Conceptos,ïll
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marge du texte : « no se donde le hallô, je ne sais où elle a trouvé ceci ».
Il reste donc encore bien des points à éclaircir avant de pouvoir déterminer avec précision ce que la Sainte a lu dans le domaine hagiographique. Une étude approfondie de cette branche de la littérature en Espagne au début du XVIe siècle nous apporterait sans doute des éclaircissements précieux.
Livres profanes
Les lectures profanes que la Sainte aurait pu faire avant sa conversion à la vie parfaite ont laissé trop peu de traces dans ses idées et même dans son style pour que nous y insistions longuement. Dès la première année de sa vie religieuse, c'est-à-dire dès 1537, la Sainte repousse d'un effort conscient tout ce qui n'est pas lectures dévotes (buenos libros l).
Les traces de ces lectures profanes dans ses œuvres seront donc de peu d'importance :
Lorsqu'elle parle du tort que les « autres livres » lui ont fait, elle songe avant tout à ses Romans de chevalerie : Quelques mots, images ou tournures de la Vida, sa première grande œuvre et la plus rapprochée de ses anciennes lectures, en rappellent le style :Ch.xvu: Comment confiez-vous la défense de cette cité et les clefs di cette forteresse à un alcalde si poltron ?» — C'est la volonté qui conduit le tournoi » ; — Ch. xx : l'âme est alors comme quelqu'un qui combat contre un géant puissant ; c'est le moment de brandir très haut la bannière du Christ ; car en fait l' alcalde de cette forteresse monte ou plutôt se trouve enlevé jusqu'à la plus haute tour pour y planter la bannière de Dieu »; — Ch. xxi :
1. « Y puesto que este primer ano habia leido buenos libros, que no quise tnds usar de otros, porque ya entendia el daiio que me habian hecho. » (Vida IV).
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« Seigneur, une fois élevée jusqu'au sommet de ce beffroi d'où l'on voit des vérités, si vous ne vous éloignez pas de moi, je serai capable de tout ». Au Camino, écrit vers la même époque, elle parle à deux reprises des châteaux-forts (xxviii et xl) ».
Térèse se souvient certainement des chevaleries dans ce petit morceau intitulé : Réponse à un défi spirituel, et dans lequel elle se sert de la terminologie en vogue dans les tournois : firmar el desafio, el niantenedor, et venturero, el maestre de Campo. Elle s'en souvient encore dans cette poésie :
« Quien os trajô acâ doncella, Del valle de la tristura ?
Dios y mi buena ventura. . . »
Ceci rappelle aussi nettement le style des chevaleries que ses poésies de Noël rappellent celui des pastorales.
Sainte Térèse a d'autres mots ou figures qui détonnent sous sa plume ; par exemple : es la mas peligrosa sirte que debe haber ahora para tratar con ellos (carta ccxix). La Fuente fait observer que le mot sirte étant un mot « culto », c'est-à-dire recherché et peu usuel, la Sainte a dû le trouver dans ses livres de chevalerie.
On pourrait en dire autant du Phénix qui renaît de ses cendres (Vida, xxxix et Castillo vi, 4) ou du chant des Sirènes dont elle parle à deux reprises (Camino m, et Carta lxxvi.)
Sans renvoyer aux romans de chevalerie ni à certains ouvrages savants, Térèse a fort bien pu trouver ces mots et ces images dans les auteurs dévots de l'époque qui ne craignaient pas les comparaisons mythologiques et où les images de ce genre pullulent. L'exemple de l'oiseau
1. Son expression « Gran Dios de las caballerias : Grand Dieu des chevaleries {Castillo, vi, 6), n'est pas nécessairement un souvenir des chevaleries bien oubliées déjà, lors de la rédaction du Château, mais plutôt l'expression du temps pour traduire « Deus magnus exercituum ».
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Phénix se retrouve chez Osuna (Tercet abecedario, tr. XVI, c.5).
La Sainte aime visiblement les proverbes. Nous avons vu qu'elle en connaissait un grand nombre et aimait à s'en servir. C'est une manie populaire en Espagne. Il n'est pas impossible que chez les Cepeda ou même à l'Incarnation on possédât l'un ou l'autre de ces recueils populaires de proverbes dont nous avons signalé plus haut les éditions *. Leur lecture constituait une récréation pour les bonnes gens et dans les familles c'était à qui en connaissait le plus.
Mais ceci, comme le Menosprecio de Corte de Guevara dont nous parlerons plus loin, touche déjà à la littérature moralisante.
Les autres rapprochements du style térésien avec des oeuvres littéraires profanes sont plus que suspects. Mrs. Cunninghame suppose que Térèse a lu Garcilaso, Hurtado de Mendoza, et la Diane de Montemayor ; autant supposer que Térèse a lu tous les poètes et les grands écrivains de son temps. Quant à la Diane, sa première édition ne semble pas antérieure à 1558 2. Il y avait beau temps à cette époque que la Sainte avait dit irrémédiablement adieu à ce genre de lectures.
Les livres de prières.
Au Traité de l'Oraison et de la considération (P. 11, ch. 11, par. 5) de Luis de Grenade nous lisons : « C'est pour ce motif que saint Jérôme dans ses lettres recommande tant la lecture de l'Écriture Sainte, notamment dans sa lettre à la vierge Démétrias : Voici ce qu'il dit au commencement de cette lettre : « Je voudrais te conseiller une chose, ô vierge du Christ, et la répéter à plusieurs reprises : c'est que tu entretiennes sans cesse
1. IreP., ch. IV. — 2. Cfr. J. Fitzmaurice- Kelly : The bibliography of the Diana Enamorada ; Revue Hispan. i8j5, p. 304 à 311.
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ton cœur dans l'amour et l'étude des Saintes Écritures. . . »
Sainte Térèse, comme nous l'avons vu, et nous y reviendrons, a lu ces Lettres de saint Jérôme non moins que ce traité de Louis de Grenade, et nous savons qu'elle a suivi ce conseil à la lettre, car pour elle la Sainte Écriture était a ce qui importe le plus * ». « Les paroles des Évangiles, dit-elle, reproduites telles qu'elles sortirent de cette bouche sacrée, m'ont toujours plus attachée et recueillie que les écrits les plus savamment composés ; et quant à ces derniers, s'ils n'étaient pas d'un auteur déjà très connu pour son orthodoxie, je n'éprouvais pas l'envie de les lire 2. »
Or, il est quasi certain que Térèse ne lut jamais le texte sacré dans une Bible, partielle ou complète. Elle ne le lut pas dans une Bible latine parce qu'elle ignorait le latin.
Il est fort peu probable qu'elle le lut dans une Bible castillane. Certainement pas après 1551, où l'Index de Tolède, confirmé plus tard par l'Index de Valdès (1559) et celui de Quiroga (1583), ce dernier avec certains adoucissements, condamne toute version biblique « en langue castillane ou autre vulgaire ».
A-t-elle eu connaissance avant 1551, d'une traduction totale ou partielle, soit imprimée, soit, ce qui est plus possible, manuscrite de la Bible ? Rien ne nous autorise à le croire 3.
Où donc la Sainte a-t-elle pris contact avec le texte biblique, dont elle se déclare si avide ?
Dans trois sources principales :
1) Les Livres de prières.
2) La Vita Christi de Ludolphe de Saxe .
3) Les Morales in Job de saint Grégoire.
Nous parlerons plus loin de ces deux dernières sour-
1. Fondât. XXX. — 2. Chemin XXI. — 3. Consultez sur ce point Morel-Fatio : art. cit. B. H. p. 12 et sq.
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ces : Examinons ici comment les Livres de prières ont pu la mettre en contact avec l'Écriture Sainte.
Nous entendons par livres de prières : i) les livres d'Heures officiels, tels que évangéliaires, psautiers, missels et en général les livres liturgiques ; 2) les petits livres de prières privées, facilitant aux fidèles l'exercice de leur dévotion individuelle.
Au pensionnat, chez les Augustines d'Avila, et déjà même avant cette date, chez elle, on dut mettre entre les mains de Térèse certains de ces livres de prières dont toutes les familles pieuses étaient pourvues.
A cette époque, la piété privée se nourrissait encore directement aux sources liturgiques ; aussi dès l'invention de l'imprimerie on se hâta de mettre à la portée des fidèles le texte traduit des prières, des épîtres, des évangiles, des prophéties, nécessaire à l'intelligence du culte. Nous connaissons ainsi deux traductions de fragments bibliques : celle de G. Garcia de Santa Maria, Evangelios y epistolas de todo el anot Saragosse, 1485 1 et surtout celle de Fr. Ambrosio de Montesino, Evangelios, Epistolas, Leciones y prophecias que la sancta Yglesia canta en la missa por todo el aîio, Tolède 15 12, 1532, 1535 ; Anvers 1543, 1544, 1558 ; Burgos 1555, cette dernière ornée de gravures sur bois représentant des scènes de la vie du Christ. Ajoutons à ces traductions des Epistolas y Evangelios publiés à Séville en 1506, et une autre version partielle des Évangiles liturgiques par Fr. Juan Lopez, Libro de los evangelios del aviento fasta la dominica in passione, moralizados, Zamora 1540.
Celle de Montesino est la plus célèbre ; il serait bien étonnant que Térèse, jeune fille, ne l'ait pas eue entre les mains. Dans son « Orador Cristiano » Mayans l'appelle un « monument de pur langage espagnol ».
Outre ces fragments liturgiques, circulaient des frag-