Cfr. Polit, Œuvres complètes de S. T., t. V, p
« unos cuadernillos », quelques fascicules ou feuillets.
De plus, à travers toute l'œuvre, on sent le désir de la Sainte de faire un court résumé de ses doctrines à l'usage de ses filles. A deux ou trois reprises, p. ex. au ch. iv, elle renvoyé aux livres plus étendus sur la matière.
Enfin, si l'on veut se donner la peine d'étudier le plan de ce petit traité, on verra qu'il est complet. Comme le Camino, il renferme une partie ascétique (ch. i, n, m) et une partie mystique : quiétude et union (iv, v), extase (vi), mariage spirituel (vu), le tout brossé rapidement et comme en résumé.
Ce qui confirme cette opinion, c'est que les copies anciennes n'ont toutes que ces sept chapitres, sans plus. Et cependant ces mêmes copies ont d'autres divergences, ce qui prouve qu'elles n'ont pas été prises sur le même texte. Ceci porte le P. Silverio à croire que la Sainte a fait de ses Conceptos, comme de la plupart de ses autres œuvres, une double rédaction.
Le style des Pensées semble se ressentir de l'époque où cet ouvrage fut composé et de la manière dont la Sainte le rédigea. Il est moins véhément que les Exclamations, car après le Mariage spirituel, au moins pour quelque temps, Térèse n'éprouve plus ces transports violents, mais une sensation de calme plénitude. Elle chante la paix. Elle chante avec sublimité les joies de l'ivresse et de la satiété spirituelles. L'allure parfois un peu traînante et le lien relatif entre les idées, semble indiquer que Térèse composa cet opuscule péniblement, à intervalles irréguliers et courts ; sa charge de prieure à l'Incarnation et la fondation de Ségovie hachaient son temps et lui laissait fort peu de loisirs.
Nous possédons quatre copies anciennes des Pensées sur le Cantique. Ce sont les copies d'Albe, de Consuegra, de Baeza et de Las Nieves, ainsi nommées d'après les monastères où les découvrirent, au milieu du XVIIIe siè-
cle, les PP. Diego du Saint-Esprit et André de l'Incarnation *. Deux de ces copies, celles d'Albe et de Baeza, ont de grandes affinités ; elles correspondent à peu près "au texte de l'édition princeps de Bruxelles. Deux autres, celles de Las Nieves et de Consuegra, assez semblables entre elles, sont plus courtes ; mais on y trouve d'assez longs passages qui ne figurent point dans les premières. Louis de Léon, encore plein de ses déboires avec l'Inquisition, ne s'aventura pas à publier cet écrit. Ce fut la Mère Anne de Jésus et le P. Gratien, tous deux en Belgique, qui firent imprimer les Conceptos. L'édition vit le jour à Bruxelles, chez Roger Velpius et Hubert Antoine (1611). Une naïve gravure sur bois représente en première page Jésus-Christ assis et liant d'un ruban le cœur que la Sainte à genoux lui présente ; on lit en dessous le vieux texte :
« le sal dit hertken also wel becknoopen, Dat my niet en sal connen ontloopen ».
Cette édition est faite vraisemblablement sur la copie d'Albe, dont le P. Gratien, qui en prenait à son aise avec les écrits de la Sainte, ne craignit pas de s'écarter çà et là. Silverio pense qu'il employa également une copie faite à la dérobée par une religieuse, mais qui ne nous est pas parvenue.
Une seconde édition parut à Bruxelles l'année suivante.
Dès 161 1, une caisse de volumes de la princeps des Conceptos et de celle des Fundaciones avait été expédiée par Gratien à Bruges, à Diego de Aranda, qui se chargea de la faire passer en Espagne 2. L'Inquisition ne fit pas de difficultés à l'entrée ni à la diffusion de ces ouvrages. Déjà en 1613 on en fit une édition à Valence ;
1. Pour description détaillée, v. Polit, t. V, p. 381 et suiv. — 2. Lettres du P. Gratien (12 avril et 18 août 161 1) à sa sœur au monastère de Séville.
une autre à Madrid en 1615 ; deux autres, à Valence et à Saragosse, en 1623. Dans l'édition d'Anvers, chez Moretus, 1630, l'Inquisition fit supprimer les gloses de Gratien conformément à un décret paru, interdisant de commenter le Cantique en langue vulgaire.
Dans son édition des œuvres de 1861 pour la collection Rivadeneyra, La Fuente utilisa la transcription des quatre copies exécutées par les Carmes au XVIIIe siècle et qui avait passé des archives générales de l'Ordre, réunies au Couvent de Saint-Herménégilde, à la Bibliothèque Nationale de Madrid. Son travail se ressent de procédés critiques souvent arbitraires.
Le P. Silverio dans l'édition de Burgos (1917) donne avec toute l'exactitude possible le texte de la copie d'Albe en y intercalant, non sans en aviser le lecteur, les quelques paragraphes propres à la copie de Consuegra. Il donne également en appendice le texte de Baeza, de Consuegra et de Las Nieves.