I. Vie, XL
250 l'œuvre
elle a éprouvé que « l'on a bien peu d'amis dans le besoin » ; elle a expérimenté que « pour arriver à faire quelque chose de bien, il est très utile d'avoir erré, et qu'on acquiert ainsi de l'expérience », et « qu'il ne faut pas brusquer les âmes » car « une âme inquiète ne saurait bien servir Dieu ». Et ainsi ses œuvres, sa correspondance surtout, fourmillent de ces conseils universels d'un optimisme sincère et souriant, connaissant les faiblesses humaines mais s'attachant plus volontiers à exalter les forces vives. Même dans ses œuvres les plus élevées, comme le Château ou les Pensées, on trouve de ces maximes pratiques d'usage quotidien. Et celles-ci s'adressent non seulement à ses prieures, ou au Père Gratien, ou à Louise de la Cerda, ou à ses filles de San José, mais au cœur humain de tous les temps et de toutes les latitudes.
Le Don Quichotte lui aussi est largement humain ; mais l'humanité des œuvres de Térèse est d'une nature plus noble, semble-t-il, et touche à des couches plus profondes de la psychologie humaine. Elles ne se réduisent poi ît pour l'homme à un code de morale bourgeoise, à une sorte de compromis entre la folie trop haute de Quichotte et la sagesse trop basse de Sancho, mais tout en prenant pied sur cette sagesse de l'un, elle donne à cette folie de l'autre le seul objectif réellement humain, le seul idéal pour lequel il eût été fructueux de se faire bafouer et rouer de coups, et pour lequel fut bafoué jadis le sublime fou d'Assise, ce pôle universel des âmes, Dieu !