I. Voyez Lettres, t, III, p. 78, 98, loi
lions, prendre le temps de rédiger tout cela d'une manière simple et claire.... — Veuillez établir pour toujours que.... >» — N'oublions pas enfin ce dernier trait : « Pour l'amour de Dieu, que votre Paternité veille à ce qu'il y ait de la propreté dans les lits et le linge de table, malgré toute la dépense qu'il faudra faire pour cela. Je voudrais même qu'on en fît un point de constitutions, tant c'est chose terrible que la malpropreté; et encore, vu les habitudes, cela suffira-t-il* ? »
Tel fut l'esprit, telle fut la méthode de ces constitutions par lesquelles la grande Carmélite opéra la réforme de son Ordre*. Il y aurait aujourd'hui puérilité à tenter de lui en disputer l'honneur. C'est bien elle qui les a conçues, qui les a faites.
i« Lettres y 111, 1 13.
a. Je ne crois pas nécessaire d'entrer dans plus de détails sur les jeûnes ramenés à la sévérité primitiTe, sur les austérités, sur les temps de prière et de récréation, sur les élections, sur la règle du travail des mains ce où l'on ne doit s'appliquer à aucune chose si délicate qui occupe la pensée et Tempêche de l'avoir en Dieu », etc.... On a bien voulu mettre entre mes mains un exemplaire de ces constitutions. Ce qui en rend surtout la lecture intéressante, c'est la connaissance de tout ce que nous venons d'exposer et qui s'y trouve résumé en des articles très concis. On n'y lit absolument rien, est-il besoin de le dire? qu'un catholique tant soit peu instruit ne pût s'attendre à y rencontrer. Il est cependant conforme aux désirs des religieuses carmélites que le texte n'en soit pas reproduit plus en détail. Le respect qu'elles ont pour leurs règles leur défend, j'imagine, de les exposer aux railleries de ceux pour qui l'austérité du cloître est incompréhensible; et leur humilité ne leur permet pas davantage de s'exposer à l'admiration de ceux qui y verraient comme une vertu plus qu'humaine. C'est pourquoi je respecte l'avertissement imprimé que voici : a Les constitutions d'un ordre religieux
Le Chapitre d'Alcala, pendant le carême de i58i, les arrêta définitivement et les confirma par autorité apostolique. Celle qui les avait inspirées en tressaillit d'une de ces joies impossibles, dit-elle, à com prendre pour qui n'aurait pas le secret de toutes ses souffrances passées. N'essaya-t-on pas après sa mort de modifier plus ou moins ces constitutions, et ne s'efforça-t-on pas, pour les rendre moins intangibles et moins sacrées, de diminuer la part si prépondérante qu'elle y avait eue? C'est là une question que nous n'avons point à examiner ici ; elle nous ferait sortir des limites naturelles de cette étude*.
On sait qu'après avoir réformé les Carmélites, la sainte voulut aussi travailler à la réforme des Carmes.
ne sont pas du domaine public, il serait à souhaiter que les écrivains modernes se tinssent à cette ancienne coutume ». I. Le 5 juin 1690, cédant aux instances des Carmélites, Sixte-Quint confirmait encore une fois les constitutions que leur mère leur avait données. La traduction latine qu'il en promulguait ne satisfit pas complètement les religieuses. Malgré les modifications successives qu'on leur proposa ou imposa, elles tendirent généralement, surtout en Belgique et en France, à revenir à ce qu'elles appellent les pures constitutions de sainte Thérèse. Elles s'approprient avec bonheur les paroles d'un historien moderne de saint Jean de la Croix, d II y avait plus de garanties dans quelques brouillons de sainte Thérèse écrits à la hâte, à l'improviste, et sous le coup des maladies, qu'en tous les mémoires détaillés et les règlements minutieux des Provinciaux et des définitoires. 11 est bien à craindre, le zèle des hommes qui se considèrent comme capables de corriger et de réformer ceux qui ont réformé et fondé avec les lumières que Dieu leur avait données à cette fin. » — Je me sers ici du Mémoire sur les Carmélites que j'ai déjà cité.
Elle le fit avec plus de difficultés et à travers des luttes singulièrement vives, mais finalement avec le même succès.
En quoi son rôle consista-t-il ici exactement? D'abord elle eut Tidée, puis elle sut la faire partager à quelques âmes bien préparées à jouer en cette tentative un rôle actif, ou, pour mieux dire, un rôle extérieur qu'elle ne pouvait point assumer. Elle sut choisir des hommes de premier ordre, tels que saint Jean de la Croix et le P. Gratien qu'elle forma l'un et l'autre. Elle intervint enfin jusqu'à ses derniers jours dans la rédaction des constitutions spéciales des réformés et surtout dans l'établissement d'une province séparée, qui devait les soustraire à la juridiction abusive des mitigés.
Une fois les nouvelles Carmélites établies à Saint- Joseph, il avait paru difficile à quelques âmes que des religieuses réformées fussent soumises à des religieux qui ne l'étaient pas (quoique faisant, en somme, partie du même Ordre). Si d'autre part la réformatrice entendait probablement, comme nous l'avons vu, ne pas aliéner sa liberté de changer de juridiction, elle n'entendait le faire qu'en cas de nécessité bien démontrée et pressante. Elle savait que, pour la plupart des postulantes, l'union des deux groupes semblait chose naturelle, convenable, à laquelle il fallait s'attendre, et que par cela même l'idée d'être gouvernée par des religieux non réformés pouvait en arrêter quelques-unes. D'autre part, il ne manquait point de religieux carmes éprouvant le besoin de mettre un terme aux a maux incalculables » (c'est un des leurs qui parle ainsi), issus de la mitigation accordée par Eugène IV. Qu'on joigne à toutes ces considérations le désir qu'avait la sainte de trouver dans
un Ordre fraternel une action apostolique de nature à compléter, pour la conversion des âmes, l'action de la prière, on comprendra comment elle s'empressa de faire succéder à Tidée un plan et au plan même tout un ensemble de mesures destinées à en assurer la parfaite réalisation.
En quoi devait consister cette réforme? A rétablir pourles religieux comme pour les religieuses la sévérité de la règle primitive, les longs jeûnes, la vie dure, le costume rustique.... LePèreRubeo, général de l'Ordre, à qui elle s'en ouvrit, ne la découragea ni ne l'encouragea beaucoup, tout d'abord, quand elle lui en parla dans Avila. Elle ne lui laissa pas quitter l'Espagne sans lui écrire une lettre pressante. Il y répondit cette fois par une autorisation, mais sous la condition qu'elle obtiendrait le consentement du Provincial en charge et celui de son prédécesseur déposé. C'était presque promettre une chose et s'arranger pour qu'elle ne se fît pas. Mais l'évêque d' Avila, don Alvaro de Mendoza, si dévoué aux Carmélites, obtint ce double consentement, à la grande joie de notre héroïne.
Aussitôt, elle se mit en mesure de réunir des hommes fortement préparés, et qui voulussent bien donner l'exemple. Elle en rencontra dans le P. Antoine de Heredia, devenu d'epuis lors Antoine de Jésus, dont elle n'eut pas toujours à louer le jugement et l'esprit de suite, mais dont elle loua toujours la très haute vertu. Elle lui adjoignit celui dont elle avait si vite apprécié la sainteté et la sagesse et qui allait être saint Jean de la Croix.
Dans ce retour à la sévérité primitive, les nouveaux adeptes, avec la fougue et la dureté qu'on trouve si souvent dans le caractère espagnol, ne tar-
dèrent pas à dépasser les intentions de la réformatrice. Elle, qui avait un instant gémi de voir des religieuses de Saint-Joseph, à propos du chapitre d'AIcala, demander des adoucissements excessifs, suivant elle, à la règle de l'abstinence, elle eut besoin de ramener ses Carmes à plus de pondération ; car d'un côté ils exagéraient les austérités toutes corporelles, et de l'autre ils semblaient vouloir conserver certains usages où il entrait probablement quelque fierté. Elle leur fait la leçon dans des termes pleins d'esprit et qui, de plus, nous font mesurer toute la portée de l'autorité qu'elle avait prise. Elle écrit donc un jour (le 12 décembre iSyô) au P. Mariano de Saint-Benoit :
« Je trouve plaisant le P. Jean de Jésus ; il affirme que si nos Pères de la Réforme marchent nu-pieds sans sandales, c'est parce que je l'ai voulu, quand, au contraire, c'est moi qui l'ai toujours défendu au P. Antoine. A coup sûr, il se trompe en s'imaginant que tel était mon avis. Mon but a été qu'il entrât chez nous des hommes de talent, et qu'il ne fallait pas les rebuter par une trop grande austérité. Cependant, ce qui s'est pratiqué était nécessaire pour vous distinguer des Pères mitigés. J'ai pu dire que vous souffririez autant du froid avec vos sandales que sans elles. Mais ce que j'ai dit sûrement à ce sujet, c'est que, à mon avis, vous aviez mauvaise grâce à être déchaussés et montés sur de belles mules. J'ajoutais qu'on ne devait pas supporter cela, excepté quand il faut aller loin ou qu'il y a une gi^ande nécessité; sans quoi, c'est vraiment choquant. Il est passé par ici quelques jeunes religieux qui vraisemblablement n'avaient que quelque chemin à parcourir et étaient montés sur des mules, lorsqu'ils auraient pu aller à
pied. Je vous le déclare donc, je n'approuve pas ces jeunes Carmes déchaussés avec leurs mules et leurs selles. Quant à vous faire aller nu-pieds sans sandales, je n'en ai jamais eu même l'idée ; déjà vous n'êtes que trop déchaussés....
« Le point sur lequel j'ai beaucoup insisté près de lui, c'est qu'il prescrivît de donner de quoi bien nourrir les religieux. J'ai encore présent à la mémoire ce que V. R. m'a raconté à ce sujet, et très souvent j'en ai éprouvé un profond chagrin.... Comprenez bien, mon Père, que j'aime à ce qu'on insiste beaucoup sur les vertus, et non sur les austérités corporelles, comme on peut le voir dans nos monastères de Carmélites ; cela vient sans doute de ce que je ne suis guère pénitente moi-même.... »
Enfin, pour assurer le succès de cette réforme et la mettre à l'abri d'un retour des mitigés, il fallait, elle le voyait bien, obtenir que les réformés fussent érigés en province séparée. Pour y réussir, elle mit tout en œuvre : elle agit à Rome, elle agit auprès de Philippe II; elle lutta contre les calomnies et les menaces, contre les maladresses des amis, contre les perfidies des faux frères. A la fin, elle obtint ce qu'elle souhaitait : le succès de la réforme dans les deux branches de l'Ordre du Carmel était, grâce à ^!le, assuré