‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 88 sur 108 · IV. - L'Epistolaire · texte numérisé non relu

IV. - L'Epistolaire

Sous bonne escorte, à bride abattue, par les routes d'Espagne, passaient les courriers du Roi. Plus modestes, sur leurs mules lentes, la charge posée d'équilibre sur le bât, et les pistolets dans les fontes de cuir battu à la mauresque, allaient de relais en relais les messagers de métier faisant le service entre deux villes.

A l'occasion, il fallait se servir de muletiers ou de messagers de fortune. Tous n'étaient pas également sûrs.

Au départ du courrier, on lui remettait une partie du port, généralement inscrit sur la missive. Le destinataire payait le restant à l'arrivée. L'expéditeur glissait parfois cette seconde partie de la somme dans son pli ; mais avec des messagers de fortune c'était dangereux1.

A mesure qu'une époque s'éloigne de nous et que le souvenir se perd de ses coutumes et de ses moeurs, ses documents épistolaires, moins estimés d'abord par les contemporains, acquièrent pour nous un intérêt croissant. Ce sont des documents de vie ; ils nous aident à pénétrer jusqu'à l'individualité quotidienne et intime des personnes qui par delà les siècles nous attirent, et nous rattachent à celles-ci par ces mille détails minuscules qu'on chercherait en vain dans leurs grandes œuvres.

i. « Como es arriero puédese en^iar aqui el porte. Cuando no, y a sabe lo que suelen hacer, que es poner a peligro las cartas ; porque nunca lo haga se lo digo ». (Carta del 5 oct. 1576 a Maria de San José). — « ^ Que hay que hacer caso de cuatro reaies ? Ellos no las dieron, si el que las (scil. cartas) llevaba entendiô que iba algo dentro, no las daria » (Carta del 24 de Julio 1576 à D. Lorenzo de Cepeda).

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Et cela est vrai surtout de Sainte Térèse.La collection de lettres que nous possédons d'elle est comme une autre histoire de sa vie où, à côté de la Prieure, de la Fondatrice, de la Mystique, nous voyons la simple femme de Castille, s'occupant d'affaires très prosaïques souvent, mais toujours utiles. Tout y entre, ses soucis les plus graves, comme la défense de sa réforme, et ses préoccupations les plus journalières, telle la commande de quelques poules pour le repas de la communauté. Elle écrit, toujours accablée d'affaires, en hâte, prenant sur son sommeil, sans jamais se relire, sauf de rares exceptions, dans ce charmant abandon de la conversation où elle excellait.

Sainte Térèse employait le feuillet de papier dans toute sa longueur sans le plier au préalable. De là, la grande dimension de ses autographes. Toutes les lettres ont comme entête les initiales JHS (Jésus), Y h médiane traversée d'une barre qui forme croix. Seules les lettres apocryphes portent d'autres entêtes. Le monogramme JHS placé au milieu du feuillet, vers le haut, commence généralement la phrase stéréotypée : sea con V. Merced, Rêver encia, Paternidad, etc. D'autres fois, il reste isolé lorsque la lettre débute par une autre phrase.

La signature est toujours : Teresa de Jésus. La Sainte ajoute parfois, lorsqu'elle écrit à des personnes de distinction et desquelles elle est peu connue : Carmelita. Nous ne connaissons qu'une seule exception. C'est la lettre adressée en 1561 à son frère Lorenzo de Cepeda, qu'elle signe : Dona Teresa de Ahumada. A cette époque elle était encore à l'Incarnation où l'on usait dutrata-

miento.

« Envoyez-moi vite mon sceau, dit-elle à son frère, car je ne puis souffrir de sceller plus longtemps mes lettres avec cette tête de mort * ». Sainte Térèse, en

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