LA GUERRE DES MITIGÉS
voyer un laïque et faire contribuer tous les couvents aux frais du voyage*. En6n, après bien des démêlés, bien des craintes et bien des mouvements de sainte colère, le roi fit venir le nonce et lui reprocha son hostilité envers la réforme sur un ton qui ne souffrait pas de réplique. En i58o, il obtenait la séparation définitive des deux Provinces, et le P. Gratien était nommé Provincial des réformés. En même temps, Saint-Joseph d'Avila était ramené de la juridiction épiscopale à la juridiction commune de l'Ordre du Carmel. A la sainte et au P. Gratien, mais à la sainte surtout, peut-on dire, revenait Thonneur de la victoire.
Dans les quatre années qu'elle venait de passer ainsi, de i5y6 à i58o, elle n'avait pas seulement déployé toutes les ressources de sa diplomatie et lutté par ses conseils, par ses démarches, pour la défense de ses œuvres et de ses amis. Elle avait repris (si tant est qu'elle Teût jamais quittée) sa vie intérieure. A tout le moins, avait-elle été amenée à en scruter de nouveau les profondeurs et à en donner aux autres le secret, autant qu'elle pouvait le leur donner. C'est à cette époque qu'elle écrivit le Château de Vâme et quelques-unes de ces Relations^ où elle achève d'expUquer ses états surnaturels. En même temps elle recevait des révélations, entre autres celle qui, dans le petit ermitage de Nazareth, à Saint-Joseph,
Qui Fa tenu? On est tente de se dire: c'est l'espagnole toujours si en défiance contre la politique italienne. Mais n'est-ce pas Notre-Seigneur lui-même qui a parlé ici à sa servante?
I . On envoya cependant le P. Jean de Jésus (de la Roca) et la Mère parut satisfaite de lui.
lui traçait les quatre règles fondamentales du gonvernement des carmes déchaussés^.
Tolède, où elle avait reçu Tordre de rester en 1 5yy et en iSjS, n'avait cependant pas été pour elle un Patlimos tout rempli de gémissements et d'extases. C'est peut-être là, au contraire, qu'elle a donné les témoignages les plus exquis de cette grâce lég^ère dont elle savait parer la direction énergique qu'elle donnait à tant de gens, religieux et religieuses, prêtres et séculiers, supérieurs et inférieurs, égaux et parents. Au cours de ses luttes et dans les moments les plus critiques, sa correspondance nous la montre faisant face à tout, n'oubliant rien, ni des intérêts du ciel ni de ceux de la terre, s'occupanl même avec bonheur des petites postulantes qui, à son gré, ne rient pas assez ou qui rient avec des lèvres trop « pincées », ce qu'en vérité, elle ne peut pas tolérer. Son frère Laurent avait acheté un domaine (à la Sema). Elle n'entendait point qu'avide, comme il l'était alors, d'oraison et de pénitence,
I. « Au milieu d'un recueillement profond, j'entendis de Notre-Seigneur les paroles suivantes : « Tu diras de ma part « aux Pères Carmes déchausses de s'appliquer à garder a quatre choses. Tant qu'ils y seront fidèles, cette réforme a ira en grandissant....
« La première, que les supérieurs aient uniformité de vues.
a La seconde, que malgré le grand nombre de monastères, « il y ait peu de religieux dans chacun.
« La troisième, que les religieux aient peu de rapports avec « les personnes du dehors, et encore pour le seul bien des « âmes.
« La quatrième, qu'ils prêchent plus par les œuvres que par les paroles. »
« Cela arriva l'année 1679 (^^ veille de la Pentecôlej. Et comme c'est la pure vérité, je le signe de mon nom. d