‹ Sainte ThérèseChapitre 32 sur 59 · LA FONDATRICE. SUITE DES FONDATIONS · texte numérisé non relu

LA FONDATRICE. SUITE DES FONDATIONS

L'œuvre des fondations se divise en trois périodes. De 1567 à îSyij sainte Thérèse fonde successivement les monastères de Médina del Campo, Malagon, Valladolid, Tolède, Pastrana, Salamanque et Albe de Tormès. Elle s'arrête alors pendant deux ans, et c'est dans cet intervalle qu'elle devient, malgré elle, prieure de l'Incarnation. — Elle reprend de 1 674 à 1 576 poup instituer Ségovie, Véas, Séville et Caravaca. — Elle est interrompue ensuite pendant quatre ans. C'estl'époque de la grande guerre entre déchaussés et mitigés : la réforme tout entière est menacée. Enfin, les fondations de Villeneuve de laXara, Palencia, Soria, Grenade et Burgos remplissent les deux dernières années, de i58o à i582.

Y eut-il un plan d'ensemble? Non. La plupart du temps, la fondatrice allait là où on l'appelait. C'était un- évêque, c'était une princesse généreuse ou de pieuses demoiselles, c'étaient d'honnêtes marchands liés par un vœu, c'était un curé, c'était un conseil municipal qui l'appelaient. Elle se mettait alors en route, ayant rarement le premier maravédis nécesflaire. Elle arrivait, se casait comme elle pouvait et

restait jusqu^à ce que la pauvre maison pût se passer d'elle.

Ce fut elle, pourtant, qui prit l'initiative pour la première maison fondée hors d'Avila. Elle savait qu'à peu de distance, au nord, à Médina del Campo, ville alors plus peuplée, plus riche et plus savante qu'aujourd'hui, était un collège de Jésuites, avecle P. Balthasar Alvarez pour recteur. Elle lui envoya le chapelain de Saint-Joseph, Julien d'Avila, qui négocia secrètement, et loua une maison pour les débuts. En même temps, elle chargeait le P. Antoine de Heredia, prieur des Carmes du couvent de Sainte- Anne, à Médina, de lui acheter une maison qui pût devenir le couvent définitif.

Pour la location de la première, il lui fallait un secours. Une jeune personne qui n'avait pu être, faute de place, admise à Saint-Joseph, demandait à être de la prochaine fondation et apportait une petite somme. Pour l'achat de la seconde maison, il n'y avait rien, que la parole du P. Antoine. Malgré ce peu de ressources, et le peu d'encouragement qu'elle recevait d'Avila, où beaucoup la traitaient de folle, où Tévêque lui-même, qui l'aimait tant, se bornait à ne point lui faire défense de partir, elle partit avec Julien d'Avila et quatre religieuses, dont deux de Saint-Joseph et deux de l'Incarnation. Elles voyagèrent avec beaucoup de fatigue dans de bien mauvais chariots. Le soir, elles s'arrêtèrent à Arevalo, où un prêtre venait leur dire d'avoir à retourner à Avila : la maison louée pour elles était contiguë à un couvent d'Augustins, et ceux-ci ne voulaient pas de leur voisinage : il y aurait procès. Ce n'était point là un obstacle à arrêter la voyageuse. Elle rencontra d'ailleurs dans Arevalo le P. Banez, qui lui avait été si utile à Avila, et qui lui

offrait de nouveau ses services. De plus, le P. Antoine lui envoyait l'assurance qu'elle pouvait se loger tout de suite dans la maison achetée par lui, et que le vestibule, une fois tendu, pourrait servir de chapelle... en attendant mieux. Elle arriva donc le i4 août à minuit, non sans quelque péril, car on faisait alors entrer des taureaux dans la ville pour les courses du lendemain. Elle et ses compagnes se rendirent tout de suite au couvent de Sainte-Anne, et de là dans leur « maison », où elles devaient préparer tout pour le matin même — puisqu'on était à l'Assomption.

Arrivées )à, il leur fallut bien constater que « Notre Seigneur avait dû aveugler le bon Père de Heredia ». Les murs étaient décrépits, les plafonds manquaient, c'était une maison en ruine. Pour tendre la « chapelle » improvisée, on avait en tout trois tapis. Heureusement, l'ancien propriétaire avait ordonné à son majordome de venir au secours des arrivantes : le majordome leur offrit en effet plusieurs tapisseries et un lit de damas bleu. Avec le tout, et des clous arrachés çà et là des vieux murs, on orna le vestibule, on le balaya, on dressa un autel, on suspendit une clochette pour appeler les fidèles. Bref, au bout de quelques heures, et au moment où luisait l'aube, tout était prêt pour la messe : les habitants de Médina constataient avec étonnement que leur ville comptait un monastère de plus. Ils arrivèrent si nombreux que les sœurs durent se chercher une place pour se recueillir et entendre l'office divin. Elles se réfugièrent dans un escalier par lequel on montait à une galerie qui, par hasard, était restée debout; elles fermèrent la porte de cet escalier, et entendirent la messe à travers les fentes de cet abri, dont elles firent tout à la fois un

chœur, un parloir et un confessionnal. Ainsi fut fondé Saint-Joseph de Médina del Campo.

Comme d'habitude, la vue anxieuse des difficultés, le doute et le trouble s'emparèrent de Tâme de la sainte. . ., une fois Teflort accompli. Elle tremblait surtout que le Saint Sacrement, qui était presque dans la rue, ne fût outragé par quelque luthérien. Aussi plaça-t-elle des hommes en faction pour la nuit suivante et elle se relevait pour les surveiller à la faveur d'un clair de lune. Bientôt un marchand lui offrit un étage de sa maison pour y attendre les réparations qu'elle faisait faire. Celles-ci lui furent facilitées par la générosité d'une noble dame, Hélène de Quiroga, dont la fille devait bientôt faire partie du Carmel; et lies lors fut parfaitement garanti le succès de la fonflation.

Le moment de repartir de Médina ne tarda guère. La Mère venait de recevoir deux demandes très instantes; l'une émanait du frèrederévéque d'Avila, de don Bernardin de Mendoza qui offrait une magnifique propriété à côté de Valladolid ; l'autre venait de Louise de la Cerda, qui voulait faire tous les frais et assurer même l'avenir d'un monastère de réformées à Malagon.

Elle dut donc aller d'abord s'entendre avec la duchesse, à Tolède, et elle traversa Madrid. Là elle descendit — à la petite place de Saint-Dominique — chez doîia Eleonora de Mascarenas, ancienne gouvernante de Philippe IL Elle y était à peine installée, que les dames de la plus haute société de la capitale assiégeaient le palais, dans l'espoir, paraît-il, ou de voir la déjà célèbre carmélite en extase, ou d'obtenir d'elle

quelque rçvélalîon prophétique ou même d'assister a un miracle. Leur déception fut grande; car avec une bonne grâce parfaitement simple, et peut-être aussi quelque malice, la Mère leur parla... des rues de la ville, de leur commodité, de leur beauté, si bien que, parmi les visiteuses, les unes furent très mortifiées et que les autres s'en allèrent disant : a Mon Dieu! c'est une bonne religieuse assurément, mais qui ne sort pas de l'ordinaire » . Elle ne fut pas moins humble chez les sœurs franciscaines dont l'abbesse était sœur du duc de Gandie ; mais elle y rencontra plus de perspicacité, car l'histoire de la Réforme attribue aux sœurs ces paroles judicieuses : « Béni soit Dieu qui nous â donné une sainte que nous pouvons imiter ! Elle mange, elle dort, elle parle comme nous, elle cause sans cérémonie et sans affecter des airs de personne extraordinaire. »

On. peut croire qu'elle fut satisfaite de quitter les a fâcheuses » dont elle avait reçu les visites, quand Eleonora de Mascarenas la conduisit au couvent de Mariede Jésus*, à Alcala. Cette sain te femme, qui avait tout le zèle de son émule, n'en avait pas la discrétion. Sous ses ordres, les austérités des religieuses avaient pris un caractère tel que la plupart tombaient exténuées. Sainte Thérèse, qui passa près d'elles quelques semaines, les remit dans la bonne voie. Un instant elle eût désiré les faire sortir de leur isolement et les rattacher à la juridiction de son Ordre. Mais l'archevêque de Tolède, dont le couvent d'Alcala dépendait, ne voulut pas se le voir enlever, et il n'y avait point encore à Alcala de Carmes déchaussés. La fondatrice écouta donc les avis du P. Banez qui lui conseillait de

I, Voyez plus haut, p. 129,

ne pas se laisser délouTDer de son œuvre personnelle, et elle s'en alla fonder Malagon. C'était dans Tannée i568.

Il y avait là pour elle une difficulté. La bienfaitrice qui rappelait tenait à rentet le monastère ; et nous savons quels étaient à cet égard les sentiments obstinés de la vaillante Mère. C*est cependant alors qu'ainsi que nous l'avons expliqué plus haut, elle céda. Les temps n'étaient plus les mêmes : la nécessité de se contenter « de rien » , pour être plus libre de commencer, n'existait plus. Elle se voyait aussi, non dans une ville de ressources, mais dans un village pauvre, où il eût été difficile de se mettre à la cîharge des habitants. Elle pouvait donc se rendre aux instances de sa généreuse amie et à celles des théologiens armés des textes du Concile de Trente. Elle ne sacrifia pas toutefois ses vues premières, et elle-même nous explique sa méthode nouvelle : a Je veux ou que les monastères soient entièrement pauvres, ou que les revenus soient tels que les religieuses n'aient besoin, pour tout ce qui leur est nécessaire, de se montrer importunes à l'égard de personne. » Elle prit d'ailleurs toutes ses précautions pour que la pauvreté individuelle des religieuses et leur esprit de mortification n'en souffrît pas. Elle devait en être récompensée par la sainteté tout exceptionnelle qui allait rendre ce couvent célèbre entre tous.

Tout arrêté, les contrats passés, les habitants de la ville vinrent la prendre en belle procession, elle et ses religieuses, le dimanche des Rameaux. Au bout de deux mois, elle quitta le couvent, non sans y avoir eu la faveur d'une vision où Notre Seigneur lui commandait de continuer ses fondations, d'accepter toutes celles qu'on lui offrirait, d'adopter dans les petites

villes la même méthode qu'à Malagon, de mettre tous ses couvents sous la conduite d'un même supérieur, et enfin d'écrire elle-même F histoire de ses fondations*.

Valladolid l'attendait, et elle avait une raison pour se hâter. Le bienfaiteur, Don Bernardin de Mendoza, venait de mourir de mort subite, et elle le voyait en purgatoire pour y souffrir cruellement jusqu'à la première messe célébrée dans le monastère dû à sa générosité.

Le domaine qu'il avait offert à quelque distance de la ville, et dont possession était prise le i5 août i568, était d'un aspect riant; mais il était malsain. Le coup d'œil de sainte Thérèse le constata immédiatement, et Texpérience montra presque aussitôt qu'elle ne s'était pas trompée, car la plupart des religieuses tombèrent malades. Alors, la sœur même de Tévêque d'Avila,dona Marié de Mendoza, leur offrit d'échanger cette propriété contre une maison plus commode; en attendant elle les garda dans sa propre demeure, puis fit tous les frais de la translation. C'est pendant ce séjour qu'étant hors de clôture, la Mère put garder quelque temps auprès d'elle Jean de la Croix, pour achever son initiation à l'esprit et aux habitudes du vrai Carmel, et préparer ainsi la réforme des carmes. La prise de possession du nouveau couvent eut heu le 3 février de Tannée suivante. La procession fut très solennelle. L'évêque d'Avila, qui avait voulu être présent à la cérémonie, la présida, accompagné de tout le clergé et des ordres religieux. Les gentilshommes, la noblesse titrée, les grands qui avaient leur résidence dans la ville, le peuple

I, rie^ additions.

enfin s'avançaient à travers les tentures, les illuminations et les parfums. La plus humble de l'assistance était celle que tous considéraient déjà comme une sainte et comme ayant le plus grand crédit auprès de Dieu.

Peu de temps lui avait suffi pour établir dans cette nouvelle maison une perfection que tous les historiens de rOrdre ont vantée. On l'appelait à Tolède ; mais avant d'y aller, elle trouva le moyen de fonder à Durvelo le premier couvent des carmes déchaussés.

Il est vrai qu'elle n'eut pas de grandes constructions à édifier ni un nombreux personnel à grouper. Elle avait le P. Antoine qui s'était contenté pour elle de si peu de chose à Médina del Campo, le petit Jean de la Croix, dont elle venait ,de tailler et de coudre elle-même le premier habit, et un frère convers. Un gentilhomme venait de lui ofiTrir pour eux, dans un hameau de vingt feux, une maison qui contenait un porche, une chambre, un galetas et une petite cuisine, le tout d'une saleté telle que, même pour l'amie par excellence de la mortification et de la pauvreté, il n'y avait pas moyen d'y coucher. Ne croyons pas cependant que la descendante des Âhumada soit ici bien embarrassée. « Après quelques moments d'examen, j'arrêtai ainsi la distribution : il me sembla qu'on pouvait faire du porche une église, du galetas un chœur et de la chambre un dortoir. Ma compagne, bien qu'elle fût meilleure que moi et très amie de la mortification, me dit : « Ma Mère, * quelque fervent que l'on puisse être, on trouvera « ceci intolérable; ainsi je vous en conjure, renoncez « à votre dessein. » Le P. Julien était d'abord du

même avîs, mais il se désista dès que je lui eus déclaré mes intentions. Nous nous rendîmes ensuite à réglise, et nous y passâmes la nuit ; il faut en convenir, avec l'excès de fatigue que nous ressentions, nous aurions eu plutôt besoin de dormir que de veiller. »

Elle ajoute, il est vrai : « Si je parlais avec tant d'assurance, c'est que j'avais alors présent devant moi ce que Notre-Seigneur a fait depuis, et je n'en doutais pas plus que maintenant que je le vois de mes yeux. Le divin Maître a fait beaucoup plus encore, puisqu'à l'heure où j'écris ceci, il y a déjà, par sa bonté, dix monastères de carmes déchaussés. »

L'empressement des deux religieux ne fut pas moindre. Le P. Antoine balaya le tout vigoureusement, et il s'en fut recueillir quelques aumônes dont il apporta bientôt le produit à la Mère. Écoutons^ celle-ci : « Au fond, ce n'était presque rien. Il était seulement muni d'horloges de sable, car il en avait, je crois, cinq, ce qui, je l'avoue, i»a£t jâçe de bon ÇQg^. Il ajoute que, s'il en avait pris un si grand nombre, c'était afin que les heures de la communauté fussent bien réglées. Pour le reste, il était si pauvre qu'il n'avait même pas, je crois, de quoi se coucher.» Ils vécurent pourtant quelques années à Durvelo, et ils y rendirent des services ; car le pays environnant manquait de secours spirituels, et c'était là une des raisons qui avaient fait accepter la pauvre demeure. Ils allaient donc enseigner le catéchisme et ne prenaient leur unique repas que le soir. C'est de là qu'ils partirent plus tard pour s'établir à Mancera, et ensuite à Avila, sur l'emplacement même de la maison famihale de sainte Thérèse.

Celle-ci, Durvelo une fois établi tel qu'il vient d'être dit, se rendit à Tolède.

Le P. jésuite Paul Hernandez qu'elle y avait connu pendant son séjour antérieur à la fondation de Malagon, avait déterminé un riche marchand à faire les frais d'un monastère de carmélites. Martin Ramirez (c'était son nom) n'avait point tardé, il est vrai, à mourir ; mais il laissait un frère héritier de ses idées comme de ses biens et qui paraissait tout disposé à donner suite au projet. La Mère arriva donc avec deux de ses compagnes qu'elle avait prises à Saint- Joseph d'Avila, et toutes les trois descendirent chez dona Louise de la Cerda. C'était la veille de l'Annonciation de iSôg. Malgré ces débuts encourageants, les difficultés ne tardèrent point à venir, tant du côté de l'administration du diocèse* (le siège épiscopal était vacant), que du côté de Ramirez, mal influencé par un gendre. Pour comble d'ennui, on ne trouvait pas une seule maison dans tout Tolède.

Lasse de deux mois d'attente, Thérèse voulut plaider sa cause elle-même. Elle fit prier l'administrateur de venir l'écouter dans une église : elle lui parla comme elle savait parler, et elle le persuada. Elle considéra dès lors, nous dit-elle, sa fondation comme faite. Qu'avait-elle pourtant? Quatre ducats, avec lesquels elle s'empressa d'acheter deux tableaux pour mettre au-dessus de l'autel à venir, deux paillasses et une couverture pour le coucher des deux sœurs et le sien. Mais elle n'avait toujours pas de maison.

Un franciscain, le P. de la Croix, qui traversait Tolède, mit alors à sa disposition un jeune homme nommé Andrado. Non seulement c'était un garçon très pauvre; mais, sans nous donner d'ailleurs de sa

I. Tout en ëtant sous la juridiction de l'Ordre, chaque couvent devait obtenir Pautorisation de Tëvêque du diocèse, conformément aux prescriptions du Concile de TrentCi

personne une plus ample description, la sainte nous dit que, parmi ses compagnes, Tune se prit à rire en le voyant, tandis que l'autre demandait si elles n'allaient pas se compromettre. « Quel mal voulez-vous donc qu'on pense de nous, qui ressemblons à de pauvres pèlerines ? » leur dit la fondatrice. Et cependant elle avoue dans son récit que <r le bon Andrado ne paraissait guère propre à traiter avec des carmélites déchaussées y>.

Or, non seulement le « bon Andrado » leur trouva tout de suite une maison disponible, convenant très bien à leur but et où il les pria naïvement de se hâter d'apporter a leurs meubles »*; mais il fit venir des ouvriers et travailla lui-même aux préparatifs avec un zèle qui ne le cédait en rien à celui des religieuses. Diverses diflScultés avec les voisines et encore de nature à égayer celles qui les essuyaient, furent peu à peu levées. Il ne s'agissait plus que de vivre. La chose pouvait sembler difficile, attendu qu'on n'avait rien, ou à peu près. Pour faire cuire une sardine, il fallut un jour le cadeau anonyme et tout a fait inattendu d'un petit fagot. Une nuit que la Mère bien-aimée, souffrant du froid, demandait ce qu'on pouvait faire pour elle, il fallait lui rappeler, en riant, qu'elle avait sur elle « toutes » les couvertures du logis. Les trois compagnes s'accommodèrent fort bien de cette misère ; elles n'eurent pas plus envie de la révéler à leur riche protectrice, que celle-ci, à ce qu'il paraît, n'eut la pensée de s'en informer. Quand Alphonse Ramirez, revenu à des sentiments plus amicaux, et quelques autres gens de bien les

I. « Pour cela, mon bon Andrado, ce ne sera pas long i>, lui fut>il aussitôt répondu.

pourvurent au delà de leurs désirs, elles virent avec regret finir pour elles Theureux temps de leur absolue pauvreté.

Cette fondation, si peu éloignée qu'elle fût des précédentes, marquait néanmoins une date importante dans l'histoire du nouveau Carmel. C'est a partir de ce jour que sainte Thérèse, voyant avec bonheur les progrès de ses maisons naissantes, résolut d'alimenter désormais la réforme par la réforme même et de ne plus demander de religieuses au couvent de rincarnation. C'est aussi dans ce monastère de Tolède, qu'assistant aux derniers instants d'une de ses filles, elle vit le divin Maître au chevet du lit. < Il avait les bras un peu ouverts comme pour soutenir et défendre la mourante ; dans cette attitude il me dit ces paroles : a Tiens pour certain, ma fille, que a j'assisterai ainsi toutes les religieuses qui mourront « dans ces monastères ; qu'elles n'aient donc point « peur des tentations à l'heure de la mort. » Ainsi se continuait la vie surprenante où ces âmes, habituées au mélange de la soufifrance et de la joie, étaient aussi simples devant les faveurs les plus extraordinaires de l'action divine que devant les duretés les plus vulgaires de la vie.

La veille de la Pentecôte qui suivit, dans cette même année iSôp, la fondatrice, au moment où elle se disait à elle-même avec bonheur qu'elle allait jouir d'un peu de repos, se vit appelée par la princesse d'Eboli, femme de don Ruy Gomez de Silva. Il s'agissait d'une fondation à faire h Pastrana. Le prince étant prêt à mettre son grand crédit au service de la réforme, elle dut se résigner. Un avis d'en haut l'y déterminait, d'ailleurs, en lui faisant pressentir un événement autre que celui qu'elle prévoyait.

Le couvent des carmélites pour lequel elle partait fut bien construit; mais, de tous ceux qu'elle établit, ce fut le seul qui ne put subsister. La bienfaitrice, devenue veuve, entendit s'y faire admettre ; mais en même temps elle voulut interpréter la règle à sa guise et la faire plier à ses convenances. Il en résulta bientôt un état si peu conforme à « la paix nécessaire dans la vie religieuse », que les carmélites prirent le parti d'abandonner ce qu'elles avaient reçu, et le couvent fut supprimé.

En retour, c'est dans ce voyage que la Mère eut la consolation de faire entrer chez les carmes déchaussés deux Napolitains, le frère Jean de la Misère* et le P. Ambroise de Mariano ; ce dernier, gentilhomme illustre, ancien intendant de la reine de Pologne, ancien commandeur des chevaliers de Malte et l'un des héros de la bataille de Saint-Quentin. Tous deux avaient été chercher le repos dans des ermitages libres, d'où les prescriptions du Concile de Trente les invitaient à sortir pour faire partie d'un ordre régulier; ils se demandaient quel était celui qu'ils allaient choisir, lorsque la réformatrice des carmes intervint heureusement pour fixer leur irrésolution. Ils furent les deux premières colonnes du second monastère de déchaussés qu'elle établit à Pastrana. Au cours des luttes prochaines, l'un et l'autre tiendront à côté d'elle une place privilégiée.

Elle était de retour à Tolède depuis quelques mois, et elle employait son temps à installer ses filles dans une maison récemment achetée, quand elle reçut d'un jésuite ami des PP. Balthasar Alvarez et Suarez, le P. Guttierez, recteur du collège de Sala-

Page 1