‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 67 sur 108 · IV. — L'Épistolaire · texte numérisé non relu

IV. — L'Épistolaire

Possédons-nous tous les écrits de Sainte Térèse ?

Le roman de Chevalerie écrit, au dire de Ribera, en collaboration avec Rodrigue, — opinion confirmée par Gratien, — fut sans doute détruit assez tôt par les auteurs eux-mêmes de peur de le voir tomber entre

392 l'œuvre

les mains de leur père, l'austère Alonse de Cepeda. Hormis cette œuvre problématique, nous possédons fort probablement toutes les Œuvres majeures de Térèse et ses Opuscules, sinon dans leur rédaction primitive, du moins dans leur rédaction définitive ou dans des copies authentiques. Il n'en est pas de même pour les petits Écrits détachés et surtout pour les Lettres dont nous n'aurons jamais la collection complète.

Au chapitre vu des Fondations, la Sainte dit en parlant de la mélancolie : « Il me semble, je ne m'en souviens plus, que j'ai touché un mot de cela dans un petit livre, en un librico pequeno ». Ces mots ont fait croire qu'il s'agissait d'un petit traité sur la mélancolie ou l'hystérie, aujourd'hui perdu. Il faut abandonner cette opinion. Le chapitre vu des Fondations est écrit en x573 à Salamanque. Or, huit ans auparavant, — et ce laps de temps suffit pour que la fondatrice qui avait tant de choses en tête à ce moment et la mémoire faible, sente se troubler ses souvenirs, — huit ans auparavant, Térèse avait en effet parlé de la mélancolie. Qu'on relise le chapitre xxiv du Chemin de Perfection écrit en 1565. Et précisément, la Sainte appelle parfois cet ouvrage mi libro pequeno, ou el librito. Le texte cité ne permet d'ailleurs pas de conclure qu'il s'agit d'une autre œuvre.

Dans l'édition Plantinienne des Œuvres complètes parue à Anvers en 1630, Moretus insérait pour la première fois l'opuscule intitulé : Siete meditaciones sobre el Pater Noster, que nous trouvons déjà dans la traduction française du P. Cyprien de la Nativité. La simple analyse de l'original, prouve à l'évidence que cet écrit ne saurait être de la Sainte. C'est un traité fort docte, plein de citations qui révèlent un auteur possédant parfaitement les Écritures et qui n'est pas sans culture littéraire ; autant de caractères nettement étrangers à la plume de notre écrivain.

examen particulier des divers écrits 393

Editions successives des œuvres complètes.

Au XVie siècle :

La première édition des Œuvres complètes est celle de Salamanque, chez Guilliermo Foquel, 1588. Elle est due à la collaboration de la Mère Anne de Jésus et de Fray Louis de Léon. La Supérieure du Couvent de Madrid réunit les manuscrits et le moine augustin revisa le texte. Homme d'érudition et de goût, il le dépouilla des notes, remarques ou corrections dont l'avaient alourdi certains théologiens et donna une édition qui, pour le temps, est remarquable 1.

En 1589, chez le même Foquel, à Salamanque, il publia une seconde édition 2, revue et corrigée sur la première. Ces éditions comprenaient la Vida, le Camino de Perfecion, les Avisos, le Castillo Interior, les Exclamaciones.

Suivent les éditions moins importantes de Saragosse (1592) et de Madrid (1597).

Au XVIP siècle :

En 1604 (et non en 1594 comme le prétend l'Ano Teresiano) paraît l'édition de Naples, et en 1610 l'édition de Bruxelles, chez Roger Velpius, importante parce que, pour la première fois, y figure le livre des Fondations ;

1. Il se permit pourtant une petite vilenie. Il laissa simplement de côté les mots d'éloge que la Sainte adresse dans la Vida à la Compagnie de Jésus. Or à ce moment les relations entre l'Université de Salamanque et certains Ordres enseignants, notamment les Jésuites, étaient plutôt tendues. En janvier 1587, comme Louis de Léon se trouvait à Madrid pour le procès de l'Université de Salamanque contre le collège de l'Archevêque, il reçut ordre de la même Université d'en entreprendre un second contre la Compagnie, également pour des questions d'enseignement. A cette époque les discussions, même intellectuelles, n'étaient pas toujours courtoises, et il est difficile, dans l'omission de Louis de Léon, de voir autre chose qu'une représaille. Ce qui confirme cette opinion c'est qu'à son tour le P. Ribera S. J., dans sa Vida de la Madré Teresa(i590), ne souffle mot des deux éditions de Fray Luis de Léon.

2. Cf. Morel-Fatio, Bull. Hisp. 1908, t. X. Les deux premières éditions des Œuvres de Ste Thérèse.

394 l'œuvre

elle fut réimprimée en 1612 ; suit une série de rééditions de celle-ci : 1613 (Valence), 1615 (Madrid), 1623 (Valence) ; en même temps, on réédite l'édition princeps de Salamanque : 1622 (Madrid), 1623 (Saragosse), 1627 (Madrid).

En 1630 paraît à Anvers la célèbre édition de Moretus, successeur de Plantin, appelée « la de la Palma ». Elle est plus complète que celles de Salamanque et de Bruxelles. Pour la première fois y apparaissent les fameuses Méditations sur le Pater. Au point de vue typographique c'est une édition superbe; quant au texte, elle reproduit en l'estropiant la princeps de Salamanque. Elle est rééditée en 1635 et en 1636 à Madrid.

Ce fut vers 1645 que les Carmes Déchaussés entreprirent, à l'Escorial, à Valladolid et à Séville, leurs premiers travaux de révision des Mss. Il en résulta l'édition de 1661, dite des Carmes, ou édition de Manuel Lopez chez J. Fernandez y Buendia à Madrid. Supérieure à toutes les précédentes, elle se réédita à Madrid en 1670. C'est vers cette époque que l'Ordre obtint par décret royal le privilège exclusif de la réimpression des œuvres.

En conséquence les Carmes entreprirent encore deux grandes éditions : l'édition de Bruxelles, 1674, chez F. Foppens, dédiée au roi Carlos II ; et l'édition de Madrid, 1675, dédiée à la reine Mère, Da. Mariana d'Autriche. On y imprime toutes les lettres de la Sainte que l'on possédait à ce moment. Une dernière édition du XVIIe siècle est celle de 1678 (Madrid).

Au XVIIIe siècle :

Citons en 1724, à Barcelone, une réimpression de l'édition de 1678. En 1752 nouvelle édition des Carmes. Elle ne s'élève pas au-dessus de celle de 1661 et en garde les défauts. Les Carmes s'en excusent aujourd'hui par le refus qu'ils essuyèrent, à l'instigation des PP. Hiéronymites, de compulser de nouveau les Mss. originaux.

En 1754 commencèrent les travaux extrêmement importants des Carmes André de l'Incarnation, Manuel de Santa Maria et Thomas d'Aquin, aux riches archives du Couvent de Saint-Herménégilde à Madrid. Ferdinand VI venait de faire prendre des copies soignées des Mss. de TEscorial, de Valladolid et de Sévillepour la Bibliothèque Royale de Madrid. Un travail de révision extrêmement important se préparait. En attendant qu'il fût achevé, parut l'édition deDoblado (Madrid, 1771, 1778 et 1793). Sauf quelques lettres nouvelles, elle ne fait que reproduire l'édition de 1752.

Au XIXe siècle :

Les travaux des Carmes avançaient. Les copies nouvelles des Mss. révélaient toute la défectuosité des éditions. De plus, des documents de la plus haute importance étaient mis à jour.

Les événements politiques du premier tiers du siècle arrêtèrent net ces heureux débuts. Ce fut d'abord l'invasion française, puis la réaction intérieure. Les couvents furent pillés ; les religieux bannis ; des documents d'une valeur inestimable périrent ; ce qui en restait, notamment une partie des travaux de correction des Carmes du XVIIIe siècle, qui révèlent une étude méthodique et très objective, fut réuni à la Bibliothèque Nationale de Madrid.

L'édition de Palomino de 185 1 n'est qu'une reproduction de celle de Doblado (1793).

En 1861 parurent dans la grande collection Biblioteca de Autores espanoles, chez Rivadeneyra (Madrid), deux tomes (LIV et LV) consacrés aux Œuvres complètes de Sainte Térèse, publiés par D. Vicente de la Fuente. L'érudit térésien y fit usage de documents nouveaux et des corrections des Carmes du XVIIIe siècle, mais avec un tact scientifique relatif. C'était l'édition la plus complète ; le P. Silverio l'appelle aujourd'hui

396 l'œuvre

« infelicisima ». En 1881 D. Vicente en donna une édition populaire en sept tomes.

Entre-temps commençaient à paraître les éditions phototypographiques des œuvres séparées, que nous signalerons plus loin.

Enfin, dès 1915, parut le premier tome de l'édition de Burgos par le P. Silverio. Si cette édition ne donne pas encore pleine satisfaction aux érudits en ce qui regarde la présentation philologique du texte, elle est, pour l'exactitude de celui-ci, grâce à un usage judicieux et à une révision prudente des travaux antérieurs, tout ce que l'on peut désirer l.

h — Les Œuvres Majeures

Page 1