I. Op. cit , t. II, p
achevée. La vie large et le luxe dus aux fortunes nouvelles vient au contraire la retarder. Aussi la satire contre les nouveaux riches fraîchement débarqués du Nouveau-Monde ne perd pas ses droits. Une satire plus intellectuelle, plus acerbe souvent, quoique plus classique et habillée à l'humaniste, a décidément remplacé, surtout depuis l'Ërasmisme, l'ancienne satire matérialiste et bourgeoise. Les abus ont à subir le feu croisé des orthodoxes et des hétérodoxes. L'excellent humaniste et grand écrivain Juan de Valdès publie en 1528 le Dialogo de Mercurio y Caron, revue satirique, pittoresque, variée, spirituelle de la société de son temps ; elle dépasse en mérite artistique les Dialogues d'Érasme et rappelle quant au cadre les Danzas de la Muerte du Moyen Age. C'est un monument de langue espagnole. Valdès semble encore y critiquer les abus d'un point de vue catholique. Il est plus large dans ses critiques qu'Érasme ou les Luthériens et ne craint pas d'envoyer au ciel un moine ou un Cardinal, pas plus qu'il n'avait craint de réprouver avec énergie les projets de divorce d'Henri VIII1.
De toute part, même chez les moralistes sévères, même dans des ouvrages de pure dévotion, ce sont, d'après l'humeur et le tempérament de l'auteur, des brocarts ou des gémissements, des traits fielleux ou des plaintes dévotes. Les moralistes de l'époque n'ont certes pas, même le souriant Osuna, une conception idéaliste de la nature humaine ; ils ont vu de trop près de quoi elle est capable ; et fréquemment leurs expressions sont réalistes et crues. Mais dans ce réalisme il y a un optimiste espoir. Ce n'est plus à la peinture des vices qu'ils s'attardent comme le faisait la Celestina ; ce n'est pas non plus à l'idéale exaltation de qualités surhumaines comme dans YAmadis. Leurs œuvres sont imprégnées