Relation à Rodrigue Alvarez. Séville
l'intelligence 143
livrer aux flammes ces chers livres qui garnissaient la petite libreria qu'elle s'était formée dans sa cellule à l'Incarnation. Elle en fut peinée : « Lorsqu'on fit disparaître un grand nombre de livres en castillan pour qu'on ne les lise plus, j'en fus vivement affligée, car pour quelques-uns d'entre eux, c'était pour moi une récréation de les lire ; or cela me devenait impossible puisqu'ils n'existaient plus qu'en latin ». C'est alors que le Seigneur lui dit : « Ne t'afflige pas ; je te donnerai un livre vivant 1 ». Aussi, en 1560, écrit-elle au P. Ibanez que malgré son grand désir de trouver du temps pour lire, ses occupations mais surtout ses grands recueillements lui rendent cet exercice presque impossible 2.
Ses premières lectures, étant donné son âge et les circonstances qu'elle traversait alors, agirent plus encore sur sa sensibilité que sur son intelligence. Il en est ainsi, nous l'avons vu, pour les premières Vidas de Santos comme pour les Romans de chevalerie ; et si, étant petite, elle a assisté à quelque représentation du théâtre populaire ou du théâtre liturgique, il en aura été de même.
Mais déjà au pensionnat, les Livres d'heures, et ce qu'elle y découvre, exerceront sur elle une influence plus profonde ; ces scènes de la vie et de la passion du Christ, elle ne les regarde plus avec des yeux d'enfant, comme elle les avait naguère contemplées quand on les représentait devant le chœur ou dans quelque chapelle à la Cathédrale. Elle y lit avec plus d'attention ces textes des Évangiles et des Épîtres, elle s'y familiarise avec telle pensée des Psaumes ou telle prière de l'Office de la Sainte Vierge.
Néanmoins c'est encore principalement sur sa sensi-