‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 30 sur 108 · Ideas Esteticas, t. III, p · texte numérisé non relu

Ideas Esteticas, t. III, p

Tratado del nombre de Jésus d'un chanoine de Séville ; à Tolède, une Perla preciosisima que asegura y repara la vida christiana.

On continue à publier des vies de Saints, rééditions des Flos Sanctorum ou biographies détachées, comme la Bonaventurae Sadi historia o leyenda mayor de S. Francisco y de s. clara en espanol (Toledo 1526). La littérature hagiographique sera extrêmement goûtée pendant tout le XVIe siècle. Tous les saints d'Espagne : Santa Orosia, Engracia, Casilda, San Lesmes, Isidro, Santiago etc.. auront leurs hagiographes. Un des plus populaires sera Villegas Selvago (1534-1616).

En 1527 paraît à Tolède un ouvrage qui mérite une mention toute spéciale. C'est la Tercera Parte del Abecedario espiritual du franciscain andalou F. de Osuna. L'ouvrage entier comprendra six parties. La primera parte n'est publiée que l'année suivante à Séville. Ce volumineux ouvrage, dont nous donnerons une analyse, fut le livre de chevet de Sainte Térèse. Il marque une date dans l'évolution de la littérature pieuse : l'auteur s'y risque déjà sur le seuil de la doctrine mystique. Il parle dans le Troisième Abécédaire de la « doctrina del recogimiento » et de l'oraison sans discours de la pensée. L'œuvre est d'un réel mérite littéraire. Le ton en est simple, bonhomme, enjoué ; la doctrine solide sans rien de pédant.

D'ailleurs l'humanisme lui-même se fait dévot en Espagne ; et la glose du Pater traduite par Chinchon n'est pas celle des œuvres d'Érasme qui eut le moins de succès dans la péninsule. En 1528, parait en trois éditions clandestines le fameux Libro de Marco Aurelio et le Relox de los Principes de Fray Antonio de Guevara, et en 1529, du même auteur, le Monte Calvario. C'est de la morale encore, et de la morale grave, mais servie à l'humaniste, humaine et souvent simplement naturelle.

Le succès de Guevara fut extrême. Malgré une certaine grandiloquence racique, l'élég nce de sa prose, sa tenue classique et son souci d'art le rirent lire autant que l'Amadis et la Célestine.

Les ouvrages populaires de vulgarisation pieuse, sans prétention au beau style, sont cependant de beaucoup les plus nombreux. Les conseils de vie dévote ne font pas défaut, et à côté d'ouvrages de dévotion spéculative comme le Transito de la Muerte de Vanegas (Tolède I537)> ou affective comme les Soliloquios de la Pasion (Madrid 1534) du B. Al. de Orozco, se trouvent des écrits pleins de conseils pratiques comme le Camino de la Perfecion Espiritual del Aima d'un anonyme franciscain. (Séville 1532).

1532 est d'ailleurs encore une fois une année féconde. Nous y récoltons une moisson d'ouvrages de spiritualité tels que : Devotissima exposition sobre el Psalmo de miserere (Cuenca) ; Los dialogos de san Gregorio (Se villa) du hiéronymite Gonzalo de Ocafia ; un nouveau Libro de doctrina cristiana de Gutierre Gonzalez.

Signalons en 1534 les Soliloquios de la Pasion de N.S., le Despertador de pecadores (Médina), le Desprecio del mundo 0 Espejo de un dominicano ; Y Ejercitatorio de la vida spiritual, (Séville), ce dernier peut-être du B. Orozco.

En 1535, mention spéciale doit être faite de la Subida del monte Sion par Bernardino de Laredo, frère lai franciscain de Séville. Cet ouvrage, que sainte Térèse a lu et que nous analyserons plus loin, a une importance particulière au point de vue de l'évolution de la littérature dévote. Laredo s'avance déjà beaucoup plus loin qu'Alonso de Madrid et qu'Osuna. Il traite franchement de l'oraison mystique et de l'union avec Dieu. On le croirait écrit dix ans plus tard.

Mais en général les écrivains, comme les âmes auxquelles ils s'adressent, ne sont pas encore aussi avancés ;

on s'attarde dans la spiritualité élémentaire. Les écrivains dévots qui traitent de sujets mystiques ou qui, comme Juan d'Avila, adressent à des Philothées d'occasion des commentaires enthousiastes de quelques versets de l'Écriture, gardent prudemment ces feuillets dans leur cellule. Lorsqu'en 1538 on publia sans le consentement de Juan d'Avila sa paraphrase sur l'Audi filia, celui-ci fut vivement contrarié ; il savait ce qui l'attendait ; l'Inquisition ne se fit pas faute de le lui rappeler. Et pourtant cet écrit ne comprenait pas de conseils éthérés sur la contemplation mais des avis simples et presque bourgeois sur la vie dévote.

Juan d'Avila est situé à un tournant de la littérature dévote. Il y a plus en lui que de simples conseils dévots. La profondeur de ses enseignements en fait l'annonciateur des Maîtres. Avec Osuna et Laredo c'est un des grands noms de cette période. Il dépasse même tous ses contemporains par le mérite littéraire. Sainte Térèse le vénérait pour sa doctrine et lui fit envoyer le Livre de sa Vie pour avoir son appréciation à laquelle elle tenait beaucoup et recevoir au besoin son approbation. Il me semble toutefois exagéré de dire avec Cejador : « Il fut le premier qui commença à écrire des ouvrages spirituels et d'oraison ; on peut l'appeler le fondateur de la littérature mystique et ascétique espagnole x ». S'il écrit son Audi filia en 1530, il ne faut pas oublier qu'avant lui il y avait eu Osuna et Alonso de Madrid.

Nous sommes d'ailleurs encore loin de la période mystique proprement dite et Juan d'Avila comme Laredo est en avance sur son temps. La même année que la Subida del Monte, paraît à Valence en 1535 un Espejo de bien vivir qui ne renferme encore une fois que de paisibles conseils de dévotion bourgeoise.

Mais la réforme des mœurs n'est pas près d'être

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