‹ Sainte ThérèseChapitre 21 sur 59 · Jbid., II · texte numérisé non relu

Jbid., II

D'abord, cela va de soi, ce qu'elle désire et dont elle a eu un avant-goût, est tellement grand que ce n'est pas trop, pour le payer, de toutes les souffrances de la terre. II est des moments où tout ne lui est pas seulement indifférent : tout l'importune et l'impatiente, et il n'y a qu'une chose alors qui la contente, c'est le sacrifice qu'elle en fait. « Tout me semble insipide, écrit-elle en l'un de ces passages, quand je vois que je ne puis réaliser ce que je veux et ce que je désire. » Dieu cependant lui a fait bien des grâces. Qui le sait mieux qu'elle? Mais précisément c'est la un lot redoutable, « Les vertus des autres me paraissent beaucoup plus méritoires que les miennes, car je ne fais que recevoir des faveurs. Le Seigneur donnera aux autres tout à la fois ce qu'il veut m'accorder sur terre; voilà pourquoi je le supplie de ne pas me donner une récompense en ce monde ; mais s'il me mène par cette voie, c'est, j'en suis persuadée, à cause de ma faiblesse, de ma misère*. »

C'est par cette sublime méconnaissance de ce qu'elle vaut, c'est par cette crainte dramatique, dont elle est tourmentée de temps à autre, d'être privée du paradis éternel pour avoir trop joui sur la terre du paradis des jouissances mystiques, qu'elle échappe à l'orgueil de ses révélations et de ses extases. Elle y est aidée par l'incessante pensée de la Passion de Celui qui la soutient ; car l'amour qui aspirerait à un sort différent de celui de l'être aimé, serait-ce de l'amour? Ecoutons encore : « Lorsque je suis à l'orai- ^ son, il me serait impossible, malgré mes efforts, de lui demander des joies ou de les désirer, parce qu'il n'a eu lui-même sur la terre que la croix pour tout

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