‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 23 sur 108 · Modo de visitar, Obras, Burgos, t. vi, p · texte numérisé non relu

Modo de visitar, Obras, Burgos, t. vi, p

5. Arvède Barine : Une abbesse italienne au XVe s. dans Portraits de femmes, Paris, Hachette, p. 180.

tion innée à la vertu 1. Bien des religieuses n'en pouvaient dire autant. Leurs péchés mignons étaient la gourmandise et la médisance. Chacune avait dans sa cellule de petits coins secrets pour y cacher les présents en nature, réserve pour les heures d'ennui où le réfectoire n'était pas accessible. Mais il y avait, hélas! des fautes moins légères et, dans ses Constitutions, Térèse prévoit non seulement les fautes graves, mais les fautes plus graves et même les « gravisimas ».

Ces sobres détails feront apprécier le gigantesque effort de la Réformatrice et la place qui lui revient dans la grande réaction catholique du XVIe siècle.

Certains écrivains insistent volontiers sur le dévergondage des couvents au XVIe siècle. On a trop peu insisté jusqu'ici sur le rôle qu'ils jouèrent à cette même époque en France, en Italie, en Espagne, dans la diffusion des idées, l'éducation du langage et la culture de l'esprit.

Les parloirs des couvents étaient alors des lieux de réunion de la bonne société, des centres où idées, théories philosophiques, événements politiques et litraires étaient commentés ou préparés 2. En Espagne comme en France le bel esprit à une certaine époque vivait en marge de la cour. Fuyant l'influence soupçonneuse et réfrigérante de Philippe II, comme il avait lui en France la grossièreté de la cour d'Henri IV, il s'était réfugié dans les réunions de la société polie. Or dans l'Espagne d'alors, qui n'eut point sa marquise de Rambouillet, mais où déjà la vie de cour et le clas-

i. Vie, II et VII.

2. Qu'on se rappelle la grande époque du jansénisme en France, et les comédies jouées par les Visitandines d'Angers dans lesquelles M. Arnauld était mené en triomphe dans un carrosse attelé de deux jésuites. Chez les religieuses de Port-Royal, on avait fabriqué un jésuite poupée, mené dans une petite barque sur un bassin plein d'eau et que les petites pensionnaires prenaient plaisir de noyer. Cfr. Biémond : Hist. liitér. du sentiment religieux en France, t. iv, p. 229.

sicisme du XVe siècle avaient inspiré le goût des délicatesses intellectuelles, ces réunions se tenaient fréquemment dans les locutorios de couvent. Bien des jeunes filles n'entrent point avec d'autre idée au monastère que ceHe de s'adonner aux lettres et de briller au parloir. Térèse, pour les bien connaître, aura plus tard une peur si forte de ces sortes de postulantes que le simple soupçon d'une semblable vocation suffira pour les éconduire. Un jour, à Tolède, une jeune fille se présenta, et tout étant convenu pour son admission, annonça qu'elle apportait une bible. « Une bible, ma fille ! s'écria la Mère ; ne venez pas chez nous. Nous sommes des femmes ignorantes et nous ne nous occupons que de faire ce qu'on nous ordonne. Nous ne voulons ni de vous ni de votre bible 1 ».

L'Incarnation possédait un joli jardin ; les cellules y étaient non point étroites comme aujourd'hui 2 mais spacieuses et claires ; les parloirs étaient intimes ; on y causait à l'aise entre amies; bref on aurait pu appliquer au monastère le mot d'un ambassadeur de Venise à propos d'un couvent de Madrid : « Les nonnes sont ici à mi-chemin du Paradis ».

Ce n'est pas que tout y fût gai. Il y avait des jours de pénitence, et de pénitence à l'espagnole ; la « carcel » demeurait en vigueur et la prieure usait de son droit. On s'infligeait aussi quelquefois des pénitences mutuelles. Elles étaient souvent puériles et Térèse, qui d'une part défend les baisers et les appellations tendres, devra sévèrement défendre à ses filles de Malagon « l'habitude qui s'est introduite de se donner des pinces 3 ».

Grâce à ce va-et-vient des personnes du dehors, toute

i. Yepès, Lettre à fr. Luis de Léon.

2. Pour détails, cfr. La Fuente, Manual del Peregrino et Polit, II, 9, en note.

3. Lettre du n nov. 1576 à la prieure de Séville, Marie de Saint- Joseph.

la population était mêlée aux affaires de couvent. Se passait-il à l'intérieur quelque chose d'insolite, un projet nouveau, une réforme, quelque vision, les potins allaient leur train et voilà toute la ville prenant parti pour ou contre. On se mêle même de critiquer la direction spirituelle et, — le fait se présente un jour dans un couvent de la sainte, à Malagon, — on va jusqu'à exiger l'expulsion d'un confesseur peu sympathique l.

Qu'on juge de l'effet produit à Avila par la nouvelle qu'une religieuse non seulement forme des projets nouveaux, mais qu'elle a des visions, et s'imagine de fonder un monastère dont la règle sera un blâme à l'adresse de tous les couvents de la ville ! Chacun protesta pour des raisons à lui personnelles, le conseil, le chapitre et surtout la jeunesse dorée épouvantée d'une règle qui obligerait les nonnes à lui faire un accueil sévère ; et tandis qu'il prenait le paseo sur les remparts, maint chanoine, au bras d'un conseiller, lui démontrait de façon péremptoire que tout cela était manifestement diabolique.

Sans rien perdre de son caractère quichottesque, cette attitude s'explique. D'abord l'établissement d'un monastère sans revenus posait devant le Conseil de la cité un problème financier. Il faut croire qu'alors déjà le budjet d' Avila n'était pas brillant et l'administration, tout autant que les habitants, avaient intérêt à ne pas voir croître parmi eux le nombre des pauvres à secourir.

Ensuite l'ignorance doctrinale était grande en ce moment chez les simples. Avant le Concile de Trente il n'y avait pas de catéchismes populaires. Le cardinal Mendoza avait publié en 1478 une sorte de « précis de tout ce que le chrétien doit savoir et faire pour se sauver », mais dans les villages et les couvents de femmes

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