‹ Sainte ThérèseChapitre 10 sur 59 · I. Voyez le Château intérieur^ 7*» demeures, chap. m etiT · texte numérisé non relu

I. Voyez le Château intérieur^ 7*» demeures, chap. m etiT

a Dites-lui que la personne qu'il connaît est arrivée à cette demeure et jouit de la paix dont il y est parlé, qu'elle vit dans un repos profond » . Mais, nous le verrons bientôt, ce repos n'était pas l'engourdissement : il était la possession de soi-même dans la direction féconde d'un héroïque apostolat.

Il nous faut pourtant revenir sur nos pas ; car nous devons examiner avec Thérèse d'autres dons, qui certainement sont liés aux premiers, mais qui s'en distinguent. Us s'en distinguent parce que la vie personnelle de la servante de Dieu n'y prend pas, semble-t-il,une part aussi active. Ils s'en distinguent parce que le caractère surnaturel en est plus accusé, au point de se rapprocher de plus en plus du miracle. Ils s'en distinguent encore parce que s'ils sont, dans le cas présent, une récompense de l'extraordinaire sainteté de celle qu'ils honorent, celle-ci, en définitive, ne veut pas les confondre avec la sainteté même. Elle les accepte avec respect et reconnaissance, mais elle ne les accepte pas sans tremblement ; ils la convient, elle le sent, à des vertus plus hautes, ils lui en font comme un devoir redoutable ; mais enfin ils ne sont pas ces vertus, et alors qu'il n'y a jamais doute sur la valeur deThumilité, du dévouement, delà prièreetdel'amour de Dieu, il peut toujours y avoir doute sur ce que ces phénomènes extraordinaires vaudront pour le salut de celui qui les éprouve.

Que sont donc ces phénomènes ? On le sent d'avance : ce sont les visions, les apparitions, les révélations, et certains dons qu'il est permis d'appeler secondaires (à côté des autres), comme le discernement des esprits, la seconde vue ou la prophétie.

Ces faits tombent-ils, poui* ainsi dire, dans sa vie comme des coups de foudre isolés? Non. c Lorsqu'il a plu à Dieu, dit-elle, d'élever une âme dans cet état, il lui découvre peu à peu les plus profonds secrets. .. ; c'est dans ces ravissements et dans ces extases qu'il lui accorde les véritables révélations, les faveurs insignes et les hautes visions. »

Disons d'abord ce que ces visions ne furent pas. a Jamais elle n'a rien vu des yeux du corps », ainsi qu'elle le déclare souvent, et en particulier dans sa Relation de i5yo au P. Rodrigue Alvarez. Dix ans plus tard, dans le chapitre des Sixièmes demeures , du Château de Vâme^ elle renouvelle cette déclaration, a Arrive-t-il qu'on voie même des yeux du corps ? Je l'ignore, parce que la personne dont j'ai parlé, et dont l'intérieur m'est si connu, n'a jamais eu de vision de cette sorte. » Il est donc impossible de parler ici d'hallucination. La plupart de ses visions furent, comme elle le répète tant de fois, des visions intellectuelles. Pour comprendre en quoi elles consistaient, il n'y a rien à tenter en dehors des explications qu'elle donne elle-même. « Que si je dis que je ne vois Notre-Seigneurnidesyeuxducorps,nideceuxde l'âme, attendu que la vision n'est point imaginaire, on me demandera sans doute comment je puis savoir et affirmer qu'il est près de moi avec plus d'assurance que si je le voyais de mes propres yeux. Je réponds que c*est comme quand une personne ou aveugle, ou dans une très grande obscurité, n'en peut voir une autre qui est auprès d'elle. Toutefois ma comparaison n'est point exacte, elle n'exprime qu'un faible rapport ; car la personne dont je parle acquiert, par le témoignage des sens, la certitude de la présence de l'autre, soit en la touchant, soit en l'entendant parler ou se remuer.

Dans cette vîsion il n'y a rien de cela : point d'obscunté pour la vue ; Notre-Seigneur se montre présent à l'âme par une connaissance plus claire que le soleil. Je ne dis pas qu'on voie ni soleil, ni clarté, non; mais je dis que c'est une lumière qui, sans qu'aucune lumière frappe nos regards, illumine Tentendementafin que l'âme jouisse d'un si grand bien. Cette vision porte avec elle de très précieux avantages*. »

Les « visions imaginaires » apparaissent à la sainte comme étant d'un ordre moins élevé; et cependant elle se laisse aller à dire que quelquefois elles lui semblent, sous certains rapports, plus profitables; car elles sont « plus en harmonie avec notre nature ». A quoi donc les comparerons-nous? Aux représentations intérieures très nettes et très colorées dans lesquelles un grand artiste voit d'avance son personnage avant de le représenter dans le marbre ou sur une toile ? En tout cas, ce ne pourrait être là qu'une analogie ; car, tout en acceptant ce mot courant d' « imaginaires » , la sainte tient à établir qu'à son avis l'imagination ne peut pas se les donner à elle-même : elle les subit et ne les fait pas. C'est du moins ce dont elle est convaincue en ce qui la concerne, tant les visions dont son imagination a été ravie dépassaient les capacités naturelles de cette faculté. L'imagination ordinaire, elle le sait, peut, avec un grand effort, se représenter Notre Seigneur; mais la figure qu'elle croit voir alors est inanimée et morte comme un portrait. Ici, quelle différence !

I. Dans quelques antres descriptions cependant, la sainte se donne comme recevant certaines indications plus précises : par exemple la rision est à droite ou à gauche ; mais le caractère immatériel du signe mystérieux qui Tavertit n'en est pas altéré. La Tision est intellectuelle et non imaginaire.

a II est des personnes, et j'en connais plusieurs, dont l'imagination est si vive et dont l'esprit travaille de telle sorte qu'elles croient voir très clairement tout ce qu'elles pensent. Mais si elles avaient eu de véritables visions,' elles reconnaîtraient sans ombre de doute que les leurs ne sont que des chimères. 0>mme elles sont un pur travail de leur imagination, non seulement elles ne produisent aucun bon eflfet, mais elles les laissent beaucoup plus froides que ne ferait la vue de quelque dévote image ; en outre, elles s'effacent de l'esprit beaucoup plus vite qu'un songe, ce qui achève de prouver le mépris qu'on en doit faire. Dans les vraies apparitions de Notre-Seigneur dont je parle, c'est tout le contraire. Car, lorsque l'âme ne pense à rien moins qu'à voir quelque chose d'extraordinaire, cet adorable Maître se présente à elle tout à coup, remue tous ses sens et ses puissances et, après l'avoir agitée de trouble et de craintes, la fait jouir d'une heureuse paix. De même que quand saint Paul fut renversé sur la route, il y eut en l'air une violente tempête, de même il se fait un grand mouvement dans le fond de l'âme, qui est comme un monde inférieur ; mais un instant après, comme je l'ai dit, tout est dans un calme divin. L'âme est alors instruite des plus grandes vérités, d'une manière si admirable, qu'elle n'a plus besoin de maître qui en donne l'intelligence. Celui qui est la véritable sagesse l'a rendue capable, sans aucun effort de sa part, de les saisir et de les comprendre. Elle garde pendant quelque temps une telle certitude que cette vision vient de Dieu, que, quoi qu'on puisse lui dire de contraire, on ne saurai* lui faire appréhender d'être trompée*. »

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