Lettre du 23 juin 1568 à Louise de la Cerda
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Elle écrit une nouvelle relation, plus détaillée encore semble-t-il (sin dejar nada fior decir) pour le P. Juan de Pradanos. (Vie xxm). Celle-ci ne devait guère différer des dix premiers chapitres de la Vida actuelle.
En écrivit-elle d'autres, par exemple à saint François de Borgia ou à saint Pierre d'Alcantara ? Ce n'est pas probable.
Le premier document que nous possédons est de 1560. Il était adressé au P. Ibafiez qui était alors son confesseur.
Le peu que Térèse avait écrit ou dit au sujet d'ellemême, de ses grâces et de sa vie, avait attiré l'attention de ses confesseurs, vivement éveillée déjà par tout ce qui se passait alors dans le monde spirituel. Tous pressentent un document de haute valeur. De plus, ils ne veulent pas s'aventurer sur un terrain aussi dangereux sans une pièce qui leur permette d'étudier l'affaire à tête reposée et, le cas échéant, de se mettre à couvert devant le tribunal d'Inquisition.
Voilà pourquoi tous engagent Térèse à écrire une relation très complète de sa vie et de ses grâces. Elle cède à Ibafiez, probablement dès 1561, elle cède à Dieu qui la réclame, dit-elle, quoiqu'il lui en coûte, satisfaite cependant de pouvoir enfin se faire connaître telle qu'elle est, c'est-à-dire beaucoup moins bonne à son sens qu'on ne le croit. C'est là l'origine du Libro de su Vida.
Elle commença à le rédiger probablement à Avila en 1561 et en écrivit la plus grande partie à Tolède chez son amie Louise de la Cerda où elle le termina en Juin 1562. Cette première rédaction est perdue.
A la fin de 1562, le P.Garcia de Toledo lui fit ajouter à celle-ci le journal de la récente fondation de San José d'Avila ainsi que le récit de quelques grâces nouvelles. Vers le même temps l'Inquisiteur de Tolède, don Fran-
çois Soto y Salazar, consulté par Térèse, l'engage à mettre par écrit tout ce qui regarde son oraison, à y joindre un compte-rendu très détaillé de sa vie, et à envoyer le tout au maître Juan d'Avila. Tout cela induisit la Sainte à une refonte complète de son œuvre. Elle la revoit donc, y ajoute des détails, des récits et des passages nouveaux, et divise le tout en 40 chapitres. C'est la seconde rédaction de la Vie, dont le manuscrit repose à l'Escorial. Elle commença cette révision vers la fin de 1562 ou mieux au début de 1563 et ne la termina certainement pas avant la fin de 1565.
On distingue fort bien dans la Vida :
i° Les premiers événements, jusqu'à la conversion à la vie parfaite : ch. 1 à x — retouche d'une ancienne Relation écrite pour le P. Juan de Pradanos (?)
20 Le petit traité de l'Oraison : ch. xi à xxn — composé à part, peut-être pour le petit groupe des cinq (?)
30 Les événements de son âme, grâces et tentations, depuis sa conversion à la vie parfaite : les événements extérieurs n'y tiennent presque plus aucune place : chapitres xxiii à xxxn — formant avec le i° la première rédaction (?)
4° La fondation de San José d'Avila et les dernières grâces, c'est-à-dire l'addition faite sur l'ordre de Garcia de Toledo : ch. xxxn à xxxvi ; xxxvn à xl.
Le petit Traité de l'Oraison est le joyau de ce livre et mérite un examen spécial.
Après être arrivé dans le récit de sa vie à la narration des premières grâces d'oraison que Dieu lui fit et avoir demandé aux destinataires de son écrit le plus grand secret sur ce qu'elle va raconter dans la suite, la Sainte interrompt soudain cette narration pendant dix-sept chapitres pour donner un traité complet de l'Oraison.
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Elle y présente une classification très simple et en même temps très claire des degrés d'oraison. Il y a d'abord l'Oraison discursive, puis quatre degrés d'Oraison « surnaturelle » : le recueillement, la quiétude, le sommeil des puissances, l'union.
L'âme est semblable à un verger d'amour où le Seigneur descend pour prendre ses délices. Le sol en est infertile et couvert d'herbes folles. Avant toutes choses, il les faut arracher. C'est un travail présupposé et qui incombe à l'ascétisme. Il faut surtout faire croître les plantes de vertus que Dieu y a semées ; il faudra donc rendre le sol fertile en l'arrosant. C'est le rôle de l'Oraison.
Premier degré : Une première manière d'arroser ce jardin de l'âme consiste à puiser l'eau d'un puits profond à force de bras. Cela symbolise les fatigues de Y oraison discursive où l'agent principal est l'entendement. Celui-ci s'exerce à recueillir ses sens, à repousser les fantaisies distrayantes de l'imagination et les souvenirs vains de la mémoire sensible pour parvenir, parfois très péniblement, à tirer de son fonds quelque bonne pensée dont l'âme alors s'engraisse. Ce degré, qui a pour but divin le détachement du créé, se passe souvent dans l'aridité et la sécheresse.
Deuxième degré : L'irrigation se fait au moyen d'une noria et de conduites d'eau, opération beaucoup moins fatigante et où l'homme a moins de part. Elle symbolise Yoraison de quiétude. L'âme se sent entrer d'abord en un grand recueillement. Ce recueillement croît jusqu'à une merveilleuse quiétude. Ce n'est point encore la suspension, ni même le sommeil des puissances, mais déjà une oraison « surnaturelle », c'est-à-dire, au sens de Térèse, indépendante du sujet dans sa présence, augmentation, diminution ou disparition. Le sujet n'y peut donner que son consentement. Néanmoins la volonté y reste active mais d'une simple activité de jouissance,
sans s'inquiéter de l'entendement et de la mémoire. Cette activité de jouissance consiste pour la volonté à se garder unie aussi longtemps qu'il plaît à Dieu. Les autres facultés d'après leur attitude aident ou nuisent à son recueillement. Effets : Fertilité plus grande de l'âme en vertus, incroyable dédain du créé, sens de l'infini.
Troisième degré : L'irrigation du jardin se fait par des canaux, semblables aux petits ruisseaux qui courent autour des champs dans la huerta de Valence.
Les puissances de l'âme ne sont pas encore suspendues, mais un étrange sommeil les prend. Elles sont endormies à tout ce qui est fini, créé, terrestre, et ne savent plus s'occuper que de Dieu {solo tienen habilidad... para occuparse todas en Dios). C'est, vis-à-vis de l'humain, une folie céleste, une sublime inconscience. Mais avant ce sommeil complet il y a des étapes intermédiaires. La volonté seule est liée à Dieu, comme une chèvre à son piquet, incapable de brouter ailleurs que dans son rayon, tandis que le discours et la mémoire folâtrent où ils veulent, broutant tantôt dans le même rayon, tantôt bien loin dans la prairie, s'occupant d'affaires ordinaires. On a alors dans l'âme, l'alliance de Marie et de Marthe. — Ou bien la volonté et le discours sont ainsi attachés ; la mémoire continue à folâtrer de concert avec l'imagination. Elle est comme une phalène, dit la Sainte. Dieu la prend quelquefois en pitié et pour l'immobiliser lui brûle les ailes au divin flambeau. Toutes les puissances alors s'endorment en ce sublime sommeil.
Effets : Les racines des vertus s'enfoncent de plus en plus ; joie si forte qu'elle déborde souvent sur le corps et met à l'agonie.
Quatrième degré : L'irrigation se fait par une ondée de pluie bienfaisante ; chose care et belle et divine dans le désert aride de Castille.
C'est l'oraison d'union pleine avec suspension du
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discours et de la mémoire. Ici le « comment » même de l'opération divine échappe à l'âme. Elle ne peut que constater celle-ci sans y rien comprendre. Dieu a l'âme tout entière en main par la volonté, et en fait ce qu'il veut : de là une série de phénomènes : ravissement, vol de l'esprit, désirs nostalgiques de l'Infini, blessure, lévitation, car le corps ici suit l'âme, comme les facultés suivent la volonté.
Effets : Printemps perpétuel, larmes de bonheur, désirs apostoliques ; l'âme produit ici sans effort les plus sublimes vertus.
Vis-à-vis du petit Traité de l'Oraison tout le reste du livre, malgré ses grands mérites de couleur et de style, ne semble que l'écrin destiné à enchâsser cette perle.
A notre avis il n'appartient pas à la première rédaction, et fut peut-être même rédigé isolément, et rattaché ensuite, vers la fin, à la seconde rédaction.
Bien des arguments militent en faveur de cette hypothèse : D'abord certains faits rapportés au cours de ces dix-sept chapitres : Térèse parle au chapitre xx d'un ravissement qu'elle eut à Saint- Joseph d'Avila pendant un sermon. Or ce fait se place en 1565, donc postérieurement à la première rédaction. Il en va de même de la plupart des faits rapportés par elle dans les derniers chapitres de ce traité : « Les grâces dont je parle ici sont toutes récentes ; elles sont postérieures à toutes les visions et révélations que je mentionnerai plus loin » (ch. xx).
Dans la première rédaction, où la Sainte a l'unique préoccupation de se « confesser », elle n'a même pu avoir l'idée de donner des enseignements systématiques comme elle le fait ici. « Tant de saints et de pieux écrivains, dit-elle, ont signalé tout le bien qu'on pouvait tirer de l'oraison mentale. Et quand ils ne l'auraient pas fait, ce n'est pas moi, malgré mon peu d'humilité,
qui serai jamais assez orgueilleuse pour toucher pareil sujet » (ch. vin).
Le ton du Traité diffère de tout le reste de l'ouvrage. C'est moins le ton de l'Autobiographie que celui du Chemin et des Demeures. La Sainte y enseigne plus qu'elle ne s'y confesse ; sans doute ce sont encore des faits personnels qu'elle rapporte, mais ceci, on le sent, plus dans le but de faire du bien à quelques disciples que dans celui de se faire connaître à un directeur. « Sa Majesté sait qu'après celle d'obéir, mon intention (en écrivant ces lignes) est de nourrir (engolosinar) les âmes d'un si grand bien » (ch. xviii). Et de fait elle s'adresse à d'autres encore qu'à son confesseur qui en est le destinataire direct : « Plaise à Sa Majesté que les grandes bontés qu'il a eues pour cette misérable pécheresse servent à encourager et à animer ceux qui liront ces pages», (ch.xxi).
Or cette intention déclarée de faire du bien à ses lecteurs ne cadre guère avec sa déclaration du ch. vin et les supplications de discrétion qu'elle adresse au destinataire de la Vida à la fin du chapitre x, tout juste avant d'entamer le Traité de l'Oraison qui débute au chapitre xi. « Je vous donne pleine permission, à vous et à tous mes confesseurs, de publier tout ce que je vous ai dit touchant mes péchés et ma misérable vie. Mais pour ce qui va suivre je ne vous la donne pas ».
Et nous en comprenons fort bien le motif, un motif d'humilité, en appliquant ces paroles non aux chapitres qui suivent immédiatement mais au début du chapitre xxiii, le premier qui suit le Traité de l'Oraison. « A partir de ce moment c'est un autre livre qui commence, je veux dire, une vie nouvelle : Jusqu'ici c'était ma vie à moi ; celle qui a commencé avec les grâces d'oraison dont j'ai entrepris le récit, est celle de Dieu en moi ». C'est précisément celle qui commence au chapitre xxiii. Les paroles finales du chapitre x ne se rap-
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portent donc pas au chapitre xi et suivants mais au chapitre xxin et suivants ; ce qui prouve que tous les chapitres intermédiaires ont été intercalés.
Enfin le style lui-même ne cadre point avec le gracieux laisser-aller, la négligence un peu hâtive du reste de l'Autobiographie, surtout dans certaines parties. Le Traité est plus méthodique et révèle une conception isolée, indépendante du reste de l'ouvrage. L'expression de la pensée est plus concise ; les digressions sont moins nombreuses et si, dans la seconde rédaction, l'auteur n'a pas craint, sur l'ordre de son confesseur, de s'étendre, ici au contraire elle a manifestement voulu se concentrer.
L'hypothèse d'une rédaction isolée, indépendante même de la seconde rédaction mais antérieure à elle, n'est donc pas dépourvue de probabilité.
Peut-être les destinataires réels en étaient-ils ce mystérieux petit groupe dont elle parle au chapitre xvi (le sixième du traité) et dont faisait partie Ibanez à qui elle s'adresse en ordre principal : « Je voudrais que nous convenions de cela, (de nous rendre le service de nous éclairer mutuellement), nous cinq qui en ce moment nous aimons dans le Christ ».
Sainte Térèse, dans sa candeur, crut de bonne foi qu'au moins de son vivant son Autobiographie resterait secrète. Comme on le viola, ce secret !
Pour ne parler que de sa seconde rédaction, outre ses premiers confesseurs, Ibanez qui la dirigea et n'en vit point la fin, Garcia deToledo, Bafiez qui l'approuva ; outre ses amis Francisco de Salcedo et Daza, que d'yeux souvent indiscrets ont parcouru ces pages. Juan de Avila dut en donner son avis ; Da. Luisa de la Cerda qui fut chargée de la lui transmettre ne se fit pas faute de la lire ; la cause du retard apporté à s'acquitter de sa commission fut peut-être qu'elle le faisait lire autour
d'elle ; puis ce furent à tour de rôle tous les confesseurs de la Sainte : Martin Gutierrez, le P. Ripalda qui, après lecture de la Vie, lui enjoignit de commencer à rédiger les Fondations } Don Alvaro de Mendoza, évêque d'Avila. Celui-ci en fait prendre une copie qu'il offre à sa sœur Maria de Mendoza. Barthélémy de Médina en fait autant et offre la transcription à la duchesse d'Albe, Maria Enriquez, qui la passe à sa belle-fille Maria de Toledo. Ce fut cette copie que le duc d'Albe lut dans sa prison. La Sainte se plaignit à Rodrigue Alvarez de cette divulgation de son âme, et Banez en montra le plus grand déplaisir. La trop célèbre princesse d'Eboli l'exigea à son tour. Il fallut céder. Le manuscrit courut de mains en mains parmi les gens de son entourage qui s'en amusèrent comme de folles visions. En 1574, la princesse par représailles dénonça le livre au Saint-Office. Il passa alors aux mains des Inquisiteurs qui en exigèrent en même temps toutes les copies. Il y resta douze ans, jusqu'en 1587 où il fit retour à Anne de Jésus en vue de l'édition de Salamanque. Les copies avaient été détruites. Celle d'Albe avait échappé. Dès 1580 des copies nombreuses faites sur celle-ci circulaient dans les couvents de la Réforme. Beaucoup d'autres personnes les lisent. En 1585 l'ouvrage était loué publiquement dans les cours à Salamanque.
Après la mort de Luis de Léon qui l'avait employé pour son édition, le manuscrit passa aux mains du P. Antolinez qui le remit au Docteur Sobrino afin qu'il fût placé selon le désir et par l'ordre de Philippe II dans la Bibliothèque de l'Escorial. C'est là qu'il repose encore aujourd'hui. Le Libro de la Vida fut toujours publié dans toutes les éditions complètes des œuvres que nous avons énumérées. En 1873, D. Vicente de la Fuente en collaboration avec A. Selfa en donna une édition photolithographique faite sur le Ms. L'édition de Burgos parut en 1915.
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La Vie n'est à tout prendre qu'une Relation étendue. Les Relations détachées que la Sainte en différentes circonstances adresse à ses confesseurs et la notation de certaines grâces reçues en sont le complément nécessaire. Quelques-unes sont d'une importance capitale. Elles n'ont été groupées qu'après coup, pour en faciliter la classification.
Un premier groupe de documents comprend les relations adressées par Térèse à des confesseurs, directeurs ou supérieurs, pour leur faire connaître son état spirituel. Un second, des grâces particulières que la Sainte annotait au jour le jour, le plus souvent après la communion, soit sur des feuilles volantes, soit dans un petit cahier.
Premier Groupe : Six relations sur son état spirituel.
a) Trois relations à ses confesseurs :
Elles datent respectivement de 1560-1562-1563. Selon toute probabilité, les deux premières sont adressées au P. Ibanez, la troisième au P. Garcia de Toledo ou peutêtre au P. Ibanez, ses confesseurs à ce moment.
Ce sont d'étonnants documents de lucidité intérieure, d'une concision et d'un ton de sincérité frappants.
b) Les deux relations de Séville. Elles sont adressées au P. Rodrigue Alvarez S. J. — Elles datent de 1576.
La première s'adresse à l'Auditeur du Saint-Office : Une religieuse hystérique du Couvent de Séville avait répandu au sujet de la Fondatrice et de la communauté, à peine établie à Séville depuis sept mois, des calomnies d'une gravité telle que l'Inquisition se vit obligée d'intervenir. La Sainte et ses filles n'étaient soupçonnées de rien moins que de s'adonner aux pratiques des Illuminés. Un Inquisiteur, délégué au couvent, reconnut l'inanité des accusations. Quant à la doctrine de la fon-
datrice et à sa direction spirituelle, elle fut jugée irréprochable par le P. Rodrigue Alvarez après un examen approfondi et l'exposé qu'en fit la Sainte notamment dans cette première relation.
La seconde s'adresse au directeur de conscience. Ici, disent les Carmélites de Paris, « la Sainte ne rédige plus un mémoire destiné à un examinateur officiel, mais elle livre son âme à un guide éclairé qui a gagné toute sa confiance 1 ». Cette relation est un document extrêmement précieux de la doctrine mystique de Térèse et se trouve en rapport d'idées étroit avec le Traité de la Prière (Vie xi à xxn) et les chapitres de la Vida où elle parle de ses grâces d'Oraison (surtout xxxvu à xl).
c) Enfin une sixième relation, écrite à Palencia en 1581, est destinée à l'Évêque d'Osma, Alonso Velasquez. C'est un des documents les plus émouvants sorti de la plume de Sainte Térèse. Al. Velasquez avait été jadis son confesseur à Tolède. Térèse à la fin de sa vie le retrouve. Elle est bien vieille déjà et se sent mourir. Ses forces s'en vont. Néanmoins son âme goûte une paix merveilleuse et une certitude étrange de jouir bientôt de Dieu. Pourtant elle garde au cœur sa compassion amoureuse ; et ce vœu suprême de sa vie sacrifiée, une des plus belles que connut l'histoire de l'humanité, lui revient une dernière fois aux lèvres : Servir ! « Servir ! » répète-t-elle jusque trois fois dans cette lettre, « Servi rie mds ».
Deuxième Groupe : Relations courtes de grâces obtenues.
« Ce sont, dit le P. Silverio 2, comme de petits fragments de pierres précieuses tombées pendant la taille, parcelles menues mais aux facettes aussi étincelantt^ que la pierre dont elles ont fait partie ».
Elles peuvent être considérées comme la continuation des derniers chapitres, non rédigés, de la Vida. La prc-
I. Œuvres complète*, t. II, p. 191. — 2. Obras de S. T. de Jesvn, ,. II, p. xv.
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mière est de 1569. C'est le compte-rendu de la révélation énigmatique où la Sainte semble avoir reçu connaissance de la date de sa mort. Ces chiffres peuvent néanmoins avoir une tout autre signification.
Jusqu'en 1571 la Sainte note ses grâces sur des feuilles volantes ; à partir de cette date, sur un petit cahier qui doit s'être égaré assez tôt. Parmi ces Relations courtes il y en a de remarquables. Signalons la relation de son extase de Salamanque (17 avril 1571) ; la relation du Sang (dimanche des Rameaux, 1572) ; celle du Mariage Spirituel (Novembre 1572) et celles relatives au vœu d'obéissance qu'elle fit au P. Gratien (Avril et Mai 1575).
Nous possédons bien peu d'autographes de ces relations. Nous avons celui de la première des deux relations de Séville. Il ne reproduit pas la rédaction définitive. C'est le texte de Viterbe, signalé dès 1649 P3* un traducteur allemand. Nous possédons également deux fragments très importants de la relation de 1581 à l'évêque d'Osma, conservés chez les Carmélites deMadrid; enfin certaines feuilles volantes portant des relations courtes, comme l'autographe de Consuegra, et d'autres au sujet de l'authenticité desquelles il faut être d'une extrême prudence.
Par contre, les copies, faites vraisemblablement sur les originaux, ne manquent pas. Les plus complètes sont les deux recueils à'Avila et de Tolède. Ce sont pour le texte authentique les sources indispensables. Le Ms. 1400 de la Bibliothèque Nationale de Madrid renferme en outre une copie de relations courtes faite en 1759 sous la direction du P. André de l'Incarnation. Le P. Silverio nous signale encore un petit manuscrit inconnu, trouvé au Couvent de Salamanque, contenant trente-huit relations dont une ne figure ni au codex d'Avila, ni à celui de Tolède. La Biblioteca de la Real
Academia de Historia possède une copie fidèle de certaines Relations, prise par le P. Ribera. Signalons en outre, pour les relations qui se rapportent au P. Gratien, une copie par /. Vasquez del Marmol, notaire apostolique, conservée chez les Carmes d'Avila et une copie des mêmes relations chez les Carmélites de Consnegra. Enfin citons encore comme sources : le Ramillete de Mirra de la Mère Marie de Saint- Joseph, la Peregrinacion de Anastasio par le P. Gratien, et la Vie du P. Gratien par Marmol.
Certaines relations ont été publiées assez tôt dans l'édition des Œuvres sous le titre d'Adiciones à la Vida. Nous en trouvons déjà dans l'édition princeps de Salamanque (1588) bien qu'il faille se méfier du texte de Luis de Léon.
Yepès (1587) et Ribera (1590) dans leurs « Vies de la Sainte » en reproduisent de nouvelles, omises par Luis de Léon, notamment la triple relation à ses confesseurs.
Les PP. Tomâs de Jésus, Jeromino de San José et Francisco de Santa Maria publièrent également celle-ci en 1615 ; la première édition des Obras qui la renferme est l'édition plantinienne de Moretus (1630).
L'édition de Bruxelles (1674) donne, parmi les lettres, la relation à l'Évêque d'Osma.
Don Vicente de la Fuente fut le premier à publier intégralement les Relations, bien que d'une façon un peu désordonnée et sous le titre faux de Libro de Relaciones. Les Carmélites de Paris eurent le grand mérite de reviser ce travail au point de vue chronologique, ce qui a accru considérablement l'intérêt de ces Relations.