‹ Sainte ThérèseChapitre 45 sur 59 · SUITE DES FONDATIONS · texte numérisé non relu

SUITE DES FONDATIONS

des larmes de joie et elle donna à toutes l'habit tant désiré du Carmel.

Dans la même année elle devait recevoir un accueil presque aussi touchant des habitants de Palencia. Elle y était appelée par son ancien évêque d'Avila, Don Alvaro de Mendoza. Mais elle voulait faire cette fondation sans revenus, et elle croyait que la ville n'offrait pas assez de ressources. Le Père Ripalda et le Père Balthazar Alvarez ne pouvaient cette fois la convaincre. Il est vrai que, dans l'intervalle, après un séjour d'un mois à Villeneuve de la Xara, et un court passage à Tolède, elle avait été atteinte, à Valladolid, d'une maladie qu'on avait crue mortelle. Mais une fois encore des paroles de Notre Seigneur la firent sortir de sa faiblesse et de l'espèce de découragement qui en résultait. « Que crains-tu ? s'était-elle entendu dire sur un ton de douce réprimande. Quand est-ce que je t'ai manqué? Je suis maintenant le même que j'ai été envers toi! » — ce Oh ! grand Dieu — ajoute-t-elle après avoir rappelé cette faveur — que vos paroles sont différentes de celles des hommes ! A l'instant même ma résolution de vous obéir fut si inébranlable et mon courage si ferme, que le monde entier se serait en vain ligué contre moi pour m'arrêter* ». Le monde ne se ligua pas contre elle. Tous les obstacles s'aplanirent; c'est même à cette occasion que le corré-

I. Avec ce souci constant de tout remarquer et de tout analyser, elle dit ailleurs : a Ma lâcheté disparut instantanément, preuve évidente qu'elle ne venait ni de la maladie, ni de la vieillesse ». C'est trop d'humilité ; mais elle eût pu dire avec justesse : Si je devins plus résolue, ce ne fut point assurément que ma maladie fût guérie, et ma vieillesse encore moins.

gidor dit au Père Gratien : « Allez, mon Père, qu'on réalise immédiatement ce qui est demande. La Mère Thérèse de Jésus doit avoir en main quelque provision du conseil royal de Dieu, car nous nous trouvons tous obligés de faire, malgré nous, tout ce qu'elle veut. »

Les fondations qui suivirent à Soria et à Grenade (la sainte n'alla point procéder elle-même à cette dernière) se firent « avec beaucoup de douceur et de suavité » ; c'est ainsi qu'elle les résume, car pour elle les quelques fatigues du retour de Soria, où elle avait plusieurs fois perdu son chemin, ne comptaient pas.

En revanche, Dieu réservait à la dernière de toutes, à celle de Burgos, des épreuves de plus d'un genre; car décidément elle paraissait destinée à trouver moins bon accueil dans les grandes villes que dans les petites. Les tribulations qui l'attendaient dans la ville du Cid n'étaient d'ailleurs que le résumé de celles qu'elle avait éprouvées, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. Au lieu des chaleurs intolérables de Séville, elle eut les froids rigoureux du nord et des inondations telles que ses chariots marchaient comme ils pouvaient, tantôt sur des routes escarpées, d'où ils faillirent être précipités dans le gouffre sur lequel ils penchaient, tantôt dans des bas fonds ou au milieu des eaux, sans qu'on sût où était le chemin : maintes fois les voyageuses furent sur le point d'être noyées. Par surcroît, la Mère souffrait d'une paralysie partielle et d'un mal de gorge intense, sans parler de ses maux d'estomac, d'une fièvre continuelle et des douleurs si souvent renouvelées dans son bras cassé.

A Burgos encore, lorsque enfin elle y arriva, elle

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