex et un deuxième narthex. Comme M. Preger l'a démontré, l’Anonyme entend par ces quatre narthex les quatre portiques qui entouraient la cour et par deuxième narthex l’esonarthex actuel. Cf. Preger, Script. Orig. Const.,t. 1, p. 81, 93, 96; Byz. Zeitchr., X, 1901, p. 466.

3. Cer. 1, 91, p. 415. Comme l’a remarqué Reïiske, Comm. ad Constant. Porphyr. de Cerimoniis, p. 416, la fin du chapitre 91 depuis la page 412, |, 18 ne serapporte pas à la proclamation de l’empereur Léon, mais à une cérémonie générale. D'après ce texte l’empereur, venant du forum de Constantin, passe par PAugustéon, en face de l'Horologion et par la grande porte qui s'ouvre sur le mesaulon, puis il va déposer sa couronne dans le narthex, L'itinéraire suivi est le même que signalent les autres textes, La fin de ce chapitre a dû être insérée après la reconstruction de Sainte-Sophie par Justinien.

4. CF. Du Cange, Gloss. gr. s. v. ad ; Lethaby et Swainson, S. Sophia, p. 188.

Page 1