‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 64 sur 108 · Vie, IX · texte numérisé non relu

Vie, IX

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YArte, nous avons de lui un Espejo de ilustres personas et Siete Meditaciones de S émana Santa.

La vogue de YArte est attestée par les éditions successives de Séville (s. d. par Juan Cronberger), d'Alcala, (1526), de Burgos (1530 et 1542), d'Anvers (155 1), d'Alcala (1555), de Saragosse (1567), de Séville (1587).

Vers 1570 le grand historien et érudit Ambrosio de Morales en donna une édition annotée, corrigeant le style selon lui un peu vieilli. Cette édition servit de base aux éditions subséquentes de Tarragone et de Madrid et fut reproduite en 1903 (Valence, 1 vol. in-12) par le P. Jaime Sala.

Miguel Mir reproduit l'édition d'Alcala (1526) dans son édition moderne des Autores misticos espanoles 1.

D. Marcelino Menendez y Pelayo appelle YArte « una verdadera joya literaria 2 ». Lorsque parut cet ouvrage on en était à la simple vulgarisation de la bonne spiritualité bourgeoise. Les petites recettes pour arriver facilement en quelques mois à la perfection couraient les rues. Cette pieuse manie avait ses dangers. L'Inquisition la voyait d'un mauvais œil. L'Arte para servir a Dios qui se rattache à ce genre de littérature, le dépasse comme tout chef-d'œuvre dépasse l'école à laquelle il appartient. C'est déjà un vrai traité d'ascétique. Il est d'une si belle venue littéraire qu'il peut passer pour un modèle du genre. Il est écrit avec une chaleur enthousiaste ; il renferme certaines réminiscences des chevaleries 3 et diverses citations des meilleurs auteurs, tout en restant sobre.

Quant à son armature doctrinale elle est l'orthodoxie

1. Madrid, Bailly-Baillière, 1911. — 2. Historia de las ideas esteticas en Espana t. III, p. 118, suces, de Rivadeneyra, 1896. — 3. P. ex : P. 11, c. 8 p. 616, b. et P. m, c. 1 p. 624 a.

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même. On sent en Alonso le théologien consommé et ni Valdès, ni Quiroga n'y trouveront rien à reprendre.

Térèse qui s'écartait d'instinct des innovations douteuses, « libros... no muy aprobados », a aimé ce livre. Sor Maria de San Francisco le cite parmi ceux que a especialmente leia ».

\J Arte comprend trois parties : la première énumère et expose sept « notables comunes » ou principes généraux dont il faut s'imprégner et auxquels il faut revenir sans cesse si l'on veut arriver à la perfection ; la deuxième enseigne quelques particularités pratiques, conseils éminemment vécus et d'une réelle finesse psychologique sur la pratique des vertus, les mouvements de l'âme, la prière, etc. ; enfin la troisième parle de l'amour : amoui de Dieu, du prochain, de soi-même.

Quelle influence cet ouvrage eut-il sur l'esprit de Térèse et quel profit en retira-t-elle ?

L'époque où elle le lut pour la première fois est difficile à déterminer. Elle ne le signale qu'incidemment au chapitre XII de la Vie, en parlant des premiers états d'oraison dans lesquels « obra el entendimiento ». Elle était certainement encore à l'Incarnation ; ce fut peutêtre dans les premières années de sa vie religieuse ; elle est déjà orientée vers les réalisations pratiques de la vie spirituelle ; elle n'a pas encore reçu ses plus hautes faveurs mystiques ; en tout cas elle n'en est pas encore au moment où attristée, en 1559, par la condamnation d'un grand nombre de ses auteurs pieux, le Christ la console en lui disant : « je serai désormais ton livre ».

h'Arte dont le caractère est avant tout celui d'un petit traité pratique dut plaire de suite à sa nature positive et impatiente de règles nettes et brèves pour arriver en peu de temps. Alonso nous dit dès le Ier chapitre : « Tous les livres dévots contiennent spécialement trois choses :i° ce que nous devons faire pour arriver

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à la perfection, 2° les motifs (dichos, razones y ejemplos) qui nous animent à le faire, 3° la manière pratique de le faire ; et cela, peu de livres le renferment ! » Or, c'est là ce qui importait avant tout pour Térèse et l'on sent dans les quelques mots de la Vida où elle nous donne son impression, à quelles parties de VArte allaient ses préférences. C'est un livre, dit-elle, qui aide à « produire des actes fréquents qui stimulent la générosité envers Dieu et réveillent l'amour », — ce qui s'applique surtout à la 3e partie — « d'autres qui font croître les vertus » et ceci est surtout le fait de la 2e. — La ire partie, plus spéculative, semble l'avoir moins attachée, sauf peut-être le sexto notable qui excite l'âme à l'action forte et véhémente.

Une lecture attentive de VArte prouve que Sainte Térèse doit pour une bonne part à cet ouvrage la précision pratique de son action intérieure et de ses enseignements.

Il eut un second effet non moins important et déjà signalé par Mig. Mir : L'Arte contribua puissamment à éduquer chez Térèse le génie d'intuition psychologique, « l'habitude de l'attention intérieure aux mouvements de l'âme, l'analyse de ses opérations, de leurs motifs et de leurs effets, toute cette observation minutieuse, attentive et très perspicace de ce monde intérieur que nous portons en nous * ».

Quelles traces de VArte relevons-nous dans les écrits de Térèse ? La question est délicate. Très personnelle, nous l'avons déjà dit, la Sainte s'assimilait fort bien ses lectures. Elle se garde de toucher à ce qu'elle ne peut comprendre. Un élève moyen, pour se donner du ton, présente volontiers ses propres idées sous l'appareil scientifique de son maître. Ce procédé répugne à Térèse ;

i. Discurso preliminar. Escrit Mist.esp.,p.xxxi.

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les écrits de Fray Alonso décèlent le théologien ; ceux de Sainte Térèse sont ceux d'une femme qui écrit simplement ce qu'elle pense.

Néanmoins, bien des passages rappellent, sinon la lettre, du moins l'inspiration d' Alonso.

Influence ou coïncidence, c'est un fait : les écrits de Sainte Térèse, le Camino notamment, sont comme saturés des idées de la 3e partie de VArte. A certains endroits du Ier chapitre sur l'amour de Dieu, comme au passage : « traiga a su memoria brevemente etc. (p. 637, b) on croirait lire la Sainte elle-même. Ces exercices d'amour dans lesquels l'entendement est encore actif l'ont frappée ; c'est pour eux surtout qu'elle recommande la lecture de VArte.

Ne se souvient-elle pas des enseignements si précis d'Alonso lorsqu'elle distingue avec beaucoup de finesse entre Yamor espiritual et Yamor puro espiritual (Cam. iv) ?

L'idée chère à Térèse du todo es nada se retrouve assez fréquemment sous la plume d'Alonso l.

Alonso conçoit aussi la vie parfaite comme un chemin ; et les mots camino, encaminar reviennent continuellement dans ses écrits.

L'esprit de VArte est d'ailleurs très conforme à l'esprit de Térèse surtout dans l'impétuosité de ses premiers efforts spirituels : Alonso engage à « trabajar con mucha fiterza » à faire des : « actos véhémentes of uertes para rejrenar los primeros movimientos » à « desarraigar ou arrancar los vicios de raiz 2 ».

Cette ascétique impétueuse, vêtue de comparaisons militaires aussi nombreuses chez Térèse que chez Alonso, caractérise d'ailleurs les écrits d'un très grand nombre d'écrivains dévots espagnols du XVIe siècle. Cela tient à la race et au moment ; il y a donc ici plutôt coïncidence.

Quant aux différentes recettes ascétiques que recom-

1. Par ex. P. n, c. 6 et 9 ; P. m c. 1. — 2. V. par ex. P. I, notable vi : Contra los primeros movimientos.

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mande l'auteur, nul doute que Térèse ne les ait pratiquées, certaines même à la lettre.

Citons par exemple la manière de s'exciter à la contrition (n, i), la joie de s'avilir aux yeux des autres (n, 6) etc. Certains épisodes de la Vida sont comme une mise en acte directe de ces conseils. Toutefois on ne peut presser ici le rapprochement, car ces méthodes et ces conseils pieux, dans leur fond, ne sont pas spécifiques à Alonso.

Miguel Mir signale que cette idée de YArte (il, 5) représentant le Christ comme le véritable livre de vie a pu être reprise par Térèse. Cela est fort possible ; mais encore une fois cette idée n'est pas propre à Alonso. Térèse peut l'avoir puisée à bien d'autres sources,notamment au livre du Contemptus Mundi.

A notre avis, c'est surtout dans le Camino que l'influence de YArte est palpable.

Saint Augustin

Térèse eut de bonne heure pour ce saint une grande dévotion. Celle-ci ne fit que s'accroître dans la suite. La Sainte en donne deux motifs : « parce que le Couvent où je fus pensionnaire était de son Ordre, et encore parce qu'il fut pécheur » (Vie, ix).

Aussi dans les livres spirituels qu'elle lisait, les nombreuses citations empruntées à l'illustre Docteur la frappaient toujours.

Lorsque vers 1555, au moment décisif où toute sa vie lui apparaît soudain condamnable et mauvaise, les Confessions lui tombèrent entre les mains, ce fut un véritable coup de la grâce :

« En ce temps, on me donna les Confessions de saint Augustin ; il semble que le Seigneur l'avait ordonné ainsi car je ne les avais point recherchées et je ne les avais jamais vues... Dès que je commençai à lire les Confessions il me sembla que je m'y voyais moi-

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même; je me mis à me recommander avec instance à ce glorieux Saint. Quand j'arrivai à sa conversion et que je lus comment il entendit cette voix dans le jardin, j'eus dans le cœur une impression si forte qu'il me sembla que c'était moi que le Seigneur appelait. » (Vie, ix).

Quelle fut l'édition des Confessions qu'on lui donna ?

En 1554, un moine augustin du couvent de Salamanque, portugais d'origine, Sébastian Toscano, publiait en castillan, chez Andrès Portinariis à Salamanque, en un volume in-8°, une version de cette œuvre célèbre. Elle était dédiée à une grande dame de la cour, Da. Leonor Mascarenas, gouvernante de Philippe II et de son fils D. Carlos, et amie de Térèse.

C'est bien cette traduction des Confessions dont la Sainte se servit, car la citation qu'elle donne au chap. xm de la Vicia, reproduit exactement la leçon de Sébastian Toscano : « dame, Senor, lo que me mandas y manda lo que quisieres » (Conf., livre X, ch. xxix). Cette citation reparaît au ch. iv des Conceptos. De plus, selon toute probabilité, Térèse lut cette traduction dans la princeps de Salamanque à peine parue. En effet, d'après le récit de la Vida, c'est bien à ce moment de sa vie qu'elle reçut la forte impression qu'elle dit avoir ressenti à cette lecture. Il est probable qu'on lui communiqua ce volume aussitôt après sa publication, dit Morel-Fatio, « comme une nouveauté de nature à l'intéresser beaucoup 1 ». Il y eut de cette même traduction deux autres éditions, in-12, à Anvers, en 1555 et 1556, l'une chez Martin Nuyts, l'autre « a la ensena de la gallina gorda » imprimée à Cologne, « por los herederos de Arnoldo Bircmanno ».

Sainte Térèse n'a-t-elle lu de saint Augustin que les Confessions ?

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