Il en existe une édition moderne : Uppsala
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ments bibliques des épîtres et des évangiles indépendamment de la liturgie ou qui en avaient été détachés : L'Index de Valdès (1559) les prohibe x. L'Index de Quiroga (1583) fera néanmoins une distinction en faveur des petits extraits « que l'on trouve dans les livres de catholiques... et les épîtres et évangiles » pourvu qu'ils y soient accompagnés de pieux commentaires 2.
A côté de ces épistolaires, évangéliaires, livres de prophéties, Sainte Térèse eut connaissance du psautier ou d'une partie du psautier. Dans les écoles du Moyen- Age, il était d'usage de faire apprendre par cœur aux enfants quelques psaumes en latin ou en langue vulgaire. Cet usage n'avait pas entièrement disparu en Espagne au XVIe siècle ; et la graphie phonétique que Térèse donnera plus tard de certains tronçons de psaumes latins, pourrait bien trouver là son explication. Mais elle connut aussi des traductions au moins partielles du psautier, soit en de petites éditions castillanes séparées des Sept psaumes de la pénitence ou de l'Office de la Sainte Vierge, soit plus probablement dans les petits Livres de prières privées à l'usage des fidèles. L'Index de 1559 donne une liste d'une trentaine de ces petits livres d'Heures en espagnol. On y trouvait l'Office de la Sainte Vierge, de pieuses pratiques pour la récitation
1. « Il existe certains fragments d'Évangiles et d'Épîtres de saint Paul et d'autres passages du Nouveau Testament en espagnol, tant imprimés que manuscrits ; or, parce que cela a donné lieu à certains inconvénients, nous ordonnons... qu'ils soient livrés au Saint-Office. » (Reusch, p. 240).
2. « Sont prohibées les Bibles en langue vulgaire avec toutes les parties, mais non les clausules, sentences ou capitules tirés du texte intégral que l'on trouve dans les livres des catholiques qui les expliquent ou les citent, non plus que les épîtres et évangiles qui se chantent à la messe pendant la succession de l'année, pourvu qu'ils ne soient pas séparés, mais réunis aux sermons ou déclarations que des catholiques ont composés ou pourraient composer pour l'édification des fidèles». (Reusch, p. 383.)
LES SOURCES TÉRÉSIENNES 317
du Rosaire, quelques petites méditations, des prières courtes, un récit de la passion, etc. l.
Quelles traces cette connaissance de l'Écriture Sainte laissa-t-elle dans les œuvres de Térèse ?
Contrairement à la plupart des auteurs du temps, notre écrivain n'abuse pas de la citation, ne pratique pas volontiers l'allusion biblique et n'use que deux fois du commentaire, qui sous sa plume est plutôt une glose dévote : dans son explication du Pater et dans ses Pensées sur le Cantique. C'est que la Sainte ne voulait à aucun prix paraître savante. Elle laisse aux docteurs et à ceux qui ont mission d'enseigner le commentaire doctrinal ; pour elle l'Écriture sert uniquement à nourrir la dévotion. C'est dans ce sens que sont faites la plupart de ses citations.
Pour ce qui concerne les livres historiques, sapientiaux et prophétiques de l'Ancien Testament, Sainte Térèse parle dans ses oeuvres de Noé, d'Abraham, de Jacob, de Rachel et de Lia, de Joseph, de Pharaon, de la Mer Rouge, de la captivité d'Egypte, de Moïse, de Saûl, de Josué, de Gédéon, de Suzanne, de la femme de Loth, d'Élie, de Jonas dont l'histoire lui a fait grande impression et à qui elle pense très souvent (infinitas veces), de Job, de David, de Salomon. Sans qu'il soit nécessaire de recourir à un texte intégral de l'Ancien
x. J'ai là devant moi un de ces petits livres si intéressants pour l'étude de la vie religieuse à cette époque ; c'est le petit ouvrage de Luis de Grenade : Oraciones y exercicios de devocion, recopilados de diversos graves autores. L'édition que je possède est une réédition, sans millésime, in-18, chez Foppens à Bruxelles. Ce petit livre à l'usage des simples fidèles renferme après un calendrier, des prières du matin, des prières à réciter pendant la Messe, une série d'avis utiles, de pratiques et de formules pour l'oraison, les sept Psaumes de la Pénitence, les Litanies Majeures, un exercice pour la Confession, pour la Communion, des Oraisons diverses, la Manière de bien réciter le Rosaire, le chapelet de Notre Dame, le chapelet des défunts ; suivent les Litanies de la Ste Vierge, des prières du soir, les oraisons de Ste Brigitte sur la Passion et une profession de Foi, c que haza el Emperador Carlos V cada dia ».
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Testament, ni, contrairement à ce que pense M. Morel- Fatio, à certains livres de vulgarisation composés par des ecclésiastiques, la Sainte peut très bien avoir trouvé la majeure partie de ces histoires dans son livre d'Heures, notamment dans les épîtres, leçons ou prophéties qui racontent ces divers épisodes de l'Ancien Testament ; par exemple : l'histoire de Suzanne au Samedi de la 3e semaine du Carême, l'histoire de Moïse, de la captivité d'Egypte et du passage de la Mer Rouge, dans les prophéties du Samedi-Saint. Il se peut néanmoins que le théâtre religieux populaire lui ait dans sa jeunesse mis sous les yeux des scènes comme celles qu'elle cite ; encore faut-il qu'elle les ait relues dans des auteurs approuvés, sinon, plus tard, elle n'aurait pas osé y faire allusion si elle ne les avait connues que là ou dans les romances vendus en feuilles volantes par les aveugles aux portes de la cathédrale.
Ce qu'elle cite le plus volontiers dans l'Ancien Testament ce sont les Psaumes : « Que de choses il y a dans les Psaumes du glorieux roi David! Quand, en espagnol, on ne fait que nous donner le texte, cela reste aussi obscur que le latin l. »
Comme nous l'avons dit, elle a dû, très jeune, connaître quelques psaumes ou versets de psaumes, tout au moins par son livre d'Heures (aux introïts et graduels par exemple) et par les recueils de prières privées, où l'on trouve l'office de la Sainte Vierge et les sept Psaumes de la Pénitence. Plus tard elle récita les Psaumes de l'Office dans le Bréviaire. La plupart des Psaumes qu'elle cite sont tirés de l'Office de la Sainte Vierge ou des sept Psaumes de la Pénitence. C'étaient ceux qu'elle devait le mieux connaître.
Quant à ses citations du Cantique des Cantiques il n'y a pas de doute qu'il faille les mettre en rapport
i. Conceptos, I.
LES SOURCES TÉRÉSIENNES 319
avec l'Office de la Sainte Vierge : « Vous pourrez voir, mes filles, dans l'Office de Notre-Dame que nous récitons chaque semaine, toutes les citations du Cantique que renferment les antiennes et les leçons 1. »
Ses textes du Cantique sont d'ailleurs fort communs et ceux que la Sainte n'a point trouvés dans l'Office de la Vierge elle aura pu les rencontrer à chaque pas chez les écrivains mystiques de l'époque 2.
Pour les textes du Nouveau Testament, il est assez difficile de démêler si Sainte Térèse les a puisés dans les livres d'Heures ou dans des auteurs comme Ludolphe de Saxe ou saint Grégoire. La question semble d'ailleurs oiseuse. Ce qui est certain c'est qu'elle eut assez d'occasions de connaître les Évangiles et les Épîtres dans ces trois sources sans qu'elle ait dû recourir à un texte intégral. Nous croyons cependant que pour les textes des Épîtres de saint Paul il faut s'en rapporter surtout à saint Grégoire où ces textes difficiles sont accompagnés d'éclaircissements, tandis que pour les Évangiles elle peut avoir puisé également aux récits de son livre d'Heures, dans la Vita Christi, ou encore dans Louis de Grenade, ce texte étant suffisamment clair par lui-même.
Des Épîtres du Nouveau Testament, dit Morel-Fatio, Térèse paraît n'avoir connu que celles de saint Paul. Nous signalons cependant une citation de la Ie Épître de saint Jean (i, 8- et 10) que ni Morel-Fatio, ni les Carmélites de Paris, ni le P. Silverio ne relèvent et qui semble néanmoins assez nette, d'autant plus qu'elle est répétée deux fois : « Ce serait un mensonge de dire que nous sommes sans péché », et « Puisqu'il est dit que
i. ibid. VI. — 2. Sainte Térèse tenait à se faire traduire et expliquer les textes latins qu'elle rencontrait, au bréviaire par ex. Et ce fut notamment le cas pour les premiers versets du Cantique qu'elle commente dans les Conceptos : « sin entender la claridad del latin en romance... aunque me declaraban el romance... s Conceptos, prologo.
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celui qui pense être sans péché se séduit lui-même l. » Elle pense manifestement à l'Apocalypse (iv, 6, 7, 8) lorsqu'elle raconte sa vision du ciel (Vida xxxix). Elle aura lu ce passage dans son livre d'Heures au jour de la fête de Toussaint. Mais où a-t-elle trouvé ce détail cité au Camino (xvi) que Satan transportant le Christ sur le pinacle du temple éprouva, lorsqu'il le tint dans ses bras, une crainte terrible ?
Outre les textes bibliques, les livres de prières ont encore pu fournir à Térèse la connaissance de certaines œuvres dévotes réputées. C'est ainsi que le petit livre de dévotion de Louis de Grenade que nous citions plus haut renferme à la fin les Oraisons de sainte Brigitte. Comme on le voit, ces livres de prières ont une grande importance pour l'étude des sources térésiennes. Il serait utile à cette fin et pour la connaissance de la vie religieuse du temps d'en dresser un catalogue aussi complet que possible.
Epistolas de San Jeronimo
Parmi les livres que Térèse, petite pensionnaire fiévreuse mais convalescente, lisait à son vieil oncle Pedro dans le calme d'Ortigosa, se trouvaient les Épîtres de saint Jérôme.
Une question très grave se posait alors à l'esprit de la fillette. Fallait-il se décider pour le couvent ou pour le monde ? Fallait-il renoncer à toute cette vie d'imagination et de cœur pour se retirer derrière les grilles d'un couvent maussade, seul moyen cependant d'éviter l'enfer ? « Ce qui me donna la vie, ce fut d'avoir gardé le goût des bons livres. Je lisais dans les Épîtres de saint Jérôme. Cette lecture m'excita au point que je me déter-
1. Séria mentira decir no tenemos pecado (Cam. ms. V., ch. XV) — Pues se dice que quien pensare esta sin pecado se engana {Cam. ms. E., ch. LXXII, supprimé par la Sainte au ms. V.,ch. XLII.)
LES SOURCES TÉRÉSIENNES 321
minai à parler à mon père. C'était autant que prendre l'habit. »(Vie,in).
C'est une des premières lettres qui dut l'exciter ainsi, notamment l'épître à Héliodore. Là aussi se pose à peu près dans les mêmes termes la question d'une vocation. Héliodore faiblit, Héliodore déserte. Alors Jérôme lui adresse une épître enflammée, moitié reproche, moitié encouragement.
« Écoute, lui crie-t-il, l'édit de ton roi : « Qui n'est pas avec moi est contre moi ; et qui n'amasse point avec moi, disperse ». Rappelle-toi le jour de ton enrôlement alors qu'enseveli dans le baptême avec le Christ tu juras par un serment solennel, de n'épargner pour lui ni ton père, ni ta mère. Voilà que l'adversaire s'efforce de tuer le Christ dans ton cœur ; la solde que tu reçus pour servir sous ses drapeaux, les camps ennemis gémissent de la voir entre tes mains. Mais dût ton petit neveu se suspendre à ton cou, ta mère, les cheveux épars, les vêtements déchirés, te montrer les mamelles qui t'allaitèrent ; ton père se coucher sur le seuil de ta porte, foule aux pieds ton père, marche ; et l'œil sec, vole aux étendards de la croix. La piété ici c'est d'être insensible. Solum pietatis genus est in hac re es-e crudelem l ».
Oh ! quels coups répétés sur le cœur de Térèse. Comme cette parole âpre, véhémente, ces affirmations nettes, sans aucun adoucissement, étaient au diapason de cette petite âme trépidante, fiévreuse, entière et assoiffée de choses grandes. Et comme on comprend en relisant ces rudes apostrophes la phrase de l'autobiographie : « me animaban de suerte qui me déterminé a decirlo a mi Padre... » et mieux encore, plus tard, la fugue de la nina, menée jusqu'au terme, dans une douleur « comme si j'allais mourir, tandis qu'il me semblait sentir tous mes os se déboîter » (Vie, iv).
L'édition dans laquelle Térèse lut ces choses fut celle de Valence 1520 : Las Epistolas de san Jeronimo con
1. Ad Heliodorum monachum ; trad. Charpentier, Lettres choisies de S. J. Paris, Garnier.
S* Térèse. 21
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una narration de la guerra de las Germanias traduites en espagnol par le bachelier Juan de Molina et dédiées à Da. Maria Enriquez de Borgia, duchesse de Gandie et Abbesse du Couvent de Santa Clara de la même localité \ chez Juan Jofre à Valence. Cette traduction fut réimprimée à Valence en 1522 et 1526, et à Séville en 1532, 1541 et 1548.
Térèse par la suite reprit ce livre qui lui rappelait de si importants souvenirs. Si elle n'y retrouva plus le même charme émotif qu'à dix-huit ans, elle découvrit davantage la valeur doctrinale de celui que Bourdaloue appellera plus tard «le maître de la direction spirituelle ». Lorsqu' elle-même eut charge d'âmes et dut trancher des conflits de passion chez les autres, elle revint très probablement à ce livre aux avis si nets sur les amitiés sensibles, sur le danger des amitiés spirituelles, sur la mortification de la chair, sur la nécessité de combattre par la prière les curiosités de l'esprit et les rêves de l'imagination, sur la nécessité de fuir les compagnies mondaines et d'unir la lecture des livres saints au travail manuel.
On ne s'explique point qu'elle ait omis de recommander cet ouvrage à ses prieures sauf peut-être parce qu'il parle trop crûment de vanités mondaines et ne s'adresse pas uniquement à des religieuses mais aussi à des personnes du monde. Mais elle s'en souviendra pour son propre compte et il n'est pas défendu d'en voir ci et là dans son texte quelque lointaine réminiscence. Signalons par exemple le chap. xi de la Vida. Parlant des tentations dont souffrent même les personnes retirées du monde, elle dit : « songez que ces choses, le démon les représentait aussi à saint Jérôme dans le désert». Ceci est une allusion à l'épîtrexxn à Eustochium où saint Jérôme se plaint de ce que même dans les solitudes du désert
1. Cfr : José E. Serrano y Morales, Resena historica de las imprentas en Valencia, Valence, 1898-99 ; p. 235.
LES SOURCES TÉRÉSIENNES 323
le démon le tourmentait en lui représentant à l'imagination le faste de Rome et les danses des jeunes romaines. Notons aussi le passage du Château vi, 9, où Térèse prête à saint Jérôme cette pensée qui ne le quittait jamais : « que le jugement de Dieu sera redoutable ». Le jugement est en effet plusieurs fois décrit dans les Épîtres notamment dans celles que nous avons citées, à Héliodore et à Eustochiun, et toujours sous des couleurs terribles.
Morales de San Gregorio
Peu de livres spirituels furent autant pratiqués à cette époque que les Morales in Job de saint Grégoire le Grand. Toutes les personnes quelque peu adonnées aux lectures dévotes le connaissaient, ne fut-ce que par les citations qu'y puisaient tous les auteurs ascétiques du temps. Aussi Térèse le lut-elle de bonne heure. Elle semble l'avoir déjà connu avant sa seconde maladie ; au cours de cette terrible crise elle trouva, nous dit-elle, un grand réconfort dans les souvenirs que cette lecture lui avait laissés *.
Les Religieuses Carmélites de San José à Avila conservent un exemplaire des Morales en deux volumes qui, d'après elles, fut employé par la Sainte. C'est une édition de Séville datant de 1527, chez Jacob Cromberger. Morel-Fatio nous apprend que l'ouvrage latin avait déjà été traduit en castillan par le licencié Alonso Alvarez de Toledo dès 15 14.
L'examen de l'exemplaire d' Avila est extrêmement suggestif pour l'étude des passages qui auraient pu frapper la Sainte. En effet les marges portent des « ojos » (attention) et un certain nombre d'annotations de l'écri-
1. f Mucho me aprovechô para tenerla (paciencia) haber leido la historia de Job en los Morales de San Gregorio, que parece previnô el Senor con esto y con haber comenzado a tener oracion para que yo lo pudiese llevar con tanta conformidad. » {Vida V).
324 l'œuvre
ture de la Sainte. Le P. Silverio x se montre néanmoins assez hésitant sur leur authenticité : « La majeure partie d'entre elles, dit-il, tout comme un grand nombre de celles que portent les marges de VA becedario Espiritual ne sont pas de la Sainte, contrairement à ce que de nombreux critiques ont supposé. D'ailleurs elles ont une valeur spirituelle très restreinte ; certaines mêmes sont triviales ; et ceci est une raison de plus pour rendre suspecte leur attribution à la grande Mystique. La variété d'écritures qui s'observe dans ces apostilles marginales, indique que ces volumes furent lus à des époques antérieures par d'autres personnes. Voir, par exemple, les notes des pages 35, 57, 230 et bien d'autres de VA bécédaire et celles des pages y8 et 134 des Morales qui certainement ne sont pas de la Sainte. »
Les Carmélites de Paris, qui ont donné de ces volumes une description détaillée 2, se basant sur l'écriture de Térèse, signalent cependant certains passages qui ont dû la frapper et en marge desquels elle écrit des réflexions comme « ansi es, c'est ainsi » ; « arto hay que ver, cela donne bien à réfléchir»; «si ères aguila advierte y mire, si tu es un aigle, considère et regarde ceci attentivement ». Ce sont le chapitre 5 du livre xxn où saint Grégoire parle des peines que les âmes élues ressentent des louanges humaines — le chapitre 13 du même livre où il est question de la charité envers le prochain — le chapitre 24 du livre xxm où il est dit que la contemplation fait connaître le bonheur de la vie future — le chapitre 24 du livre xxx sur la nécessité du silence et de la solitude pour les âmes avides de perfection — le chapitre 31 du livre xxxi disant qu'il ne faut pas que la vertu soit inattentive — enfin le chapitre 35 du même livre où les contemplatifs sont comparés à des aigles pour qui Dieu est la seule proie
1. Obras de S. T., t. I, p. 31, n. 2. — 2. Cfr. Polit, I,p. 441 etsq.
LES SOURCES TÉRÉSIENNES 325
dont ils soient affamés et qu'ils cherchent à apercevoir.
Nous croyons également qu'il faut être fort circonspect par rapport à ces annotations, bien que les passages cités aient été de nature à attirer particulièrement l'attention de la Sainte, peut-être même à des époques différentes de sa vie.
Mais bien d'autres passages qui ne portent point de marques ont dû lui faire au moins autant d'impression.
D'abord ce que saint Grégoire dit à divers endroits sur la patience, puisque la Sainte affirme que c'est cela surtout qui l'a soutenue dans sa maladie. Puis, toute l'histoire de Job elle-même, ainsi que certaines de ses paroles : «J'avais presque toujours ces paroles de Job à l'esprit et je répétais : « Puisque nous avons reçu les bienfaits de la main du Seigneur, pourquoi ne souffririons-nous pas les maux ? «Cette maxime de Job (n, 10) que la Sainte rapporte dans la Vida (v) se trouve commentée au livre m, ch. 9 des Morales.
Citons aussi le passage du Camino (xn) où, parlant de la compassion indiscrète de celles qui vont consoler une sœur d'un petit affront qu'elle devrait vaillamment supporter : « cette charité, dit-elle, ressemble fort à celle de la femme et des amis du saint homme Job ». Ceci rappelle le Prologue, chap. 6, des Morales, où saint Grégoire compare les amis de Job aux hérétiques : « sub specie consulendi, dit-il, agunt negotium seducendi... et quasi pro Domino loquuntur et tamen a Deo non approbuntur 1 ».
Aux Fondations (xvm) Sainte Térèse énonce ce principe, que les religieuses doivent bien savoir qu'une chose qui d'elle-même est péché mortel ne devient pas
1. Remarquons que cet exemple des amis de Job est encore employé par la Sainte dans un autre sens : Relacioncs, ix :... « la perlada que no proveyese y regalase a las enfermas era como los amigos de Job, que El (Dios) daba el azote para bien de sus aimas, y ellas ponian en aventura la paciencia ».
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permise parce qu'elle est commandée, sauf s'il s'agit de manquer la messe, de s'abstenir de jeûner, ou d'autres obligations dont la Prieure peut avoir des motifs de dispenser. Or ce principe la Sainte a pu le trouver exprimé de la même façon au livre xxxv ch. 14 des Morales : Malum nunquam fieri débet per obedientiam, sed bonum aliquando intermitti.
Ce chapitre qui roule sur l'obéissance semble avoir vivement frappé Térèse, car les préceptes qu'il renferme sont bien ceux sur lesquels elle insiste : Qu'on se rapporte en effet à tout ce qu'elle dit concernant cette vertu au chapitre vi des Fondations. Le texte scripturistique, melior est obedientia quam victimae, que saint Grégoire commente ici, est d'ailleurs cher à Térèse et rentre bien dans ses idées. Elle le rappelle encore dans sa correspondance en disant : a Acuerdese lo de Satil » (carta cxlviii). AuCamino (xl) la Sainte donne la grande règle à suivre par les contemplatifs : marcher toujours en s'appuyant sur l'amour et la crainte. Or ce qu'elle y dit n'est que le développement de la même pensée exprimée au livre vi, chapitre 37 des Morales.
Le P. Silverio signale le passage du chapitre xxxi de la Vida où la Sainte dit que le démon nous craint ou nous vexe d'après que nous sommes envers lui audacieux ou couards, comme une réminiscence du livre v, chapitre 20 des Morales. Saint Grégoire y dit en effet que le démon est fourmi et lion. C'est le P. Banez qui a mis lui-même cette pensée des Morales en marge du manuscrit de la Vida. La Sainte a pu la lire également dans Ludolphe de Saxe (I, lxxiii).
Enfin nous connaissons la grande admiration de Térèse pour saint Paul. Or elle n'a pu lire ses Épîtres dans un texte intégral. Les citations qu'elle y emprunte, elle n'a pu les trouver et surtout les comprendre que chez un écrivain qui les employait en les commentant. Nous savons d'autre part combien nombreuses sont en
LES SOURCES TÉRÉSIENNES 327
saint Grégoire les citations de saint Paul, accompagnées chaque fois du commentaire qui les éclaire. C'est là surtout, croyons-nous, que la Sainte s'est familiarisée avec le grand Apôtre et s'est approprié le sens des textes qu'elle emploiera plus tard pour illustrer ses enseignements. Signalons notamment le beau commentaire de saint Grégoire (Morales, xxxi, 33) du Mihi vivere Christus est qui enivrait Térèse. Aussi lorsqu'elle emploie des formules comme celles-ci : ley en un libro... que decia San Pablo que et a Dios muy fiel... ou estando leyendo en un libro halle otro dicho de San Pablo, ne pouvons-nous supposer avec quelque vraisemblance qu'il s'agit de ce livre cher qu'elle avait toujours sous la main : les Morales de san Gregorio ?
Tercer Abecedario
Cet ouvrage que M. Mir qualifie « un des ouvrages mystiques les plus importants que possède la littérature espagnole1 » est le troisième d'une série appelée par son auteur, le moine franciscain François de Osuna 2, A bécédaires spirituels.
C'est un traité plus pratique que théorique sur l'art
r. Introd. au tome I de la collection Escriiores misticos espatïoles (Nueva Biblioteca de Autores Espanoles). Miguel Mir y reproduit l'édition deBurgos, 1544.
2. Franciscain andalou. Il voyagea par toute l'Espagne, résida en France, en Belgique, d'après les fonctions auxquelles il fut appelé dans son ordre. Il fut même nommé Commissaire général des Indes. On a de lui en latin des ouvrages d'exégèse, des traités de théologie, des sermons (Cfr. Wadding, Script, ordin. min. Rome, 1650, p. 127). Il écrivit également en espagnol : Ses ouvrages les plus réputés sont le Norte de Estados qui fournit à Cervantes une des plus spirituelles anecdotes du Don Quichotte < II, xlv) et ses Abecedarios Espirituales. Ceux-ci virent le jour à intervalles assez distants. Le premier, en six parties, commença à paraître en 1525. — L'ouvrage complet parut, d'après Sbaralea, continuateur de Wadding, à Séville en 1554, en sept volumes. Pour détails, v. Morel-Fatio, art. cité. Pour la bibliographie des Abécédaires spirituels, v. l'étude du P. Michel-Ange sur La Vie Franciscaine eu Espagne entre les deux couronnements de Charles-Quint Revista de Archivos, 1912, r).
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de se disposer au recueillement mystique: «in solo este Abecedario sin glosa se abrevia la doctrina del recogimiento » (Prologo). Il fut publié pour la première fois à Tolède en 1527.
Le livre est divisé en traités. Chaque traité porte en exergue une phrase qui en résume la doctrine et commence par une lettre de l'alphabet. D'où successivement vingt-deux traités sur le recueillement et enfin, pour le point final, un traité supplémentaire sur la persévérance. Chaque traité, ou si Ton veut, chaque phrase est à son tour expliquée en plusieurs chapitres.
Tel quel le troisième Abécédaire présente une formation complète à l'âme qui veut se recueillir. Après avoir prêché l'éloignement et le détachement des choses créées, Osuna, dès le VIe traité, définit le recueillement et enseigne les manières d'y parvenir. Il donne ensuite sans grande méthode des conseils pratiques sur le rôle à jouer dans cette formation par l'imagination et les cinq sens — l'affectivité — la mémoire — la sensibilité spirituelle — la volonté — le corps et enfin l'entendement. Les autres traités renferment des conseils subsidiaires d'après le sujet dont l'auteur parle à cet endroit.
Voici à grands traits sa doctrine :
L'imagination doit être vidée de toute chose créée et hermétiquement close aux influences extérieures (traité VII) — l'affectivité doit être détournée de l'objet charnel et dirigée par degrés vers le spirituel ; les larmes des commençants deviennent ainsi les larmes des progressants et enfin les larmes des parfaits (X) — la mémoire doit être remplie de Dieu et de ses bienfaits, et ce souvenir être source de désirs croissants, de# soupirs et d'appels intérieurs (XI) — la sensibilité spirituelle, c'est-àdire cette faculté qui rend l'homme attentif aux seules touches de la divine consolation (gustos) et lui rend insipide toute autre joie, doit être puissamment développée (XII). Cette sensibilité vaut infiniment plus à
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l'âme dévote que la science (ch. 2) ; les livres et les études ne peuvent en aucune façon lui tenir lieu de cette expérience savoureuse du divin. Et l'auteur se montre ennemi décidé de ceux qui, ne voulant parvenir à Dieu qu'en remuant l'aile gauche de l'âme, c'est-à-dire l'intelligence, « sont assez téméraires pour dire qu'il ne faut pas chercher la divine consolation et le goût des choses spirituelles » (ch. 3).
Exercée dans l'oraison, au coucher et au lever (XIII) et détruisant en nous la mauvaise tristesse, (XIV) la sensibilité spirituelle amène bientôt la volonté à ne plus agir que par amour et pour l'amour : Referir y sacar deves de toda cosa et amor (XVI).
Quant au corps et à l'homme extérieur ils doivent se conformer à la passion du Christ et être instruments d'humilité (XVII, XIX et XX).
Enfin l'entendement doit être soumis à tout un travail éducatif (XXI). L'intelligence pratique trop affairée d'ordinaire dans les choses temporelles doit apprendre à s'apaiser : asosiegar (c. 1 et 2) ; l'intelligence spéculative qui raisonne sur tout doit apprendre à se taire : accullar (c. 3) ; et se laisser éduquer dans les trois degrés du silence : le silence de recueillement, le silence de quiétude et le silence d'union (c. 4) pour parvenir enfin à l'art suprême du pensar nada (c. 5 et 6).
Tout en étant basée sur un fond d'ascétisme très sévère et une philosophie dure envers l'homme, la doctrine d'Osuna n'a rien qui rebute. Elle est humaine : Il ne faut pas écraser l'âme, dit-il ; le cœur humain a besoin de consolations ; si le mondain aime sa maîtresse pourquoi l'âme ne pourrait-elle jouir d'aimer son époux. Et si on lui objecte que ces consolations sont choses dangereuses et que le démon peut s'y cacher, il répond : « il peut aussi se cacher derrière la porte de l'église, mais pour cela vous ne laisserez pas d'y entrer ». (xn, 6).
Et cette doctrine qui permet les soupirs, sanctifie
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les larmes et aiguise les désirs intérieurs vers les pleurs suaves des parfaits, tout en astreignant le corps, les mouvements de l'affectivité et de l'intelligence à une discipline serrée, était bien faite pour plaire aux âmes dévotes élevées selon les traditions austères de la société espagnole dans la première moitié du XVIe siècle ; âmes féminines, désireuses de se mortifier, séquestrées parfois derrière les «rejas» de fer d'un palais ou tâchant de se sanctifier derrière les grilles d'un cloître mondain 1.
Le style du Tercet Abecedario correspond d'ailleurs à l'esprit dans lequel il est écrit. Sans doute la doctrine qu'il cache est nette et sévère mais le bon franciscain connaît, selon sa propre expression, l'art de « dorer les pilules et de confire les amandes amer es » (dorar las pildoras y confitar las almendras amargas) ; et il le fait avec tant de bonhomie qu'une nature jeune et fervente comme celle de Térèse a dû vite s'y laisser prendre.
Cette méthode appartient encore au Moyen-Age et en rappelle les bestiaires et les traités de morale. Les citations de Pline et de Senèque y voisinent avec les maximes de saint Paul et l'exposé est farci d'expressions joviales et tout émaillé de comparaisons familières.
En voici quelques-unes. Elles perdraient trop à être traduites : « En fait de sainteté, dit Osuna, pas de demimesures : No seas santo de pie quebrado » ; sans l'esprit de recueillement, les cérémonies ne sont que grimaces et mômeries, « y para eso un gato que supiera hablar y se
i. Réimprimés plusieurs fois au cours du siècle et couramment lus, les Abécédaires ne sont mentionnés dans aucun Index d'Inquisition du XVIe s. La chose étonne lorsqu'on connaît d'une part la sévérité du Saint-Office pour ces vulgarisations de doctrine mystique, et que l'on sait que l'Inquisiteur avait condamné nombre de propositions relatives à l'oraison de recueillement et que d'autre part l'on entend Juan d'Avila dans son Epistolario espiritual dire que la doctrine du Troisième Abécédaire ne convient pas à tous. (cfr. éd. Ribadeneyra, p. 324). L'index de 1747 corrigea deux passages, l'un du Premier Abécédaire, l'autre du Deuxième, mais rien du Troisième.
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hoviera criado en la orden bastava » (vin, 8) ; les distraits, « de descuidados traen la boca abierta para las moscas » ; (xi, 2) les esprits trop raisonneurs dans l'oraison sont «como espiritu de ranas parleras que nunca callan» (xxi, 6). L'âme des parfaits à un certain degré de recueillement se dilate « como guante cuando soplan dentro » (xviii, 3) ; prendre pour soi des paroles désobligeantes dites peutêtre sans intention, c'est se blesser soi-même « con saetas denino» (xx,j).
L'auteur n'est pas dépourvu de poésie : l'âme, dit-il, qui dans l'oraison poursuit ses imaginations ressemble « aux enfants qui courent après les papillons qui volent » (vu, 5) et lorsqu'ils les ont pris ils n'ont plus en main qu'une poussière impalpable, « y en tomandolas se les deshacen entre las manos » (xviii, 1).
Il lui arrive de faire en ce domaine de jolies trouvailles. Ainsi, lorsqu'il parle du Christ chassé de l'âme et qui « s'éloigne et va d'un pas très lent, con paso tardio y perezoso, volviendo la cabeza, en retournant la tête » (xvu, 1) ; et cette pensée délicate : « la charité s'est tant refroidie dans le monde qu'on dirait qu'il a neigé sur le chemin du ciel et que la neige a recouvert sur la route les pas du Christ » (xvu, 2) .
Mais ces trouvailles spontanées voisinent hélas ! avec de laborieuses recherches : ainsi pour expliquer les tempêtes de l'homme intérieur l'auteur va jusqu'à composer une sorte de rose des vents, c'est-à-dire des mouvements du cœur humain, dont les points cardinaux sont la joie, la tristesse, l'espérance et la crainte (1, 3). Nous retrouvons aussi chez lui, des allusions mythologiques, des réminiscences des romans de chevalerie et d'étonnantes comparaisons tirées de l'art militaire l.
1. Ainsi au m, 4 : « Bienheureux les doux, dit-il, car en la guerre de ce monde leur douceur leur fait un rempart de ballots de laine pour recevoir les salves de l'artillerie du diable ». — Ailleurs il compare le Christ au Beau Ténébreux. Lope d'ailleurs dans la Puente del Mundo ne fera-t-il pas du Christ un céleste Amadis !
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Osuna possède donc, bien qu'à un degré relativement restreint, les défauts littéraires de son époque et du genre dans lequel il écrit : Interprétation forcée de textes scripturistiques, abus de la division scolastique ternaire, et parfois même un grain de maniérisme : « L'âme doit pleurer l'absence de son bien-aimé, dit-il, et s'exciter à la dévotion des larmes, car celui-ci revient plus vite par mer que par terre ; « si sobre la mar de las la grimas le enviamos el navio del corazon aparejado en que venga, luego es con nosotros ». Cette préciosité dévote annonce un mal qui gangrènera bientôt toute la littérature espagnole.
Nous avons dit déjà (IIe P. ch. n) l'importance capitale de l'Abécédaire pour la formation de Sainte Térèse et à quel moment il lui tomba entre les mains. Détaillons davantage l'influence qu'il eut sur sa vie pour mieux comprendre celle qu'il aura sur ses idées et sur son style.
Térèse, sortie malade du monastère après un an et rentrée chez son père, traversait alors une crise de mélancolie due à certaines hérédités, aux influences un peu spéciales du pensionnat et du couvent, et à son état physique. Ce livre, lu d'abord dans les solitudes apaisantes d'Ortigosa et de Castellanos, fut le premier à lui prêcher la nécessité de la joie comme élément de sanctification. Il ne lui enlève pas encore le goût de l'exploit, car on entend bien qu'Osuna en bon espagnol et quoique Andalou le partage dans une certaine mesure. Mais il tempéra ce que ce désir avait chez Térèse de trop nerveux et d'harassant : car même « une horloge de fer peut se détraquer, dit-il, et l'arc n'est pas toujours bandé » (xv, 3). C'est pourquoi il faut pratiquer la joie : « siempre estar gozoso y alegre » (xiv, 5) ; les hauts progrès dans l'oraison ne sont pas pour les tristes : « aprovechan poco en ella los hombres que son naturalmente tristes » (ib. 6).
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On peut dire que de cette lecture date chez Térèse les premiers efforts vraiment conscients vers cette joie qui plus tard sera chez elle si caractéristique de sa physionomie.
C'est la bonhomie souriante du franciscain andalou qui lénifiera lentement ce que la passion mystique a chez l'austère jeune fille castillane de sombre et de violent. Térèse à ce contact s'humanise. Elle garde son fond d'intrépidité et d'héroïsme, car Osuna est hostile, lui aussi, à la pusillanimité et aux craintes vaines (v, 2 et xvn, 6) ; mais sous l'influence pondérée de son maître elle saura bientôt que l'âme « s'adoucit et se domestique mieux par amour que par rigueur et qu'on l'apaise mieux avec des paroles douces qu'avec d'âpres éclats de voix qui l'épouvantent » (xiv, 2) ; et aussi que « l'humiliation peut bien nous abaisser mais nous ne pouvons pas permettre qu'elle nous brise le cœur » (xix, 2).
Or Térèse n'a point pratiqué l'Abécédaire et modifié sa vie d'après ses enseignements sans en avoir au préalable adopté les doctrines : Une telle influence sur sa vie suppose une grande influence sur ses idées l.
La Sainte elle-même l'affirme (Vida, iv) et cette influence est encore palpable dans ses écrits. Ainsi dans des questions d'oraison controversées, nous la voyons toujours prendre nettement position aux côtés de l'auteur de l'Abécédaire ; je cite la question de la considération de l'humanité du Christ, la question du silence de l'intelligence, la recherche de Dieu en soi, la théorie des consolations spirituelles, etc. Non qu'au moment où .elle écrit Sainte Térèse n'ait eu sur toutes ces ques-
1. Les Carmélites du Couvent de St- Joseph à Avila conservent l'exemplaire même dont Térèse fit usage. On y voit encore des lignes entières des vieux caractères gothiques soulignés par la Sainte. D'autres passages sont marqués d'une main, d'une croix ou d'un cœur, ses marques favorites.
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tions son expérience personnelle, mais celle-ci a certainement été dirigée avant et étayée après par l'opinion de son maître. Que l'on compare par exemple le Prologo d'Osuna avec le chapitre xxn de la Vida. L'identité de vue est absolue.
D'ailleurs certains chapitres de l'Abécédaire ont dû impressionner particulièrement la jeune fille avide de haute sainteté. Je cite surtout le Prologue avec la question de l'Humanité du Christ ; le traité II : del hacimiento de gracias, elle qui se dit d'une nature si reconnaissante ; le tr. III, ch. 4 ; le tr. V, ch. 2, parlant des persécutions et des craintes auxquelles est exposée l'âme qui a des ravissements « como si tuviera rabiamentos ; le tr. X. parlant des larmes, surtout les chap. 4 et 5 ; le tr. XI, ch. 3, parlant de la opération sentiïla de la mémoire intellective, s'efforçant de contenir seulement l'image de Dieu en su desnudo ser ; tout le traité XII, parlant des consolations spirituelles; le tr. XIII qui parle spécialement de l'oraison et du temps auquel il faut la faire; le tr. XIV: qu'il ne faut pas conduire l'âme par la rigueur, la crainte et la tristesse mais par la joie ; le tr. XVI, qui enseigne à tout ramener à l'amour ; le tr. XVII, ch. 4: du petit effort que le Christ nous demande et qui ne dure que « por brève espacio », idée dont les écrits de Sainte Térèse sont saturés; le tr.XIX de l'humilité, et peut-être plus que tous les autres les chap. 4, 5, 6 du traité XXI sur le silence de l'entendement.
Se rappellera-t-elle le tr. XXII, ch. 4, lorsqu'elle sera sur le point de fonder San José de Avila ? Il n'en faut point douter, et ce lui sera la source d'un de ses plus grands combats intérieurs que de se rappeler à ce moment terrible les discours très sensés du maître de sa jeunesse : « Pour troubler les bons religieux, le démon, sous couleur de zèle, leur met souvent au cœur un grand désir de voir la réforme de leur ordre ». Et ce qui suit.
Nous pourrions d'ailleurs pousser le rapprochement
LES SOURCES TÉRÉSIENNES 335
jusque dans les mots et l'auteur d'une monographie sur le sujet ne manquera pas de le faire.
Sans forcer le texte on retrouve aisément chez les deux écrivains la comparaison de l'âme à un miroir (xix, 3 — Vid. xl), de l'imagination distraite à un moulin qui va et vient (ix, 2 — Cast. iv, i) ; chez Osuna comme chez Térèse l'âme est un diamant ou une parcelle de cristal (vi, 2 — Cast. i, i) ; ou un jardin « donde viene el Senor a deleitar » (iv, 3, — Vid. xi, xiv) ; une colombe (vu, 5 — Cast. vi, n), l'oiseau phénix (xvi, 5 — Vid. xxxix), le papillon du ver à soie (xvi, 6 — Cast. v, 2) ; un château fort (iv, 3. — Castillo) ; pour tous deux l'âme qui se recueille ressemble au hérisson (vi, 4) ou à la tortue (xv, 2. — Cast. iv, 3). Osuna dit fréquemment que dans l'essence de l'âme « morada de Dios » Dieu seul est admis à pénétrer ; sans parler de réminiscences communes aux mêmes passages un peu spéciaux de l'Écriture, comme celui du lierre de Jonas (xviii, 1 — Cast. v, 3). Pour Térèse comme pour Osuna il importe de servir le Seigneur « gratuitement... et non comme des mercenaires », dit Osuna (x, 6), mais « comme de bons chevaliers qui veulent servir leur Roi sans solde », dit Sainte Térèse (Vid. xv). Enfin lorsque, dans le Camino, la Sainte parle de ceux qui, désireux de parvenir jusqu'aux sources d'eau vive, ont vaincu les premiers ennemis, ont même échappé aux seconds et se laissent enfin vaincre par les troisièmes, on se rappelle le Ier chapitre du VIe traité de l'Abécédaire où Osuna développe cette idée que le démon parvient quelquefois à désarçonner ceux qui, vainqueurs d'abord de la luxure, étaient encore parvenus à surmonter l'orgueil. Enfin également, en énumérant les propriétés de l'eau (Cam. xix), et en parlant des larmes (Cast. vi, 6), elle se rappelle cette comparaison d'Osuna (x, 4) : « A ceux qui pleurent il arrive la même chose qu'au goudron. A mesure qu'on y applique le feu il ne cesse de distiller de l'eau sem-
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blable à une sueur, et chaude, et cela sans bruit et sans souffrance. »
Je ne veux pas pousser plus loin cette recherche. Ce qui importe davantage à mon sujet c'est de montrer comment Sainte Térèse a su échapper à la domination trop forte de ces influences et pétrir suffisamment ce qu'elle pourrait avoir pris à d'autres pour en former sa géniale personnalité.
Car malgré ces quelques tentatives de filiation que la forte personnalité de notre écrivain rendra toujours délicates et incertaines au moins dans les détails, il reste vrai qu'elle a pris somme toute fort peu de choses à son maître.
Ainsi, elle suit pleinement la doctrine d'Osuna en ce qui concerne la recherche de Dieu ; comme lui et presque avec les mêmes mots elle dit qu'il faut le chercher avant tout « en su corazon, dentro de si » (xviii, i — Vid. xl). Mais elle qui cite si volontiers l'Écriture ne cite pas les deux textes, si probants pourtant de l'Ecclésiastique et de saint Luc, qu'Osuna donne à cet endroit. Elle a donc des expressions identiques ; peut-être s'inspire-t-elle ; certainement elle ne transcrit pas et cite en tout cas de mémoire.
Térèse donne (Castillo, iv, 3), à propos de l'oraison de recueillement passif, les expressions d'Osuna au tr. ix ch. 8 : «Dicen que el aima se entra dentro de si y otras veces que sube sobre si. » Mais elle ajoute : « avec ces expressions là je ne parviendrai pas à me faire comprendre. »
Osuna emploie les deux dénominations des degrés de la vie parfaite : principiantes, aprovechantes, perfectos et purgacion, illuminacion et perfecion (vin, 2 et vi, 2). Sainte Térèse emploie la première et laisse la seconde qu'elle déclare ne pas comprendre (Vida, xxn). Voilà encore une fois une élève bien personnelle. Elle reprend la comparaison du hérisson et de la tortue^
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parce qu'elle la trouve juste, dit-elle ; mais elle la critique, parce qu'elle la trouve incomplète.
Osuna donne trois paraphrases du Pater. Sainte Térèse ne s'inspire d'aucune d'elles. Il est vrai qu'à cette époque ces gloses étaient fort à la mode ; autant qu'au temps de Rembrandt les « Leçons d'anatomie ». Mais comme il n'y eut qu'un Rembrandt, il n'y eut non plus qu'une Sainte Térèse.
Un disciple aveugle se contente fréquemment de reprendre la doctrine de son maître et atteint l'originalité en l'exagérant. Térèse fait sienne la doctrine d'Osuna sur les goûts spirituels mais cette femme ayant affaire à des femmes se garde bien de pousser cette doctrine et, prudemment, reste plutôt en deçà des enseignements de son maître.
Avec une élève d'une telle indépendance les rapprochements deviennent extrêmement hasardeux. Il serait peut-être plus facile de chercher des rapprochements entre Osuna et saint François de Sales. Car il est trop clair que si Térèse a pris certaines choses à Osuna, elle lui en a laissé beaucoup d'autres. Elle a trop de goût pour l'imiter dans son symbolisme exagéré qui, par exemple, fait de l'âme une chandelle avec le feu de l'amour et la fumée des saints désirs (xv, 6) ; et malgré son amour pour l'Écriture ou peut-être à cause de lui, elle ne se lance pas comme son maître dans des considérations sur le chien de Tobie, et ne découvre pas dans le Psaume CI que les araignées ne dorment jamais (vin, 8).
Malgré sa simplicité elle n'a pas imité les enfantillages du bon franciscain qui, pour prouver que le cœur humain ne saurait être rempli par le vice et les joies du monde, donne à celui-ci une forme triangulaire, «hecho al molde triangulado y esquinado de la Sanctisima Trinidad », et à ceux-là la forme ronde, « que son redondos, pues van rodando al infierno » (iv, i). On ne trouve pas non plus chez elle le Christ arrivant par mer, (la mer des larmes)
S*9 Térèse. 22
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dans le petit navire du cœur, plus vite que par terre (la sécheresse).
Mais où la personnalité de Sainte Térèse s'affirme devant tous les modèles, c'est dans l'originalité et la netteté de l'expression : Osuna donnera une description très jolie d'ailleurs pour stigmatiser le faux dévot, le tartufe aux mains jointes, aux yeux baissés, la capuce tirée bien bas sur le nez ; Sainte Térèse le stigmatise d'un seul mot incisif : s Dios nos libre de santos encapotados » ! Et ceci vaut au moins cela.
Enfin, où elle surpasse son maître de toute la hauteur dont le génie surpasse le talent, c'est dans l'analyse psychologique. L'œuvre d'Osuna est après tout dogmatique et l'analyse psychologique se borne à quelques traits généraux et souvent conventionnels. L'œuvre de Térèse est une œuvre vécue, vibrante, pétrie avec toute la chair, tout le sang et toutes les fibres du cœur humain.
Oratorio de Religiosos
Il n'y eut point d'œuvres moralisantes sauf peut-être celles d'Érasme qui eurent dans l'Europe du XVIe siècle une diffusion aussi grande que celles du célèbre prédicateur de Charles Quint, le Franciscain Antonio de Guevara. Ses grands ouvrages comme le Marco Aurelio et le Relox de Principes furent lus en Espagne autant que l'Amadis et la Célestine, sans oublier le délicieux Menosprecio de Corte y Alabanza de Aldea qui avec les deux précédents fut édité et lu dans les principales langues d'Europe l.
Ses ouvrages spirituels comme le Monte Calvario et
I. Guevara fut traduit en français par le traducteur d'Amadis, Herberay des Essarts ; le père de Montaigne en faisait ses délices (Essais n, 2), et l'on retrouve ses anecdotes et ses contes dans les Dames galantes de Brantôme comme dans les Fables de La Fontaine. Balzac au XVIIe s. subit son influence. Elle ne fut pas moindre en Angleterre.
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l'Oratorio de religiosos eurent pour ce qui concerne l'Espagne et dans les milieux spéciaux auxquels ils s'adressaient, à peine moins de vogue. Et c'est davantage, croyons-nous, impressionnée par le renom de l'auteur et la célébrité de l'ouvrage que sous l'impression de son contenu, que la Sainte le recommanda à ses prieures.
L'Oratorio de religiosos y exercicio de virtuosos qui nous intéresse ici est plus un manuel pratique de dévotion à l'usage des religieux, qu'un traité d'ascétisme. Comme doctrine bien d'autres le valaient ; mais ils n'en avaient point le style ; et la grande réputation du prédicateur de Charles Quint l'imposait à toutes les bibliothèques de couvent.
C'est un modèle du genre humaniste dévot ; le célèbre franciscain s'y adresse à toutes les personnes qui se sentent appelées à la vocation religieuse ou qui y ont déjà répondu.
Térèse a connu cet ouvrage au moins de réputation. Si elle l'a lu, et rien ne le prouve, ce fut probablement avant 1555 ; car après cette date elle se mettra en quête d'oeuvres plus substantielles, plus doctrinales et plus simples de style. Peut-être eut-elle entre les mains, à cette époque, l'édition princeps qui venait de paraître en 1542 à Valladolid. Les éditions subséquentes furent nombreuses et prouvent le grand succès de l'oeuvre. Citons : Saragosse 1543 ; Valladolid 1545, 1546, 1550, etc.
C'est en 1539 que parut à Valladolid le Menosprecio de Corte. Vu la réputation de l'auteur jusque et peut-être surtout dans les couvents, Térèse n'a pu ignorer cet ouvrage. Elle était alors à l'Incarnation. Bien qu'elle ne le cite nulle part, il y a pour supposer qu'elle l'a lu une certaine vraisemblance. Certains passages de la Vida où elle exprime son mépris pour la vie de cour, qu'elle ne pouvait connaître que par ouï dire, et sa pitié des rois et des grands, ont une ressemblance frappante
340 L'ŒUVRE
avec les idées de Guevara, et semblent une réminiscence des tirades du célèbre moraliste. Que Ton compare le chapitre xxxvn de la Vida par exemple avec tel passage du Menosprecio 1.
Los Cartuxanos
On appelait ainsi au temps de Sainte Térèse la traduction espagnole de la Vita Christi, œuvre du fameux chartreux allemand, Ludolphe de Saxe (f 1377). C'est un commentaire fort dévot et fort docte du texte des quatre évangiles réunis en une narration continue. Des traductions catalane, portugaise et castillane, dit Morel- Fatio, avaient extraordinairement répandu l'ouvrage en Espagne.
La traduction castillane que Térèse eut entre les mains est celle qu'exécuta, sous les auspices des Rois Catholiques, le Franciscain Ambrosio de Montesino. Elle comprenait quatre volumes in-folio et parut d'abord à Alcala de Henarès, de 1502 à 1503. Elle fut réimprimée à Séville dans la première moitié du XVIe siècle. Le titre que Montesino donne à sa traduction est : Vita Christi cartuxano ; mais on l'appelait en langage courant los Cartujanos ou un cartujano d'après qu'il s'agissait de l'ouvrage entier ou d'un des volumes séparés. On ajoutait quelquefois la détermination : el primer 0, el segundo, etc. Lorsque Sainte Térèse dit : « comencé a leer en un cartujano », elle parle donc sans aucun doute d'un des volumes de la traduction de Ludolphe le Chartreux 2.
A un moment où la lecture du texte évangélique intégral en langue vulgaire était réservée à quelques privi-
1. P. ex. p. 154 et suiv. Cfr. Clasicos Castellanos, t. XXIX.
2. Morel-Fatio (B. H. art. cit.) a suffisamment démontré, et par ellemême la chose est assez claire, que ces paroles de S. T. ne peuvent, comme certains l'ont cru, se rapporter à Denys le Chartreux, pour qu'il soit nécessaire d'y revenir.
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légiés, la Vita Christi, où le texte sacré se trouve enchâssé dans un commentaire d'une doctrine très sûre, était capable de satisfaire même les âmes les plus avancées. Aussi beaucoup d'espagnols ne connaissaient l'Évangile que par les fragments de leurs livres d'Heures et par le Cartujano.
En ce temps-là on ne s'effrayait pas de manier ou d'emporter avec soi en voyage de lourds in-folios à deux colonnes, et l'on peut dire sans crainte de se tromper que ce livre était entre toutes les mains.
La méthode de Ludolphe de Saxe est tout à fait moyenâgeuse : C'est le commentaire aux incessantes divisions, qui se développent comme les rinceaux d'une miniature ou l'acanthe multifoliée d'un vitrail gothique. C'est le symbolisme minutieux qui trouve un sens mystique aux plus humbles objets. Ainsi, Ludolphe énumère douze vertus qui correspondent à douze conseils évangéliques. Chacune est symbolisée par une pierre précieuse : saphyr, topaze ou smaragde, onyx, jaspe ou chrysolithe, ayant des propriétés conformes à celles de ces vertus et prêtant à de beaux commentaires.
A cette source, comme beaucoup de ses contemporains, notamment saint Ignace, Térèse s'est longuement abreuvée. C'est là surtout qu'elle a connu le texte des Évangiles et qu'elle s'en est imprégnée. On peut, d'après les passages évangéliques pour lesquels elle avoue avoir une prédilection, retrouver assez facilement vers quels endroits de ce volumineux ouvrage allaient ses préférences. Ce sont dans la Ie Partie les chapitres lx, lxi et lxii l donnant respectivement la conversion de Madeleine, le parallèle entre Marthe et Marie, et l'entrevue du Christ avec la Samaritaine ; dans la IIe Partie, les chapitres narrant la Passion, lui à lxviii, surtout le chapitre lix roulant sur l'agonie du Christ au jardin
i. C'est sans doute une erreur typographique qui fait dire à Morel- Fatio que ce sont les chapitres xl à xlii.
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que Térèse méditait chaque soir et le chapitre lxii, le Christ à la colonne ; mais elle dut lire aussi avec une admiration passionnée les chapitres ayant trait à la résurrection, surtout le Lxxe, commentant l'apparition du Christ à sa mère et le LXiie, l'apparition à Madeleine.
Car Térèse ne trouva pas seulement des textes évangéliques dans le Chartreux ; elle y puisa aussi des images et des sentiments ; et ceux-ci prirent une certaine importance dans sa vie.
Ainsi en est-il du Christ à la colonne. Cette scène était narrée dans la plupart de ses auteurs. Deux écrivains durent la captiver : Louis de Grenade et Ludolphe de Saxe. Le récit de Grenade est plus réaliste, étant espagnol: il montre les bourreaux qui, à force de frapper, mettent presque à nu « les os blancs en la chair rouge l ». Le Chartreux est plus lyrique, plus sentimental : Il décrit « cette chair très innocente, très tendre, très pure, très belle, fleur de toute chair... d'où coule de toutes parts le sang royal et très précieux ; et ce corps très blanc que rougit tout entier ce liquide rubescent 2 ».
La Sainte ne fut pas moins vivement impressionnée par les enthousiastes descriptions que fait le Chartreux du Christ ressuscité. Pâques est pour lui la plus belle des fêtes. Avec toutes les ressources du symbolisme il détaille les splendeurs de la Chair glorieuse et éclatante. Or, qu'on veuille le remarquer, lorsque le Christ apparaît à Térèse, c'est presque toujours sous cette forme, « comme on le peint ressuscité » ou « en sa chair glorieuse » lumineux, étincelant « d'une suave blancheur et d'une splendeur infuse ». Il se peut donc que l'aspect sous
i. « Que séria ver aquella tan grande llaga que en medio de las espaldas estaria abierta y tan ahondada que si un poco pasaran mâs adelante llegaran a descubrir los huesos biancos entre la carne colorada »... De la Ora* cion. P. I ch. x § 5. p. 74 (éd. Ribadeneyra).