‹ Sainte ThérèseChapitre 44 sur 59 · SUITE DES FONDATIONS · texte numérisé non relu

SUITE DES FONDATIONS

haut d'un escalier; et ici, comme dans sa jeunesse, on lui avait amené une empirique dont les manœuvres violentes avaient considérablement ajouté à ses souflfrances. Mais on la réclamait depuis longtemps à Villeneuve de la Xara, dans la Vieille- ; Castille. Neuf demoiselles, dont quatre étaient sœurs, avaient formé là librement une petite communauté où elles vivaient dans une pénitence et une pauvreté très rigoureuses. Elles désiraient devenir membres d'un Ordre régulier, et elles imploraient la venue de la Mère dont la réputation allait grandissant tous les jours.

Elle résista longtemps. Elle alléguait surtout que des personnes ayant déjà pris des habitudes (si louables fussent-elles) avaient toujours de la peine à accepter une règle étrangère toute faite et à s'y plier. Elle trouvait aussi que Villeneuve de la Xara était bien éloigné de l'ensemble des fondations ; d'où sans doute elle concluait qu'il serait moins facile encore d'y maintenir, dans son intégrité, l'esprit commun des monastères. Les prières de ces pauvres filles et de ceux qui s'intéressaient à leur demande vinrent à bout de ces hésitations. Un jour d'ailleurs, elle se vit réprimander par Notre-Seigneur qui lui reprocha sa pusillanimité. Elle partit donc avec confiance et avec joie.

Elle prit deux religieuses de Saint-Joseph d'Avila et la sœur converse dont elle ne pouvait plus se passer depuis qu'elle s'était cassé le bras, la bonne Anne de Saint-Barthélémy. Elle traversa les lieux où s'était retirée la bienheureuse Catherine de Cardon e, la descendante des rois d'Aragon, l'ancienne gouvernante de Don Carlos et de Don Juan d'Autriche. Là s'étaient établis des Carmes déchaussés qui

raccueillirent par un chant du Te Deum, avec des voix qui attestaient leurs mortifications, nous ditelle. Son voyage fut d'ailleurs une sorte de long-ue procession. De village en village, on se précipitait au-devant d'elle, on escaladait les murailles des maisons où elle recevait Tbospitalité, et il fallait une intervention de l'autorité pour frayer un passag^e à ses pauvres voitures qui se disloquaient au moindre choc. Un riche laboureur ayant appris qu'elle devait passer sur ses terres lui avait préparé dans sa demeure « un bon repas et une collation ». Elle ne voulut, malgré ses instances, rien accepter, ni mettre pied à terre. Alors il réunit tous ses fils, ses filles, ses gendres et même ses troupeaux; puis, comme un patriarche de la Bible, dit très bien la carmélite de nos jours, il s'en alla se poster sur son passage avec sa maison tout entière. Il voulait avoir au moins sa bénédiction. Elle la lui donna, profondément émue.

Quand elle fut à peu de distance de Villeneuve (où elle arriva le premier dimanche de Carême i58o), toutes les cloches de la ville Tannoncèrent, les petits enfants vinrent au-devant d'elle et s'agenouillèrent en sa présence. Le conseil municipal en corps, le curé, tous les membres du clergé, les personnes les plus honorables de la ville étaient à l'entrée, pour accompagner le Saint Sacrement à la maison qui devait devenir le monastère. Une procession s'organisa avec des chœurs de musiciens et des bannières, et l'on s'arrêtait de temps en temps à des autels préparés dans les rues.... Mais rien ne lui causa plus de joie que l'intimité dans laquelle, peu d'instants après, elle se trouvait avec les âmes de celles qui l'avaient appelée. Elle fut accueillie avec

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