‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 65 sur 108 · Morel-Fatio, art-cit · texte numérisé non relu

Morel-Fatio, art-cit

358 l'œuvre

Il est probable qu'elle connut en outre les Soliloquîa, les Méditations et le Manuel apocryphes, qui eurent grande vogue au XVIe siècle et, réunis en un recueil, connurent plusieurs éditions. Ils sont beaucoup cités par les spirituels de l'époque. Morel-Fatio en signale une traduction espagnole anonyme de 1515 1, imprimée à Valladolid et réimprimée à Tolède (1565) et à Anvers (1598). Il présume que la traduction de ces trois ouvrages, publiée en 1553 à Médina del Campo et attribuée à tort par le P. Somervogel à Ribadeneyra, doit être identique à celle-là. Le P. Silverio croit que ce fut celle dont se servit la Sainte.

Quoi qu'il en soit, celle-ci doit avoir connu les Méditations ; elle dit en effet : « Sa Majesté veut... que nous demandions aux créatures qui les a créées, como dice San Agustin en sus Meditaciones 0 confessiones2». Quoiqu'il s'agisse en réalité du ch. VI, livre X des Confessions ou du ch. xxxi, très connu, des Soliloques, ce renvoi direct aux Méditations prouve qu'elle les avait lues.

Un autre texte de la Sainte, répété trois fois au cours de ses œuvres (Vida, xl, Camino, xxvin, Castillo, iv, 3), peut se rapporter au chap. xxvn du livre X des Confessions ou à ce même chapitre xxxi des Soliloques. C'est celui où elle exprime l'idée qu'il est vain de chercher Dieu partout en dehors de nous dans les créatures puisqu'il est au dedans de nous.

Sainte Térèse peut encore avoir nourri dans les Soliloques, notamment aux chapitres ni et xm qui renferment de très belles invocations à la lumière divine, ce goût qu'elle a de la lumière dans ses comparaisons et représentations ayant trait à la divinité.

Enfin, c'est probablement encore de saint Augustin

1. En citant une édition castillane de 1512, le P. Silverio {Obras de S. T. t. IV p. 149, note 5), ne confond-il pas avec l'édition latine de Venise à cette date ? — 2. Cast. VI, 7. — Dans le Ms. les mots 0 confesiones ont été rais en marge après coup.

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que lui vient cette comparaison de l'éponge qui s'imbibe d'eau (la esponga que se embebe de agua) pour donner une idée de l'omniprésence de Dieu. Le Saint, en effet, conçoit Dieu, la substance divine, comme un océan sans limites, où baigne le monde, éponge énorme ; pour Térèse, qui a conservé cette image dans sa mémoire, l'âme dans l'oraison, doit se considérer comme une éponge qui baigne dans la divinité *.

Mais tout ce que dans les œuvres de Sainte Térèse, nous pouvons découvrir comme rapporté ou pouvant se rapporter à saint Augustin, la Sainte l'a-t-elle tiré de source directe ?

Il s'en faut ; car les spirituels de l'époque ont pu lui fournir pas mal de textes du grand Docteur et Ton ne répétera jamais assez combien celui-ci a pénétré l'humanisme dévot et partant le XVIe et le XVIIe siècles.

Par exemple, la phrase attribuée à saint Augustin, « Noverim te, Domine, noverim me », que Térèse rappelle (Cast. u), elle a pu fort bien la trouver détachée et mise en valeur chez des auteurs comme Osuna ou Grenade.

De même cette pensée de saint Augustin : « Tu intimior intimo meo », qui lui plaît beaucoup, avait plu d'abord aux mystiques flamands et aux spirituels espagnols antérieurs ; Osuna, notamment, la cite deux fois dans le 3e Abécédaire (1, 1 et xxi, 5). Nous trouverions ainsi une foule de pensées du grand Docteur chez Térèse et cela parce que la littérature dévote du temps en était saturée. Notre écrivain est imprégné de saint Augustin au point de reproduire ses pensées sans même s'en douter, comme au chapitre xxxvin du Camino, où Banez a écrit en marge dans l'autographe : esta es dotrina de san Agustin. Elle cite d'ailleurs sa source

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