Chemin, xiv. — 2. Vie, vu. — 3. Vie,v
sentimentales vocalises 1. Les religieuses aimaient à se parer de bracelets, de colliers et de bagues et un vieil auteur de l'époque écrit sur un ton scandalisé : « Les religieuses se parent comme des dames nobles, oubliant ainsi qu'elles sont mortes, que le cloître est un tombeau et que les bijoux ne vont pas à un cadavre 2 ».
Mais c'est surtout le « locutorio » qui était le lieu préféré. Il était fréquenté plus volontiers encore que l'oratoire. On y recevait des amies ; on y faisait des présentations et plus d'un galant s'y sentait encouragé ; on s'offrait à la grille de petits présents : oranges, patates douces, petit flacon d'azahar, confitures ou quelque produit nouveau, étrange : caragne, café ou tacamaca 3, apporté en droite ligne des Indes par la dernière caravelle accostée à Séville. On y racontait aussi les potins de la ville et les événements des guerres du Roi ; on y parlait même amour platonique et l'on s'y exerçait au beau langage, ce que Térèse appelle « ir tomando vocablos de novedades y melindres » 4; on y transmettait des messages parfumés car, sous les fenêtres des cellules où l'on exécutait messes, motets, madrigaux ou pavanes, c'était comme dans les couvents italiens « un va-et-vient de piquants gentilshommes, de moines galants, d'étrangers de passage, un bourdonnement de jaseries et de musique, un commerce actif de billets doux, de petits vers et de cadeaux 5 ». Térèse en eut sa part et à l'en croire, elle n'y fut pas suffisamment rebelle, bien que jamais rien ne put fléchir chez elle le haut sentiment de l'honneur et l'affec-
i. Modo de visitât, Obras, Burgos, t. vi, p. 39.
2. Serm. de Imitât. Sanct. in-8°, goth. 1535. — cité par Sanvert : Sainte Térèse, Etude d'âme, Paris, Amat, 1902.
3. Résine ou gomme d'un arbre mexicain. On lui attribuait une vertu médicinale. Ste Térèse écrit catamaca. cf. lettre cl.