‹ Sainte ThérèseChapitre 23 sur 59 · I. Lettre du aS juillet i · texte numérisé non relu

I. Lettre du aS juillet i

a. Dans une lettre de février i58i {Lettres^ III, 109), elle s'exprime plus fortement encore : « C*est de ces deux points (l'ëtroitesse d'esprit de certains confesseurs et la réception d'un trop grand nombre de religieuses dans les monastères) que j'ai redouté les plus funestes effets ».

3. Lettre du ai octobre 1576. — Le P. Bouix traduit: « Vous me faites rire » .

naître, nous autres femmes. Quand vous les avez confessées durant plusieurs années, vous vous étonnez vous-même de ne pas les avoir bien comprises ; c'est qu'elles ne se rendent pas un compte exact d'ellesmêmes pour exposer leurs fautes, et que vous les jugez seulement d'après ce qu'elles vous disent. j>

Elle pensait sans doute que le nombre peut s'accroître avec moins d'inconvénients dans un ordre actif où les tâches et les responsabilités sont distinctes, où les divers groupes sont occupés chacun à une œuvre séparée. Mais dans la vie contemplative où toutes poursuivent ensemble le même but, elle voyait les choses tout autrement. Elle avait pu remarquer, a rincarnation, comment l'agglomération rend inévitables les divisions et les factions à propos d'un événement quelconque, mais surtout à propos d'une élection. Elle avait dû constater comment la moindre division crée alors dans les esprits une inquiétude permanente qui amène un certain nombre à chercher, par toutes sortes de moyens, qui pense ou qui ne pense pas comme elles, à surveiller les unes, à flatter les autres, à traiter enfin celles-ci ou celles-là suivant l'espérance qu'elles ont ou qu'elles n'ont pas de se les attacher, de les gagner à leur opinion et à leur parti. Elle estimait encore que si quelqu'une était mal satisfaite de quoi que ce fût, les effets de sa mauvaise humeur ne pouvaient que s'étendre et s'envenimer dans un couvent trop peuplé. Or, sur ce point, elle s'est exprimée en des termes qu'elle seule pouvait, pour ainsi dire, se permettre : « Je redoute plus, croyez-le, une religieuse mécontente qu^une troupe de démons* ».

I. Lettres j III, 177. Il est vrai que les démons., personnellement elle ne les craignait pas beaucoup.

Un autre motif important (quoique destiné à devenir peut-être plus secondaire) la guidait encore. Elle entendait que ses filles pratiquassent la pauvreté absolue : elle voulut même, dans les débuts, que tous ses couvents se fondassent sans ressources. Aussi écrivait-elle à son frère : « Chacune de nos maisons ne doit pas dépasser le nombre de treize. Comme d'après notre Constitution nous ne demandons rien pour nous-mêmes, ce qui est une grande austérité, mais que nous vivons des aumônes apportées au tour, nous ne saurions être plus nombreuses. »

Sur ces deux points cependant, elle modifia quelque peu (mais le moins qu'elle put) ses vues premières. Il lui fut aisément démontré qu'avec le régime de la vie conventuelle, les malades n'étaient pas rares et que pour les exercices du chœur la petite communauté pouvait se trouver bien réduite. Elle porta dès lors le nombre à vingt et un. Mais elle entendit si bien s'y tenir, qu'elle désirait que pour ne pas risquer ou de dépasser ce nombre ou de refuser une bonne postulante, on gardât toujours une place libre*.

Sur la question des revenus, ses hésitations furent plus longues, et la lutte beaucoup plus vive. Son premier sentiment fut qu'il fallait vivre à l'abri de toute sollicitude temporelle, donc avoir l'existence assurée. Puis, elle s'était reproché ce peu de confiance, et elle s'était dit qu'on se débarrasserait aussi bien de

I. C'est une tradition (je l'ai recueillie à Saint-Joseph d'Avila) que de son vivant, alors qu'elle allait de monastère j en monastère, on lui réservait sa place, dans l'espoir de la ' gat-der quelque temps. Aussi, dans les couvents d'Espagne la coutume est- elle d'appeler la dernière venue : « celle qui occupe la place de la sainte mère a ou ce la novice de sainte Thérèse ».

Page 1