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III. RÉPONSE A UN DÉFI SPIRITUEL

Dans la seconde moitié du seizième siècle la littérature chevaleresque avait, sous l'influence de la réaction religieuse, tourné complètement à la « Caballeria celestial ». La « Rosa fragante » comptait de nombreux lecteurs dans les cloîtres, et cette littérature « a lo divino » avait grande vogue parmi les personnes pieuses. Il était du dernier bon goût de s'envoyer entre dévots des défis d'amour divin. La chose se pratiquait dans les couvents et il n'était pas rare de voir les communautés d'un même ordre ou d'ordres différents, parfois d'une ville à l'autre, se provoquer mutuellement à des joutes pieuses. Il s'agissait d'exploits dévots à accomplir : prières, macérations, austérités et mortifications de tout genre. L'une partie dépêchait un cartel ; l'autre partie relevait le défi en signant le cartel et le renvoyait en énumérant parfois à son tour ses exploits. Chacun pouvait entrer en lice comme Chevalier spirituel. Il suffisait de se faire inscrire au cartel pour un exploit déterminé. Comme dans les tournois, il y avait un champion en titre, le Mantenedor ; il y avait aussi, comme en tout roman de chevalerie qui se respecte, un chevalier inattendu, inconnu, mystérieux, le Venturerof l'aventurier.

Tous ces éléments se retrouvent dans les quelques pages intitulées : Respuesta a un desafio espiritual. C'est un document extrêmement curieux de littérature « a lo divino » et de mœurs conventuelles.

Quels sont les auteurs du cartel auquel Sainte Térèse répond ? La question est obscure. On présume que ce sont les Carmes de Pastrana. C'étaient les émules des religieux de Duruelo. Établis dans leurs cavernes

depuis 1569, ils s'y livraient comme eux à des macérations effrayantes. C'est précisément sur ce terrain de mortifications corporelles qu'ils avaient défié la Mère Térèse et ses filles. La Sainte déclare que sur ce terrain elle est battue d'avance ; que par conséquent elle ne peut relever le défi. Mais elle provoque à son tour le Champion, el Mantenedor, à sortir de sa caverne et à combattre au grand jour sur un terrain de mortifications plus spirituelles où il risque fort d'être honteusement battu. Puis elle énumère le nom de ses filles qui entrent en lice et les exploits qu'elles veulent accomplir.

Les noms cités appartiennent à des religieuses de l'Incarnation, et comme dans le document Térèse est appelée « Madré Priora», celui-ci doit donc dater du temps où elle était prieure à l'Incarnation, c'est-à-dire entre 1571 et 1574, et plus spécialement de 1572. A ce moment Gratien venait d'entrer à Pastrana et l'on parlait beaucoup de ses austérités. D'autre part, à cette date, saint Jean de la Croix était, avec le P. Germain, confesseur à l'Incarnation. Dans l'hypothèse où les Carmes de Pastrana seraient bien les destinataires de la réponse, le mantenedor serait donc Gratien et le venturero qui combat du côté de Térèse et de ses filles ne serait autre que saint Jean de la Croix.

Ce qui confirme cette hypothèse, c'est l'exploit de Térèse elle-même par lequel se termine ce morceau : « Le chevalier, dit-elle, qui chaque jour saura prendre une résolution bien déterminée de souffrir toute sa vie un supérieur très sot et vicieux et grand mangeur et joueur et de mauvais caractère, Térèse de Jésus lui donne à chaque fois la moitié de ses mérites quotidiens dans la communion et dans les grandes souffrances qu'elle endure ».

Or, ceci est une pointe et une allusion très fine aux déboires qu'avait connus la petite communauté de Pastrana. En l'absence de saint Jean de la Croix, un

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maître de novices sans jugement avait tout bouleversé ; saint Jean qui était alors à Alcala pour la fondation du fameux collège Saint-Cyrille, avait dû revenir en hâte pour y mettre ordre ; et on se souvenait encore à Pastrana de tout ce que le « prelado necio » avait fait endurer.

Nous n'avons plus aujourd'hui comme autographe de la Réponse que les quelques lignes qui expriment l'exploit de la Prieure. Ce document est conservé chez les Carmélites de Guadalajara. Le reste de l'autographe est signalé jusqu'au XVIIIe siècle comme existant chez les Carmélites de Burgos. Ce couvent ayant été incendié en 1808 par les troupes françaises, il est probable que l'autographe a péri avec beaucoup d'autres pièces.

La Réponse fut publiée pour la première fois dans l'édition des Obras de Doblado (1778). D'après une note marginale du Ms. 6615 de la Nacional, l'original, à ce moment déjà, n'était plus complet. Il y manquait cinq pages.

L'édition de Burgos (1919) publie la Réponse d'après les corrections inédites que renferme le Ms. 6615, p. 393, corrections faites sur l'autographe, vers le dernier tiers du XVIIIe siècle.

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