‹ Sainte ThérèseChapitre 16 sur 59 · I. Le Chemin de la perfection^ xix · texte numérisé non relu

I. Le Chemin de la perfection^ xix

a. Le Cliemin de la perfection^ xl. Cf. Le Château intérieur^ !"• dem., chap. ii. — yie^ xxx.

n'a sous les yeui que Timage de la justice dont elle attend les arrêts dans la honte et dans l'inertie ; tandis que la véritable humilité est consolée par sa peine même parce qu'elle y voit une grâce et un présent de Dieu.

L'àme en qui règne la bonne humilité est en marche dans le chemin delà perfection. Elle le sait ouvert à tous : elle sait que l'imitation des plus grands saints n'est en soi interdite à personne. La sainte pourtant conseille-t-elle d'aspirer tout de suite aux plus hauts sommets? Non, car la vaillance a pour compagnes nécessaires la prudence et la discrétion. Il faut plaindre les âmes qui veulent voler avant que Dieu leur ait donné des ailes. Qu'on s'exerce donc d'abord à ce qui, sans secours extraordinaires, est à la portée de tout le monde ; ainsi précisément ont fait tous les saints. « J'appelle surnaturel ce que nous ne pouvons acquérir par nous-mêmes, quelque soin et quelque diligence que nous y apportions. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de nous y disposer, et c'est un grand point que cette disposition * . » Cela fait, il ne reste qu'à attendre c dans le silence et dans l'espoir ».

Ce qui est ainsi à la portée de tous, c'est la méditation. La grande âme qui devait en surpasser de si haut les méthodes et les résultats ordinaires, a tenu à en donner, pour ainsi dire, la théorie et à en régler l'usage avec une attention minutieuse.

Elle-même, nous l'avons vu, l'avait trouvée difficile à ses débuts dans la vie mystique. Elle avait été longtemps sans pouvoir la pratiquer autrement qu'à l'aide de livres. Mais il est visible que, tout en goû-

I, Lettre au P, Rodrigue Alvarez^ février 1676.

tant beaucoup un petit nombre d'ouvrages choisis parmi ceux des Pères de TÉglise, elle fait surtout fonds sur TÉvangile*. Elle veut qu'on y prenne successivement une parole, un acte, un bienfait, une épreuve, une douleur du Christ et qu'on y réfléchisse pour en chercher les causes, en pressentir les résultats, en faire sortir enfin toutes les leçons dont on a le désir de profiter. Que là chacun choisisse d'après son propre caractère. Certaines personnes font des progrès par la considération de l'enfer; « d'autres, que cette pensée centriste, s'animent à servir Dieu en se considérant dans le ciel. Il est des âmes pour qui la méditation de la mort est excellente. Enfin il en est quelques-unes d'une si grande tendresse de cœur qu'il leur serait très pénible de méditer constamment la passion : elles trouvent leurs délices et leur avancement à contempler tantôt la puissance et la grandeur de Dieu dans les créatures, tantôt cet amour dont il nous aime et qui resplendit dans tous ses ouvrages. C'est là une admirable manière de procéder, pourvu qu'on revienne souvent a la source féconde de tous les biens, je veux dire à la vie et à la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ *. »

Si cette méditation convient aux débutants, les plus avancés ont-ils le droit de s'en affranchir? Il en est parmi eux — • Thérèse les connaît bien — qui, après avoir eu beaucoup de peine à monter jusquelà, éprouvent ensuite, chose étrange, non moins de peine à y redescendre. Ils en sont arrivés à voir le mystère comme en un tableau, bien plus, comme dans une scène vivante dont les personnages leur

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