‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 21 sur 108 · Tercer Abecedario, Trat. VI, en. iv · texte numérisé non relu

Tercer Abecedario, Trat. VI, en. iv

3. C'était une petite boule de métal, préalablement remplie d'eau chaude et qu'on tenait entre les mains.

sierra de Castille ou dans le désert de la Manche, en compagnie des sangliers et des loups. Térèse enfant en avait peut-être connu des exemples dans son entourage, et, innocemment, avec son frère Rodrigue, elle s'amusait à jouer aux ermites et à se construire dans le jardin de petits ermitages. Elle-même nous raconte l'histoire étrange de cette Catherine de Cardona, gouvernante de Don Carlos et de Don Juan d'Autriche, descendante des illustres ducs de Cardona, qui quitta furtivement la Cour, se vêtit d'un sac et alla vivre comme un fauve dans un antre, se nourrissant d'herbes et de racines, et ne portant plus d'autre nom que « la Pecadora ».

On voit se multiplier aussi les « béates », sorte de tertiaires ou de personnes dévotes, vivant au milieu du monde sous une règle, dans le célibat ou la viduité.

Les entrées au couvent ressemblent bientôt à une ruée. Le nombre des monastères et des instituts religieux dans la seule ville d'Avila est suffisamment éloquent.

Les rois eux-mêmes semblent subir l'attrait de la vie claustrale. Suivant l'exemple des Rois catholiques vivant retirés à Santo Tomâs d'Avila, Charles-Quint se cloître à San Juste et Philippe II à l'Escorial. La princesse du Brézil mène cette vie dans son palais et, régente du royaume pendant que Philippe est en Flandre, elle donne audience la tête couverte d'un voile noir. Lorsque le gouvernement du royaume lui laisse quelques heures de loisir, elle se hâte d'aller les passer parmi les nonnes du couvent d'Abroja. Don Juan d'Autriche lui-même, le romantique vainqueur de Lépan te, eut un moment l'idée de s'enfermer dans un couvent.

Tout cela ne contribue guère à améliorer l'esprit des couvents à cette époque ; ce fut même un grand

obstacle à leur réforme ; et l'on entendra Sainte Térèse se plaindre de toutes ces religieuses entrées au couvent uniquement pour se caser : « sola para remediarse, como acaece ahora a muchas x ».

En effet ce que la reine Isabelle avait tâché de réaliser dans le monde pour la bourgeoisie et la noblesse, le cardinal Ximenez de Cisneros l'avait entrepris dans les couvents et le clergé.

Les couvents participèrent naturellement du regain d'austérité que nous avons signalé. Mais la réforme était loin d'être complète ; Térèse en sait sur ce sujet plus long qu'elle ne nous en dit ! « Si les parents, écrit-elle, voulaient écouter mon conseil, puisqu'ils ne s'inquiètent plus de caser leurs filles où elles pourront faire leur salut, ils se préoccuperaient au moins de leur honneur. Ils préféreraient les marier au-dessous de leur condition que de les mettre dans ces monastères 2 » où, comme elle dit plus haut, « sont tolérées toutes ces fadaises et ces récréations mondaines ». « Et, ajoute-t-elle, je ne parle pas tant de l'Incarnation que d'autres monastères, que yo se y he visto, que je connais et que j'ai vus ».

La vie à l'Incarnation d'Avila, où Térèse entre à l'âge de 20 ans, était très libre. La lecture des Constitutions qu'elle écrivit plus tard pour ses couvents de la réforme est sous ce rapport suggestive. Ce qu'elle y a vu pratiquer jadis elle l'énumère sous forme d'interdictions à ses filles de San José.

La règle en général était peu austère. Dans les couvents riches comme l'Incarnation, chaque religieuse avait son oratoire, l'ornait à sa guise, y faisait exécuter des peintures ; elle pouvait y faire célébrer des fêtes parfois fort solennelles au saint de sa dévotion 3. Ces fêtes tournaient souvent aux petits concerts galants où les nonnes prenaient plaisir à faire apprécier de

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