‹ Sainte ThérèseChapitre 43 sur 59 · LA GUERRE DES MITIGÉS · texte numérisé non relu

LA GUERRE DES MITIGÉS

il négligeât la fortune de ses enfants : elle savait même lui montrer dans cette indifférence comme un piège tendu au faux détachement de certains mystiques. « Jacob, lui écrivait-elle, ne laissait pas d'être saint parce qu'il s'occupait de ses troupeaux ; j'en dis autant d'Abraham et de saint Joachim ; mais comme nous voulons fuir le travail, tout nous devient fatigue. ^>

Quelques jours après ce petit rappel au bon sens, Don Alvaro de Mendoza lui donnait à juger une série de réponses faites à une sorte d'énigme pieuse. Il s'agissait de cette parole qu'elle avait entendue dans une oraison : « Ame, cherche-toi en moi, » et des explications qu'en avaient données Don Laurent, François de Salcedo, Julien d'Avila et Jean de la Croix. Elle devait les critiquer tous les quatre, sous forme de ^ejamen^ c'est-à-dire de cet examen critique où les étudiants espagnols restent « sur la sellette )), à la veille de leur examen de docteur.

Or, elle sut à des mots piquants* allier une cri tique profonde, dont le résumé était : ces messieur avaient tous visé trop haut. Elle n'exceptait pas Jean de la Croix, et ce qu'elle dit à son sujet ne vaut pas seulement, tant s'en faut, comme trait d'esprit :

a La réponse, dit-elle, n'a rien à voir avec la question qui nous occupe. Triste sort que le nôtre, si nous ne pouvions chercher Dieu qu'après être morts au monde! La Madeleine, la Samaritaine, la Chananéenne ne l'étaient pas certes, quand elles ont trouvé le Sauveur. Il s'étend beaucoup sur la nécessité de

I. Comme celui-ci : « M. de Salcedo ne cesse de répéter dans tout son écrit : Ceci est de saint Paul, ceci est du Saint- Esprit; et il termine en déclarant qu'il n*a écrit que des sottises.... Je vais le dénoncer à Flnquisition, qui esc tout pics »

SAINTE TIlÉRèSE. Il

devenir une même chose avec Dieu en s'unissant à Lui ; or, quand cela arrive, quand celte faveur est accordée, on ne doit pas dire que Tâme cherche Dieu, puisqu'elle Ta déjà trouvé. Que le Seigneur me délivre de gens tellement élevés en spiritualité qu'ils veulent, coûte que coûte, tout ramener à la contemplation parfaite I Cependant, nous lui savons gré de nous avoir si bien expliqué ce que nous ne lui demandions pas ; voilà pourquoi c'est une chose excellente de parler toujours de Dieu. Le profit vient d'où nous ne l'attendions pas. j>

La suite de ses lettres est bien digne de ce joli fragment, par la sagesse des conseils, par la simplicité des remerciements, par la familiarité des détails d'administration qui se mêlent aux négociations les plus épineuses. C'est ainsi qu'elle remplit les intervalles de ses fondations....

Maintenant, elle allait reprendre ces voyages que le dernier nonce lui avait tant reprochés. « Ne me parlez pas de cette femme, avait-il dit à Jean de la Croix, c'est une coureuse, une vagabonde, une femme inquiète, et désobéissante, une ambitieuse, qui se mêle d'enseigner les autres comme un docteur, malgré la défense de saint PauP. » Il oubliait que si elle avait affronté tant de voyages, c'était sur l'ordre de ses supérieurs. Lui-même d'ailleurs ne tardait pas à retirer ce peu charitable jugement.

Pour redevenir la carmélite sédentaire et amie de la cellule qu'elle avait été, elle aurait eu plus d'une raison; car, ainsi qu'elle l'écrit, les maladies et les infirmités ne cessaient de « pleuvoir sur cette pauvre vieille ». Elle s'était cassé le bras en tombant du

Hist. gén,, L, IV, chap. iv. Cf. BoU. n* 799.

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