I. Lettres, II
et tellement précieuse en soi, que la vie ne vautplus rien sans elle. En réalité, ce que Thérèse demandait, c'était ou la mort, c'est-à-dire à ses yeux, remarquons-le bien, la délivrance définitive, la joie parfaite, le bonheur sans fin et sans péril, ou alors une vie qui méritât cette récompense et qui la méritât par l'épreuve. Elle nous l'explique bien des fois, et en particulier dans cette révélation (restée longtemps inédite) : a Le jour de la fête de sainte Madeleine, je considérais l'amour que je devais porter à Notre-Seigneur, h cause de ce qu'il m'avait dit sur cette sainte ; je souhaitais ardemment de l'imiter, lorsque Sa Majesté m'accorda une grande grâce et me dit : « Redou- « ble de ferveur; désormais, tu dois me servir plus « que tu ne l'as fait jusqu'à présent». Je sentis alors le désir d'avoir le temps de gagner des mérites, et je me trouvai avec la détermination énergique de souffrir*. »
Donc elle ne prétend nullement que ce cri doive être le cri universel des créatures. Elle dit même le contraire, et de plus d'une façon. La charité d'abord l'y invite. « Entre souffrir soi-même et voir souffrir le prochain, il doit y avoir une grande différence », écrit-elle*. C'est pourquoi elle s'abstient de souhaiter certaines épreuves, même à celui qu'elle veut le plus sanctifier, si ces épreuves doivent atteindre d'autres personnes que Dieu, peut-être, — elle n'en sait rien — veut « conduire par d'autres voies ». Quant à elle, nous l'avons déjà entrevu, elle a plus d'un motif pour vouloir souffrir, et elle les énumêre clairement dans une relation écrite à l'âge de quarante-cinq ans.