Vie, xxvi
2. Relation I : « Léo muy poco porque en tomando el libro me recojo en contentândome, y ansi se va la liciôn en oraciôn ,y es poco, porque tengo muchas ocupaciones. »
bilité qu'agissent ces belles Épîtres de saint Jérôme qui lui tombent alors entre les mains. Mais, nous l'avons vu, déjà la réflexion s'en mêle. Il y a quelque chose de décidé et de réfléchi dans l'attitude de cette jeune fille de vingt ans, qui, au sortir de la lecture de la lettre à Héliodore, s'en va trouver son père pour lui exposer sa volonté arrêtée de quitter le monde.
Et c'est ici que nous voyons l'influence salutaire de l'oncle Pedro corroborer celle de l'âge et de la maladie. Térèse dit un définitif adieu à ses romans, car « je comprenais déjà, explique-t-elle, le mal qu'ils m'avaient fait 1 ». Elle ne se tourne point vers la science qui, chez d'aucuns, vient à un certain âge prendre la place de la sensibilité. L'intellectualisme n'aura jamais de prise sur elle. Pas d'infiltration de culture classique dont étaient si férues certaines femmes de son temps. Les livres qui formeront cette puissante et lumineuse intelligence sont uniquement des livres de dévotion, ceux qu'on appelait « los buenos libros », entendant par là tout livre qui traite de matière dévote, depuis l'Écriture Sainte jusqu'aux recueils d'histoires édifiantes, aux vies de Saints et aux traités d'ascétisme.
Elle ne s'en tint pas à la lecture des Lettres de saint Jérôme. Lors de sa seconde maladie, elle fait un séjour plus long à Ortigosa ; parmi les livres qu'elle apprit à y connaître se trouvent ces fameux Moralia de saint Grégoire, bien lourds encore pour ses mains de jeune fille, et que les religieuses d'Avila conservent pieusement aujourd'hui. Comme cette lecture la soutiendra dans quelques mois au milieu de ses souffrances ! elle y puisera des idées si belles et si fortes sur l'humilité, sur l'obéissance et surtout sur la patience que l'empreinte peut-on dire, fut réellement ineffaçable. Ce volume deviendra d'ailleurs son livre de chevet avec le Troisière Abécédaire du Franciscain andalou Osuna.
i. Vie,IV.
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Celui-ci, elle l'aimait tellement que l'oncle Pedro lui en fit don à son départ d'Ortigosa. Ce livre enseigne l'oraison de recueillement vers laquelle elle se sentait alors fortement attirée. Elle en fit son guide spirituel et s'efforça de le suivre à la lettre. Oh ! comme elle dut goûter dans les solitudes d'Ortigosa et à Castellanos ce style simple, aimable, émaillé de comparaisons jolies pour mieux faire passer une doctrine austère et solide. Térèse lit, mais surtout elle réfléchit. Pendant les neuf mois d'hiver qu'elle passe à la campagne, attendant, comme elle le dit avec tant de grâce, le mois d'avril, « esperando el mes de A bril », elle passe le plus clair de son temps en compagnie de ses buenos libros, « los mas gastaba en leer buenos libros que era toda mi recreacion ». Mois de solitude, de lecture et de réflexion intense, « con todas mis fuerzas », cette période fut extrêmement féconde. Elle commence, son livre en main, à s'y étudier avec pénétration, et acquiert ainsi lentement cet esprit d'analyse et cette lucidité intérieure qui fera sa plus grande originalité.
Au monastère de l'Incarnation pénétraient bien des livres, les plus profanes peut-être, encore que le nombre en fut moins abondant qu'au premier abord on pourrait se l'imaginer, car bien des religieuses étaient illettrées. Térèse continue à rejeter les lectures mondaines ; mais, surtout à partir de 1540, où commence pour elle une vie moins fervente, il est permis de croire qu'elle ne repoussa pas toujours les lectures de pure distraction. Ainsi, si en 1542 elle lit l'Oratorio de religiosos d'Antonio de Guevara, qu'elle recommandera un jour à ses hlles et qui venait de paraître à Valladolid, on peut croire qu'elle connaissait déjà son fameux Menosprecio de Corte, paru en 1539, e* dont elle semble se souvenir encore bien des années plus tard.
Un ouvrage capital pour elle, comme il l'avait été déjà pour saint Ignace de Loyola, fut la Vita Christi
Su Térèse. 10
de Ludolphe de Saxe. A chaque nouvelle période liturgique, à chaque fête, elle prenait un des quatres tomes in-folio de l'œuvre du Chartreux, « un Cartujano » comme on disait alors, pour s'imprégner du mystère du jour. Avec son livre d'heures et les Morales de San Gregorio, le « Cartujano » est sa Bible. C'est là qu'elle médite les mystères de la vie du Christ et qu'elle lit l'Évangile, principalement l'Évangile de la conversion de Madeleine, celui de Marthe et de Marie, et celui de la Samaritaine dont elle raffole.
Elle continue aussi à lire des Vies de Saints et sa grande dévotion pour sainte Catherine de Sienne date peut-être de l'époque où le Dominicain Vincent Baron, voulant en 1544 *a remettre à l'Oraison et lui donner comme modèle la grande contemplative de son Ordre, lui mit entre les mains la Vie de sainte Catherine de Sienne d'Antonio de la Pena 1.
On lisait beaucoup en Espagne à cette époque un petit livre très en vogue et très bien écrit : L'Arte para servir a Dios du Franciscain Alonso de Madrid. La Sainte le lut et en fit le plus grand cas ; aussi plus tard lorsqu'elle parlera de « ceux qui n'ont pas encore passé le premier degré de l'Oraison et dont l'entendement est encore capable d'actes 2 », elle se souviendra du bien que lui a fait ce petit livre et en recommandera la lecture.
En 1554, une grande dame de la cour, et amie de Térèse, Da. Leonor de Mascarenas, se voyait dédicacer la traduction nouvelle des Confessions de saint Augustin par le portugais Sébastian Toscano. Notre Sainte n'avait jamais entendu parler des Confessions. Son amie fort probablement lui en fit don. Ce fut un coup décisif. Elle en fut toute remuée 3. La conversion approchait.
1. Ceci est une simple hypothèse qui n'a point de fondement dans le texte de la Vie. — 2. Vie, XII. — 3. Vie, IX.
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En 1555, en effet, commence pour Térèse une vie nouvelle : Ses idées sont polarisées définitivement vers l'infini. Déjà l'Imitation, le Contemptus mundi comme on l'appelait, qu'elle lit assidûment et qu'elle recommandait à d'autres, lui avait imprimé cette direction. Elle éprouve le vide et la relativité incurables de toute humaine satisfaction, et se sent éperdûment avide d'absolu. Plus que jamais la reprend l'idée du « todo es nada ». Mais c'est au début une période bien pénible de tâtonnements et de troubles. Des guides peu éclairés l'affolent. Elle a recours aux livres pour se documenter et pour s'expliquer. Lut-elle alors certains ouvrages des mystiques des Pays-Bas, traductions de Ruysbrouck, de Tauler, de Herph, de Denys le Chartreux qui circulaient en Espagne ? Cela est possible ; en tout cas, elle eut toujours une défiance instinctive, nous dit-elle, pour les livres qui n'étaient pas « muy aprobados » n'éprouvant de suite aucune envie de les lire *.
Dans son angoisse et ne sachant comment expliquer ce « no pensât nada » et ce refus de l'intelligence à discourir qu'elle éprouvait alois dans l'Oraison, elle a recours à un livre qui lui semblait merveilleusement expliquer ses états, en souligne des passages et le soumet à ses conseillers. C'était la Subida del Monte Sion, œuvre du franciscain Bernardino de Laredo 2.
C'est alors qu'elle dut consulter le Libro de la Oracion y Meditacion de Louis de Grenade ; c'est alors également qu'elle entra en rapport avec saint Pierre d'Alcantara qui, pour l'apaiser, lui donna probablement connaissance, oralement ou en lui transmettant ses notes manuscrites, de ses petits traités sur l'Oraison et la dévotion. Car Térèse, nous y reviendrons, au milieu de ses troubles n'a pas seulement recours aux livres ; elle demande aussi des lumières à ses directeurs. C'est